Et Moubarak apparût!

Dans mon billet d’hier, je vous parlais de l’attente des premières images du président égyptien. Hosni Moubarak. Et bien les voilà, diffusées par la télévision publique égyptienne, Nile TV. Selon la chaîne, elles auraient été tournées dans la matinée de ce mardi. Officiellement toutes fraîches donc! Mahmoud Saad, un des présentateurs du talk-show « Masr Naharda » avait parlé d’une intervention télévisée du président. Mais il ne s’agit en réalité que de simples images. Les fans vont être déçus….

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En juillet 2004 à la suite de son opération à l’hôpital universitaire de Heidelberg en Allemagne, le Raïs, vêtu d’une robe de chambre, avait été filmé dans sa chambre d’hôpital. La télévision publique avait même à cette époque réalisé une interview du président. Cette fois-ci les images le montrent assis à une table du même établissement hospitalier en train de discuter en compagnie de deux médecins. Sauf que cette fois-ci le téléspectateur n’a pas l’honneur d’entendre le son de sa voix. Pas d’interview non plus. Juste quelques images et la lecture par le docteur Marcus Büchler, qui a opéré Hosni Moubarak le 6 mars, du bulletin de santé du Raïs. Le médecin a ainsi déclaré que « la condition générale du président s’améliore de manière satisfaisante » et « qu’il restera sous surveillance jusqu’à ce qu’il soit autorisé à quitter l’hôpital« . (photo crédits AFP)

Donc voici les fameuses images de la télévision égyptienne récupérées sur You Tube. Pour les non arabophones, désolée je n’ai pour l’instant que cette version.

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Le Raïs n’est pas mort, vive le Raïs!

hosnymubarak.jpgAprès la mort du cheikh d’Al Azhar, Mohamed Sayyed Tantawi la semaine dernière, voici que les rumeurs de décès du président égyptien, Hosni Moubarak, ont affolé twitter, blogs et facebook égyptiens depuis ce week-end. Dans les rues du Caire, tout le monde s’interroge sur le véritable état de santé du président. Le Raïs est-il mort?

C’est ce qu’ont annoncé avant hier (samedi 13 mars) la télévision nationale russe et un site web israélien. Une information que les dits médias ont tout de suite démentie s’ensuivant un communiqué de l’hôpital universitaire allemand de Heidelberg où le président égyptien a subi samedi 6 mars, (selon les déclarations officielles), une ablation de la vésicule biliaire et un retrait du polype du duodénum ( tumeur en principe bénigne placée dans l’intestin).

Voici ce que l’on apprenait du docteur Markus Büchler, coordinateur de l’équipe médicale allemande : « La récupération du président Hosni Moubarak se passe très bien. Je l’ai rencontré samedi matin dans sa chambre d’hôpital pour un examen de contrôle. Il m’a invité à boire un café et était de très bonne humeur avec un sens de l’humour dont nous nous sommes habitués ici ».… Hier (dimanche), pour couper court aux rumeurs, c’est un porte-parole de l’hôpital qui sous couvert d’anonymat, a affirmé à Reuters : « Le président est en vie, se porte bien et il se rétablit ».

Ces déclarations sont pourtant loin de rassurer la rue égyptienne qui s’interroge sur le véritable état de santé du Raïs. Hormis les blogs et les réseaux sociaux, les journaux égyptiens sont assez silencieux sur cette affaire reprenant uniquement les papiers d’agence sur le sujet. L’affaire Ibrahim Aissa est encore dans les mémoires : le rédacteur en chef du quotidien Al Doustour (« La constitution ») avait écopé en 2008 d’une peine de prison de deux mois pour avoir écrit des articles sur l’état de santé de Hosni Moubarak. Il avait fini par bénéficier d’une grâce présidentielle.

Cette rumeur intervient en plein remous politique en Egypte. Celui de la campagne en vue de l’élection présidentielle de 2011 pour laquelle, Mohamed El Baradeï, l’ancien directeur de l’AIEA à Vienne (Agence Internationale de l’Energie Atomique) a consacré son retour au pays, le mois dernier. Quelques jours plus tard, il créait avec un certain nombre de politiques et d’intellectuels égyptiens, une « coalition pour le changement » dont l’objectif vise à obtenir une modification constitutionnelle en vue du scrutin (voir billet du 27 février 2010). Une élection qui pour beaucoup semble jouée d’avance, le fils du président, Gamal Moubarak étant pressenti pour succéder à son père, malgré le déchaînement médiatique autour de Baradeï. Depuis quelques jours, sa coalition fait circuler une pétition appelant à des réformes constitutionnelles : limitation à deux mandats pour les élections présidentielles, possibilité pour tous de se présenter candidat aux différents scrutins…

Reste que le dossier Moubarak tient en haleine la société égyptienne qui s’interroge sur l’avenir institutionnel et politique du pays : Moubarak a bien transféré les pouvoirs au premier ministre Ahmed Nazif mais en l’absence de vice-président assurant l’intérim, beaucoup se demandent déjà ce qui se passerait si Hosni Moubarak devait disparaître.

La rumeur en tout cas continue de courir et l’absence de arton428.jpgphotos et d’images du président l’alimentent encore plus. On se souvient de ce cliché de Moubarak qui avait été pris suite à son opération en 2004 dans ce même hôpital : celle d’un président qui, vêtu d’une robe de chambre, passait ses communications téléphoniques depuis sa chambre d’hôpital. La chaîne publique égyptienne Nile Tv y avait même interviewé le Raïs.

Si la presse est pour l’instant très prudente sur le sujet, la bourse elle connaît des chutes exceptionnelles depuis ce week-end: une baisse de près de 4% hier alors qu’elle avait déjà diminué de plus de 2% dimanche. Les investisseurs attendent une intervention télévisée du président. Selon Mahmoud Saad, présentateur du talk-show « Masr Naharda » (L’Egypte aujourd’hui), cette intervention devrait avoir lieu très prochainement sur la télévision publique. A suivre donc…

Cheikh Tantawi est mort

muhammadsayyedtantawi1.jpg C’est l’agence de presse Middle East Agency qui l’a annoncé. Le cheikh Mohamed Sayyed Tantawi, grand imam de la grande mosquée d’Al Azhar du Caire, est décédé ce matin à Riyad en Arabie Saoudite des suites d’une crise cardiaque.

Le cheikh de la grande mosquée cairote, âgé de 81 ans, était en visite dans la capitale saoudienne pour une cérémonie de remise de prix organisée par le roi Faissal. Selon les conseillers du cheikh, qui interviennent en boucle depuis l’annonce de la mort sur les chaînes de télévision égyptiennes, rien ne laissait présager un tel accident rappelant que Tantawi était en « excellente santé« .

Ce dernier avait été largement critiqué en décembre dernier concernant les propos qu’il a tenus à l’encontre d’une jeune fille portant le niqab (voir billet de décembre 2009 : ici ). Pour de nombreux Egyptiens et pour ses détracteurs, le cheikh d’Al Azhar était à la solde du pouvoir.

C’est un certain Mohamed Wasel qui prendra en intérim la tête de l’institution jusqu’à ce que le président Hosni Moubarak nomme un nouveau cheikh à la tête de la grande Mosquée.

El Baradeï : « Non je ne suis pas le sauveur de l’Egypte »

Vous n’êtes sûrement pas sans savoir que les élections présidentielles de 2011 occupent une grande partie du débat médiatique actuel en Egypte. Baradeï en super héros de retour dans sa patrie après un » exil nucléaire » de 12 ans à Vienne comme directeur de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique. Il fallait voir le nombre de pages , d’émissions de télé de radio, consacrées au retour de l’enfant prodige du pays.

images.jpgEl Baradei a même mis en place une « Coalition Nationale pour le changement » composée d’intellectuels et de politiques de l’opposition ». Objectif affiché : œuvrer pour des élections libres et des amendements constitutionnels, mettre en place un contrôle international des élections, permettre à quiconque qui le souhaite de se porter candidat… Un programme qui a fait réagir plus d’un des partisans du changement qui mettent en garde El Baradei contre un trop plein d’optimisme : «Le régime n’accédera jamais à cette demande», a affirmé Mohammed Habib, membre des Frères musulmans, principal groupe d’opposition, à Al-Masri Al-Yom.

En attendant, depuis son retour, Mohamed El Baradei multiplie les interviews télévisées dans les émissions égyptiennes les plus populaires. Et n’hésite pas à pointer du doigt le régime actuel. Son message presque prophétique : « Si vous voulez que je vous aide à changer le pays, alors aidez-nous et participez au mouvement. Je ne suis pas votre sauveur, l’Egypte ne peut que se sauver elle-même »a -t-il déclaré à la célèbre journaliste égyptienne Mona El Chazly, présentatrice du talk-show « Al Ashira Masa’an »( 22heures le soir) sur la chaîne Dream TV2. (Pour les arabophones qui souhaitent regarder l’interview : c’est ici)

Dans un épisode de l’émission d’Al Jazeera English, « Inside story » consacré à l’éventuel avenir présidentiel de Baradeï, ce dernier a déclaré :  » Quand on me demande de participer à l’avenir de mon pays, il m’est impossible de refuser. Je suis né Egyptien, je vis Egyptien et je mourrai Egyptien ». Voici ci-dessous la vidéo d’Al Jazeera English , un peu longue, je l’accorde mais qui a le mérite d’exposer clairement et mieux comprendre le débat.

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Pourtant, pour la presse gouvernementale et les pro PND (Parti National Démocratique au pouvoir), Baradeï n’est qu’ un Etranger qui a vécu toute sa vie en dehors de l’Egypte et qui n’aurai aucune légitimité à en vouloir prendre les rênes. Ses chances sont minimes au vu de la constitution actuelle qui stipule que les candidats doivent  soit présider un parti reconnu, soit s’ils sont indépendants réussir à obtenir l’appui de 250 élus, dont au moins 65 membres de l’Assemblée nationale, 25 du Conseil consultatif (Majliss Achoura) et au moins 10 élus municipaux. Difficile quand on sait que la majorité de ceux-ici sont dominés par le PND.

Amr Moussa, l’actuel secrétaire général de Ligue Arabe, que l’on comptait comme l’un des potentiels candidats à la présidence, semble aujourd’hui se placer derrière le mouvement lancé par El Baradeï. Idem pour Ayman Nour, le président du parti Al Ghad (Le lendemain), ancien opposant aux élections de 2005 et qui a déclaré « ne pas se présenter si El Baradeï se porte candidat ».

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Voici la caricature mise en ligne par Al Masry Youm. Sur la photo, à gauche, Mohamed El Baradeï, à droite, Ayman Nour, au centre Hamdin Sabahi, avocat et président du parti d’oppositon Al Karama (La considération). Les trois se sont rencontrés mercredi 24 lors de l’annonce de la création d’une Coalition Nationale pour le Changement.

Traduction: « Si vous aimez tous l’Egypte, soyez alors une seule et même équipe. Peu importe qui parmi vous gagnera les élections; l’essentiel c’est que ce soit l’Egypte qui gagne!« 

 

Après deux semaines, fin du sit-in et de la grève pour les salariés de Tanta

Ils ont des mines fatiguées. La plupart sont assis sur des bouts de carton emmitouflés dans des couvertures de fortune. Leurs sacs plastiques pendent sur les branches2201015172542.jpgs des arbres qui longent la rue Majlis A Chhab où ils ont élu domicile depuis plus deux semaines. Eux ce sont les salariés de l’usine de textile de Tanta dont je vous avais parlé dans un billet précédent. Face à eux, de jeunes policiers, postés derrière des barrières de sécurité, plus nombreux que la fois dernière, matraques accrochées sur le côté de leurs uniformes et casques vissés sur la tête. En face, côté présidence du conseil des ministres, trois camions de militaires prêts à intervenir à tout moment. Partout des policiers en civil, talkie walkie devant la bouche, faisant les cent pas devant les manifestants.

Après deux semaine de sit-in et plus d’un mois et demi de grève, les salariés de l’usine de Tanta ont mis fin à leur mouvement après l’annonce par la ministre du travail, Aisha Abd El Hady du paiement des salaires de janvier et de février et la revalorisation des montants des retraites anticipées. Cette annonce a été faite au lendemain d’un débat parlementaire sur la crise de l’usine de Tanta. Une discussion qui s’est transformée en échange d’insultes et bagarre entre le député du Parti National Démocratique, Ahmed Choubir et un député Frères Musulmans, Yousri Bioumi. (cliquez ici pour voir la vidéo).

Ptantamanif1.jpgendant ce temps, les salariés de l’usine s’étaient rassemblés devant l’Assemblée du Peuple, priant le long du bâtiment, certains pleurant ,d’autres réclamant l’intervention du président en scandant : « Oh Moubarak, dis-nous qui va nous rendre nos droits »? («يا مبارك قولّنا مين هيرجع حقنا».)

Ce soir ce sont donc cinq bus qui sont ainsi venus récupérer les salariés de l’usine, direction Tanta. Reste que certains d’entre eux ont fait part à la presse de leurs doutes quant au respect des engagements pris par le gouvernement, certains accords des conflits précédents n’ayant pas été suivis des faits.

Je vous rassure : mon mari va très bien (zay elfoul)!!!

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En feuilletant les pages du journal égyptien Masry El Youm ce matin, je suis tombé sur une petite nouvelle assez drôle. Vous vous souvenez des avertissements couleur locale sur les paquets de cigarette qui alertent des dangers du tabac sur les relations conjugales? Et bien une contre-campagne en réaction à ces avertissements jugés un peu ringards a été lancée par des internautes sur le réseau social Facebook. Les « rebelles » ont ainsi opté pour une photo plus rock’n roll et un slogan dont vous apprécierez le ton humoristique : « Je vous rassure : mon mari va très bien » (« zay el fol » littéralement « comme du jasmin », expression communément utilisée en Egypte pour dire que tout va bien).

La petite histoire ne dit pas si ce sont des Egyptiens lambda qui se cachent derrière la campagne, fatigués de se voir réduits en fumeurs impuissants ou bien si c’est le lobby du tabac qui s’en prend, derrière des allures de campagne « moderne »  à des avertissements gouvernementaux qui vont à l’encontre de leurs intérêts…

(Pour les arabophones, voici l’article en question sur le site internet de Masry El Youm).

Autour de la synagogue Sha’ar Hashamayim hier soir, comme si de rien n’était…

C’est un bâtiment que j’ai aperçu très vite à mon arrivée au Caire. La synagoque Sha’ar Hashamayim est située en plein coeur du centre ville de la capitale égyptienne. Quand vous découvrez le West el balad et que vous aimez vous balader, impossible de la louper : un grand bâtiment gris, haut et massif qui se trouve sur la rue Adly à quelques mètres à peine de l’artère principale du centre, la rue Talaat Harb. Hier soir encore, en allant dîner avec des amis, l’endroit était à peu près aussi calme que les fois dernières. Tranquille et entouré d’un habituel cordon de sécurité.

992.jpg Pourtant, un évènement particulier a agité la rue Adly dimanche matin. Selon les premiers éléments de l’affaire, vers 6h30, un homme aurait lancé du haut du 4e étage de l’hôtel Panorama, situé en face de la synagogue, un sac plastique (ou une valise selon les sources…) contenant un explosif en direction du temple juif. La bombe artisanale aurait atterri sur le trottoir de la synagogue sans causer ni dégâts ni victimes. L’homme a fui laissant derrière lui selon la police les traces de son passage : des vêtements et des objets personnels que contenaient le sac.

Dans les journaux, chacun y va de son qualificatif : bombe artisanale, explosion, voire attentat pour certains. Le quotidien indépendant égyptien Al Masry Al Youm, va jusqu’à parler de terrorisme.  Paradoxalement (ou pas), dans tout ce que j’ai lu, c’est le journal de gauche israélien, Ha’aretz, qui prend un peu plus de pincettes : selon lui, pas certain pour l’instant que la synagogue ait été la cible de l’incident… Alors que lefigaro.fr, reprenant la dépêche de l’AFP, titre de son côté de manière alarmiste : « Une synagogue attaquée au Caire« .

Autour du temple juif hier soir, rien n’indiquait qu’un incident pareil avait eu lieu : certes les policiers étaient présents en nombre mais pas plus que d’habitude. La synagogue Sha’ar Hashamayim, construite en 1899 est utilisée pour les offices religieux juifs notamment par les diplomates israéliens. Mais la communauté juive égyptienne, que l’on recensait à environ 80 000 personnes avant 1949 n’est estimée aujourd’hui qu’à quelques centaines d’âmes dans tout le pays.

May Nasr en concert à Al Azhar Park

Voici une voix que j’ai découverte ici au Caire. Celle de la chanteuse libanaise, May Nasr. Ecoutez c’est un petit bijou.

 

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(Vidéo : Nassira El Moaddem – Pour retrouver la vidéo sur You Tube, c’est ici.)

Louxor, épisode 1 : rencontre avec Ahmed, 16 ans

Episode 1 à Louxor, en Haute-Egypte. J’ai fait la connaissance d’un adolescent de 16 ans peu passionné par ses études d’agriculture. Il travaille comme garçon de main dans une usine. Et s’en sort comme il peut.

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Me voilà rentrée de Louxor, ville du sud égyptien, l’ancienne Thèbes, connue pour ses trésors de l’Egypte pharaonique, ses archéologues occidentaux chapeaux d’Indiana Jones vissés sur la tête, ses bus de touristes, son armada de bateaux de croisière amarrés sur les rives du Nil. Là-bas, c’était un petit peu le paradis. Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas sentie aussi bien. Non que la capitale égyptienne me fasse à ce point souffrir. Mais c’est assez agréable de faire une pause klaxons à 10 000 décibels et de se débarrasser pour quelques jours de la fumée de gazole qui pollue les narines.

Dans le quartier où j’avais élu domicile, sur la rive ouest du Nil, on entendait les oiseaux gazouiller, les gens se promenaient tranquillement à vélo (chose impensable au Caire) et l’on pouvait traverser la chaussée sans risquer sa vie. Les tagines proposés par les gargotes égalaient presque ceux de ma maman. Et, ô miracle ! de la verdure partout dans la ville. Des champs de canne à sucre éparpillés autour de la cité, des plantations de bananes, de maïs. Bref un air de campagne pendant deux semaines où nous avons eu des cours délocalisés.

J’ai réussi à lier sympathie avec le propriétaire d’un des hôtels de la rive ouest : Khaled de l’hôtel Fayrouz. Un charmant endroit où j’avais pris possession de la table la plus au fond de la terrasse : un peu frais le soir, mais un vrai régal l’après-midi lorsque les rayons du soleil tapent sur le visage. On y sert un mémorable jus d’orange frais. Et puis surtout, j’y avais une connexion internet à volonté. Pas de meilleur endroit pour travailler sereinement loin du chaos et du brouhaha de la capitale.

A Louxor, j’ai rencontré Ahmed. Ahmed est peut-être le prénom le plus commun en Egypte. Le répertoire de mon portable en est plein. J’ai été obligée de les « ramsésiser » : Ahmed I, Ahmed II, Ahmed III… L’Ahmed de Louxor a 16 ans. On lui en donnerait quatre de moins. Le docteur Boutros Wadi qui officie à Louxor et dans ses environs, nous l’avait bien dit: les jeunes de la Haute-Egypte ont de grands problèmes de malnutrition ayant pour conséquence des retards importants de croissance.

Les chiffres publiés par les Nations unies font froid dans le dos : malgré une croissance économique qui oscille entre 5 et 7% selon les sources, un rapport du PNUD (Programme des Nations unies pour le développement) révèle en novembre 2009 que plus d’un tiers des enfants d’Egypte sont mal nourris. Ahmed, lui, mange un sandwich acheté sur le chemin du travail, puis, durant sa pause déjeuner, fouls (fèves), tahina (purée de graines de sésame) taameya (falafels) et cochary (mélange de pâtes, riz et lentilles le tout dans une sauce tomate épicée). Le soir, Ahmed précise qu’il ne mange rien.

Cet adolescent étudie au lycée agricole de Louxor situé dans le village d’El Qorna sur la rive ouest. En réalité, il n’y est qu’inscrit. Il n’assiste pas aux cours : « Je n’y vais que pour pointer aux examens, c’est tout. » Ahmed fait une autre révélation : « J’achète mes diplômes. Je fais cela depuis des années, et je ne suis pas le seul. Les jeunes à 85% dans ma classe payent les professeurs pour réussir. Je pointe aux examens, mets mon nom sur la copie et ça s’arrête là. Tout ici se fait « taht tarabeza » (sous la table). Les seules qui ne payent pas leur diplôme ce sont les filles qui assistent, elles, aux cours et qui passent réellement leurs examens. »

La combine coûte environ 200 guinées (environ 25 euros), selon les dires d’Ahmed. Une pratique dont m’avait déjà parlé un autre Ahmenassiralouxor2t.jpgd, rencontré à Port-Saïd. Appartenant à une toute autre classe sociale, beaucoup plus élevée, et étudiant à l’université, Ahmed disait payer pour réussir ses études. Ahmed de Louxor n’est pas motivé à se rendre en cours. En jetant un coup d’oeil sur l’un de ses manuels scolaires, je comprends son manque d’enthousiasme. Son titre : « Education des abeilles et des vers à soie »…

Ahmed ne va donc pas au lycée. Mais il travaille. Comme garçon de main dans une usine de la ville. Son travail : apporter le thé aux salariés de l’entreprise et autres petites tâches. Tout cela de 8 heures du matin jusqu’à 18 heures le soir. Il reçoit 200 guinées (25 euros) par mois, auxquelles s’ajoutent les pourboires chaque jour. Avec l’argent qu’il gagne la journée, il se paye ses sandwichs ses dépenses quotidiennes : sandwichs et recharges pour le portable.

Le salaire, il le donne à sa famille. « C’est normal, il faut bien aider les parents », dit-il d’un ton sérieux. Ahmed étonne par sa maturité. Il nous reçoit chez lui, nous offre le thé, conseille à son petit frère de ne pas rentrer trop tard, nous parle politique. « Ici vous savez, il n’y a aucune démocratie. On sait qui gagnera les prochaines élections », lance-t-il d’un ton résigné.

Son avenir : il l’imagine, ici, à Louxor. Epousera-t-il une Européenne, comme le font des centaines de jeunes de la ville en contact avec les touristes? « Non, répond-il. Je n’aime pas cette mentalité. C’est contraire à notre religion et je veux que mes parents soient fiers de moi. Je sais que beaucoup de garçons ici en ont envie mais pas moi. Je voudrais me marier avec une fille de chez nous. »

Nassira El Moaddem (Le Caire)

Article publié sur le Bondy Blog : cliquez ici

Des avertissements sur paquets de cigarette…couleur locale!

Les fumeurs vous le diront : aujourd’hui, ils ne font plus guère attention aux avertissements qu’arborent leurs paquets de cigarettes.

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Sur le devant des étuis à clopes français, on peut lire les mentions suivantes : « Fumer tue » ou « Fumer nuit gravement à votre

santé et à celle de votre entourage« . Au dos, on peut également trouver : « Fumer provoque le cancer mortel du poumon » ou bien « Fumer pendant la grossesse nuit à la santé de votre enfant ».

En Egypte, les paquets de cigarette proposent eux des avertissements « 100% halal » ! Lisez plutôt l’avertissement de ce paquet de cigarettes égyptien :

« التدخين لفترة طويلة يؤثر على العلاقة الزوجية ».

Traduction : « La cigarette affecte à long terme la relation conjugale« !!

 

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