« Plus personne ne dort sur le trottoir »

img0857copycropdisplay.jpgDepuis des mois, les trottoirs qui longent les bâtiments institutionnels de la capitale sont occupés par des travailleurs en colère. En février dernier, je vous avais parlé, dans un de mes billets, de la protestation des ouvriers d’une usine textile de Tanta, qui faisaient sit-in devant la Présidence du Conseil des Ministres. Idem pour le trottoir du Conseil Consultatif (Majlis A-Shourah) situé sur une artère principale du centre-ville du Caire, qui a lui accueilli ces derniers mois des centaines d’ouvriers venus également manifester leur colère. Tous protestaient contre le non versement par leurs entreprises de plusieurs mois de salaires. Selon un récent rapport réalisé par l’Observatoire ouvrier égyptien, déjà 45 sit-in auraient été réalisés depuis le début de l’année.

Les ouvriers des usines « Amonesto » et « Mobaria », occupant le trottoir du Conseil Consultatif, n’ont pas eu l’issue « plus ou moins heureuse » des salariés de Tanta, qui quelques semaines avant, avaient réussi, à obtenir certaines indemnisations. Il y a deux jours, ils ont été évacués par les forces de sécurité du trottoir où ils avaient élu domicile. Pourquoi maintenant? Parce que le Premier ministre kenyan Raila Odinga venait en visite officielle au Caire et que la vue d’ouvriers amassés à deux pas de la présidence du Conseil des Ministres aurait fait tâche. Quelques jours avant, les manifestants avaient levé le ton pointant du doigt le silence des autorités devant leur situation. Certains s’étaient couchés à même le sol tandis que d’autres brandissaient leurs pancartes au cri de « Hukkuma Haramya » (Le gouvernement, ce voleur). Quelques heures plus tard, ils étaient dégagés manu militari.

Ce matin en allant en cours, le trottoir qui longe le Conseil Consultatif était vide. Pendant plusieurs semaines, nous nous étions (malheurs2201015172542.jpgeusement) habitués à voir ces ouvriers camper jour et nuit, dans des conditions difficiles. Des hommes, âgés entre 30 et 60 ans, la mine fatiguée, autour d’eux éparpillés par terre des morceaux de pain rassis, avec en guise de lit quelques couvertures étendues sur le sol. Accrochés aux barreaux de la clôture qui entoure le Conseil, des dizaines de sac en plastique contenant leurs effets personnels. Sur un des arbres qui longe le trottoir était suspendu un épouvantail portant une pancarte autour du cou où l’on pouvait lire : « العمل = الاعدام » « le travail = la peine de mort ». Face aux ouvriers, des policiers,  aux traits tout aussi fatigués, jeunes, parfois très jeunes, qui 24/24 encerclaient les manifestants derrière des barrières de sécurité.

Ce matin le journal indépendant Al Masry el Youm publiait cette photo en Une avec pour titre:

photoaspx.jpg

لا أحد «ينام» على الرصيف »

(Plus personne ne dort sur le trottoir)

Un titre qui tombe un peu à plat étant donné la photo :pas un ouvrier mais un policier……… qui dort !

 

 

(Crédits photos : Al Masry el Youm)

Drague au Caire…. nerfs à vif!

 -- Cliquez pour voir l'image en entier

Quand on est une femme, on a de quoi être en colère contre le Caire. Y marcher, y faire ses courses, s’y promener, bref sortir relève souvent du parcours du combattant. Je vis désormais dans la capitale égyptienne depuis presque huit mois et pourtant je ne m’y habitue pas. Des regards collants que vous arrivez presque à palper, aux mains baladeuses dans les transports en commun. Du type qui se frotte à vous dans la rue alors que le trottoir est aussi large qu’une voie d’autoroute, aux mots sensés être doux et qui résonnent en vous comme autant d’insultes que l’on vous crache en pleine figure : « Miel », « ma jolie », « viens par ici ma fille ». Ces expressions de la rue de tous les jours je les ai en horreur.

Et il n’y a pas que les blondes aux yeux bleus qui ont le droit à ce traitement. Pour subir ce genre d’humiliation, être de sexe féminin suffit. Avoir 60 ans, porter un voile ou un niqab, être accompagné de son compagnon, de son mari, d’amis : rien ne freine ces excès de libido. C’est le quotidien des femmes du Caire. J’habite à quelques minutes du centre-ville. Le trajet que j’effectue tous les jours entre mon domicile et la fac est loin d’être une partie de plaisir. A 8 heures du matin, les hormones de certains sont déjà en ébullition. Un jour, alors que je me rendais en cours, arrivant à hauteur de la place Tahrir, un des points névralgiques de la capitale, un type s’approche de moi à la vitesse de l’éclair. Il est venu, m’a touchée, a eu son petit quart d’heure américain, son sourire vicieux puis est reparti comme si de rien n’était. Dans ce genre de situation, vous ne comprenez pas pourquoi vous ne faîtes rien, pour quelles raisons vous restez immobiles alors que la rage vous dévore. Vous vous détestez de ne pas avoir su comment réagir, de ne pas vous être révoltée.

En réalité, la scène dure à peine quelques secondes et arrive sans que vous n’y soyez préparée. Et puis que faire? Une autre fois, je me suis mise à crier et j’ai poussé violemment celui qui s’approchait pour me toucher. L’homme très mal à l’aise s’est vite retourné et a fait demi-tour. En guise de réaction, j’ai eu l’audace de croire que le policier qui se trouvait tout près de moi allait pouvoir m’aider. C’était sans compter que lui aussi « avait faim » et qu’en allant le voir il allait me regarder comme un vulgaire bout de viande. C’est un peu ça le sentiment ici, d’être une charogne sur patte, l’objet ambulant de leurs désirs sexuels. Imaginez-vous marcher dans la rue et en voir certains se gratter les parties intimes pendant qu’ils vous regardent passer. Ou encore ce jour où, me promenant avec une amie, nous entendons sortant de la bouche de deux hommes que nous devançons : « Par devant ou par derrière ? » A vous en donner la nausée.

Je parle du Caire mais des histoires à peu près semblables j’en ai vécu dans d’autres villes du monde arabe en Syrie ou au Maroc par exemple. Et, on pourrait parler longtemps de la drague lourde de certains hommes en France, des harcèlements sexuels qui ont cours dans le monde professionnel. L’Europe n’est évidemment pas exempte de ce genre de comportements à l’adresse des femmes. Mais ici, au Caire et notamment dans certains quartiers, le phénomène drague (« mo3akassa ») est inscrit dans le quotidien, devenu banal, normal, une sorte de jeu aussi auquel se livre les hommes fatigués d’un quotidien morose et d’une absence d’avenir.

Ce n’est pas encore du harcèlement (« taharuch ») même si pour certaines la frontière entre les deux n’est pas si opaque. « Lorsqu’à chaque fois que vous sortez de chez vous, pour vous rendre à n’importe quel endroit, vous devez essuyer les sifflements et les propos obscènes de certains hommes, je pense qu’on est pas loin du harcèlement », me confie Rim, étudiante à l’Université du Caire.

Mais voilà il faut se protéger. Vous vous mettez alors sur la défensive, adoptez une attitude volontairement agressive. Depuis j’ai développé un sens visuel hors du commun : mes radars détectent à distance ceux qui s’aventureraient à s’approcher de moi. Au point parfois peut-être de sombrer dans la paranoïa. Devoir faire tout ce cinéma, m’emmerde, ce n’est pas vous mais au fond on s’en fout, faut se blinder. Je ne compterai pas le nombre de fois où je me suis arrêtée pour insulter celui qui s’amenait vers moi pour tenter quelque chose. Ici, les hommes ont très peu l’habitude que les femmes réagissent en pleine rue.

Du coup, lorsque vous vous retournez pour réagir contre celui qui vient à peine de vous frôler ou de vous lancer je ne sais quel regard obscène ou remarque indécente, et que vous osez lui rappeler son attitude immonde, à 95% des cas vous êtes sûrs que le type va tourner la tête et vous répondre : « Mais c’est pas toi que je regardais. Je parlais à mon ami. » Autant vous dire que la réponse n’aide pas à refroidir vos nerfs. D’abord, on vous atteint dans votre dignité et en plus on se fout ouvertement de vous. Double peine. Et de lui répondre, un peu impuissante, mais de toutes mes forces, un « kelb » (sale chien) sorti du fond du cœur avant de repartir en maudissant la terre entière d’être une femme.

Finalement, j’en suis arrivée à me demander si réagir servait bien à quelque chose. Je ne peux m’empêcher de le faire, c’est plus fort que moi. Je n’ai pas envie de donner l’impression que tout cela est naturel, normal. Et en même temps, je n’y gagne rien : suis énervée, gaspille mon énergie et les gens me prennent pour une folle ! Je comprends de plus en plus celles qui ici font  comme si elles n’entendaient rien. On en vient même à apprécier les rames de métros réservées aux femmes.

En arriver là, obligé de séparer les sexes pour éviter tout débordement est un affreux constat d’échec. Ceux qui prêchent les vertus de la mixité, moi la première, auront vite compris qu’ici, il s’agit d’une nécessité qui va au-delà d’une question de confort. Depuis quelques mois se développent des lieux et des modes de transports réservés aux femmes : comme ces nouveaux taxis conduits par des chauffeurs de taxis femmes censés apporter une solution au problème. Reste que pour la majorité des Egyptiens, et donc des femmes, le taxi est un transport coûteux et que les seules alternatives bon marché, celles des bus et minibus bondés, sont largement propices à la promiscuité.

Alors, évidemment, on peut imaginer les raisons d’une telle situation : la frustration sexuelle, le chômage, la crise du logement qui rendent difficiles le mariage des jeunes hommes et retarde encore plus leur vie sexuelle, l’oppression sociale, l’absence de lendemain… En attendant, les associations locales se battent tandis que les autorités semblent faire mine de ne rien entendre. En témoigne une déclaration de Suzanne Moubarak, l’épouse du président qui affirmait en 2009 au journal gouvernemental Al Ahram : « Le harcèlement sexuel ne peut pas être considéré comme un phénomène à cause de quelques incidents isolés. » Circulez donc, y a rien à voir. Très bien, mais si au moins on pouvait circuler tranquillement…

Nassira El Moaddem (Le Caire)

Article publié sur le Bondy Blog : cliquez ici

Quand on se prosterne devant des mannequins « New Fashion », ça donne ça!

imga0005.jpg   Nous sommes un jeudi après-midi à l’heure de la prière de « Dhor » (mi-journée) dans une des nombreuses galeries commerçantes du centre-ville du Caire. La plupart des hommes que vous voyez en train de prier, ce sont les commerçants des boutiques aux alentours dont vous en apercevez deux vitrines. Des centaines de gallabiyas et autres robes de soirée, aux couleurs toutes aussi flashy les unes que les autres. Et devant ces mannequins inanimés, à chaque prière de la journée, les professionnels du quartier se consacrent à leurs obligations religieuses.

Nassira El Moaddem

Le paradis du sac

 

imga0095.jpgVous vous demandez sûrement ce que sont tous ces sacs à main, de toutes les couleurs, de tous les styles?

Les objets trouvés de la gare du Caire? Non

Mon armoire? non plus (j’ai horreur des sacs à main)

Non, c’est le centre d’accueil de la Bibliothèque d’Alexandrie, où chaque visiteur se doit de poser ses affaires. Ici ce sont les dizaines et les dizaines de sacs déposés par les femmes et les jeunes filles se rendant à la bibliothèque.

Face à face en noir et blanc à Al Azhar

imga0039.jpg C’est une jeune femme que j’ai vue plusieurs fois aux alentours de la mosquée d’Al Azhar. Hier, elle était assise sur le grand tapis qui recouvre le couloir de l’entrée sud. En face d’elle, un chat noir et blanc qui lui ressemblait étrangement. Tous les deux se sont fixés pendant une bonne heure je crois. Le spectacle était assez troublant. On aurait dit que les deux communiquaient réellement.

Virée sur le Nil vers Qanater

imga00811.jpg C’est un cliché que j’ai pris lors d’une balade en bateau sur le Nil direction Qanater, une ville située à une quinzaine de kilomètres de la capitale. Une destination prisée des Cairotes surtout le week-end et jours fériés. Le voyage dure deux heures. Sur l’embarcation, c’est un festival de couleurs avec les mille modèles de voiles portés par les jeunes filles et un moment pour filles et garçons de se retrouver en amoureux ou entre amis loin de la pression de la capitale. Ici, c’est un cliché qui montre ce petit bout de chou dont l’uniforme m’a hanté pendant quelques jours. A ses côtés son père; au second plan, un couple qui, séparé par un verre de thé, regarde au loin.

 

 

tensions au centre-ville du Caire

575x3851548195023f2ill1329700daa2caire1.jpgCe matin en me rendant en cours, j’ai été surprise par le nombre impressionnant de policiers en uniforme mais également en civil sur le chemin qui mène au centre : le long de l’avenue Qasr el 3aini qui rejoint la grande place Tahrir mais également sur l’avenue Talaat Harb, l’axe principal du centre-ville de la capitale. Des dizaines de véhicules des forces de sécurité étaient arrêtés devant les principaux bâtiments institutionnels :du secteur: bureau du Premier ministre, assemblée du peuple, assemblée de Choura. J’ai d’abord pensé qu’un convoi présidentiel ou ministériel était peut-être prévu mais autant de forces de l’ordre, cela paraissait beaucoup. Surtout que la plupart des forces de sécurité présentes dans le centre étaient en réalité des policiers en civil, regroupés à plusieurs, en état d’alerte, et qui semblaient se préparer à ce que quelque chose se passe ou que quelqu’un arrive.

J’ai alors lu les infos du jour et ai appris qu’une marche organisée par Ayman Nour, l’opposant leader du parti el Ghad (second aux élections présidentielles de 2005) devait avoir lieu ce mardi et partir du centre-ville du Caire. C’est donc pour cela que les forces de l’ordre étaient rameutées en nombre dans le west el balad. Depuis, selon les médias occidentaux, la marche a été dispersée par police et armée mobilisées en masse. D’après l’AFP, Nour Ayman Nour le fils du leader d’opposition a été interpellé.

Au même moment, c’est le groupe « Jeunesse du 6 avril », appelant aux réformes notamment constitutionnelles et à la fin de l’état d’urgence, qui a également tenté de manifester dans le centre au cri de « A bas Hosni Moubarak » et « Liberté, liberté ». Selon les médias qui ont rapporté l’évènement, les manifestants au nombre d’environ 200 auraient été réprimés par les forces de l’ordre et plusieurs d’entre eux auraient été arrêtés (60 selon les autorités rapporte l’AFP). Al Jazeera fait part de son côté de la confiscation par la police anti-émeutes de plusieurs enregistrements de l’une de ses équipes de reportage.

Le journal indépendant « Al Dostour » (La Constitution) a quant à lui rapporté des attaques perpétrées à l’encontre des journalistes et contre certaines femmes dont le voile aurait été arraché. Le journal d’opposition publie notamment sur son site internet la liste des militants que les forces de sécurité auraient arrêtés et a mis en ligne une série de photographies montrant les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre, diaporama repris sur Youtube. Le voici-dessous :

 

Image de prévisualisation YouTube 

(crédit photo : REUTERS/STRINGER/EGYPT)

 

New Roz kurde au Caire!

Voilà je vous l’avais promis. Voici une des vidéos prises lors de notre participation aux festivités kurdes organisées en banlieue du Caire par le Parti Démocratique Kurde iraquien. L’évènement était assez impressionnant. Je promets de mettre très vite un papier plus long.

 

Image de prévisualisation YouTube

 

« La Marocaine »

Papyrus, passeports, filles de joie marocaines et punitions… ou l’envers du décor saisi à l’occasion d’une visite au ministère de l’Intérieur égyptien. Récit.

passeportmarocain.jpg Faissal et moi avions rendez-vous au ministère de l’intérieur pour des papiers administratifs relatifs à notre résidence en Egypte. A vrai dire, cela ne me faisait pas vraiment peur. Avoir affaire aux autorités égyptiennes, on a toujours mieux comme programme, mais j’étais plutôt enthousiasmée à l’idée de voir ce qui se passait dans les bureaux de cet immense bâtiment, coiffé de dizaines de satellites et entouré d’un nombre impressionnant de militaires. Excitée donc de découvrir, mais je craignais déjà l’attente. Et puis disons que l’horaire du rendez-vous éveillait un tantinet les soupçons : 21h30 mercredi dernier…

Le ministère se situe à quelques rues de chez moi. En arrivant, les agents d’accueil ne brillent pas par leur amabilité. On fait passer les personnes par un sas de sécurité en leur ordonnant, d’une voix criarde, de déposer à l’accueil téléphones portables et autres objets métalliques. Les formalités de contrôle accomplies, nous nous dirigeons vers la salle d’attente, spacieuse, aux murs blancs presque immaculés. Je suis la seule femme. En arrivant dans la salle, une douzaine de paire d’yeux me dévisagent de haut en bas. Je m’assieds. Manque de chance, j’ai oublié ma lecture à la maison. Mes deux seules distractions : une fiche d’informations à remplir et mon …dictionnaire arabe-français!

J’en profite pour revoir les mots de vocabulaire appris dans la journée. Objectif : éviter de croiser au maximum les regards des mâles qui m’entourent. A ma droite, un jeune d’une vingtaine d’années ne semble pas vouloir décoller ses yeux de moi. Je m’énerve gentiment et lui fais comprendre qu’il a tout intérêt à arrêter son numéro tout de suite. Faissal se crispe. La soirée commence bien… Trente minutes sont passées. Nous sommes toujours là à attendre qu’on veuille bien nous appeler. Au plafond, le bruit d’un néon sur le point de rendre l’âme m’agace autant que les regards insistants de mon voisin grisonnant d’en face, qui s’y met lui aussi.

Ce soir, c’est un festival de matage auquel j’ai droit et en plein ministère de l’Intérieur. Merci je ne suis pas venue pour rien… Voilà, on nous appelle enfin. Il est bientôt 22h15. Nous traversons la cour du ministère et rejoignons une autre entrée intérieure du bâtiment. A l’intérieur, un jeune homme à la taille impressionnante nous accueille et ouvre la porte de l’ascenseur. Nous nous y engouffrons et quelques secondes plus tard nous voilà arrivés. Je prie pour que les formalités administratives se fassent vite. En sortant de l’ascenseur, j’ai un peu de mal à croire ce que je vois : deux personnes, un homme d’une cinquante d’années et une jeune femme, tous deux debout, visage face au mur. A leur gauche, l’accueil du service dont les agents semblent apprécier le spectacle : glousseries et moqueries en tout genre fusent à l’encontre des deux « punis ». Je crois rêver. J’ai l’impression de faire un retour en arrière d’une quinzaine d’années, quand, grondés par la maîtresse, les plus vilains d’entre nous étaient amenés « au coin ».

En observant la jeune femme, je me rends compte qu’elle porte une djellaba traditionnelle marocaine, de couleur rose, la capuche sur le dos. Même ses blaghi (babouches) typiques trahissent son origine. Je suis persuadée que c’est une Marocaine, j’en mettrai ma main à couper. J’ignore ce qui l’a amenée ici. Sa tenue est couverte de ce qui paraît être de la graisse de voiture. Ses cheveux, noirs de jais, sont plus ou moins attachés et ses deux bras, posés le long de son corps immobile. La porte du bureau du responsable s’ouvre enfin. En sortent deux agents du ministère entourant un homme et lui ordonnent de rejoindre les deux « punis » : à son tour le voilà debout entre les deux autres, face au mur.

Cette fois-ci le responsable nous fait signe d’entrer. L’accueil est très cordial. Sur son bureau, plusieurs passeports dont celui situé tout au dessus qui est, pour sûr, marocain. Je le reconnais à l’armoirie dorée qui orne la couverture. Nous sommes invités à nous asseoir sur le canapé. A côté, la télévision est allumée. La salle est sombre, éclairée par une unique petite lampe de bureau. L’on nous pose des questions sur notre séjour, montrons nos passeports et cartes d’identité. Rien de méchant. Le responsable a le sourire, les questions n’ont pas le ton d’un entretien formel. En trois minutes chrono, nous récupérons nos papiers. Nous sortons du bureau. Je ne peux m’empêcher de demander à Faissal de retourner discuter avec notre interlocuteur pour en savoir plus sur les raisons de la « punition » des trois personnes. Il fait demi-tour et sur le pas de la porte lui demande : « Ils sont marocains? » . Réponse : « Oui ». – « Pourquoi sont-ils ici? »« Ils ont fait de mauvaises choses » lui répond le fonctionnaire. « De la prostitution? », l’interroge Faissal. –« Oui », avoue-t-il, avec un quasi un sourire dessiné sur le visage.

En sortant je ne peux m’empêcher de tenter de capter un regard de la jeune Marocaine. Mais en passant à côté d’elle pour emprunter l’escalier, elle ne décollera pas ses yeux du mur qu’elle fixe depuis je ne sais combien de temps. Une prostituée? Je ne le saurai jamais. Au Moyen-Orient, les Marocaines ont la réputation d’être « les putes de la région ». J’ai entendu cela plus d’une fois, en Syrie, il y a quelques années, et en Egypte aujourd’hui. J’aurais voulu lui parler, savoir ce qu’elle faisait au Caire, ce qui lui était arrivé, pour quelles raisons s’était-elle retrouvée là, debout comme un enfant face au mur d’un service du ministère de l’Intérieur égyptien? Je me demande aujourd’hui ce qui a bien pu lui arriver et m’en veux de ne pas avoir cherché à en savoir davantage et de ne pas l’avoir aidée. J’ignore comment j’aurais pu mais j’aurais dû essayer.

Nassira El Moaddem

Billet publié sur le Bondy blog : cliquez ici

Cliché Live from Cairo : tanks VS manèges

imga00531.jpg Suez, ville égyptienne célèbre pour son canal. Ici au park Moubarak le long de la baie de Suez. La voix de Madame Oum Kelthoum en fond sonore, et des enfants accrochés aux manèges s’amusent face aux tanks du musée militaire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

123456...13

promos viandes |
actuplanet |
chlochlodu77 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | blogbladi
| sofianelebossdu0120041995
| LA GUILDE DES RIRES