A l’hôpital Saint-Philibert de Lomme, pas question d’entendre parler d’euthanasie

Pour ou contre l’euthanasie? Mardi 25 janvier, les sénateurs ont écarté la proposition relative à l’assistance médicalisée pour mourir. A l’unité des soins palliatifs de l’hôpital Saint-Philibert près de Lille, on veut croire qu’une autre solution est possible. Reportage ESJ.

Censure à l’Institut du monde arabe : interdit de parler politique – الرقابة بمعهد العالم العربي : ممنوع الكلام عن السياسة !

Censure à l’Institut du monde arabe (IMA) de Paris, l’institution franco-arabe présidée depuis 2007 par Dominique Baudis : un débat public prévu jeudi à propos de la situation en Egypte a dû être annulé en raison de l’exigence de la direction que les orateurs ne parlent pas… de politique ! Les intervenants de cette conférence consacrée à « l’Egypte à la croisée des chemins », programmée au lendemain d’élections législatives entachées de forts soupçons de fraude, ont décidé d’annuler leur participation après avoir été priés d’éviter ce sujet. Le débat, prévu dans le cadre des traditionnels « Jeudis de l’IMA », a dû être annulé.

Les intervenants prévus étaient quatre spécialistes de l’Egypte :
•Sophie Pommier, consultante sur le Moyen-Orient et chargée de cours à Sciences-Po Paris ;
•Tewfik Aclimandos, chercheur au Collège de France ;
•Youssel El Chazli, doctorant en co-tutelle à l’université de Lausanne et Sciences-Po Paris ;
•Shayma Hassabo, doctorante à l’Institut d’études politiques (IEP) de Grenoble,
Deux jours plus tôt, les quatre universitaires s’étaient entendus sur le contenu du débat :

« Analyser la situation politique actuelle en Egypte en proposant un point sur les élections législatives et la présidentielle à venir. »

Loïc Barrière, journaliste à Radio Orient, devait animer la conférence-débat. Elle n’aura jamais lieu.

« Filtrer les questions du public » 18h15. Dans la salle, une cinquantaine de personnes patientent. A peine arrivés, les quatre universitaires sont entrainés à l’écart par Badr-Eddine Arodaky, directeur général adjoint de l’IMA. « Il nous a défendu de parler politique et des élections », confie Sophie Pommier, scandalisée. Elle ajoute :

« Il voulait que je parle d’un chapitre de mon dernier ouvrage consacré à la démographie. Il en était hors de question. Les gens n’étaient pas venus pour ça. Il voulait même filtrer les questions du public. »

« Nous sommes des politologues. Evidemment que nous allions parler des élections. Je n’étais pas là pour parler des requins de Charm El-Cheikh », affirme de son côté Chaymaa Hassabo.

Collectivement, les chercheurs refusent de donner conférence et proposent, en guise de consolation, une discussion dans un café près de l’Institut. Selon Chaymaa Hassabo, Loïc Barrière était « sidéré » par ce qui se passait. Contacté, le journaliste nous donne un rendez-vous téléphonique, avant de se rétracter :

« Je préfère ne pas m’exprimer sur cette histoire. Je souhaite tourner la page. »

Possible au Caire, pas à Paris ?
Sophie Pommier ironise :

« Le comble, c’est de pouvoir faire ce type de conférence au Caire, et d’en être empêchée à Paris. »

Même commentaire de Chaymaa Hassabo :

« En Egypte, dans les journaux et dans les chaînes de télévision publiques, les gens parlent des élections. Je ne comprends pas pourquoi à Paris ça pose problème. On est en France quand même, non ? ! »

Pour Sophie Pommier, ancienne de l’IMA où elle a travaillé cinq ans, il y aurait une explication à cette censure, due au fait que Badr-Eddine Arodaky serait pressenti pour prendre la direction de l’IMA et se trouverait en ballotage avec une autre personne.

Contacté à plusieurs reprises à son bureau à l’IMA, Badr-Eddine Arodaky n’a pas donné suite à nos appels.

L’Institut du monde arabe est « un lieu de culture fruit d’un partenariat entre la France et vingt-deux pays arabes », dont l’Egypte. C’est aussi une Fondation de droit français, financée par l’Etat français et ses partenaires du monde arabe.

Nassira El Moaddem

Papier publié sur Rue89.com, cliquez ici

Bourses et logements universitaires : les Crous à la ramasse

Queues interminables, listes d’attente sans fin, frais de scolarité exigés avant examen des dossiers : en cette rentrée, l’exaspération des étudiants concernés est à son comble. L’enquête  à Paris et à Créteil.

nassiracrous12.jpgPas de ticket pour prendre son tour. Juste une interminable file d’attente. Bienvenue dans le monde enchanté des Crous, ces administrations chargées, entre autres, de la gestion des bourses et des logements universitaires. Chargées, mais surtout débordées en ce début d’année universitaire.

Fin septembre au Crous de Paris. Alors que les années précédentes, les étudiants pouvaient monter directement au premier étage et patienter avant d’espérer rencontrer un agent, c’est désormais un personnel de sécurité qui leur souhaite la bienvenue. Des hommes qui jouent à la police et aux régulateurs de flux. Une maman est venue s’occuper du dossier de bourses de ses enfants : « Ils sont en cours. Deux sont en prépa et ma fille est en double-cursus. Ils n’ont pas le temps de se déplacer donc je viens à leur place. Mercredi dernier, je suis venue pourtant assez tôt mais il y avait déjà du monde jusque devant les portes. Je n’ai pas eu le courage de rester. » Les étudiants font le pied de grue. Parfois pendant plusieurs heures. Certains sont arrivés bien avant l’horaire d’ouverture, 9 heures, pour espérer être parmi les premiers.

Pour beaucoup, la rentrée ayant déjà commencé, il n’y a pas d’autre choix que de rater des cours. C’est le cas d’Aurélie, étudiante en littérature. Certains repartiront bredouilles si le service ferme ses portes avant qu’ils n’aient atteint le guichet. Le Crous de Paris tente de gérer la situation comme il peut. Jusqu’à la fin du mois d’octobre, le service est ouvert jusqu’a 15h30 contre 13 heures habituellement. Mais inutile d’appeler le service au téléphone. Personne pour répondre.

Au Crous de Créteil, la situation est en apparence plus maîtrisée. Pas de queue interminable à l’arrivée, les étudiants semblent reçus assez rapidement et ont la chance de pouvoir s’asseoir sur les quelques sièges de la salle d’attente. Mais en discutant avec certains d’entre eux, en colère, la situation apparaît là comme tout autant difficile.

Comme au Crous de Paris, le flux tendu de cette rentrée y a entraîné des retards dans le traitement et la saisie des dossiers, et cela a eu des conséquences sur la mise en paiement des bourses. Au final, de nombreux étudiants se retrouvent en ce début d’année sans bourse mais également sans attestation prouvant qu’ils toucheront bien cette aide financière alors même que la plupart étaient déjà boursiers les années précédentes. Résultat : pas d’attribution conditionnelle ou définitive de bourses, obligation de payer les frais d’inscriptions à la fac.

« C’est scandaleux de devoir payer les frais de scolarité alors qu’on est boursier. J’ai dû trouver 378 euros pour mon inscription. Si j’ai une bourse, c’est qu’à la base, j’ai une situation modeste. 400 euros c’est pas donné à tout le monde. J’ai des amis qui étaient dans le même cas. Ils ne se sont pas inscrits parce qu’ils n’avaient pas l’argent. Je trouve ça grave », s’insurge Céline, en DUT carrières sociales à Paris XII. Sur avis d’un des agents du service des bourses, elle a rencontré une assistante sociale de sa fac. « Je suis partie lui expliquer ma situation et demander une aide pour le paiement de mes frais de scolarité. Elle ma dit que je n’étais pas prioritaire et que des étudiants se trouvaient dans des situations plus dramatiques que la mienne. Ça m’a vraiment énervée. »

Obligée donc de payer ses frais de scolarité. Là encore, les difficultés continuent : «Impossible d’échelonner le paiement comme je l’avais demandé, car 400 euros d’un coup c’était énorme pour moi. Et pour payer, c’est soit par mandat cash, soit par chéquier. Je n’en avais pas. J’ai dû demander à quelqu’un de ma famille. » Une autre étudiante rencontrée au Crous de Paris explique avoir montré son avis définitif de bourse de l’an dernier pour ne pas avoir à payer les frais de scolarité de cette rentrée. A charge pour elle de ramener la nouvelle notification une fois reçue. Une solution que seule cette étudiante semble connaître. D’autres étudiants rattachés aux Crous de Créteil et de Paris indiquent avoir dû s’acquitter des frais d’inscription, en raison du retard dans le traitement des dossiers.

Mathieu Beurois, chargé de la communication au Crous de Créteil, en veut à ces étudiants qui se réveillent, selon lui, à la dernière minute : « Beaucoup arrivent à la rentrée et demandent une bourse et un logement alors qu’ils n’ont pas respecté les délais de saisie des dossiers. Si on avait le courage de décider qu’après une certaine date, il n’est plus possible de faire sa demande, cela responsabiliserait peut-être les étudiants. »Au-delà de la saturation du service, il y le nouveau barème des bourses que le ministère n’a adressé aux Crous que vers les première et deuxième semaines de septembre. Il y a aussi les variations de dates de traitement des dossiers dues aux arrivées au compte-goutte des demandes. Selon Mathieu Beurois, si les étudiants saisissaient leurs demandes dans les délais impartis, les attributions de bourses leur arriveraient au plus tôt en juin, au plus tard en septembre. Pourtant, certains étudiants qui n’ont, à ce jour, toujours pas de réponse définitive, assurent avoir fait leur demande dans les temps.

A cela s’ajoutent les pièces manquantes aux dossiers qui retardent leur traitement, le manque de personnel et les bugs informatiques. Fin août, une panne du serveur a donné des sueurs froides aux étudiants qui, en se connectant sur le site des Crous, ne voyaient qu’une page blanche, sans aucun accès au suivi de leur dossier. Et en cette matinée de septembre seuls trois agents reçoivent les étudiants au Crous de Paris, pourtant présents en nombre. A Créteil, Mathieu Beurois reconnaît qu’il manque de mains: « On a bien recruté des étudiants, des vacataires que l’on a formés mais il est clair qu’il n’y a pas assez de personnel. »

Au Crous de Paris, une des personnes chargées de la sécurité répond à la plainte d’une des étudiantes : « Vous savez, dans mon quartier, j’ai bien demandé à des jeunes de venir travailler mais tu parles, ils préfèrent tenir les murs. » Et lorsque des pièces de dossiers viennent à manquer, aucun autre moyen pour les étudiants de le savoir si ce n’est en se déplaçant directement dans les Crous : la ligne téléphonique est très souvent saturée, et aucun courrier ni mail n’est envoyé.

Que ce soit à Paris ou à Créteil, inutile d’espérer un logement universitaire. Les résidences sont pleines. « Un taux d’occupation, non pas de 100% mais de 120% pour l’académie de Créteil. C’est-à-dire que toutes les résidences sont pleines, que les seuls logements vides actuellement sont ceux qui viennent d’être quittés et qui seront réoccupés dans quelques jours le temps que les étudiants arrivent. Et il y a également une liste d’attente de 2000 étudiants que nous venons d’arrêter. On s’est rendu compte qu’elle donnait de faux espoirs aux étudiants alors que ceux sur la liste ne sont même pas sûrs d’avoir quelque chose », explique Mathieu Beurois.

Des solutions alternatives existent pour les étudiants. Encore faut-il les connaître. Pour le chargé de la communication du Crous de Créteil, les moyens d’information ne manquent pas : site internet, stands du Crous à l’université, campagne d’e-mailing, plaquettes et livrets d’information, page officielle sur Dailymotion. Il assure même répondre aux questions des jeunes sur Twitter. « La population étudiante est une cible extrêmement difficile à toucher », regrette-t-il. Pourquoi ne pas envisager des séances obligatoires pour les étudiants en amphithéâtres dans les universités? « On s’est battu cette année avec les universités pour que le Crous fasse des interventions en amphithéâtre. Il y a eu d’âpres négociations. Au final on a pu intervenir en amphi mais pas de manière obligatoire. Résultat : seuls quatre étudiants étaient présents. »

Afin d’aider ceux en difficulté, il y a le FNAU, le Fonds national d’aide d’urgence des Crous qui remplace les anciens dispositifs de l’allocation unique d’aide d’urgence et de l’allocation d’études. Il permet, sur décision d’une commission, d’accorder des aides annuelles aux étudiants recevables à une bourse mais dont la situation familiale ne permet pas le traitement « classique » de leur dossier, et d’allouer des aides ponctuelles aux étudiants qui rencontrent des difficultés momentanées. Mais, selon les étudiants présents au Crous de Créteil, la grande majorité ignore l’existence de ce dispositif. Mathieu Beurois confie que quelques étudiants, ayant appris la tenue des commissions sans avoir bénéficié d’aides, ont adressé des menaces de mort par courrier, par téléphone et agressé verbalement et physiquement des agents du Crous.

Pour le logement, Mathieu Beurois insiste sur les rénovations et les prochaines constructions de résidences universitaires : selon ses chiffres, ente 85 et 90% du parc locatif géré par le Crous de Créteil a été rénové. Et de nouvelles résidences verront le jour à Villetaneuse, à Bobigny sur le site de la Vache à l’aise et à La Courneuve. « Cela prend du temps : le temps d’avoir les autorisations, d’avoir les permis de construire… » Ces projets de construction sont peu médiatisés : « C’est un choix stratégique, explique-t-il. Il ne faut pas en parler trop tôt car encore une fois, on est dépendant des délais de chantiers qui peuvent prendre du retard. Ça pourrait créer des frustrations. Il faut certes les mettre en avant pour montrer nos actions en la matière mais pas trop pour éviter que cela se retourne contre nous.»

Mathieu Beurois déplore l’image négative du Crous. « J’aimerais pouvoir montrer à quel point les agents des services ne ménagent pas leurs efforts au service des étudiants. La semaine dernière, 1536 ont été reçus du lundi au jeudi. L’accueil physique des étudiants est une vraie priorité pour nous. » C’est ainsi que le responsable de communication a organisé l’année dernière un casting dans les universités de l’académie. Objectif : donner une image moderne et en phase avec la réalité du monde de la vie étudiante. Cinq étudiants ont été sélectionnés par un jury pour représenter la nouvelle génération d’étudiants dans les campagnes d’affichage du Crous. Coût de l’opération : 5 000 euros.

Il faudra encore du temps et davantage d’efforts pour redorer la réputation des Crous. Il suffit de surfer sur les forums spécialisés et de lire les posts les concernant pour avoir une idée de l’opinion des étudiants à ce sujet. Céline, l’étudiante de carrières sociales, est catégorique : « Si on veut être informé, vaux mieux connaître des étudiants ayant traversé les mêmes galères et qui ont connu les mêmes problèmes. Ils savent nous informer beaucoup mieux que tous les services du Crous réunis. »

Hasard du calendrier? Voici le message que l’on pouvait lire sur le site internet du Crous de Paris au moment où je finissais de rédiger cet article : « Suite à une coupure d’alimentation électrique sur le réseau informatique, le service des bourses et du logement est fermé le mercredi 6 octobre. L’application internet « suivi du dossier social étudiant » est également fermée pendant la même période. »

Nassira El Moaddem

Billet paru sur le Bondy Blog : cliquez ici

Live from Paris : Grand Ramdam à La Villette (épisode 1)

Paris, Paris, Paris. Ses festivals et ses évènements musico-culturo-politiques comme celui de ce 28 août, où pour rassurer la population islamico-halal, on l’ a arrosée de raï, de quelques petits paquets de dattes distribués entre deux youyous avec en guest-star Frédéric Mitterrand et Fadela Amara, venus rassurer sur leurs bonnes intentions ; oui, nos deux ministres adorent le ramadan, ce mois de partage et de fête, où l’on mange des cornes de gazelle grâce à ces merveilleux voisins maghrébins qui vous offrent plein de gâteaux « orientaux ». Et grâce à  cet évènement organisé par le ministère de la Culture, les Maghrébins de France ont pu se dandiner sur deux trois notes de musique exotique aux frais de l’Etat …

J’y étais au Grand Ramdam. Pas pour nos deux chers membres du gouvernement. Mais pour les vraies vedettes de la soirée. Nas El Ghiwane, le mythique groupe marocain. Jeunes, familles entières, nostalgiques du Maroc des années 70 étaient tous réunis, se pressant devant les portes de la grande salle de la cité de la musique pour espérer être aux premières loges d’un concert qui s’annonçait mythique.

En attendant le concert, et les vidéos que j’ai prises pour les absents et que je publierai prochainement, voici quelques photos de cette journée au Parc de la Villette avec ci-dessous des clichés de la Confrérie tunisienne soufie de Tozeur qui a déambulé dans les allées du parc. (pour mieux voir les photos, cliquez dessus)

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Business des photos de presse dans les camps roms

Dans le campement de Pantin, des médias paient pour avoir des images, créant des tensions et des jalousies entre Roms. Reportage.

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En me rendant dans le campement rom de Pantin, j’étais loin d’imaginer dans quelle misère toutes ces familles vivaient. Avant de venir, j’avais prévenu Isabelle de mon arrivée. Elle appartient au collectif de soutien aux Roms de Pantin et coordonne la mobilisation. Depuis plusieurs jours, elle tente de sensibiliser riverains et habitants de la ville au sort de ces familles. Fatiguée et un peu démoralisée par les évènements récents, elle me fait rencontrer quelques familles. Le comportement de certains médias, couplé aux discours et pratiques sécuritaires du gouvernement, l’a mise en colère.

Arrivée dans le campement de Pantin, j’ai l’impression d’être comme toutes ces caméras qui se sont précipitées ces dernières semaines pour une photo ou quelques images de la misère des bidonvilles. Je ne voulais pas me pointer chez ces familles sans passer par une association ou des gens de terrain qui ont un contact régulier avec elles. Car, malgré le caractère précaire de leurs habitations, les tas d’ordures disposés à l’entrée et l’odeur qui va avec, des familles entières vivent ici. Je ne voulais pas m’introduire chez eux comme je me rends au spectacle.

Le camp de Roms de Pantin se situe à quelques minutes à pied de la gare, au fond de la rue Denis Papin, sur un terrain appartenant à Réseaux ferrés de France. Une décision de justice début juillet les a enjoints de quitter les lieux. Une expulsion est imminente. Les Roms de Pantin vivent avec cette épée de Damoclès sur la tête.

Les baraquements sont disposés le long d’un petit chemin pavé. De part et d’autre se suivent les habitations où vivent plusieurs dizaines de Roms. Mais également un Maghrébin et un Africain, confie Elena, une des Roms, installée à Pantin avec son fils, sa belle-mère et plusieurs autres membres de sa famille. Elena a 26 ans et vit en France depuis trois ans, avec des interruptions fréquentes pour retourner au pays, la Roumanie : « Je n’ai jamais passé l’hiver ici. Les habitations ne sont pas faites pour le froid. On rentre passer l’hiver en Roumanie.»

Elena est maman d’un petit garçon de 3 ans. « Il souffre d’une maladie musculaire rare », explique-t-elle. Elle m’invite dans son logement : une grande pièce à vivre où se retrouve toute la famille et une pièce aménagée en cuisine. A l’entrée du camp, quelques toilettes ont été installées par la mairie : « Ils n’ont été mis en place qu’il y a quelques jours. Cela faisait des mois qu’on les avait demandés », précise Isabelle. Il n’y a pas d’eau courante dans le campement. Aux habitants de se débrouiller pour la récupérer.

A l’intérieur de la « maison » d’Elena, beaucoup d’humidité, des meubles récupérés par-ci par-là, quelques photos accrochées aux murs. Et les rires des enfants des familles voisines qui viennent nous rendre visite. Avec Elena, on parle de la Roumanie, pays que j’ai visité au printemps 2007. Sa belle-mère, allongée par terre, me dit des choses gentilles : « Vous êtes jolie. » L’accueil est chaleureux : « Qu’est-ce que vous voulez boire ? Café, thé, coca ? » Elena, lorsqu’elle ne s’occupe pas de son fils, vend des souvenirs à la Tour Eiffel.

Je rencontre d’autres habitants du campement. Méfiants au début, ils finissent par me proposer des cadeaux. Je décline poliment leur offre. Tout le monde se demande pour quelle chaîne de télévision je travaille. « L’arrivée de plusieurs médias, ça a foutu une pagaille monstre ici », confie Isabelle. Avant de venir sur place, j’avais lu les reportages sur le camp de Pantin. Dont un de Paris Match dont j’ai une copie avec moi.

Je la tends à Isabelle qui, prise dans le tourbillon des activités de soutien, n’avait pas eu le temps de le lire. « Ce papier a créé pas mal de problèmes au sein de la communauté », affirme-t-elle. J’apprendrai plus tard que Paris Match a payé 200 euros pour les photos. Al Jazeera aussi, 50 euros, ainsi que la BBC. « Cela se passe très mal en ce moment sur le terrain… La presse est encore revenue. Cela fout une empoigne entre tous et c’est le bordel. Tu rajoutes qu’ils sont tous persuadés d’être virés avant la fin du mois et tu as une hystérie collective ! », me dira plus tard Isabelle.

Evidemment, sur place, ce sont les plus aptes à parler français et à répondre aux journalistes qui récoltent les fruits de ce business. Ceci n’est pas sans causer des jalousies et des tensions au sein des familles. Je demande à Elena si je peux prendre quelques photos : « Tu as vu ce que tout cela a causé ces derniers temps. Je ne préfère pas. » Seulement voilà, les médias, j’en fais partie. Je prendrai donc une photo aussi, à l’extérieur des baraquements. Sans payer.

Deux cents euros, 50 euros, c’est donc le prix pour montrer à l’Europe entière la misère de ces bidonvilles. Des habitants de nos quartiers que l’on a ignorés toutes ces années, alors même que nous les croisons tous les jours dans le métro, dans la rue… Deux cents euros donc : qui dit mieux ?

Nassira El Moaddem

Billet paru sur le Bondy Blog : cliquez ici

Pyramides : épisode 2

Me voici de retour en France. Depuis désormais deux mois. N’ai pas eu le temps de réfléchir à toute cette année qui vient de s’écouler et dont j’ai essayé de vous donner quelques bribes d’aventures à travers mes photos, mes textos et les quelques vidéos mis en ligne. Je crois que j’aurai encore besoin de quelques temps pour me poser et faire le bilan de ces neuf mois passés au Caire. Il me reste quand même des choses à partager avec vous. Certaines que j’ai voulu publier sur mon blog mais les jours filant à la vitesse de l’éclair, n’avais jamais eu le temps de le faire.

imga0067.jpgVous vous souvenez, j’avais posté sur mon blog la photo de ce vieux monsieur assis sur son chameau, déambulant autour des pyramides de Gizah. Je vous avais promis de revenir plus longuement sur ce site touristique qui attire chaque année des millions de visiteurs. Et comme je vous le disais, le plus intéressant dans les Pyramides, c’est tout sauf …… les Pyramides!!!

J’ai attendu plusieurs mois avant de m’y rendre. La peur d’être déçue je pense. Evidemment quand on est au Caire ou en Egypte pour quelques jours, la visite des Pyramides semble un passage quasi obligé. Quand on y vit pour plusieurs mois, c’est tout autre chose. J’avais repoussé au maximum ce qui représentait pour moi le symbole du tourisme de masse. Les craintes se sont malheureusement révélées bien fondées.

En arrivant sur le site, c’est d’abord de nombreux bus qui vous attendent. Des bus à n’en plus finir. La visite est réglée à la minute près pour les touristes impatients. Pas le temps de discuter, de flairer un peu le quartier. Tout est chronométré. Il fait chaud. La plupart fait le tour des trois pyramides, immortalise l’instant devant ces prouesses pharaoniques, avant de vite rentrer dans les bus climatisés et de rejoindre les hôtels. Seules les personnes en sac à dos, sans contraintes liées aux voyages organisés, poussent la marche un peu plus loin, se fraient le chemin, et se laissent emporter par la foule et l’agitation créée par ce site impressionnant. Impressionnant, il l’est évidemment. C’est une prouesse architecturale que l’on se prend en pleine gueule. Mais difficile pourtant d’être émue. Le site est très peu entretenu. Canettes, sacs plastiques, l’endroit regorge de détritus en tout genre.

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En s’engouffrant et en déambulant autour des Pyramides, je m’aperçois que le site n’est pas pris d’assaut que par les touristes étrangers. Des Egyptiens y viennent se prendre en photo en famille. Mais c’est aussi l’endroit idéal pour les jeunes couples pour se retrouver à l’écart, sur les hauteurs de la ville comme ces deux adolescents rencontrés en m’enfonçant un peu plus loin.

En me baladant, je rencontre ce vieil officier dont j’ai oublié le prénom (qu’il me pardonne). Il y travaille depuis plusieurs années. Lorsque je lui demande ce que ça fait de voir tant d’étrangers en même temps, le monsieur a l’air un peu blasé : « On en voit tellement. On s’est habitués à les voir toute l’année. » Et les filles étrangères habillées de façon….. » Je ne fais même plus attention. Elles font partie du décor maintenant ». Pourtant, des hommes salivant devant ces blondes a moitié dénudées, j’en ai croisés. Et peut-on les blâmer? Travailler sous un soleil de plomb, sans aire d’ombre pour se poser, pour trois francs six sous, et se passer d’un tel spectacle??? Ici les dos nus côtoient les uniformes en laine noire des policiers.

 

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Pour les hommes qui tiennent les lieux, il y a donc les jolies étrangères, et les relations avec les touristes. On n’hésite pas à demander quelques pièces pour un renseignement donné, un chemin indiqué. A baragouiner quelques mots d’anglais, de français, d’italien, histoire d’entretenir le niveau de langue. De leur côté, guides et autres professionnels du site rentrent parfois en conflit avec les touristes pour des tarifs pas respectés, comme cette famille d’ Espagnols, excédée, qui a levé le ton.

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Il y a également le jeu du chat et la souris entre policiers et adolescents Ces derniers montent sur les trois pyramides des Reines (peu élevées)  situées à l’est de la grande Pyramide de Kheops, énervant les policiers, qui impuissants, tentent de les faire redescendre en soufflant sur leur sifflet. Les gamins à peine redescendus, d’autres remontent. Et c’est comme ça toute la journée.

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Et puis il y a les plus jeunes, des classes entières d’élèves de primaires, venues admirer les grandeurs de la civilisation pharaonique, plus impressionnées par les femmes étrangères aux shorts et jupes raccourcis que par les pyramides ! »Hello, what’s your name? », me lance une petite fille au grand sourire. « I love you » me dit un de ses camarades, qui à mon « me too » se cache, timide, derrière ses petits copains!

Reste que le tourisme permet de faire vivre des millions de familles dans ce pays. Sur le site, les vendeurs d’eau fraîche, de petits souvenirs, les conducteurs de calèche et les taxis attendent debout en nombre incalculable sur le chemin de bitume qui mène à la sortie du site.

Voilà les scènes qui rythment la vie autour de ce poumon économique de l’Egypte. Il y aurait encore des milliers d’autres choses à dire, d’autres scènes de vie à raconter. Pour clore ce billet, j’avais envie de vous montrer cette image, celle du Caire, dos aux pyramides, qui rappelle combien ces dernières sont au coeur de la vie, au coeur de la ville. Mais un projet d’aménagement du plateau de Gizah envisage de créer deux entrées distinctes : une pour les touristes au nord, une seconde, éloignée, pour les Egyptiens… Il en faudra plus pour empêcher ceux et celles qui vivent des fruits du tourisme de ne pas entrer en interaction avec les visiteurs…

 

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Du hip-hop égyptien ça donne ça!

 

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Voilà c’en est fini des Oum Kelsoum et des Abdel Halim Hafed. Le Moyen-Orient s’est mis au hip-hop et au rap depuis belle lurette. D’Europe, difficile d’y avoir accès. J’ai assisté hier à une soirée à Alexandrie qui clôturait une semaine de workshoP entre différents groupes de hip-hop : turc, français, allemand et égyptien. Sur scène dans cette vidéo, c’est le groupe alexandrin « Y Crew ». A vos oreilles!

 

Méfiez-vous des apparences…..

imga0003.jpgMe voici dans le minibus à prier pour que la climatisation marche. Non que je sois une adepte de l’air conditionné mais quand la température avoisine les 40 degrés et que l’on se trouve dans un transport plein à craquer, on en vient à reconsidérer certains principes… Il est 7h30 du matin. Direction le vent frais, la corniche et les plats de poisson à en perdre haleine d’Alexandrie. Dehors, à quelques mètres à peine de la Gare ferroviaire Ramsès, beaucoup d’agitation. Nous sommes vendredi matin, premier jour du week-end. Tout le monde attend, sous un soleil de plomb, pouvoir embarquer dans n’importe quel bus direction El Iskenderia. Comme cette femme à ma gauche, qui patiente depuis plusieurs minutes qu’un bus arrive. Lorsque j’ai vu l’inscription sur son sac, je n’ai pas pu m’empêcher d’exploser de rire. « Politics is my bag »!! Comme quoi, les apparences sont souvent trompeuses….

 

Pyramides Episode 1

imga0075.jpgC’est un monsieur que j’ai rencontré lors d’une visite aux pyramides de Giza. Il devait avoir au moins 70 ans mais il se tenait droit comme un piquet sur son chameau à qui il parlait comme on le ferait à un compagnon de longue date. En prenant la photo, je me suis dit : « Merde un chameau qui a de plus jolies dents que son propriétaire c’est quand même moche« ! Ca m’a fait rire. Je ne devrai peut être pas mais avouez que le parallèle est cocasse!

La visite des pyramides, tout un programme. J’ai mis du temps avant de décider d’y aller. En vérité, j’ai profité de la visite de ma maman pour l’accompagner. J’ai donc attendu 7 mois avant d’y mettre les pieds. En réalité, je suis plus attirée par la vie bruyante du Caire, de ses souks, de ses quartiers, de ses cafés, que les ambiances musées et touristes. Je vous raconterai cela dans un prochain billet. Mais ce qui est sûr c’est que le plus intéressant aux pyramides, c’est tout ………sauf les Pyramides. A suivre….

Cliché Live from Cairo : Ca se passe comme ça chez l’ami Ronald!

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Rue Talaat Harb, centre-ville du Caire, un samedi soir. Des enfants zebellin qui vident les poubelles de chez Mc Do. Il étaient quatre ce soir-là, haut comme trois pommes à trier les cartons déposés devant le trottoir. Et oui, ca se passe comme ça chez l’ami Ronald‎!

 

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