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« Un vent nouveau souffle sur Al Jazira »

terredislamaljazeeraaljazeera.jpgDes visages jeunes, de nouveaux slogans, une présence accrue sur les réseaux sociaux: un vent nouveau souffle sur Al-Jazira depuis le début des révolutions arabes. Si elle bénéficiait d’une large audience et d’une image assez favorable dans le monde arabe, elle cumulait cependant deux principaux handicaps: côté Occident, on l’assimilait à un organe idéologique pro-palestinien et on fustigeait sa diffusion de vidéos envoyées par Al-Qaïda. Et côté arabe, certains regrettaient un ton de plus en plus sensationnel. Nul doute qu’au-delà des bénéfices que les sociétés arabes tireront de ces expressions démocratiques inédites, c’est bien Al-Jazira qui sort victorieuse des événements.

A circonstances exceptionnelles, dispositif exceptionnel. Pour l’occasion, Al-Jazira a revu l’ensemble de ses programmes, tout en soignant l’habillage. Les voix des grands chanteurs arabes comme celles d’Oum Kalsoum et de Sayed Darwish, emblématiques interprètes égyptiens, recouvrent les photos des populations en liesse. De nouveaux slogans apparaissent: au traditionnel «l’opinion et l’opinion contraire», qui avait fait la marque de fabrique de la chaîne, succède un slogan pour chaque révolution: «Egypte: le peuple a vaincu», «Libye: l’effondrement du mur du silence». Des interludes reprenant des témoignages de manifestants entrecoupent les programmes exclusivement dédiés aux révolutions.

Sur le plateau, la chaîne multiplie les invités: politiques, syndicalistes mais également experts nationaux des pays traversés par les contestations. Pour décrypter le soulèvement en Libye, la chaîne reçoit sur son plateau des politologues, des opposants, des syndicalistes, des religieux, voire des psychologues analysant ce qui relève selon eux d’une pathologie de Mouammar Kadhafi. Même le porte-parole de la diplomatie libyenne, Khaled Kaïm, a accordé un entretien téléphonique musclé à la chaîne le 22 février 2011. Dans cette interview de 30 minutes en direct, il a fustigé une chaîne qui n’est pas digne de confiance, manque de professionnalisme et diffuse des images qui ne reflètent pas la réalité. «Si nous sommes si indignes de ce travail, alors pourquoi c’est avec nous que vous parler aujourd’hui?», l’interroge le présentateur vedette Mohamed Krichen. Cet épisode vidéo a fait le tour de la Toile, commenté en continu par les internautes.

Sans oublier les religieux et notamment Youssef el Qardawi, Egyptien de naissance mais déchu de sa nationalité pour appartenance au mouvement des Frères musulmans. C’est lui, une des figures de la chaîne où il anime des émissions religieuses, qui a dirigé la grande prière du vendredi 18 février, une semaine après la chute de Moubarak, sur la désormais fameuse place Tahrir. Lui, qui n’avait pas mis les pieds dans son pays natal depuis 30 ans. Une prière retransmise en direct sur Al-Jazira et des images qui ont fait le tour du monde, dont celles montrant des Egyptiens de confession copte regroupés en cercle autour de leurs compatriotes musulmans.

En masse, les témoins affluent sur la chaîne, la remerciant de leur laisser l’opportunité de raconter ce qu’ils vivent. Ils côtoient les nombreuses vidéos et photos envoyées via Facebook et Twitter et dont l’origine n’est que très rarement authentifiée. Jusqu’à la chute de Ben Ali, Al-Jazira ne disposait pas de bureau à Tunis, en raison de sa censure par le pouvoir local. Cela a obligé la chaîne à utiliser les images en provenance d’Internet. Une décision qui a eu l’avantage de faire émerger de nouveaux visages sur la scène médiatique. Longtemps, Al-Jazira a fait la part belle aux éminentes têtes grises des pays arabes. Depuis deux mois, elle montre plutôt les jeunes militants, les cyber-activistes et les simples citoyens qui se sont révélés durant les révolutions.

En France, les téléspectateurs d’Al-Jazira, souvent la première voire deuxième génération d’immigrés maghrébins, découvrent le visage de cette jeunesse souvent apolitique mais qui se sert de la Toile pour leur soif de changements. L’image d’un «bled» sclérosé par la corruption, l’oligarchie et la violence s’atténue et laisse place à celle d’un pays où un avenir est possible. Possible pour les populations de l’autre côté de la Méditerranée mais également pour les jeunes Français issus de l’immigration. En France, beaucoup d’entre eux ont fondé ou sont membres de comités dédiés à la lutte du peuple tunisien. Certains envisagent même d’y aller pour participer au nouvel élan politique. Car ces révoltes et la couverture qu’Al-Jazira en a fait ont eu pour effet de réaffirmer l’identité arabe de ces jeunes Français dont beaucoup ne parlent pas forcément la langue mais se sentent concernés par les processus démocratiques en cours. D’autant plus qu’une majorité dénonce une montée des discours d’extrême droite et islamophobes en France. Entre 2012 et les révolutions arabes, certains semblent avoir déjà choisi.

Nassira El Moaddem

Papier publié dans le quotidien suisse Le Temps, mercredi 9 mars 2011

Lien Internet pour une partie de l’article : http://www.letemps.ch/Page/Uuid/ff6875d0-4a66-11e0-be28-360b748c23b1/Le_vent_nouveau_dAl-Jazira

 

Scènes de vie à Al Azhar – مشاهد من الحياة بالأزهر

imga00411.jpgVoilà six mois que je suis partie du Caire. Cette ville folle furieuse, où les pots d’échappement crachent à plein régime et où les lumières ne s’éteignent jamais. Aujourd’hui, l’Egypte frémit. On ignore où cette révolte mènera. On prie pour qu’une nouvelle page s’ouvre. Celle de l’espoir et de la liberté. Amis égyptiens, vous me manquez et bizarrement le Caire aussi. Une ville dont j’ai pourtant haï la violence et le bruit. Aujourd’hui, elle me manque et je ne peux décoller mon visage de l’ordinateur où je vois défiler les images des rues que j’empruntais tous les jours.

En hommage à cette ville tentaculaire, bruyante, poussièreuse, quelques photos scènes de vie. En ouverture, Al Azhar.

Tranches de vie(s) à Al Azhar
Album : Tranches de vie(s) à Al Azhar

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Pyramides : épisode 2

Me voici de retour en France. Depuis désormais deux mois. N’ai pas eu le temps de réfléchir à toute cette année qui vient de s’écouler et dont j’ai essayé de vous donner quelques bribes d’aventures à travers mes photos, mes textos et les quelques vidéos mis en ligne. Je crois que j’aurai encore besoin de quelques temps pour me poser et faire le bilan de ces neuf mois passés au Caire. Il me reste quand même des choses à partager avec vous. Certaines que j’ai voulu publier sur mon blog mais les jours filant à la vitesse de l’éclair, n’avais jamais eu le temps de le faire.

imga0067.jpgVous vous souvenez, j’avais posté sur mon blog la photo de ce vieux monsieur assis sur son chameau, déambulant autour des pyramides de Gizah. Je vous avais promis de revenir plus longuement sur ce site touristique qui attire chaque année des millions de visiteurs. Et comme je vous le disais, le plus intéressant dans les Pyramides, c’est tout sauf …… les Pyramides!!!

J’ai attendu plusieurs mois avant de m’y rendre. La peur d’être déçue je pense. Evidemment quand on est au Caire ou en Egypte pour quelques jours, la visite des Pyramides semble un passage quasi obligé. Quand on y vit pour plusieurs mois, c’est tout autre chose. J’avais repoussé au maximum ce qui représentait pour moi le symbole du tourisme de masse. Les craintes se sont malheureusement révélées bien fondées.

En arrivant sur le site, c’est d’abord de nombreux bus qui vous attendent. Des bus à n’en plus finir. La visite est réglée à la minute près pour les touristes impatients. Pas le temps de discuter, de flairer un peu le quartier. Tout est chronométré. Il fait chaud. La plupart fait le tour des trois pyramides, immortalise l’instant devant ces prouesses pharaoniques, avant de vite rentrer dans les bus climatisés et de rejoindre les hôtels. Seules les personnes en sac à dos, sans contraintes liées aux voyages organisés, poussent la marche un peu plus loin, se fraient le chemin, et se laissent emporter par la foule et l’agitation créée par ce site impressionnant. Impressionnant, il l’est évidemment. C’est une prouesse architecturale que l’on se prend en pleine gueule. Mais difficile pourtant d’être émue. Le site est très peu entretenu. Canettes, sacs plastiques, l’endroit regorge de détritus en tout genre.

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En s’engouffrant et en déambulant autour des Pyramides, je m’aperçois que le site n’est pas pris d’assaut que par les touristes étrangers. Des Egyptiens y viennent se prendre en photo en famille. Mais c’est aussi l’endroit idéal pour les jeunes couples pour se retrouver à l’écart, sur les hauteurs de la ville comme ces deux adolescents rencontrés en m’enfonçant un peu plus loin.

En me baladant, je rencontre ce vieil officier dont j’ai oublié le prénom (qu’il me pardonne). Il y travaille depuis plusieurs années. Lorsque je lui demande ce que ça fait de voir tant d’étrangers en même temps, le monsieur a l’air un peu blasé : « On en voit tellement. On s’est habitués à les voir toute l’année. » Et les filles étrangères habillées de façon….. » Je ne fais même plus attention. Elles font partie du décor maintenant ». Pourtant, des hommes salivant devant ces blondes a moitié dénudées, j’en ai croisés. Et peut-on les blâmer? Travailler sous un soleil de plomb, sans aire d’ombre pour se poser, pour trois francs six sous, et se passer d’un tel spectacle??? Ici les dos nus côtoient les uniformes en laine noire des policiers.

 

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Pour les hommes qui tiennent les lieux, il y a donc les jolies étrangères, et les relations avec les touristes. On n’hésite pas à demander quelques pièces pour un renseignement donné, un chemin indiqué. A baragouiner quelques mots d’anglais, de français, d’italien, histoire d’entretenir le niveau de langue. De leur côté, guides et autres professionnels du site rentrent parfois en conflit avec les touristes pour des tarifs pas respectés, comme cette famille d’ Espagnols, excédée, qui a levé le ton.

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Il y a également le jeu du chat et la souris entre policiers et adolescents Ces derniers montent sur les trois pyramides des Reines (peu élevées)  situées à l’est de la grande Pyramide de Kheops, énervant les policiers, qui impuissants, tentent de les faire redescendre en soufflant sur leur sifflet. Les gamins à peine redescendus, d’autres remontent. Et c’est comme ça toute la journée.

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Et puis il y a les plus jeunes, des classes entières d’élèves de primaires, venues admirer les grandeurs de la civilisation pharaonique, plus impressionnées par les femmes étrangères aux shorts et jupes raccourcis que par les pyramides ! »Hello, what’s your name? », me lance une petite fille au grand sourire. « I love you » me dit un de ses camarades, qui à mon « me too » se cache, timide, derrière ses petits copains!

Reste que le tourisme permet de faire vivre des millions de familles dans ce pays. Sur le site, les vendeurs d’eau fraîche, de petits souvenirs, les conducteurs de calèche et les taxis attendent debout en nombre incalculable sur le chemin de bitume qui mène à la sortie du site.

Voilà les scènes qui rythment la vie autour de ce poumon économique de l’Egypte. Il y aurait encore des milliers d’autres choses à dire, d’autres scènes de vie à raconter. Pour clore ce billet, j’avais envie de vous montrer cette image, celle du Caire, dos aux pyramides, qui rappelle combien ces dernières sont au coeur de la vie, au coeur de la ville. Mais un projet d’aménagement du plateau de Gizah envisage de créer deux entrées distinctes : une pour les touristes au nord, une seconde, éloignée, pour les Egyptiens… Il en faudra plus pour empêcher ceux et celles qui vivent des fruits du tourisme de ne pas entrer en interaction avec les visiteurs…

 

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Du hip-hop égyptien ça donne ça!

 

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Voilà c’en est fini des Oum Kelsoum et des Abdel Halim Hafed. Le Moyen-Orient s’est mis au hip-hop et au rap depuis belle lurette. D’Europe, difficile d’y avoir accès. J’ai assisté hier à une soirée à Alexandrie qui clôturait une semaine de workshoP entre différents groupes de hip-hop : turc, français, allemand et égyptien. Sur scène dans cette vidéo, c’est le groupe alexandrin « Y Crew ». A vos oreilles!

 

Méfiez-vous des apparences…..

imga0003.jpgMe voici dans le minibus à prier pour que la climatisation marche. Non que je sois une adepte de l’air conditionné mais quand la température avoisine les 40 degrés et que l’on se trouve dans un transport plein à craquer, on en vient à reconsidérer certains principes… Il est 7h30 du matin. Direction le vent frais, la corniche et les plats de poisson à en perdre haleine d’Alexandrie. Dehors, à quelques mètres à peine de la Gare ferroviaire Ramsès, beaucoup d’agitation. Nous sommes vendredi matin, premier jour du week-end. Tout le monde attend, sous un soleil de plomb, pouvoir embarquer dans n’importe quel bus direction El Iskenderia. Comme cette femme à ma gauche, qui patiente depuis plusieurs minutes qu’un bus arrive. Lorsque j’ai vu l’inscription sur son sac, je n’ai pas pu m’empêcher d’exploser de rire. « Politics is my bag »!! Comme quoi, les apparences sont souvent trompeuses….

 

Pyramides Episode 1

imga0075.jpgC’est un monsieur que j’ai rencontré lors d’une visite aux pyramides de Giza. Il devait avoir au moins 70 ans mais il se tenait droit comme un piquet sur son chameau à qui il parlait comme on le ferait à un compagnon de longue date. En prenant la photo, je me suis dit : « Merde un chameau qui a de plus jolies dents que son propriétaire c’est quand même moche« ! Ca m’a fait rire. Je ne devrai peut être pas mais avouez que le parallèle est cocasse!

La visite des pyramides, tout un programme. J’ai mis du temps avant de décider d’y aller. En vérité, j’ai profité de la visite de ma maman pour l’accompagner. J’ai donc attendu 7 mois avant d’y mettre les pieds. En réalité, je suis plus attirée par la vie bruyante du Caire, de ses souks, de ses quartiers, de ses cafés, que les ambiances musées et touristes. Je vous raconterai cela dans un prochain billet. Mais ce qui est sûr c’est que le plus intéressant aux pyramides, c’est tout ………sauf les Pyramides. A suivre….

Cliché Live from Cairo : Ca se passe comme ça chez l’ami Ronald!

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Rue Talaat Harb, centre-ville du Caire, un samedi soir. Des enfants zebellin qui vident les poubelles de chez Mc Do. Il étaient quatre ce soir-là, haut comme trois pommes à trier les cartons déposés devant le trottoir. Et oui, ca se passe comme ça chez l’ami Ronald‎!

 

« Plus personne ne dort sur le trottoir »

img0857copycropdisplay.jpgDepuis des mois, les trottoirs qui longent les bâtiments institutionnels de la capitale sont occupés par des travailleurs en colère. En février dernier, je vous avais parlé, dans un de mes billets, de la protestation des ouvriers d’une usine textile de Tanta, qui faisaient sit-in devant la Présidence du Conseil des Ministres. Idem pour le trottoir du Conseil Consultatif (Majlis A-Shourah) situé sur une artère principale du centre-ville du Caire, qui a lui accueilli ces derniers mois des centaines d’ouvriers venus également manifester leur colère. Tous protestaient contre le non versement par leurs entreprises de plusieurs mois de salaires. Selon un récent rapport réalisé par l’Observatoire ouvrier égyptien, déjà 45 sit-in auraient été réalisés depuis le début de l’année.

Les ouvriers des usines « Amonesto » et « Mobaria », occupant le trottoir du Conseil Consultatif, n’ont pas eu l’issue « plus ou moins heureuse » des salariés de Tanta, qui quelques semaines avant, avaient réussi, à obtenir certaines indemnisations. Il y a deux jours, ils ont été évacués par les forces de sécurité du trottoir où ils avaient élu domicile. Pourquoi maintenant? Parce que le Premier ministre kenyan Raila Odinga venait en visite officielle au Caire et que la vue d’ouvriers amassés à deux pas de la présidence du Conseil des Ministres aurait fait tâche. Quelques jours avant, les manifestants avaient levé le ton pointant du doigt le silence des autorités devant leur situation. Certains s’étaient couchés à même le sol tandis que d’autres brandissaient leurs pancartes au cri de « Hukkuma Haramya » (Le gouvernement, ce voleur). Quelques heures plus tard, ils étaient dégagés manu militari.

Ce matin en allant en cours, le trottoir qui longe le Conseil Consultatif était vide. Pendant plusieurs semaines, nous nous étions (malheurs2201015172542.jpgeusement) habitués à voir ces ouvriers camper jour et nuit, dans des conditions difficiles. Des hommes, âgés entre 30 et 60 ans, la mine fatiguée, autour d’eux éparpillés par terre des morceaux de pain rassis, avec en guise de lit quelques couvertures étendues sur le sol. Accrochés aux barreaux de la clôture qui entoure le Conseil, des dizaines de sac en plastique contenant leurs effets personnels. Sur un des arbres qui longe le trottoir était suspendu un épouvantail portant une pancarte autour du cou où l’on pouvait lire : « العمل = الاعدام » « le travail = la peine de mort ». Face aux ouvriers, des policiers,  aux traits tout aussi fatigués, jeunes, parfois très jeunes, qui 24/24 encerclaient les manifestants derrière des barrières de sécurité.

Ce matin le journal indépendant Al Masry el Youm publiait cette photo en Une avec pour titre:

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لا أحد «ينام» على الرصيف »

(Plus personne ne dort sur le trottoir)

Un titre qui tombe un peu à plat étant donné la photo :pas un ouvrier mais un policier……… qui dort !

 

 

(Crédits photos : Al Masry el Youm)

Drague au Caire…. nerfs à vif!

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Quand on est une femme, on a de quoi être en colère contre le Caire. Y marcher, y faire ses courses, s’y promener, bref sortir relève souvent du parcours du combattant. Je vis désormais dans la capitale égyptienne depuis presque huit mois et pourtant je ne m’y habitue pas. Des regards collants que vous arrivez presque à palper, aux mains baladeuses dans les transports en commun. Du type qui se frotte à vous dans la rue alors que le trottoir est aussi large qu’une voie d’autoroute, aux mots sensés être doux et qui résonnent en vous comme autant d’insultes que l’on vous crache en pleine figure : « Miel », « ma jolie », « viens par ici ma fille ». Ces expressions de la rue de tous les jours je les ai en horreur.

Et il n’y a pas que les blondes aux yeux bleus qui ont le droit à ce traitement. Pour subir ce genre d’humiliation, être de sexe féminin suffit. Avoir 60 ans, porter un voile ou un niqab, être accompagné de son compagnon, de son mari, d’amis : rien ne freine ces excès de libido. C’est le quotidien des femmes du Caire. J’habite à quelques minutes du centre-ville. Le trajet que j’effectue tous les jours entre mon domicile et la fac est loin d’être une partie de plaisir. A 8 heures du matin, les hormones de certains sont déjà en ébullition. Un jour, alors que je me rendais en cours, arrivant à hauteur de la place Tahrir, un des points névralgiques de la capitale, un type s’approche de moi à la vitesse de l’éclair. Il est venu, m’a touchée, a eu son petit quart d’heure américain, son sourire vicieux puis est reparti comme si de rien n’était. Dans ce genre de situation, vous ne comprenez pas pourquoi vous ne faîtes rien, pour quelles raisons vous restez immobiles alors que la rage vous dévore. Vous vous détestez de ne pas avoir su comment réagir, de ne pas vous être révoltée.

En réalité, la scène dure à peine quelques secondes et arrive sans que vous n’y soyez préparée. Et puis que faire? Une autre fois, je me suis mise à crier et j’ai poussé violemment celui qui s’approchait pour me toucher. L’homme très mal à l’aise s’est vite retourné et a fait demi-tour. En guise de réaction, j’ai eu l’audace de croire que le policier qui se trouvait tout près de moi allait pouvoir m’aider. C’était sans compter que lui aussi « avait faim » et qu’en allant le voir il allait me regarder comme un vulgaire bout de viande. C’est un peu ça le sentiment ici, d’être une charogne sur patte, l’objet ambulant de leurs désirs sexuels. Imaginez-vous marcher dans la rue et en voir certains se gratter les parties intimes pendant qu’ils vous regardent passer. Ou encore ce jour où, me promenant avec une amie, nous entendons sortant de la bouche de deux hommes que nous devançons : « Par devant ou par derrière ? » A vous en donner la nausée.

Je parle du Caire mais des histoires à peu près semblables j’en ai vécu dans d’autres villes du monde arabe en Syrie ou au Maroc par exemple. Et, on pourrait parler longtemps de la drague lourde de certains hommes en France, des harcèlements sexuels qui ont cours dans le monde professionnel. L’Europe n’est évidemment pas exempte de ce genre de comportements à l’adresse des femmes. Mais ici, au Caire et notamment dans certains quartiers, le phénomène drague (« mo3akassa ») est inscrit dans le quotidien, devenu banal, normal, une sorte de jeu aussi auquel se livre les hommes fatigués d’un quotidien morose et d’une absence d’avenir.

Ce n’est pas encore du harcèlement (« taharuch ») même si pour certaines la frontière entre les deux n’est pas si opaque. « Lorsqu’à chaque fois que vous sortez de chez vous, pour vous rendre à n’importe quel endroit, vous devez essuyer les sifflements et les propos obscènes de certains hommes, je pense qu’on est pas loin du harcèlement », me confie Rim, étudiante à l’Université du Caire.

Mais voilà il faut se protéger. Vous vous mettez alors sur la défensive, adoptez une attitude volontairement agressive. Depuis j’ai développé un sens visuel hors du commun : mes radars détectent à distance ceux qui s’aventureraient à s’approcher de moi. Au point parfois peut-être de sombrer dans la paranoïa. Devoir faire tout ce cinéma, m’emmerde, ce n’est pas vous mais au fond on s’en fout, faut se blinder. Je ne compterai pas le nombre de fois où je me suis arrêtée pour insulter celui qui s’amenait vers moi pour tenter quelque chose. Ici, les hommes ont très peu l’habitude que les femmes réagissent en pleine rue.

Du coup, lorsque vous vous retournez pour réagir contre celui qui vient à peine de vous frôler ou de vous lancer je ne sais quel regard obscène ou remarque indécente, et que vous osez lui rappeler son attitude immonde, à 95% des cas vous êtes sûrs que le type va tourner la tête et vous répondre : « Mais c’est pas toi que je regardais. Je parlais à mon ami. » Autant vous dire que la réponse n’aide pas à refroidir vos nerfs. D’abord, on vous atteint dans votre dignité et en plus on se fout ouvertement de vous. Double peine. Et de lui répondre, un peu impuissante, mais de toutes mes forces, un « kelb » (sale chien) sorti du fond du cœur avant de repartir en maudissant la terre entière d’être une femme.

Finalement, j’en suis arrivée à me demander si réagir servait bien à quelque chose. Je ne peux m’empêcher de le faire, c’est plus fort que moi. Je n’ai pas envie de donner l’impression que tout cela est naturel, normal. Et en même temps, je n’y gagne rien : suis énervée, gaspille mon énergie et les gens me prennent pour une folle ! Je comprends de plus en plus celles qui ici font  comme si elles n’entendaient rien. On en vient même à apprécier les rames de métros réservées aux femmes.

En arriver là, obligé de séparer les sexes pour éviter tout débordement est un affreux constat d’échec. Ceux qui prêchent les vertus de la mixité, moi la première, auront vite compris qu’ici, il s’agit d’une nécessité qui va au-delà d’une question de confort. Depuis quelques mois se développent des lieux et des modes de transports réservés aux femmes : comme ces nouveaux taxis conduits par des chauffeurs de taxis femmes censés apporter une solution au problème. Reste que pour la majorité des Egyptiens, et donc des femmes, le taxi est un transport coûteux et que les seules alternatives bon marché, celles des bus et minibus bondés, sont largement propices à la promiscuité.

Alors, évidemment, on peut imaginer les raisons d’une telle situation : la frustration sexuelle, le chômage, la crise du logement qui rendent difficiles le mariage des jeunes hommes et retarde encore plus leur vie sexuelle, l’oppression sociale, l’absence de lendemain… En attendant, les associations locales se battent tandis que les autorités semblent faire mine de ne rien entendre. En témoigne une déclaration de Suzanne Moubarak, l’épouse du président qui affirmait en 2009 au journal gouvernemental Al Ahram : « Le harcèlement sexuel ne peut pas être considéré comme un phénomène à cause de quelques incidents isolés. » Circulez donc, y a rien à voir. Très bien, mais si au moins on pouvait circuler tranquillement…

Nassira El Moaddem (Le Caire)

Article publié sur le Bondy Blog : cliquez ici

Quand on se prosterne devant des mannequins « New Fashion », ça donne ça!

imga0005.jpg   Nous sommes un jeudi après-midi à l’heure de la prière de « Dhor » (mi-journée) dans une des nombreuses galeries commerçantes du centre-ville du Caire. La plupart des hommes que vous voyez en train de prier, ce sont les commerçants des boutiques aux alentours dont vous en apercevez deux vitrines. Des centaines de gallabiyas et autres robes de soirée, aux couleurs toutes aussi flashy les unes que les autres. Et devant ces mannequins inanimés, à chaque prière de la journée, les professionnels du quartier se consacrent à leurs obligations religieuses.

Nassira El Moaddem

Le paradis du sac

 

imga0095.jpgVous vous demandez sûrement ce que sont tous ces sacs à main, de toutes les couleurs, de tous les styles?

Les objets trouvés de la gare du Caire? Non

Mon armoire? non plus (j’ai horreur des sacs à main)

Non, c’est le centre d’accueil de la Bibliothèque d’Alexandrie, où chaque visiteur se doit de poser ses affaires. Ici ce sont les dizaines et les dizaines de sacs déposés par les femmes et les jeunes filles se rendant à la bibliothèque.

Face à face en noir et blanc à Al Azhar

imga0039.jpg C’est une jeune femme que j’ai vue plusieurs fois aux alentours de la mosquée d’Al Azhar. Hier, elle était assise sur le grand tapis qui recouvre le couloir de l’entrée sud. En face d’elle, un chat noir et blanc qui lui ressemblait étrangement. Tous les deux se sont fixés pendant une bonne heure je crois. Le spectacle était assez troublant. On aurait dit que les deux communiquaient réellement.

Virée sur le Nil vers Qanater

imga00811.jpg C’est un cliché que j’ai pris lors d’une balade en bateau sur le Nil direction Qanater, une ville située à une quinzaine de kilomètres de la capitale. Une destination prisée des Cairotes surtout le week-end et jours fériés. Le voyage dure deux heures. Sur l’embarcation, c’est un festival de couleurs avec les mille modèles de voiles portés par les jeunes filles et un moment pour filles et garçons de se retrouver en amoureux ou entre amis loin de la pression de la capitale. Ici, c’est un cliché qui montre ce petit bout de chou dont l’uniforme m’a hanté pendant quelques jours. A ses côtés son père; au second plan, un couple qui, séparé par un verre de thé, regarde au loin.

 

 

tensions au centre-ville du Caire

575x3851548195023f2ill1329700daa2caire1.jpgCe matin en me rendant en cours, j’ai été surprise par le nombre impressionnant de policiers en uniforme mais également en civil sur le chemin qui mène au centre : le long de l’avenue Qasr el 3aini qui rejoint la grande place Tahrir mais également sur l’avenue Talaat Harb, l’axe principal du centre-ville de la capitale. Des dizaines de véhicules des forces de sécurité étaient arrêtés devant les principaux bâtiments institutionnels :du secteur: bureau du Premier ministre, assemblée du peuple, assemblée de Choura. J’ai d’abord pensé qu’un convoi présidentiel ou ministériel était peut-être prévu mais autant de forces de l’ordre, cela paraissait beaucoup. Surtout que la plupart des forces de sécurité présentes dans le centre étaient en réalité des policiers en civil, regroupés à plusieurs, en état d’alerte, et qui semblaient se préparer à ce que quelque chose se passe ou que quelqu’un arrive.

J’ai alors lu les infos du jour et ai appris qu’une marche organisée par Ayman Nour, l’opposant leader du parti el Ghad (second aux élections présidentielles de 2005) devait avoir lieu ce mardi et partir du centre-ville du Caire. C’est donc pour cela que les forces de l’ordre étaient rameutées en nombre dans le west el balad. Depuis, selon les médias occidentaux, la marche a été dispersée par police et armée mobilisées en masse. D’après l’AFP, Nour Ayman Nour le fils du leader d’opposition a été interpellé.

Au même moment, c’est le groupe « Jeunesse du 6 avril », appelant aux réformes notamment constitutionnelles et à la fin de l’état d’urgence, qui a également tenté de manifester dans le centre au cri de « A bas Hosni Moubarak » et « Liberté, liberté ». Selon les médias qui ont rapporté l’évènement, les manifestants au nombre d’environ 200 auraient été réprimés par les forces de l’ordre et plusieurs d’entre eux auraient été arrêtés (60 selon les autorités rapporte l’AFP). Al Jazeera fait part de son côté de la confiscation par la police anti-émeutes de plusieurs enregistrements de l’une de ses équipes de reportage.

Le journal indépendant « Al Dostour » (La Constitution) a quant à lui rapporté des attaques perpétrées à l’encontre des journalistes et contre certaines femmes dont le voile aurait été arraché. Le journal d’opposition publie notamment sur son site internet la liste des militants que les forces de sécurité auraient arrêtés et a mis en ligne une série de photographies montrant les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre, diaporama repris sur Youtube. Le voici-dessous :

 

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(crédit photo : REUTERS/STRINGER/EGYPT)

 

New Roz kurde au Caire!

Voilà je vous l’avais promis. Voici une des vidéos prises lors de notre participation aux festivités kurdes organisées en banlieue du Caire par le Parti Démocratique Kurde iraquien. L’évènement était assez impressionnant. Je promets de mettre très vite un papier plus long.

 

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« La Marocaine »

Papyrus, passeports, filles de joie marocaines et punitions… ou l’envers du décor saisi à l’occasion d’une visite au ministère de l’Intérieur égyptien. Récit.

passeportmarocain.jpg Faissal et moi avions rendez-vous au ministère de l’intérieur pour des papiers administratifs relatifs à notre résidence en Egypte. A vrai dire, cela ne me faisait pas vraiment peur. Avoir affaire aux autorités égyptiennes, on a toujours mieux comme programme, mais j’étais plutôt enthousiasmée à l’idée de voir ce qui se passait dans les bureaux de cet immense bâtiment, coiffé de dizaines de satellites et entouré d’un nombre impressionnant de militaires. Excitée donc de découvrir, mais je craignais déjà l’attente. Et puis disons que l’horaire du rendez-vous éveillait un tantinet les soupçons : 21h30 mercredi dernier…

Le ministère se situe à quelques rues de chez moi. En arrivant, les agents d’accueil ne brillent pas par leur amabilité. On fait passer les personnes par un sas de sécurité en leur ordonnant, d’une voix criarde, de déposer à l’accueil téléphones portables et autres objets métalliques. Les formalités de contrôle accomplies, nous nous dirigeons vers la salle d’attente, spacieuse, aux murs blancs presque immaculés. Je suis la seule femme. En arrivant dans la salle, une douzaine de paire d’yeux me dévisagent de haut en bas. Je m’assieds. Manque de chance, j’ai oublié ma lecture à la maison. Mes deux seules distractions : une fiche d’informations à remplir et mon …dictionnaire arabe-français!

J’en profite pour revoir les mots de vocabulaire appris dans la journée. Objectif : éviter de croiser au maximum les regards des mâles qui m’entourent. A ma droite, un jeune d’une vingtaine d’années ne semble pas vouloir décoller ses yeux de moi. Je m’énerve gentiment et lui fais comprendre qu’il a tout intérêt à arrêter son numéro tout de suite. Faissal se crispe. La soirée commence bien… Trente minutes sont passées. Nous sommes toujours là à attendre qu’on veuille bien nous appeler. Au plafond, le bruit d’un néon sur le point de rendre l’âme m’agace autant que les regards insistants de mon voisin grisonnant d’en face, qui s’y met lui aussi.

Ce soir, c’est un festival de matage auquel j’ai droit et en plein ministère de l’Intérieur. Merci je ne suis pas venue pour rien… Voilà, on nous appelle enfin. Il est bientôt 22h15. Nous traversons la cour du ministère et rejoignons une autre entrée intérieure du bâtiment. A l’intérieur, un jeune homme à la taille impressionnante nous accueille et ouvre la porte de l’ascenseur. Nous nous y engouffrons et quelques secondes plus tard nous voilà arrivés. Je prie pour que les formalités administratives se fassent vite. En sortant de l’ascenseur, j’ai un peu de mal à croire ce que je vois : deux personnes, un homme d’une cinquante d’années et une jeune femme, tous deux debout, visage face au mur. A leur gauche, l’accueil du service dont les agents semblent apprécier le spectacle : glousseries et moqueries en tout genre fusent à l’encontre des deux « punis ». Je crois rêver. J’ai l’impression de faire un retour en arrière d’une quinzaine d’années, quand, grondés par la maîtresse, les plus vilains d’entre nous étaient amenés « au coin ».

En observant la jeune femme, je me rends compte qu’elle porte une djellaba traditionnelle marocaine, de couleur rose, la capuche sur le dos. Même ses blaghi (babouches) typiques trahissent son origine. Je suis persuadée que c’est une Marocaine, j’en mettrai ma main à couper. J’ignore ce qui l’a amenée ici. Sa tenue est couverte de ce qui paraît être de la graisse de voiture. Ses cheveux, noirs de jais, sont plus ou moins attachés et ses deux bras, posés le long de son corps immobile. La porte du bureau du responsable s’ouvre enfin. En sortent deux agents du ministère entourant un homme et lui ordonnent de rejoindre les deux « punis » : à son tour le voilà debout entre les deux autres, face au mur.

Cette fois-ci le responsable nous fait signe d’entrer. L’accueil est très cordial. Sur son bureau, plusieurs passeports dont celui situé tout au dessus qui est, pour sûr, marocain. Je le reconnais à l’armoirie dorée qui orne la couverture. Nous sommes invités à nous asseoir sur le canapé. A côté, la télévision est allumée. La salle est sombre, éclairée par une unique petite lampe de bureau. L’on nous pose des questions sur notre séjour, montrons nos passeports et cartes d’identité. Rien de méchant. Le responsable a le sourire, les questions n’ont pas le ton d’un entretien formel. En trois minutes chrono, nous récupérons nos papiers. Nous sortons du bureau. Je ne peux m’empêcher de demander à Faissal de retourner discuter avec notre interlocuteur pour en savoir plus sur les raisons de la « punition » des trois personnes. Il fait demi-tour et sur le pas de la porte lui demande : « Ils sont marocains? » . Réponse : « Oui ». – « Pourquoi sont-ils ici? »« Ils ont fait de mauvaises choses » lui répond le fonctionnaire. « De la prostitution? », l’interroge Faissal. –« Oui », avoue-t-il, avec un quasi un sourire dessiné sur le visage.

En sortant je ne peux m’empêcher de tenter de capter un regard de la jeune Marocaine. Mais en passant à côté d’elle pour emprunter l’escalier, elle ne décollera pas ses yeux du mur qu’elle fixe depuis je ne sais combien de temps. Une prostituée? Je ne le saurai jamais. Au Moyen-Orient, les Marocaines ont la réputation d’être « les putes de la région ». J’ai entendu cela plus d’une fois, en Syrie, il y a quelques années, et en Egypte aujourd’hui. J’aurais voulu lui parler, savoir ce qu’elle faisait au Caire, ce qui lui était arrivé, pour quelles raisons s’était-elle retrouvée là, debout comme un enfant face au mur d’un service du ministère de l’Intérieur égyptien? Je me demande aujourd’hui ce qui a bien pu lui arriver et m’en veux de ne pas avoir cherché à en savoir davantage et de ne pas l’avoir aidée. J’ignore comment j’aurais pu mais j’aurais dû essayer.

Nassira El Moaddem

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Cliché Live from Cairo : tanks VS manèges

imga00531.jpg Suez, ville égyptienne célèbre pour son canal. Ici au park Moubarak le long de la baie de Suez. La voix de Madame Oum Kelthoum en fond sonore, et des enfants accrochés aux manèges s’amusent face aux tanks du musée militaire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et Moubarak apparût!

Dans mon billet d’hier, je vous parlais de l’attente des premières images du président égyptien. Hosni Moubarak. Et bien les voilà, diffusées par la télévision publique égyptienne, Nile TV. Selon la chaîne, elles auraient été tournées dans la matinée de ce mardi. Officiellement toutes fraîches donc! Mahmoud Saad, un des présentateurs du talk-show « Masr Naharda » avait parlé d’une intervention télévisée du président. Mais il ne s’agit en réalité que de simples images. Les fans vont être déçus….

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En juillet 2004 à la suite de son opération à l’hôpital universitaire de Heidelberg en Allemagne, le Raïs, vêtu d’une robe de chambre, avait été filmé dans sa chambre d’hôpital. La télévision publique avait même à cette époque réalisé une interview du président. Cette fois-ci les images le montrent assis à une table du même établissement hospitalier en train de discuter en compagnie de deux médecins. Sauf que cette fois-ci le téléspectateur n’a pas l’honneur d’entendre le son de sa voix. Pas d’interview non plus. Juste quelques images et la lecture par le docteur Marcus Büchler, qui a opéré Hosni Moubarak le 6 mars, du bulletin de santé du Raïs. Le médecin a ainsi déclaré que « la condition générale du président s’améliore de manière satisfaisante » et « qu’il restera sous surveillance jusqu’à ce qu’il soit autorisé à quitter l’hôpital« . (photo crédits AFP)

Donc voici les fameuses images de la télévision égyptienne récupérées sur You Tube. Pour les non arabophones, désolée je n’ai pour l’instant que cette version.

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Le Raïs n’est pas mort, vive le Raïs!

hosnymubarak.jpgAprès la mort du cheikh d’Al Azhar, Mohamed Sayyed Tantawi la semaine dernière, voici que les rumeurs de décès du président égyptien, Hosni Moubarak, ont affolé twitter, blogs et facebook égyptiens depuis ce week-end. Dans les rues du Caire, tout le monde s’interroge sur le véritable état de santé du président. Le Raïs est-il mort?

C’est ce qu’ont annoncé avant hier (samedi 13 mars) la télévision nationale russe et un site web israélien. Une information que les dits médias ont tout de suite démentie s’ensuivant un communiqué de l’hôpital universitaire allemand de Heidelberg où le président égyptien a subi samedi 6 mars, (selon les déclarations officielles), une ablation de la vésicule biliaire et un retrait du polype du duodénum ( tumeur en principe bénigne placée dans l’intestin).

Voici ce que l’on apprenait du docteur Markus Büchler, coordinateur de l’équipe médicale allemande : « La récupération du président Hosni Moubarak se passe très bien. Je l’ai rencontré samedi matin dans sa chambre d’hôpital pour un examen de contrôle. Il m’a invité à boire un café et était de très bonne humeur avec un sens de l’humour dont nous nous sommes habitués ici ».… Hier (dimanche), pour couper court aux rumeurs, c’est un porte-parole de l’hôpital qui sous couvert d’anonymat, a affirmé à Reuters : « Le président est en vie, se porte bien et il se rétablit ».

Ces déclarations sont pourtant loin de rassurer la rue égyptienne qui s’interroge sur le véritable état de santé du Raïs. Hormis les blogs et les réseaux sociaux, les journaux égyptiens sont assez silencieux sur cette affaire reprenant uniquement les papiers d’agence sur le sujet. L’affaire Ibrahim Aissa est encore dans les mémoires : le rédacteur en chef du quotidien Al Doustour (« La constitution ») avait écopé en 2008 d’une peine de prison de deux mois pour avoir écrit des articles sur l’état de santé de Hosni Moubarak. Il avait fini par bénéficier d’une grâce présidentielle.

Cette rumeur intervient en plein remous politique en Egypte. Celui de la campagne en vue de l’élection présidentielle de 2011 pour laquelle, Mohamed El Baradeï, l’ancien directeur de l’AIEA à Vienne (Agence Internationale de l’Energie Atomique) a consacré son retour au pays, le mois dernier. Quelques jours plus tard, il créait avec un certain nombre de politiques et d’intellectuels égyptiens, une « coalition pour le changement » dont l’objectif vise à obtenir une modification constitutionnelle en vue du scrutin (voir billet du 27 février 2010). Une élection qui pour beaucoup semble jouée d’avance, le fils du président, Gamal Moubarak étant pressenti pour succéder à son père, malgré le déchaînement médiatique autour de Baradeï. Depuis quelques jours, sa coalition fait circuler une pétition appelant à des réformes constitutionnelles : limitation à deux mandats pour les élections présidentielles, possibilité pour tous de se présenter candidat aux différents scrutins…

Reste que le dossier Moubarak tient en haleine la société égyptienne qui s’interroge sur l’avenir institutionnel et politique du pays : Moubarak a bien transféré les pouvoirs au premier ministre Ahmed Nazif mais en l’absence de vice-président assurant l’intérim, beaucoup se demandent déjà ce qui se passerait si Hosni Moubarak devait disparaître.

La rumeur en tout cas continue de courir et l’absence de arton428.jpgphotos et d’images du président l’alimentent encore plus. On se souvient de ce cliché de Moubarak qui avait été pris suite à son opération en 2004 dans ce même hôpital : celle d’un président qui, vêtu d’une robe de chambre, passait ses communications téléphoniques depuis sa chambre d’hôpital. La chaîne publique égyptienne Nile Tv y avait même interviewé le Raïs.

Si la presse est pour l’instant très prudente sur le sujet, la bourse elle connaît des chutes exceptionnelles depuis ce week-end: une baisse de près de 4% hier alors qu’elle avait déjà diminué de plus de 2% dimanche. Les investisseurs attendent une intervention télévisée du président. Selon Mahmoud Saad, présentateur du talk-show « Masr Naharda » (L’Egypte aujourd’hui), cette intervention devrait avoir lieu très prochainement sur la télévision publique. A suivre donc…

Cheikh Tantawi est mort

muhammadsayyedtantawi1.jpg C’est l’agence de presse Middle East Agency qui l’a annoncé. Le cheikh Mohamed Sayyed Tantawi, grand imam de la grande mosquée d’Al Azhar du Caire, est décédé ce matin à Riyad en Arabie Saoudite des suites d’une crise cardiaque.

Le cheikh de la grande mosquée cairote, âgé de 81 ans, était en visite dans la capitale saoudienne pour une cérémonie de remise de prix organisée par le roi Faissal. Selon les conseillers du cheikh, qui interviennent en boucle depuis l’annonce de la mort sur les chaînes de télévision égyptiennes, rien ne laissait présager un tel accident rappelant que Tantawi était en « excellente santé« .

Ce dernier avait été largement critiqué en décembre dernier concernant les propos qu’il a tenus à l’encontre d’une jeune fille portant le niqab (voir billet de décembre 2009 : ici ). Pour de nombreux Egyptiens et pour ses détracteurs, le cheikh d’Al Azhar était à la solde du pouvoir.

C’est un certain Mohamed Wasel qui prendra en intérim la tête de l’institution jusqu’à ce que le président Hosni Moubarak nomme un nouveau cheikh à la tête de la grande Mosquée.

El Baradeï : « Non je ne suis pas le sauveur de l’Egypte »

Vous n’êtes sûrement pas sans savoir que les élections présidentielles de 2011 occupent une grande partie du débat médiatique actuel en Egypte. Baradeï en super héros de retour dans sa patrie après un » exil nucléaire » de 12 ans à Vienne comme directeur de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique. Il fallait voir le nombre de pages , d’émissions de télé de radio, consacrées au retour de l’enfant prodige du pays.

images.jpgEl Baradei a même mis en place une « Coalition Nationale pour le changement » composée d’intellectuels et de politiques de l’opposition ». Objectif affiché : œuvrer pour des élections libres et des amendements constitutionnels, mettre en place un contrôle international des élections, permettre à quiconque qui le souhaite de se porter candidat… Un programme qui a fait réagir plus d’un des partisans du changement qui mettent en garde El Baradei contre un trop plein d’optimisme : «Le régime n’accédera jamais à cette demande», a affirmé Mohammed Habib, membre des Frères musulmans, principal groupe d’opposition, à Al-Masri Al-Yom.

En attendant, depuis son retour, Mohamed El Baradei multiplie les interviews télévisées dans les émissions égyptiennes les plus populaires. Et n’hésite pas à pointer du doigt le régime actuel. Son message presque prophétique : « Si vous voulez que je vous aide à changer le pays, alors aidez-nous et participez au mouvement. Je ne suis pas votre sauveur, l’Egypte ne peut que se sauver elle-même »a -t-il déclaré à la célèbre journaliste égyptienne Mona El Chazly, présentatrice du talk-show « Al Ashira Masa’an »( 22heures le soir) sur la chaîne Dream TV2. (Pour les arabophones qui souhaitent regarder l’interview : c’est ici)

Dans un épisode de l’émission d’Al Jazeera English, « Inside story » consacré à l’éventuel avenir présidentiel de Baradeï, ce dernier a déclaré :  » Quand on me demande de participer à l’avenir de mon pays, il m’est impossible de refuser. Je suis né Egyptien, je vis Egyptien et je mourrai Egyptien ». Voici ci-dessous la vidéo d’Al Jazeera English , un peu longue, je l’accorde mais qui a le mérite d’exposer clairement et mieux comprendre le débat.

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Pourtant, pour la presse gouvernementale et les pro PND (Parti National Démocratique au pouvoir), Baradeï n’est qu’ un Etranger qui a vécu toute sa vie en dehors de l’Egypte et qui n’aurai aucune légitimité à en vouloir prendre les rênes. Ses chances sont minimes au vu de la constitution actuelle qui stipule que les candidats doivent  soit présider un parti reconnu, soit s’ils sont indépendants réussir à obtenir l’appui de 250 élus, dont au moins 65 membres de l’Assemblée nationale, 25 du Conseil consultatif (Majliss Achoura) et au moins 10 élus municipaux. Difficile quand on sait que la majorité de ceux-ici sont dominés par le PND.

Amr Moussa, l’actuel secrétaire général de Ligue Arabe, que l’on comptait comme l’un des potentiels candidats à la présidence, semble aujourd’hui se placer derrière le mouvement lancé par El Baradeï. Idem pour Ayman Nour, le président du parti Al Ghad (Le lendemain), ancien opposant aux élections de 2005 et qui a déclaré « ne pas se présenter si El Baradeï se porte candidat ».

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Voici la caricature mise en ligne par Al Masry Youm. Sur la photo, à gauche, Mohamed El Baradeï, à droite, Ayman Nour, au centre Hamdin Sabahi, avocat et président du parti d’oppositon Al Karama (La considération). Les trois se sont rencontrés mercredi 24 lors de l’annonce de la création d’une Coalition Nationale pour le Changement.

Traduction: « Si vous aimez tous l’Egypte, soyez alors une seule et même équipe. Peu importe qui parmi vous gagnera les élections; l’essentiel c’est que ce soit l’Egypte qui gagne!« 

 

Après deux semaines, fin du sit-in et de la grève pour les salariés de Tanta

Ils ont des mines fatiguées. La plupart sont assis sur des bouts de carton emmitouflés dans des couvertures de fortune. Leurs sacs plastiques pendent sur les branches2201015172542.jpgs des arbres qui longent la rue Majlis A Chhab où ils ont élu domicile depuis plus deux semaines. Eux ce sont les salariés de l’usine de textile de Tanta dont je vous avais parlé dans un billet précédent. Face à eux, de jeunes policiers, postés derrière des barrières de sécurité, plus nombreux que la fois dernière, matraques accrochées sur le côté de leurs uniformes et casques vissés sur la tête. En face, côté présidence du conseil des ministres, trois camions de militaires prêts à intervenir à tout moment. Partout des policiers en civil, talkie walkie devant la bouche, faisant les cent pas devant les manifestants.

Après deux semaine de sit-in et plus d’un mois et demi de grève, les salariés de l’usine de Tanta ont mis fin à leur mouvement après l’annonce par la ministre du travail, Aisha Abd El Hady du paiement des salaires de janvier et de février et la revalorisation des montants des retraites anticipées. Cette annonce a été faite au lendemain d’un débat parlementaire sur la crise de l’usine de Tanta. Une discussion qui s’est transformée en échange d’insultes et bagarre entre le député du Parti National Démocratique, Ahmed Choubir et un député Frères Musulmans, Yousri Bioumi. (cliquez ici pour voir la vidéo).

Ptantamanif1.jpgendant ce temps, les salariés de l’usine s’étaient rassemblés devant l’Assemblée du Peuple, priant le long du bâtiment, certains pleurant ,d’autres réclamant l’intervention du président en scandant : « Oh Moubarak, dis-nous qui va nous rendre nos droits »? («يا مبارك قولّنا مين هيرجع حقنا».)

Ce soir ce sont donc cinq bus qui sont ainsi venus récupérer les salariés de l’usine, direction Tanta. Reste que certains d’entre eux ont fait part à la presse de leurs doutes quant au respect des engagements pris par le gouvernement, certains accords des conflits précédents n’ayant pas été suivis des faits.

Je vous rassure : mon mari va très bien (zay elfoul)!!!

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En feuilletant les pages du journal égyptien Masry El Youm ce matin, je suis tombé sur une petite nouvelle assez drôle. Vous vous souvenez des avertissements couleur locale sur les paquets de cigarette qui alertent des dangers du tabac sur les relations conjugales? Et bien une contre-campagne en réaction à ces avertissements jugés un peu ringards a été lancée par des internautes sur le réseau social Facebook. Les « rebelles » ont ainsi opté pour une photo plus rock’n roll et un slogan dont vous apprécierez le ton humoristique : « Je vous rassure : mon mari va très bien » (« zay el fol » littéralement « comme du jasmin », expression communément utilisée en Egypte pour dire que tout va bien).

La petite histoire ne dit pas si ce sont des Egyptiens lambda qui se cachent derrière la campagne, fatigués de se voir réduits en fumeurs impuissants ou bien si c’est le lobby du tabac qui s’en prend, derrière des allures de campagne « moderne »  à des avertissements gouvernementaux qui vont à l’encontre de leurs intérêts…

(Pour les arabophones, voici l’article en question sur le site internet de Masry El Youm).

Autour de la synagogue Sha’ar Hashamayim hier soir, comme si de rien n’était…

C’est un bâtiment que j’ai aperçu très vite à mon arrivée au Caire. La synagoque Sha’ar Hashamayim est située en plein coeur du centre ville de la capitale égyptienne. Quand vous découvrez le West el balad et que vous aimez vous balader, impossible de la louper : un grand bâtiment gris, haut et massif qui se trouve sur la rue Adly à quelques mètres à peine de l’artère principale du centre, la rue Talaat Harb. Hier soir encore, en allant dîner avec des amis, l’endroit était à peu près aussi calme que les fois dernières. Tranquille et entouré d’un habituel cordon de sécurité.

992.jpg Pourtant, un évènement particulier a agité la rue Adly dimanche matin. Selon les premiers éléments de l’affaire, vers 6h30, un homme aurait lancé du haut du 4e étage de l’hôtel Panorama, situé en face de la synagogue, un sac plastique (ou une valise selon les sources…) contenant un explosif en direction du temple juif. La bombe artisanale aurait atterri sur le trottoir de la synagogue sans causer ni dégâts ni victimes. L’homme a fui laissant derrière lui selon la police les traces de son passage : des vêtements et des objets personnels que contenaient le sac.

Dans les journaux, chacun y va de son qualificatif : bombe artisanale, explosion, voire attentat pour certains. Le quotidien indépendant égyptien Al Masry Al Youm, va jusqu’à parler de terrorisme.  Paradoxalement (ou pas), dans tout ce que j’ai lu, c’est le journal de gauche israélien, Ha’aretz, qui prend un peu plus de pincettes : selon lui, pas certain pour l’instant que la synagogue ait été la cible de l’incident… Alors que lefigaro.fr, reprenant la dépêche de l’AFP, titre de son côté de manière alarmiste : « Une synagogue attaquée au Caire« .

Autour du temple juif hier soir, rien n’indiquait qu’un incident pareil avait eu lieu : certes les policiers étaient présents en nombre mais pas plus que d’habitude. La synagogue Sha’ar Hashamayim, construite en 1899 est utilisée pour les offices religieux juifs notamment par les diplomates israéliens. Mais la communauté juive égyptienne, que l’on recensait à environ 80 000 personnes avant 1949 n’est estimée aujourd’hui qu’à quelques centaines d’âmes dans tout le pays.

May Nasr en concert à Al Azhar Park

Voici une voix que j’ai découverte ici au Caire. Celle de la chanteuse libanaise, May Nasr. Ecoutez c’est un petit bijou.

 

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(Vidéo : Nassira El Moaddem – Pour retrouver la vidéo sur You Tube, c’est ici.)

Louxor, épisode 1 : rencontre avec Ahmed, 16 ans

Episode 1 à Louxor, en Haute-Egypte. J’ai fait la connaissance d’un adolescent de 16 ans peu passionné par ses études d’agriculture. Il travaille comme garçon de main dans une usine. Et s’en sort comme il peut.

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Me voilà rentrée de Louxor, ville du sud égyptien, l’ancienne Thèbes, connue pour ses trésors de l’Egypte pharaonique, ses archéologues occidentaux chapeaux d’Indiana Jones vissés sur la tête, ses bus de touristes, son armada de bateaux de croisière amarrés sur les rives du Nil. Là-bas, c’était un petit peu le paradis. Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas sentie aussi bien. Non que la capitale égyptienne me fasse à ce point souffrir. Mais c’est assez agréable de faire une pause klaxons à 10 000 décibels et de se débarrasser pour quelques jours de la fumée de gazole qui pollue les narines.

Dans le quartier où j’avais élu domicile, sur la rive ouest du Nil, on entendait les oiseaux gazouiller, les gens se promenaient tranquillement à vélo (chose impensable au Caire) et l’on pouvait traverser la chaussée sans risquer sa vie. Les tagines proposés par les gargotes égalaient presque ceux de ma maman. Et, ô miracle ! de la verdure partout dans la ville. Des champs de canne à sucre éparpillés autour de la cité, des plantations de bananes, de maïs. Bref un air de campagne pendant deux semaines où nous avons eu des cours délocalisés.

J’ai réussi à lier sympathie avec le propriétaire d’un des hôtels de la rive ouest : Khaled de l’hôtel Fayrouz. Un charmant endroit où j’avais pris possession de la table la plus au fond de la terrasse : un peu frais le soir, mais un vrai régal l’après-midi lorsque les rayons du soleil tapent sur le visage. On y sert un mémorable jus d’orange frais. Et puis surtout, j’y avais une connexion internet à volonté. Pas de meilleur endroit pour travailler sereinement loin du chaos et du brouhaha de la capitale.

A Louxor, j’ai rencontré Ahmed. Ahmed est peut-être le prénom le plus commun en Egypte. Le répertoire de mon portable en est plein. J’ai été obligée de les « ramsésiser » : Ahmed I, Ahmed II, Ahmed III… L’Ahmed de Louxor a 16 ans. On lui en donnerait quatre de moins. Le docteur Boutros Wadi qui officie à Louxor et dans ses environs, nous l’avait bien dit: les jeunes de la Haute-Egypte ont de grands problèmes de malnutrition ayant pour conséquence des retards importants de croissance.

Les chiffres publiés par les Nations unies font froid dans le dos : malgré une croissance économique qui oscille entre 5 et 7% selon les sources, un rapport du PNUD (Programme des Nations unies pour le développement) révèle en novembre 2009 que plus d’un tiers des enfants d’Egypte sont mal nourris. Ahmed, lui, mange un sandwich acheté sur le chemin du travail, puis, durant sa pause déjeuner, fouls (fèves), tahina (purée de graines de sésame) taameya (falafels) et cochary (mélange de pâtes, riz et lentilles le tout dans une sauce tomate épicée). Le soir, Ahmed précise qu’il ne mange rien.

Cet adolescent étudie au lycée agricole de Louxor situé dans le village d’El Qorna sur la rive ouest. En réalité, il n’y est qu’inscrit. Il n’assiste pas aux cours : « Je n’y vais que pour pointer aux examens, c’est tout. » Ahmed fait une autre révélation : « J’achète mes diplômes. Je fais cela depuis des années, et je ne suis pas le seul. Les jeunes à 85% dans ma classe payent les professeurs pour réussir. Je pointe aux examens, mets mon nom sur la copie et ça s’arrête là. Tout ici se fait « taht tarabeza » (sous la table). Les seules qui ne payent pas leur diplôme ce sont les filles qui assistent, elles, aux cours et qui passent réellement leurs examens. »

La combine coûte environ 200 guinées (environ 25 euros), selon les dires d’Ahmed. Une pratique dont m’avait déjà parlé un autre Ahmenassiralouxor2t.jpgd, rencontré à Port-Saïd. Appartenant à une toute autre classe sociale, beaucoup plus élevée, et étudiant à l’université, Ahmed disait payer pour réussir ses études. Ahmed de Louxor n’est pas motivé à se rendre en cours. En jetant un coup d’oeil sur l’un de ses manuels scolaires, je comprends son manque d’enthousiasme. Son titre : « Education des abeilles et des vers à soie »…

Ahmed ne va donc pas au lycée. Mais il travaille. Comme garçon de main dans une usine de la ville. Son travail : apporter le thé aux salariés de l’entreprise et autres petites tâches. Tout cela de 8 heures du matin jusqu’à 18 heures le soir. Il reçoit 200 guinées (25 euros) par mois, auxquelles s’ajoutent les pourboires chaque jour. Avec l’argent qu’il gagne la journée, il se paye ses sandwichs ses dépenses quotidiennes : sandwichs et recharges pour le portable.

Le salaire, il le donne à sa famille. « C’est normal, il faut bien aider les parents », dit-il d’un ton sérieux. Ahmed étonne par sa maturité. Il nous reçoit chez lui, nous offre le thé, conseille à son petit frère de ne pas rentrer trop tard, nous parle politique. « Ici vous savez, il n’y a aucune démocratie. On sait qui gagnera les prochaines élections », lance-t-il d’un ton résigné.

Son avenir : il l’imagine, ici, à Louxor. Epousera-t-il une Européenne, comme le font des centaines de jeunes de la ville en contact avec les touristes? « Non, répond-il. Je n’aime pas cette mentalité. C’est contraire à notre religion et je veux que mes parents soient fiers de moi. Je sais que beaucoup de garçons ici en ont envie mais pas moi. Je voudrais me marier avec une fille de chez nous. »

Nassira El Moaddem (Le Caire)

Article publié sur le Bondy Blog : cliquez ici

Des avertissements sur paquets de cigarette…couleur locale!

Les fumeurs vous le diront : aujourd’hui, ils ne font plus guère attention aux avertissements qu’arborent leurs paquets de cigarettes.

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Sur le devant des étuis à clopes français, on peut lire les mentions suivantes : « Fumer tue » ou « Fumer nuit gravement à votre

santé et à celle de votre entourage« . Au dos, on peut également trouver : « Fumer provoque le cancer mortel du poumon » ou bien « Fumer pendant la grossesse nuit à la santé de votre enfant ».

En Egypte, les paquets de cigarette proposent eux des avertissements « 100% halal » ! Lisez plutôt l’avertissement de ce paquet de cigarettes égyptien :

« التدخين لفترة طويلة يؤثر على العلاقة الزوجية ».

Traduction : « La cigarette affecte à long terme la relation conjugale« !!

 

Des salariés du textile manifestent!

Depuis quatre jours, j’entends depuis mon appartement les cris des manifestants qui occupent quelques mètres du trottoir de la rue Majlis Chaab. La quasi totalité des manifestants sont des hommes d’une cinquantaine d’années, d’autres d’un âge plus avancé. Ils dorment depuis désormais quatre jours à même le sol emmitouflés dans des couvertures de laine et encerclés par des barrières et un important dispositif de sécurité.

1.jpgD’ordinaire, le quartier est déjà assez sécurisé. C’est le centre administratif de la capitale : il y a la Majlis El Shoura (Assemblée consultative), Majlis El Shaab pas très loin (l’Assemblée du peuple) et autres ministères dans les rues alentour.  Mais surtout juste en face du trottoir où les manifestants ont élu domicile il y a le cabinet du premier ministre, Ahmed Nazif. C’est à lui que les manifestants adressent leurs cris de revendications. J’ai voulu prendre en photos ces centaines de personnes (400 selon la presse) qui occupent depuis plusieurs jours ces quelques mètres de trottoirs mais la sécurité guette les moindres passants qui se promènent près d’eux. Et n’ayant pas de carte de presse impossible pour moi de me présenter en tant que journaliste. Je guette depuis plusieurs jours la presse occidentale et je suis étonnée de voir qu’aucun correspondant français n’a encore traité l’affaire. A ce jour, jeudi 11 février, seule la BBC a pour l’instant relayé l’information dans un papier disons-le assez laconique.

Munis de quelques banderoles, ces manifestants sont les salariés d’une entreprise de textile, Tanta Linen Flax and Oil Company située à Tanta, dans la région du Delta du Nil au nord de l’Egypte.

egypte.gifIls dénoncent leurs conditions de travail et de salaires depuis la vente de l’entreprise par le gouvernement en 2005 à un investisseur saoudien, Abdallah Saleh Al Ka’ki. Leurs revendications? La renationalisation de l’entreprise, la réévaluation des indemnités repas de 32 Guinées à 90 Guinées (à l’instar de toutes les autres compagnies de textile) et surtout le paiement des derniers salaires toujours non versés. Les manifestants réclament également la réintégration des salariés licenciés pour leur participation à la grève de 2008 et celle du président du syndicat du textile de l’entreprise, Salah Mosallam, licencié le 6 janvier 2010.

Si l’occupation de la rue qui donne face au bureau du Conseil des ministres a débuté il y a quelques jours, le mouvement de grève lui a commencé le 9 janvier, soit depuis plus d’un mois désormais. Le dernier conflit remonte à 2009 : pendant 5 mois, les salariés avaient arrêté leur travail avec la signature le 10 novembre d’un accord avec le syndicat du Textile. Un accord resté lettre morte. Il s’agit de la quatrième manifestation en l’espace de trois ans pour les salariés de cette entreprise de textile. La tension quant à elle commence monter en témoigne ces images filmées par un certain Youbehish. Le site de la BBC parle lui d’émeutes entre forces de l’ordre et manifestants.

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 Crédits photo : Sayed Dawoud sur le site web : http://www.ctuws.com

Au Caire, la Foire du Livre a commencé!

La 42e édition de la Foire du Livre au Caire a ouvert ses portes le 28 janvier. C’est un évènement culturel à ne pas rater pour toute personne qui se trouverait au Caire. Même pour ceux qui ne sont pas arabophones, un détour en vaut la peine. La Foire du Livre de la capitale égyptienne est considérée comme la deuxième plus grande manifestation littéraire après celle de Francfort.

Après la frénésie fooimga0019.jpgt-ballistique, c’est la foule des grands jours qui se précipite pour se rendre à ce qui est considéré comme l’évènement le plus important de la scène culturelle. Pour y parvenir, des navettes amènent les visiteurs en bus depuis la gare Ramsès. La Foire se trouve à l’est de la capitale dans le quartier de Nasr City. La taille du lieu qui abrite la Foire est impressionnante. On se perdrait presque dans ces dédales d’allées et d’exposants qui n’en finissent pas. Tout le monde y trouve son compte : les enfants ont leur rayons attitrés, les amateurs de livres religieux, les amoureux de littérature contemporaine, les passionnés de poésie arabe, les étudiants en quête de manuels scolaires trouvent leur bonheur. Ici le mélange des genres ne pose aucun problème : les monaqqabates, les barbus, les intellos-bobos, les étudiants bling-bling côtoient les familles en sortie dominicale, les costards cravates et les jeunes en commando drague! Dans ce bouillon de culture, les vendeurs de jeux vidéos, d’ordinateurs et d’accessoires de bureau en tout genre ont également élu domicile. En se faufilant dans les allées de la Foire, on rencontre des bouquinistes et autres nostalgiques de la période nassérienne dont les étals jouxtent ceux des barbus aux piles de livres religieux en tout genre.

La Foire du livre c’est un nombre impressionnant d’éditeurs présents sur place, 800 selon les chiffres annoncés par Mohamed Saber, responsable de l’Organisation centrale du Livre en Egypte. Soit 35 de plus que l’année dernière. Une fierté pour un secteur qui a largement souffert de la crise économique. Comme n’importe quelle foire littéraire, celle du Caire propose des cafés culturels et des séances de dédicaces d’écrivains comme celles d’Alaa Al Aswany (L’Immeuble Yacoubian, Chicago) ou de Khaled el Khamissi (« Taxi ») autant d’auteurs anglophones et francophones qui font le bonheur des journalistes occidentaux qui couvrent l’évènement.

imga0007.jpg Pour transporter les visiteurs d’un endroit à un autre, un petit train circule entre les halls. Et une dizaine de cafétérias proposent sandwichs, rafraîchissements et autres plats pour restaurer les estomacs des lecteurs affamés.  Il faut bien plus d’une fois pour parcourir l’ensemble de la Foire tellement l’endroit est immense et les halls pris d’assaut par les visiteurs. L’entrée ne coûte qu’un guinée (15 cents) et les bouquins qui y sont vendus s’avèrent parfois de très bonnes affaires : des réductions de 10 à 60% selon les maisons d’éditions et des livres vendus dès 2 guinées.

 

imga0003.jpgComme dans n’importe quel évènement de ce type, à la vue de tous ces livres, on est pris d’une faim littéraire. On achète des dizaines de livres, tous plus intéressants, beaux et passionnants les uns que les autres, avec l’envie et l’excitation de les dévorer mais combien finiront nous par lire vraiment? Je n’ai pas eu le temps de voir tous les stands que je souhaitais. Je repasserai avant la fin prévue le 10 février. Si vous êtes de passage au Caire, un conseil :courrez-y!

« Désolé votre voile n’est pas le bienvenu »

En Egypte, certaines femmes se plaignent de subir des discriminations dans certains restaurants et hôtels de la capitale. C’est le témoignage de Mohamed Ali qui raconte au site internet arabe Elaph, la mésaventure qu’il a vécue avec son épouse lorsqu’il a voulu l’inviter à dîner dans un restaurant chic des berges du Nil.

682020833090.jpgSon épouse portant le voile s’est vue refuser le droit d’entrer dans ce retaurant sous pretexte que le vêtement qui recouvrait ses cheveux ne correspondait pas à l’ambiance générale du lieu. Hosna, l’épouse en question a ainsi déclaré à Elaph : « Jamais je n’aurai imaginé un jour que l’on me refuserait l’accès à un service ou à un lieu quelconque en Egypte juste parce que je porte le voile. »

Selon Elaph, ce phénomène est de plus en plus répandu dans les restaurants, hôtels et discothèques chics de la capitale et dans les endroits touristiques situés sur la côte de la Mer rouge. D’après le site internet, leurs clients, des Egyptiens fortunés et des étrangers, exigeraient pour leur confort de ne pas être dérangés par la vue de ces femmes voilées qui selon eux, auraient une influence néfaste sur leur vie quotidienne… Lorsque Hosna a demandé à la direction de l’établissement les raisons de son attitude, celle-ci s’est vue répondre que le restaurant dans lequel elle souhaitait manger « servait de l’alcool » et donc était « contraire à l’islam ».

Un directeur d’un club a ainsi reconnu : « Le voile cause beaucoup de gêne chez les clients et c’est une mauvaise chose pour les affaires « ajoutant que « les propriétaires d’établissement ont la responsabilité de s’assurer que les clients se sentent satisfaits. »

Reste que le voile est porté à 90% par les femmes égyptiennes. Un pourcentage qui s’effondre au sein des élites égyptiennes parmi lesquelles la présence de femmes voilées n’est pas non plus inexistente. Si les propriétaires tiennent à protéger leur clientèle fidèle, reste que leur attitude demeure anti-commerciale et qu’il n’est pas sûr que les clients apprécient tous cette discrimination faite aux femmes qui portent le voile, comme peuvent également le porter leurs mères, leurs cousines, leurs soeurs, leurs amies…

Et Elaph de citer pour exemple celui de Oumayma, une Américano-Egyptienne voilée qui se dit victime de discrimination et qui accuse les propriétaires des stations balnéaires de s’en prendre aux clientes vêtues de « burkinis » sans pourtant inquiéter les Occidentales dénudées.

En Egypte, like a virgin…ou presque!

Un hymen artificiel en kit d’emballage : ce produit mis en vente en Egypte par une société chinoise défraie la chronique au Caire. Les religieux y sont opposés.

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Les Arabes, champions du monde de l’hypocrisie ? A vous de juger ! Voici un objet qui défraie la chronique en Egypte : l’hymen artificiel. Au départ, le produit, créé au Japon dans les années 1990, était proposé comme sex-toy aux couples en quête d’imagination. Désormais, c’est en Chine que le kit est fabriqué et vendu par la société Gigimo sur internet pour la modique somme de 29 dollars. L’hymen artificiel, une poche en plastique remplie d’un liquide de couleur rouge, s’introduit dans le vagin vingt minutes avant la relation sexuelle. Lors de la pénétration, « un liquide semblable au sang s’écoule » « pas trop, juste ce qu’il faut », précise la notice du produit mise en ligne sur le site internet de la société chinoise.

Les concepteurs du site web ne manquent pas de slogans marketing choc : « Achetez-vous un honneur pour seulement 15 dollars ! », et encore moins d’humour : « Ajoutez quelques gémissements et ça passera inaperçu. » Gigimo va jusqu’à s’engager à vous livrer le produit sous emballage le plus discret possible et assure de la non nocivité du produit. Pourtant, certaines femmes qui l’ont utilisé, notamment en Asie, ont relayé sur le web des cas d’infection vaginale.

Selon les affirmations du journal Al youm as-sabi, des investisseurs égyptiens projetteraient de vendre le produit sur le marché au prix de 83 guinées (10 euros). Un groupe Facebook créé par des internautes et qui a réuni jusqu’à présent plus de 900 membres, s’oppose à sa mise en vente sur le marché égyptien : « L’honneur n’est pas à vendre », protestent-ils.

Les réactions politiques et religieuses ne se sont pas fait attendre : « Ce produit encourage les relations sexuelles illicites alors que la culture islamique interdit toute relation hors mariage », a déclaré le cheikh Abdel Moati Bayoumi, théologien égyptien et membre du Centre de recherche islamique de l’université d’Al Azhar. Cheik Sayyed Askar, affilié aux Frères musulmans et membre de la commission parlementaire des Affaires religieuses, a quant à lui affirmé que cet hymen constituait un « fléau » pour la société égyptienne et a demandé aux autorités de prendre toutes les mesures pour empêcher la commercialisation du produit en Egypte. Mahmoud Abdel-Maksoud, secrétaire général du Syndicat des pharmaciens en Egypte, a assuré de son côté que le produit ne sera jamais vendu dans les officines et que sa vente se fera forcément au marché noir.

Pour Heba, une jeune étudiante à l’Université du Caire, l’arrivée de ce produit sur le « marché » cache un malaise plus profond dans la société égyptienne : « Si l’on est obligé d’en arriver là, c’est que quelque chose ne tourne pas rond chez nous. On oblige les filles à faire honneur aux parents et à la famille en restant vierges mais on ne demande aucun compte aux garçons. Pourtant l’islam, ce n’est pas cela. On en vient à vivre dans une société malade, frustrée, où les gens sont obligés de tromper pour bien paraître. »

De quoi en tout cas éveiller des inquiétudes chez les chirurgiens plastiques pratiquant la reconstruction de l’hymen. Dix euros pour un hymen artificiel, alors que le coût d’une hyménoplastie peut parfois atteindre les 1000 dollars : la concurrence risque d’être dure. Sur les forums, le produit fait débat. Certaines femmes n’hésitent pas à tourner le sujet en dérision comme une dénommée « O-Tsuya » sur un fil de discussion dédié à cette marchandise venue de Chine : « Au lieu de dépenser 15 dollars pour un hymen artificiel, autant se servir d’un foie de volaille. C’est naturel au moins ! », ironise-t-elle.

Nassira El Moaddem (Le Caire)

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Nesrine, 21 ans, « monaqqaba » au Caire

Le niqab fait polémique également en Egypte après son interdiction décrétée par l’imam de la mosquée Al-Azhar dans les écoles relevant de son autorité. Une jeune femme le portant s’est confiée.

 -- Cliquez pour voir l'image en entier En Egypte, le débat sur le niqab a (aussi) de beaux jours devant lui. Depuis des semaines, il remplit les colonnes des grands titres locaux. C’est l’imam de la mosquée Al-Azhar du Caire, Mohammed Sayyed Tantawi, qui a allumé la mèche. Lors d’une visite d’un établissement pour filles de la mosquée, il a ordonné à une élève de 12 ans de retirer son niqab. Ce qu’elle a fait. L’affaire aurait pu en rester là. Mais les paroles ensuite adressées par Tantawi à la jeune fille ont déclenché une vive polémique.

L’imam, à la tête de la principale institution sunnite du pays, a ainsi déclaré que si l’écolière avait été jolie, elle n’aurait pas eu à porter le niqab et que de toute évidence, il en savait plus que ses parents sur les questions religieuses. Au-delà de la prise de position de Tantawi sur le niqab, qui a décidé suite à cette affaire de bannir le port du voile intégral dans les établissements pour filles d’Al-Azhar, ce sont les remarques personnelles faites par le plus grand imam d’Egypte à cette jeune fille qui ont choqué l’opinion publique égyptienne. Le ministre de l’enseignement supérieur, Hani Helal, a quelques jours plus tard pris un décret interdisant l’entrée des « monaqqabates » dans les cités universitaires égyptiennes. Organisations libérales et même associations de droits de l’homme locales multiplient les prises de positions en faveur du droit des femmes portant le niqab.

J’ai rencontré Nesrine lors d’une longue promenade en bateau sur le Nil. Nesrine a 21 ans. Mariée depuis quelques mois, elle attend son premier enfant. La jeune femme a fait des études de journalisme qu’elle n’a pas achevées. Ahmed, son époux, ingénieur de formation, effectue actuellement son service militaire. Le couple a profité d’une permission prolongée du mari pour aller respirer le bon air à quelques encablures de la capitale.

Nesrine a commencé à porter le niqab il y a déjà plusieurs années. Avant d’entamer un dialogue avec elle, je l’avais remarquée en prenant des photos sur le bateau. Assise sur l’un des rebords de l’embarcation, toute de noir vêtue, on apercevait au gré des coups de vents, quelques centimètres du jean bleu qu’elle porte en dessous du grand drap noir qui la couvrait complètement. Nesrine est une jeune femme fine et élancée. Ses yeux sans maquillage dégagent une intensité incroyable. Son voile noir flotte par-dessus la rambarde du bateau lui donnant par moment des allures de drapeau. De toutes les filles présentes sur l’embarcation, je ne voisqu’elle. Son long niqab noir impressionne évidemment mais c’est son regard qui attire. En la photographiant, je craignais sa réaction. Les Egyptiens, surtout les jeunes femmes, aiment en général être pris en photos. Mais je ne souhaite pas qu’elle sente que je la scrute du regard.

Tout d’un coup, elle me voit la photographier et grande surprise, elle me sourit, inclinant sa tête en guise d’approbation. Je sais, parler de sourire alors que son visage est entièrement recouvert peut paraître insensé. Mais lorsqu’elle s’est mise à sourire, ses yeux se sont plissés et j’imaginais la forme que pouvaient alors prendre ses lèvres. En me laissant la photographier, j’ai l’impression qu’elle me remercie de l’intérêt que je lui porte. Pendant plusieurs minutes, nous nous regardons sans pour autant oser aller l’une vers l’autre.

Arrivés à destination, Nesrine vient vers moi en m’appelant « habibati », un sobriquet mielleux que les Egyptiens se donnent à toutes occasions et qui signifie « ma chérie » en arabe. Je me présente à elle, heureuse de voir que nos différences ne sont a priori pas une barrière. Je ne porte ni niqab, ni hidjab et je ne sens aucune hostilité de sa part à mon endroit. Nous nous promettons de nous retrouver sur le bateau pour le retour. A 15 heures, l’embarcation s’apprête à faire le chemin inverse, direction Le Caire. Nesrine est déjà à bord, assise près du pont. En me voyant arriver, elle a le même sourire que lors du trajet aller. Pour la remercier de sa chaleur, je lui tends quelques fleurs cueillies à Qanater. « Merci », dit-elle.

Je m’assois près d’elle et nous commençons à discuter. De tout, de rien. De la vie en général, de mes impressions du Caire, de ma vie en France, de ses premiers mois comme jeune mariée. Nesrine me tient la main souvent, comme pour ne pas me voir partir. Curieusement, je me sens proche d’elle sans la connaître. Elle a une petite voix d’enfant, un peu timide, que son niqab rend de fait moins audible. Par respect, je baisse un peu le volume de ma voix qui porte beaucoup comparée à la sienne. Nesrine est la première femme en niqab à qui je parle.

Sur le bateau, les jeunes étudiants se trémoussent gaiement sur les chansons à la mode. Filles et garçons se mélangent, appréciant ce rare moment de décompression avant le retour au Caire. Devant nous, un jeune garçon et une jeune fille se dandinent, auteurs de quelques collés-serrés endiablés. Le serveur de thé essaie tant bien que mal de se frayer un chemin. Face à nous, un couple se met à s’embrasser. Non que je sois choquée par un baiser d’adolescents mais en Egypte, la scène est assez rare. Imaginez : nous sommes sur un bateau égyptien, en plein jour, où garçons et filles voilées se frottent gentiment, fumant cigarettes et buvant des sodas américains. Les gens semblent habitués à ce genre de scène. De toutes les personnes présentes, hommes âgés ou non, couples, familles, jeunes filles voilées ou cheveux à l’air, femme en niqab, j’avais l’air d’être la seule interloquée par ce spectacle.

- Comment cela se fait-il qu’il y ait autant de jeunes sur ce bateau ? Ce n’est pourtant pasjour férié, aujourd’hui, en Egypte ?, demandé-je à Nesrine.

- Non ! Les jeunes sèchent leurs cours. C’est l’occasion pour eux de souffler loin de leurs familles et de se retrouver entre filles et garçons. Au Caire, impossible pour eux de faire ce qu’ils font ici.

- Toi aussi, tu séchais les cours et tu venais te dandiner ?

- (Nesrine se met à rire) Non, tu plaisantes. Si jamais j’avais fait cela ne serait-ce qu’une fois, ma famille l’aurait su tôt ou tard et ils m’auraient tuée ! »

Nesrine me tend quelques photos d’elle. Je sens que c’est une marque de confiance qu’elle m’accorde. Car sur ces photos, Nesrine ne porte pas de niqab, juste un voile coloré qui entoure son doux visage. Ses lèvres arborent un rouge discret et ses yeux sont joliment maquillés de khôl. Un visage que je découvre. Bizarrement, en lui parlant pendant toutes ces minutes, je ne m’étais jamais demandé qui se cachait derrière ce tissu noir. Je ne m’étais pas imaginé quel visage Nesrine pouvait avoir.

- Tu portes le niqab depuis longtemps ?

- Je le porte depuis que j’ai 16 ans.

- Qu’est-ce qui t’a poussé à le mettre?

- Je le porte parce que je pense que c’est un plus dans ma religion. Je ne condamne pas celles qui ne le portent pas. Chacun interprète les textes à sa manière et pratique sa religion à différents degrés.

- Tu as vu ce qui s’est passé récemment à l’université du Caire ? On a interdit à certaines filles de rentrer avec le niqab dans les résidences universitaires ?

- Je sais. Je comprends que c’est parfois difficile de comprendre que des femmes portent le niqab. Il y a même eu des histoires où des hommes se faisaient passer pour des femmes en portant le niqab et rentraient dans des endroits où il y avait des femmes pour les agresser.

- Dans les journaux, certaines femmes ont dit qu’elles avaient eu des problèmes dans la rue, que des gens les importunaient parce qu’elles portent le niqab. Tu as déjà été embêtée ?

- Non, el hamdoulilah, je n’ai jamais eu de problèmes ni dans la rue, ni dans n’importe quel endroit.

- Est-ce que tu penses à travailler ?

- Plus tard, oui. Pour l’instant, je suis bien à la maison mais à l’avenir, j’aimerais bien travailler. Mais cela risque d’être difficile avec mon niqab.

- Tu as fait des études de journalisme. Tu pourrais aussi travailler de chez toi, proposer des papiers.

- Incha Allah. »

Ses yeux se sont à ce moment tournés vers son époux qui regardait au loin l’horizon alors que le bateau s’approchait du Caire. Nous avons échangé nos e-mails et téléphones respectifs en nous promettant de nous revoir. En la quittant, j’étais remplie de joie. J’avais pu enfin mettre des mots et un visage même voilé de noir sur un mot : « niqab ». Les débats en France et en Egypte, font souvent de ces femmes des bouts de tissus sur pattes, dépourvues de tout sens critique, de toute personnalité. Nesrine était loin de cette image caricaturale, bien plus ouverte que certaines femmes se proclamant féministes, qui, ici, ont donné le nom de « monaqabattes » aux porteuses de niqab, qu’elles considèrent comme des femmes soumises et donneuses de leçons, ou comme des écervelées inconscientes du dommage qu’elles causent aux droits des femmes. Nesrine m’avait acceptée comme j’étais, non voilée, sans juger mon apparence, me prenant la main comme on peut prendre la main de sa propre sœur.

Il y a quelques jours, la ministre égyptienne de la famille, Moshira Khattab, a donné son point de vue sur la question lors d’une conférence de presse : « Je n’aime pas le niqab. Je parie que dans dix ans, ils commenceront à nous dire que les femmes qui ne portent pas le niqab sont dans le péché. Il y a un plan organisé derrière la propagation du niqab en Egypte. » Pour contrer la diffusion d’un habit qu’elle juge d’un autre temps, la ministre a ainsi annoncé la création d’un nouveau département au sein de son ministère, « Gestion des valeurs », pour aider à « la promotion de valeurs familiales positives ». Je doute que Nesrine se sente concernée.

Nassira El Moaddem (Bondy-Le Caire)

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Le Caire ne fait plus la fête!

Après avoir regardé le match Egypte-Algérie du Caire dans un café bien populaire, on avait décidé pour cette « belle » de se rendre dans un endroit assez chic  où se réunissent intellectuels et artistes de la capitale.

imga0007.jpgL’ambiance était bon enfant. Les filles tapaient sur des tambourins tandis que les hommes criaient à tout va « Misr Misr » (Egypte, Egypte) entre deux gorgées de bière locale. Tout se passait plutôt bien tant qu’on supportait les Pharaons.

Avec une amie tunisienne, nous avons décidé de faire « notre coming out » et d’encourager ouvertement l’Algérie. Après que les spectateurs aient chanté leur passion pour leur pays, nous avons à deux (grand moment de solitude) encouragé l’équipe algérienne en scandant « Jazaïr, Jazaïr. » Là un psychopathe d’en face, qui pourtant avait l’air à première allure assez saint d’esprit, se retourne et nous lance :  » Euh c’est juste pas possible. Il n’y a pas moyen que vous supportiez l’Algérie alors que je suis assis devant vous. Arrêtez cela s’il vous plaît« . Moi je fais ma niaise en faisant semblant de ne pas comprendre ce qui se passe. Il s’emporte, fait de grands gestes, soupire un bon coup tandis que nos voisins égyptiens tentent de le raisonner en lui expliquant qu’il n’a pas à faire la loi dans le café et que chacun est libre de supporter qui il souhaite dans le respect de chacun. Un spectateur se retourne et nous dit : « Vous supportez qui vous voulez. Ne l’écoutez pas! » A mes côtés, une Egyptienne me sourit : « Oui, les filles supportez qui bon vous semble. Si vous voulez je supporte les Algériens avec vous!! »L’incident se termine. Au moment de l’hymne national algérien, notre cher ami dirige deux élégants doigts d’honneur vers les Phennecs. Stupéfaction de la part de nos voisins égyptiens et d’autres spectateurs qui restent bouche bée devant la stupidité de notre compatriote arabe. Après le but algérien, le voilà qui s’agace, parle dans sa barbe en maudissant les Algériens. Lorsqu’un Phennec (me souviens pas de qui il s’agit) se penche au sol pour aider un Egyptien à se relever, le voici qui crie : « Ne le touche pas avec ta main sale de fils de chien ».

imga0062.jpgAutour de moi, les gens le calment en lui donnant une bonne leçon de civisme : « Hey, on ne veut pas entendre ce genre de choses ici tu as compris », lui lance ma voisine de derrière. A peine le match terminé, le voici qui quitte précipitamment la salle du café. Un ami me racontera en sortant l’avoir entendu dans les toilettes, pleurer toutes les larmes de son corps. C’était en fait qu’un enfant, fan de ballon rond qui souhaitait plus que tout la qualification de ses joueurs préférés. J’étais triste pour lui en réalité. Mais tellement contente pour l’Algérie!

Dehors, sur les grandes avenues du centre-ville du Caire, les drapeaux sont toujours au rendez-vous mais le sourire est forcé. Descendant de la place Taalat Harb à la place Tahrir, les Egyptiens dans une foule éparpillée se réconfortent mutuellement en se lançant des « maalesh » ( « ce n’est pas grave« ). Chacun refait son match. Le Caire ne fera pas la fête ce soir. Les klaxons de la semaine ne retentissent plus, les flashs ne crépitent plus et tête baissée, chacun rentre chez soi, dépité.

Egypte-Algérie : une folle nuit au Caire

Trois heures du matin ici au Caire et les klaxons continuent encore à fuser dans les rues de la capitale égyptienne. L’Egypte a gagné son match contre l’Algérie mais est loin d’avoir remporté son ticket pour l’ Afrique du Sud. Reste à remporter « la belle » au Soudan mercredi prochain. D’ici là, la presse et le web vont s’en donner à coeur joie.

img0573.jpg Les yeux rivés vers un téléviseur 55 centimètres en guise de grand écran, les spectateurs attendent impatiemment assis à la terrasse du café le début de la rencontre. Le match retour contre les Phennecs algériens. Cette rencontre, les Egyptiens l’attendent depuis longtemps. Depuis plusieurs semaines, elle était devenue le sujet numéro un des rues du Caire. Pas un seul endroit vous ne pouviez traverser sans que la rencontre ne soit évoquée. La discussion a atteint son apogée quand le bus des joueurs algériens, se rendant à leur hôtel, a été la cible jeudi soir de jets de pierre de la part de supporters égyptiens. Pour la presse locale, il ne s’agissait que d’une vulgaire mise en scène orchestrée par les Algériens tandis que ces derniers critiquaient l’Egypte pour avoir négligé leur sécurité. La polémique a déclenché une vague de réactions sur le net. Supporters des Pharaons égyptiens et pro-Fennecs algériens se sont livrés à de véritables diatribes sur les réseaux sociaux notamment sur Facebook se lançant des piques à coups de vidéos interposées et de slogans à tout va.

Au café où je me suis installée pour regarder le match, les couples endimanchés côtoient les familles traditionnelles, les jeunes adolescents tentent de décrocher le numéro de téléphone de leurs voisines apprêtées et certains lèvent les mains au ciel et en appellent à Dieu pour l’issue du match. « Bismi Allahi Arahman Arahim« ! C’est par ces mots que le commentateur de la chaîne égyptienne qui retransmet le match débute son programme. A cela, la foule répond en scandant: « Ya rab, ya rab! » (oh mon Dieu). Une invocation que les spectateurs répèteront plusieurs fois durant la rencontre.

Voici que l’entraîneur égyptien fait son apparition dans le stade. Acclamation du public qui frappe des mains très fort. Jusqu’à ce que le sélectionneur algérien fasse son entrée et récolte les huées des spectateurs. Certains improvisent même quelques élégants doigts d’honneur à l’arrivée des Phennecs. Le match n’a pas encore commencé que les odeurs de tabac, de narguilé et de sodas américains toutes mêlées les unes aux autres me titillent déjà les narines. Au dessus de la foule, des nuages de fumée se forment et le serveur débute sa tournée en tentant de se frayer un chemin au coeur de la foule compacte.

img0457000.jpg

Quelques minutes plus tard, le courant s’arrête stoppant d’un coup net la retransmission du match. Le public vacille. C’est la pire chose qui pouvait arriver. A peine les spectateurs avaient eu le temps de protester contre ce mauvais coup du sort (algérien!) que l’électricité revenait de plus belle. Applaudissements et cris de joie! El hamdoulilah! L’entrée des joueurs égyptiens sur la pelouse provoque sifflements, youyous et autres explosions de joie et chacun récite avec entrain l’hymne national égyptien.

Le match commence enfin. Certains des supporters égyptiens ont fait preuve d’originalité dans le choix de leurs tenues : drapeaux joliment noués sur la tête, voiles colorés aux couleurs de l’Egypte pour les filles, visages recouverts de noir et de rouge pour d’autres. La majorité des supporters a pris place sur les dizaines de chaises multicolores disposées devant l’écran. D’autres ont escaladé une petite cabane près du café et se sont installés sur son toit. Certains, faute de place, se contentent de regarder le match debout, s’appuyant sur la pointe des pieds pour tenter d’apercevoir une action que cache la tête du spectateur d’en face. De mon côté, de là où je suis, loin du téléviseur, j’ai laissé tomber l’idée de pouvoir voir le ballon bouger. Je devine sa place au déplacement des équipes. Même les joueurs algériens sont difficilement repérables avec leurs maillots aux couleurs de la pelouse.

A peine cinq minutes sont passées que les Pharaons inscrivent déjà un premier but. En face de moi, j’assiste à une liesse endiablée de supporters déchaînés. J’en ai assisté à des diffusions de match de football mais la frénésie de ce soir a atteint des proportions jamais vues. Les pétards fusent de tous les côtés, les voisins s’embrassent, les canettes de sodas s’envolent. Les serveurs eux n’ont pas le temps à la fête, contraints d’abreuver la centaine de clients amassée dans le café.

On maudit le ciel lorsque les Pharaons piétinent devant les filets algériens et on remercie Dieu lorsque ce dernier permet au gardien égyptien d’arrêter un ballon dangereux. Jamais je n’ai vu Dieu aussi sollicité et malmené à la fois en un temps record! Les sodas se boivent à la vitesse de l’éclair, les cigarettes volent par dessus la mêlée. Le serveur qui a abandonné l’idée de pouvoir accéder à ses clients par la voie classique décide de distribuer les boissons…. par voie aérienne. Entre deux actions du match, il n’est pas rare de voir passer des bouteilles d’eau et autres canettes dans les airs. A mes côtés, une jeune femme se ronge les ongles et devant moi, un homme, les mains derrière sa tête, n’en finit pas de se balancer d’avant en arrière au point de me donner le tournis. Après la joie du but, le stress s’installe chez les supporters. Encore un but et le ticket pour le mondial est encore possible!

Voici qu’arrive la mi-temps. On se lève se dégourdir les jambes : certains se ravitaillent de chips et sandwichs en tout genre, tandis que le jeu des chaises musicales permet à ceux ayant passer la première partie debout, de goûter à un repos bien mérité. La pause finie, les spectateurs reviennent et le match reprend. Avec lui son lot de stress et d’inquiétude qui se lit de plus en plus sur les visages des supporters des Pharaons. Car à ce stade de jeu, même en gagnant 1 à 0, c’est l’Algérie qui l’emporte et part pour l’Afrique du Sud. Les spectateurs s’impatientent, s’agacent de ne pas voir ce foutu ballon rond rentrer une seconde fois au fond des buts algériens. Certains se tirent même les cheveux lorsque la balle frôle de justesse le but adverse. Les supporters s’agitent, tapent du pied, font des grands gestes, maudissent les Phennecs. La fin de la deuxième mi-temps approche et avec elle les espoirs des Egyptiens de voir leur équipe l’emporter s’envolent. Des groupes de supporters au visage dépité préfèrent quitter le café avant la fin, dégoûtés du spectacle qui se joue devant leurs yeux. Pourtant, comme une cadeau venu du ciel, le voici qu’il rentre le ballon rond. Les Egyptiens marquent donc leur deuxième but. A la 96e minute. In extrémis. Explosion de joie. Les spectateurs font voler les chaises, tables, verres. Les jeunes gens arrachent leur tee-shirt, les jeunes filles n’en finissent plus de youyouter. C’est la folie! Tout le monde saute dans les bras l’un de l’autre. Les jeunes se dirigent en masse vers la place adjacente, Talaat Harb, une place centrale du Caire. Les klaxons n’en finissent plus de fuser, les motos font des queues de poisson, on dégaine les téléphones portables pour immortaliser l’instant. Femmes, jeunes, enfants, pères de famille, adolescents, tout le monde célèbre avec excitation et folie ce moment de ferveur. Les drapeaux égyptiens flottent dans les airs en nombre incalculable. Les grandes artères sont pris d’assaut par les Egyptiens, entourés par un important dispositif de sécurité. Même les policiers photographient et filment ces instants de joie. Les rues sont noires de monde. La foule n’en finit pas d’affluer de toutes parts. A Tahrir, la place principale du centre-ville à deux pas du Nil, l’ambiance est surchauffée! Les jeunes tapent fort sur les tambourins tandis que celles et ceux qui les accompagnent, dansent sur les rythmes entraînants. Certains vont même jusqu’à monter sur les bus pour crier leur joie. Le Caire comme toutes les nuits ne dormira pas ce soir mais rêvera cette fois-ci à une qualification de l’Egypte au prochain Mondial. Reste encore une étape. Celle du Soudan.

Egypte- Algérie : attaque du bus algérien, une mise en scène selon la presse égyptienne

Dans la soirée de jeudi, alors que la fête débutait à peine pour le concert Cheb Khaled-Mohamed Mounir, en banlieue du Caire, le bus de l’équipe nationale algérienne, a été attaqué sur le chemin qui le menait de l’aéroport à l’hôtel. Les Fennecs doivent en effet rencontrer samedi dans la capitale égyptienne les Pharaons dans le cadre des éliminatoires pour la Coupe du Monde de football de 2010.

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(vidéo publiée par Scofbrim et filmée de l’intérieur du bus algérien lors de l’attaque.)

«Ils ont caillassé le bus avec des grosses briques. Des joueurs ont la tête ouverte et en sang. On était allongé dans le bus. Toutes les vitres étaient cassées», raconte Anther Yahia, joueur de la sélection algérienne,  au micro de la radio RMC. Ce dernier n’hésite pas à pointer du doigt les autorités qui selon lui ont négligé leur sécurité. «On ne peut pas envoyer des pavés de 5 kilos de 50 mètres. Ils ont laissé faire et regardé. C’est une honte ! »Et de poursuivre : «Tant que la vie des joueurs n’est pas assurée, on a peur de jouer le match» . Pour Yazid Masouri, son co-équipier et capitaine de l’équipe algérienne, légèrement blessé par des bris de verre «c’est du jamais vu» . Il raconte que «des voitures étaient collées au bus» et avoue «ne pas comprendre pourquoi il n’y avait pas d’escorte». Au total, cinq joueurs algériens ont été touchés dont Khalid Lemmouchia qui a dû être transporté à l’hôpital pour soigner ses blessures. Selon l’AFP, deux ministres algériens ont déclaré la présence de blessés parmi l’équipe, une déclaration niée par des sources policières égyptiennes.

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Interview à I Télé du capitaine de l’équipe algérienne, Yazid Mansouri.

La presse égyptienne de ce vendredi n’est pas tendre avec la sélection algérienne. La grande majorité des journaux parlent d’un scénario monté de toutes pièces du côté algérien pour faire croire à une attaque provenant du camp égyptien. Le quotidien indépendant Al Masri Al Yom va même jusqu’à titrer en Une : « Un comédie algérienne« . Si le journal avoue que des jeunes ont bien attaqué le bus de la sélection algérienne par des jets de pierres, il remet en cause la version des Fennecs qui ont selon lui, «  profité de l’occasion pour affirmer avoir été effrayé et blessé ». Le journal affirme même que ce sont les joueurs algériens eux-mêmes qui ont détruit des sièges et les vitres de l’autobus pour faire croire à une véritable attaque. Même son de cloches pour le journal indépendant Al-Chourouq pour qui l’affaire n’est qu’une « crise montée de toutes pièces ». Le quotidien, qui cite une source policière de haut niveau, précise que « les vitres ont certes été cassées mais de l’intérieur » remettant en cause la version donnée par les joueurs algériens. Quant au journal « Al Ahram », ce dernier parle d’ »incident étrange » en accusant quelques joueurs algériens d’ »avoir délibérément cassé les vitres du bus en prétendant avoir été l’objet de jets de pierre ». La chaîne qatarie AL Jazeera précise de son côté que c’est le chauffeur égyptien du bus des Fennecs qui a contredit la version des joueurs algériens affirmant que ces derniers avaient eux-mêmes lancé des pierres de l’intérieur.

Canal Plus avait quant à elle dépéché un journaliste, Guillaume Pivot, qui se trouvait dans le bus algérien lorsque celui-ci a été attaqué. Le journaliste témoigne de ce qui s’est passé et confirme la version de l’équipe algérienne.

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De son côté, la Fédération Internationale de Football, suite à l’annonce de l »attaque du bus algérien, a lancé un avertissement aux autorités égyptiennes leur enjoignant d’assurer la sécurité des joueurs de l’équipe adverse. Elle a par ailleurs envoyé une délégation d’experts pour recueillir les témoignages des joueurs algériens et constater les dégâts. Selon la chaîne Al Jazeera, la FIFA a confirmé la version des joueurs algériens. Les Fennecs qui ont demandé, suite à l’agression , de différer la tenue de la rencontre de 24 heures se sont vus opposer une fin de non recevoir de la part de la FIFA. Sauf évènement exceptionnel, le match aura donc lieu. L’ambassade d’Algérie au Caire a ouvert ses portes aujourd’hui pour vendre les billets pour les citoyens algériens. Dans les rues du Caire, l’ambiance bat son plein. Depuis quelques jours, les officiels mettent en place le dispositif de sécurité dans la capitale tandis que les vendeurs de drapeaux  et autres accessoires installent leurs stands.

Egypte-Algérie, la fièvre monte au Caire

Les Pharaons sont sûrs de battre, samedi soir, les Fennecs. Les cafés font le plein de boissons et de parfums de chicha. Reportage au Caire.

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Le compte à rebours a commencé. Dans les rues du Caire, les taxis, les restaurants, les transports publics, à l’université, où qu’on se trouve, impossible d’y échapper. L’Egypte affronte samedi l’Algérie dans un ultime match de qualification pour le mondial de foot de 2010 en Afrique du Sud. Sa fierté nationale est en jeu. Elle l’est d’autant plus qu’elle joue contre une autre équipe arabe. La donne est simple : pour se qualifier et éliminer de la course l’Algérie, l’Egypte doit gagner par trois buts d’écart.

Depuis plusieurs jours, la capitale égyptienne vit au rythme des pronostics. Non pas sur l’issue de la rencontre. L’affaire est entendue. Mais sur le nombre de buts que les Pharaons inscriront contre les Fennecs algériens. Ihab, un Egyptien d’une vingtaine d’années, résume le dilemme : « C’est soit on gagne, soit on gagne. Il n’y a pas d’autre choix ! » On ne peut plus clair!

Dans les taxis, les chauffeurs m’interrogent : « Votre accent n’est pas d’ici, vous ? – Non, je suis française mais originaire du Maroc. » Maroc en arabe se dit « Maghreb » et peut donc aussi signifier la région du même nom. « Ah ! Vous venez du Maghreb ? D’Algérie ? » A ce mot d’« Algérie », je vois dans le rétroviseur ses sourcils former un « V », le « V » de victoire. « Non, non, je suis originaire de Casablanca », rectifie-je. Je remercie le ciel de la non sélection de l’équipe nationale marocaine. El hamdoulilah ! « J’aime beaucoup les Marocains. J’ai quelques clients marocains. Il y en a beaucoup au Caire, ce sont des gens bien ! – Et les Algériens ? Vous ne les aimez pas ? – Nous sommes tous frères ! », lance-t-il, le sourire malicieux. « Mais samedi, notre cœur battra pour les Pharaons. » Evidemment.

Dans les cafés de la capitale, on se frotte les mains. Certains s’attèlent à la préparation du grand soir. C’est qu’il en faut des sachets de thé, des boissons gazeuses, des bières locales et autres parfums de chichas pour les nombreux supporters attendus. Quelques drapeaux trônent fièrement sur les façades des cafés tandis que les camions acheminent par centaines les sodas en bouteilles de verre.

« C’est un grand jour pour l’Egypte entière. Nous sommes tous derrière les Pharaons, mais nous pensons aussi à notre petit commerce. Ce n’est pas tous les jours qu’un évènement comme celui-ci a lieu. On espère recevoir du monde », s’enthousiasme Hussein, un cafetier du centre-ville cairote. J’imagine déjà les Egyptiens attablés en terrasse, dans une ambiance enfumée, les yeux fixés sur le petit poste de télévision posé au-dessus du réfrigérateur. Suspendus au score, le narguilé à la bouche, ils sursauteront à la moindre occasion de but, acclameront chaque ballon rentrant et se défouleront sur leurs cigarettes en protestant contre les ratés de leurs joueurs.

Mes amis égyptiens me déconseillent fortement de me rendre au stade pour assister au match. Etant au Caire, je ne voulais rater l’évènement pour rien au monde. Mais à les entendre, la fin de la rencontre pourrait avoir des allures de cataclysme. Et puis une fille dans un stade, ce n’est pas dans les mœurs locales. « Non, ça ne se fait pas ici. Vous pouvez vous rendre dans les cafés en ville mais n’allez surtout pas au stade. Ça va être la folie là-bas et on ne sait pas comment cela va se terminer », me prévient Ahmed, l’épicier de ma rue.

Mon côté aventurier en prend un coup, mais je me plierai aux conseils de mes amis égyptiens et opterai pour un plan plus tranquille : regarder le match assise à la table d’un café, à respirer les odeurs de chicha, de cigarettes et de thé. Les fumigènes en moins. L’histoire ne dit pas pour l’instant si le centre-ville s’enflammera aussi.

La sécurité entourant ce match majeur nourrit les rumeurs et les craintes. En voici quelques-unes : l’Egypte aurait décidé de ne pas laisser les femmes rejoindre les tribunes du stade pour assister au match. Par peur que cela dégénère. Dans les journaux, impossible de trouver le nom de l’hôtel où descendra la sélection algérienne, par peur d’y voir débarquer des hordes d’Egyptiens qui envisageraient de déconcentrer les joueurs de l’équipe adverse. Moins drôle, certains prédisent des accidents à l’entrée : le stade peut accueillir 80 000 personnes mais les gens disent que plus de 100 000 seront à l’intérieur et d’autres tenteront coûte que coûte de pénétrer dans l’enceinte, au risque des piétinements.

Avant le match, il y aura ce soir le concert conjoint de Cheb Khaled, la star du raï algérien, et de Mohamed Mounir, vedette de la chanson égyptienne. Les deux artistes se retrouveront sur la même scène en banlieue du Caire. Cheb Khaled, qui croit aux bonnes vertus de la musique, a déclaré : « Je chanterai au Caire le 12 novembre pour apaiser les esprits. »

Nassira El Moaddem (Bondy-Le Caire)

Publié sur le Bondy Blog : cliquez ici.

Beyoncé : des déhanchés pas très « catholiques » selon les FM!

Malgré de nombreuses oppositions, Beyoncé, star de r’n'b américaine, a finalement donné son concert vendredi à Port Ghaleb, une station balnéaire du sud de l’Egypte située sur la Mer Rouge. Mais le show n’a pas été tout à fait comme les autres. Ces derniers jours, la diva américaine a été l’objet de vives critiques de la part de certains membres des FM, Frères Musulmans. Un des députés du mouvement d’opposition égyptien, Hamdi Hassan, abeyonceiamtour.jpg été jusqu’à écrire au Premier ministre et au ministre de l’Intérieur afin de s’opposer à la venue de Beyoncé. Dans sa missive, le parlementaire a accusé le gouvernement « d’encourager le péché et la débauche » et demandé l’annulation pure et simple d’une fête qu’il juge « à caractère sexuel ». Selon lui, les affiches de promotion de la tournée mondiale de la star menaceraient « la paix et la sécurité » du pays. Celles-ci montrent la vedette dans une pose suggestive, vêtue d’un body très moulant et tenant un guidon au niveau de ses hanches généreuses.

Sur le réseau social Facebook, un groupe a même été créé contre la tenue du concert. Vendredi soir, quelques heures avant le début du show, il comptait 10 000 membres. Le mois dernier, c’est un show prévu dans la capitale malaisienne, Kuala Lumpur, qui avait du être reporté. Un parti islamique conservateur avait appelé à l’annulation de l’évènement accusant le comportement jugé indécent de la chanteuse. De même en 2008, le concert de Shakira, qui s’était tenu au pied des pyramides égyptiennes, avait suscité de vives réactions de la part des Frères Musulmans.

Pour le plaisir des fans de la célèbre chanteuse, le concert a bien eu lieu. Moyennant finances. Grosses finances parfois. Les places les mieux placées se sont vendues à 2, 000 livres égyptiennes soit près de 250 euros. Une fortune pour la plupart des Egyptiens. Abdelrahman Ayyash, bloggueur et édiorialiste au journal électronique Bikya Masr, proche des Frères Musulmans, s’oppose à la venue de la star, pour de toutes autres raisons. « Je suis contre le fait que ce genre de concert, où les tickets sont vendus à plus de 2000 guinées, se tienne dans un pays où le gouvernement vient d’annoncer que le revenu moyen des Egyptiens était de 7000 guinées par an soit 875 euros », dénonce-t-il. Pour Imane, une étudiante de l’université du Caire, « organiser un concert aussi loin du Caire et à des coûts aussi grands n’a qu’un seul objectif : tenir les classes les plus pauvres à l’écart de la fête ».

Le show a donc eu lieu. La star, quant à elle, n’a eu que faire des diverses accusations dont elle a été l’objet. Comme à son habitude, elle a opté pour un body sexy et a offert au public des déhanchés vertigineux. Voyez plutôt ! (Vidéo publiée sur le site Youtube par Rahaf4ever.)

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Algérie – Egypte, Cheb Khaled s’en mêle !

Ces derniers temps, impossible au Caire d’éviter la sempiternelle question :  » T’es pour qui? L’Algérie ou l’Egypte »? Les Fennecs ou les Pharaons? » Etant au Caire pour une année entière, difficile pour moi de renier l’équipe d’un pays qui m’accueille les bras ouverts. De plus, il ne faut surtout pas jouer avec le feu : ici en Egypte, le football est plus qu’un simple sport. Avec l’enjeu de la qualification à la coupe du monde, c’est de la fierté des Egyptiens dont il s’agit. J’ai observé, il y a à peine quelques semaines, la déception de ceux qui ont vu l’équipe des moins de 20 ans se faire éliminer à plates coutures sur son propre sol, alors que l’Egypte était pays organisateur. Le 15 novembre, il en va de l’orgueil de tout un pays.

article8812khaled031120092.jpg Là vous vous dîtes sûrement : « que vient faire Cheb Khaled dans toute cette histoire? » Et bien la star algérienne sera accompagnée du chanteur égyptien Mohamed Mounir pour un concert le 12 novembre au Caire, soit trois jours avant le grand match.  Cheb Khaled, qui croit en la vertu de la musique comme je crois au pouvoir des prévisions météo, a osé déclarer : « Je chanterai au Caire le 12 novembre pour apaiser les esprits« . Tout un programme…

Mes amis égyptiens me déconseillent depuis plusieurs jours de me rendre au stade pour assister au match. « Ha ykoun lharb, hinek, 3an ged » (ça va être la guerre là-bas, sérieusement) m’a averti l’un d’entre eux. De toute façon, tous les  billets ont déjà été vendus et hors de question de se procurer des tickets hors de prix au marché noir.   On regardera donc le match dans un café « ennarguilé » (expression orientaliste néologique pour dire »enfumé par narguilé »!) du centre-ville, à respirer les odeurs de chicha, de Marlboro, de thé et de bière locale. Les fumigènes et les coups en moins. Ceci dit rien n’assure que le west el-balad (centre-ville) ne s’enflammera pas non plus.  En tout cas, avant le 15, c’est le 12. Rendez-vous pris pour le concert de Cheb Khaled. Je vous tiens au courant…

Quand Khadija éclipse le débat sur la succession à Moubarak!

Depuis plusieurs jours, la presse égyptienne s’intéresse beaucoup au fils du président Hosni Moubarak, Gamal. Celui-ci est pressenti pour se présenter aux prochaines élections présidentielles de 2011. Pour succéder à son père, raïs depuis maintenant 28 ans.

Le « Sunday Times », a de manière surprenante consacré dimanche 25 octobre un papier pour le moins mielleux à l’égard de Khadija Mou157516041580160515751604.jpgbarak, épouse de Gamal depuis 2007. La jeune femme, âgée de 27 ans, peut s’enorgueillir d’un portrait dressé plus que flatteur. On apprend ainsi que « la belle et jeune Khadija, beauté de la haute société égyptienne, est diplômée en gestion des Affaires de l’Université Américaine du Caire ». « Maîtrisant parfaitement l’anglais, elle travaille pour son père, Mahmoud El Gamal, propriétaire d’une des plus grandes entreprises de construction d’Egypte« . On nous apprend également que « les week-end, Khadija joue occasionnellement au football au Complexe sportif de la très chic île de Gezira, au centre du Caire« .

Marie Colvin, la journaliste auteur de cet article, rappelle que le couple s’est marié il y a deux ans dans une « somptueuse cérémonie privée organisée dans la banlieue huppée de Zamalek » précisant que « Khadija, qui se fait discrète, refuse de donner des interviews depuis leur union et apparaît rarement dans les magazines« . Et la journaliste d’écrire que la future probable première Dame d’Egypte, « a été photographiée portant de très élégants vêtements lors du Forum Economique Mondial organisé à Sharm El Sheikh » citant ainsi pour appuyer ses propos un certain « homme d’affaires ami de la famille » : « Elle serait une première Dame parfaite pour l’Egypte. Elle est intelligente, douce et connaît très bien le monde. Et puis elle a de la classe« . Etonnant venant de la part d’un ami de la famille…

Dans les dernières lignes de son papier, Marie Colvin précise à juste titre les pressions grandissantes en Egypte quant à la question de la succession en rappelant la toute puissance du parti de Hosni Moubarak (Parti National Démocratique (PND) sur la scène politique depuis des décennies et son contrôle étroit des médias. Mais l’article se contente de résumer l’opposition à la succession de Moubarak en une phrase « Des groupes d’opposition ont déjà lancé une campagne afin d’arrêter le train en marche de la succession…« . Et de poursuivre : « …bien que cette élection signifierait la fin de 50 années d’un régime militaire« …

L’Egypte est pourtant traversée actuellement par une vague de contestation populaire grandissante contre l’arrivée du fils du Raïs au pouvoir. Il suffit de voir les nombreux mouvements qui ont pris forme et qui s’expriment dans les journaux, sur la Toile ou sur les chaînes arabes satellitaires comme Al Jazeera ou Al Arabiya.

logo4.jpgPour ne citer que quelques uns de ces mouvements : « Did a-tawrith » (contre l’héritage ») qui s’oppose à l’instauration d’une république héréditaire. Un site internet a même été créé did-eltawrees.tv ainsi qu’un groupe sur facebook «    شباب ضد التوريث » (les jeunes contre l’héritage) qui compte plus de 1370 membres. Leurs slogans :

عشان المستقبل بتاعنا مش بتاعهم (Parce que notre avenir ne leur appartient pas !)

عشان اللى أتولد فى حكم حسنى مبارك ولاده ما يتولدوش فى حكم جمال مبارك  (Pour que ceux qui sont nés sous le régime de Hosni Moubarak ne voient pas naître leurs enfants sous l’ère de Gamal Moubarak).

6a00d8341c630a53ef0120a63f8331970c800wi.jpg L’ancien adversaire de Hosni Moubarak, Ayman Nour, fondateur et leader du parti d’opposition « Al Ghad » (Le Lendemain), emprisonné de 2005 à 2009 pour avoir falsifié de faux documents pour la création de son parti ( ce qu’il nie), a de son côté rassemblé mercredi 14 octobre au Caire une coalition intitulée « Mayehkomsh » (Il ne gouvernera pas!) réunissant des opposants de tout bord politique : Frères Musulmans, Kefaya, Front Démocratique, Parti Communiste Egyptien, Parti pour le Développement et la Justice.

A la fin de son papier,  Marie Colvin écrit : « Au Congrès annuel du PND (qui se tient ce week-end au Caire ndlr), Gamal Moubarak devra sans surprise recevoir un rôle plus important au sein de la formation au pouvoir, ce qui lui offrira un chemin tout tracé pour être le candidat du parti, même si l’intéressé le dément en public. Il a le soutien des jeunes et des ministres technocrates.(…) Ce sera aussi le moment où Khadija sera forcée de sortir de l’ombre ». No comment.

Le ministère des Transports égyptien : un « ministère cimetière »?

Le ministre des transports égyptien, Mohamed Mansour, vient de remettre sa démission suite à la collision entre deux trains survenue le 24 octobre à hauteur du village de Guerzah, à 70 kilomètres au sud du Caire. L’accident a fait, selon les chiffres officiels, 18 morts et 36 blessés. D’après les premiers éléments de l’enquête, le premier train a dû brusquement s’arrêter à cause de la présence d’un buffle sur la voie ferrée. Le conducteur du second train, qui n’avait pas été averti de l’arrêt du premier, l’a alors percuté à l’arrière. L’aiguilleur a en effet quitté son poste trop tôt, justement pour récupérer le premier train.

En 2006, le ministre avait dû essuyer un certain nombre de critiques suite au naufrage d’un ferry qui avait coûté la vie à plus de 1000 personnes. Il n’avait cependant pas quitté ses fonctions.

266856464ad08b6d3d8.jpg Il s’agit du second ministre des Transports, contraint à la démission. En février 2002, c’est Ibrahim A Damiri, qui avait quitter son poste de ministre suite au plus grave accident de train que l’Egypte ait connu. 360 personnes avaient ainsi perdu la vie.

Au parlement, un vif débat opposa lundi 26 octobre Abdel Rehim el Ghol, un membre du Parti Démocratique National,  (parti du président Moubarak) à Mahmoud Megahed, parlementaire des Frères Musulmans, appelant à mettre à sac le ministère des transports. Les deux députés en sont même venus aux mains au sein de l’hémicycle.

Tous les journaux égyptiens consacrent depuis deux jours leurs Unes à la démission du ministre Mansour. Le quotidien Al Masri Al Youm, publiait lundi une caricature montrant un buffle assis aux cotés d’un policier et qui déclarait :  » Ce n’est ni la faute du ministre, ni celle des cheminots, ni celle du gouvernement. Je suis le seul responsable: mettez moi en prison« . Le même dessin montrait un voleur au téléphone avec le ministre des transports qui affirmait : « Soyez sûr Monsieur le ministre, nous avons payé le buffle plus de 100 livres afin qu’il endosse seul la responsabilité de l’accident« . Le quotidien « Ashourouq » qui titrait mercredi 27 octobre, « Mansour… la démission » se demande à juste titre si le ministère des transports égyptien n’est pas devenu un « ministère-cimetière »…

Au Caire, débarque le covoiturage!

C’est une petite révolution ici. Pas encore très populaire mais fait parler de lui sur la toile. Le problème numéro un en Egypte, disons un des problèmes numéro 1, c’est sans conteste celui de la circulation. Certains Egyptiens vous diront que le pays compte deux fois plus de voitures que d’habitants. Avec plus de 80 millions d’habitants, faîtes le calcul!

capturer.jpgLes embouteillages au Caire, c’est comme on dirait un pléonasme! Pas un jour sans voir les grandes artères du centre-ville bouchées par des milliers de voitures. Pour tenter de remédier au problème, des Egyptiens ont mis en place un site internet « Egypt Car Poolers« , le premier site de covoiturage en Egypte. L’initiative n’en est qu’à ses débuts mais dans un pays où la circulation et la pollution automobile sont deux vrais problèmes de société, le projet mérite d’être souligné. Pour les créateurs, « il n’y a aucune raison, au vu des problèmes majeurs de circulation au Caire, que le projet ne fonctionne pas« . J’ai contacté Hesham, un des fondateurs du site web. Selon lui, « beaucoup sont très excités à l’idée de cette initiative. Mais beaucoup aussi n’osent pas encore l’utiliser par peur de monter en voiture avec des gens qu’ils ne connaissent pas (…). Ce genre de concept, tout nouveau en Egypte, a encore besoin de temps« . Let’s see !

En France, on s’attaque au niqab. En Egypte aussi!

Que la commission Gérin se rassure. En Egypte aussi le niqab est pris pour cible! L’affaire remonte au début du mois d’octobre. Mohamad Sayed Tantawi, recteur de l’Université d’Al Azhar et grand imam de la mosquée du même nom, la plus grande autorité religieuse du pays, effectuait une inspection de vérification des mesures d’application contre la grippe A dans un établissement pour filles de l’université. Dans une des classes visitées, il aperçoit une jeune fille âgé de 12 ans portant le niqab. L’Imam lui demande alors de retirer son voile, ce que l’écolière exécute. Tantawi l’interroge alors sur les raisons pour lesquelles elle porte le niqab. La jeune fille, défendue par sa professeur, répond qu’elle ne l’a mis qu’une fois l’Imam entré et que dans la classe, uniquement composée de filles, elle ne le porte pas.

L’affaire aurait pu en rester là. Mais la suite des paroles adressées par Tantawi à la jeune fille va déclencher une vive polémique dans l’Egypte entière. L’Imam a ainsi déclaré que si l’écolière avait été jolie, elle n’aurait pas eu à porter le niqab et que de toute évidence, il en savait plus que ses parents sur les questions religieuses. Au-delà de la prise de position religieuse de Tantawi, qui a décidé suite à cette affaire de bannir le port du niqab dans les établissements scolaires pour filles d’Al Azhar, ce sont les attaques personnelles adressées par le plus grand imam du pays à une jeune fille de 12 ans qui ont choqué l’opinion publique égyptienne.

Pointant du doigt ce qu’il appelle être  » un genre de rigorisme rejeté par la charia islamique », l’imam s’est très vite fait emboîter le pas par le ministre de l’Enseignement supérieur, Hani Helal, qui quelques jours plus tard, a pris un décret interdisant l’entrée des « monaqqabates » dans les cités universitaires égyptiennes. (Voir la vidéo ci-dessous prise par medo4soft et disponible sur You Tube).

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Pour la version sous-titrée en français, cliquez sur cette page du site des Observateurs de France 24 : ici.

Contre toute attente, des organisations libérales et des associations de défense des droits de l’homme ont défendu le port du niqab au nom des libertés individuelles. Al Jazeera, qui a diffusé en intégralité le dialogue entre l’imam et l’écolière, se demande de son côté si la prise de position de Tantawi ne va pas servir d’excuse aux pays occidentaux pour durcir encore plus leur positionnement par rapport au niqab mais également au voile islamique, ceux-ci disposant désormais d’une décision religieuse émanant d’une des plus prestigieuses universités islamiques du monde musulman (sunnite). Les Frères Musulmans ont, quant à eux, de suite exigé le retrait du décret et la démission de Tantawi.

Pour certains égyptiens rencontrés au Caire, pas de doute, l’imam d’Al Azhar, par ailleurs nommé par le président, est dans une phase de séduction du pouvoir, à la recherche d’une reconnaissance politique. Dans les rues du Caire, on rencontre ça et là des femmes portant le niqab mais leur nombre reste très faible. Dans les cités universitaires du pays, les filles portant le niqab n’avaient jusque là pas été inquiétées devant à l’entrée montrer patte blanche à UNE employée de la sécurité. Le port du niqab est apparu très récemment dans la société égyptienne avec le retour au pays de milliers de travailleurs égyptiens partis travailler dans les pays du Golfe et revenus imprégnés de la culture wahabbite.

Au Caire, pour un an !

Nassira a obtenu une bourse pour étudier la langue arabe dans la capitale égyptienne. Elle enverra au Bondy Blog des chroniques régulières. Immersion.

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Trente-cinq degrés en plein mois d’octobre. C’est ce qu’indique le thermomètre cairote depuis mon arrivée il y a quinze jours. Pas une goutte de pluie, ni un nuage dérangeant. Ciel bleu et soleil tapant. Les seules gouttelettes d’eau que l’on reçoit sur la tête sont celles qui jaillissent des climatiseurs fixés sur les façades des immeubles, arrosant en même temps les trottoirs secs du centre-ville. L’atmosphère suffocante de la capitale contraste avec l’air hyper-conditionné des bureaux, banques et autres boutiques.

En ces jours de forte chaleur, les Egyptiens ne jurent que par le tekif (climatiseur) : ceux qui en possèdent un à la maison le font fonctionner en permanence, fiers de ce que la technologie apporte dans leur chaumière ; les autres avouent rêver de s’en procurer un. En sortant de l’aéroport du Caire dimanche 27 septembre, j’ai été comme prise par un choc thermique : il était une heure du matin et l’air dehors était pourtant très chaud. A la sortie, les chauffeurs de taxi se ruent vers les voyageurs. J’avais décidé de prendre le bus, moins cher et plus aventurier. Sauf que le guide que je m’étais procuré ne précisait pas que les bus de nuit, se dirigeant vers le centre, ne passaient que toutes les heures.

Après une heure d’attente et une résistance accrue aux chauffeurs de taxis tentant de me persuader de la sécurité de leur véhicule, le bus numéro Ɛ• • , 400 en chiffres indiens (en Egypte, comme dans d’autres pays arabes, on utilise les chiffres indiens), pointe enfin le bout de son nez. Déjà plein. Etre une fille a son lot de privilèges : j’ai l’honneur de pouvoir m’installer près du conducteur, assise sur mes bagages. Dans le véhicule, beaucoup de jeunes hommes en route ou de retour de leur travail.

Première immersion dans le monde populaire de la capitale égyptienne : celui des transports. Peu de femmes présentes. De ma place, je profite de la vue panoramique du Caire tandis que les jeunes hommes debout à mes côtés me lancent des regards aguicheurs tout en plaisantant avec le chauffeur. Parano que je suis, je me dis qu’ils doivent se moquer de mon allure ! Une forte odeur d’essence me titille les narines. Qu’importe, je suis au Caire, en Egypte, pour un an. Je bouillonne déjà devant l’immensité de l’aventure. Non, je ne suis pas en Egypte pour les vacances mais j’ai eu la chance d’être sélectionnée pour une bourse d’études de la langue arabe.

Comme me lancera d’un ton provocateur quelques jours plus tard un vieil Egyptien, rencontré dans les rues de « La Victorieuse » (Al Qahira, Le Caire en arabe, signifie La Victorieuse) : « Les Européens ont la chance d’être payés pour étudier ! » Jusqu’en juin 2010, je vais profiter de cette expérience pour jouer les correspondantes au Caire pour le Bondy Blog. Le trajet menant au centre-ville dure une trentaine de minutes. Pas d’arrêt de bus : les passagers informent le chauffeur de l’endroit précis où ils souhaitent descendre.

Une demi-heure plus tard, le bus me dépose à Meydan Abdel Moneim Riyad, une grande place du centre-ville, et après vingt minutes de marche, me voici arrivée à l’hôtel Ramsès II, où je vais élire domicile pendant quelques jours le temps de trouver un appartement. Le foundouk (hôtel en arabe) est un petit hôtel pour routards, confortable mais sans prétention. L’auberge est située au 12e étage d’une tour délabrée du centre-ville. De la terrasse de l’hôtel, on aperçoit les hauteurs de la capitale : clochers des églises du centre, toits des grands hôtels de la ville, drapeaux égyptiens flottant et linge étendu aux fenêtres des habitations d’en face.

Ici, de n’importe quel coin de la ville, les klaxons fusent sans arrêt. De ma vie, je n’ai jamais vu autant de voitures : rouges, blanches, jaunes, bleues ; cabossées ou flambant neuves; 4X4 contemporains ou vieux bolides américains. Le Caire est le paradis des automobilistes en tout genre. Ou l’enfer lorsque, dès 17 heures, les embouteillages n’en finissent plus de boucher les grandes artères de la ville et les ponts qui enjambent le Nil. Entre piétons et conducteurs, un combat permanent se joue : les premiers traversent effrontément les voies, frôlant les voitures qui déboulent à toute allure ; les seconds tentent d’avoir le dernier mot. Des pots d’échappement des véhicules, s’envole une fumée noire et épaisse que l’on respire à longueur de journée.

La vie au Caire ne s’arrête jamais : le soir, les jeunes couples se promènent dans les rues commerçantes du centre-ville, main dans la main, observant les vitrines alléchantes des boutiques ouvertes jusque tard dans la nuit. Les familles prennent l’air en dégustant les cornets de glace vendues pour quelques guinées tous les dix mètres sur Talaat El Harb, une des avenues les plus dynamiques de la capitale. A minuit, le centre-ville est encore noir de monde et le grand centre-commercial toujours pris d’assaut.

Un peu plus loin, sur la corniche longeant le Nil, les garçons tentent d’arracher les numéros des jeunes Egyptiennes tandis que les loueurs de « fellouques » (bateaux à voile sur le Nil) se jettent sur les badauds pour un tour musical sur le grand fleuve. La plupart des jeunes filles et des femmes sont voilées, rares sont celles qui ne portent pas le hidjab : coptes ou filles de bonne famille seulement. Les différentes manières dont elles entourent leur visage d’un voile mériteraient à elles seules un long article. Les hommes, eux, pour la plupart se baladent avec dans leur main trois objets précis : un téléphone portable, un briquet et un paquet de cigarette. Fumer est un sport national ici. Le narguilé bien sûr mais la cigarette surtout.

Les Egyptiens se rassasient l’estomac de jour comme de nuit : les fast-foods proposent sandwichs occidentaux et spécialités locales. A chaque grand carrefour de la ville, les policiers égyptiens tout de blanc vêtus, s’ennuient à mourir à faire la circulation sous un soleil de plomb. Même les milliers de chats que compte la capitale, semblent avoir plus à s’occuper. 450 guinées c’est ce que touche un policier, m’informe l’un d’eux rencontré dans la rue. Soit 60 euros à peine.

En parcourant les rues de la capitale, j’ai l’impression que les Egyptiens travaillent 24 heures sur 24. De mon hôtel vers 23 heures, on entend encore les bruits des instruments des ouvriers. En fin de soirée, dans les rues du Wast el Balad (centre-ville en dialecte égyptien), les distributeurs de journaux mettent sur leur dos des dizaines d’exemplaires des quotidiens du soir qu’ils amènent à pied aux kiosques, pris d’assaut le lendemain par les lecteurs. Mardi 6 octobre, pourtant jour férié, tout ou presque était ouvert (hormis les administrations) et jusque tard dans la soirée. Quinze jours que je suis ici. Mes cours d’arabe ont déjà commencé. L’accueil des Egyptiens est un bonheur : je ne compte pas le nombre de thés que je me suis vu offrir et les sourires des gens à m’entendre balbutier quelques mots de ‘amia (dialecte). J’ai hâte d’en savoir sur la société égyptienne, en pleine ébullition. Je ne manquerai pas de vous faire partager mes aventures.

Nassira El Moaddem

Article publié sur le Bondy Blog : cliquez ici

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