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L’Afrique, eldorado de la Turquie

La porte européenne semble s’être refermée pour longtemps. Alors, la Turquie a décidé de se tourner vers l’Afrique pour gagner des marchés et de l’influence.

L’Afrique, eldorado de la Turquie dans Café arabica - infos capture_decran_2012-05-10_a_10.04.21_0-300x174«Nous ne sommes pas comme les Européens, nous ne faisons pas dans la littérature, nous voulons vous aider concrètement». Bülent Arinç, vice-premier ministre turc, sait parler à ses hôtes. Devant lui, environ 300 journalistes et blogueurs venus d’une cinquantaine de pays du continent noir: Maghreb, Afrique sub-saharienne, Afrique australe. La rencontre est couverte en anglais, en français et en arabe. Vols, hébergement, repas, visites sur place, le service de presse du ministre a mis les petits plats dans les grands.

Les 9 et 10 mai, Ankara a reçu ses invités africains pour un grand forum dans un très chic hôtel de la capitale. Sur le papier, la rencontre ambitionne «d’améliorer les relations» entre la Turquie et les leaders médiatiques du continent noir. Vaste programme. Derrière la façade officielle, Ankara continue son opération de lobbying et de séduction. La cible désormais: les faiseurs d’opinion africains. Pour ce faire, les officiels turcs surfent sur le dialogue interculturel, une méthode dont ils se sont faits les champions depuis quelques années.

En ce mois de mai, devant les représentants médiatiques, les officiels turcs ont multiplié les déclarations d’intention.
«Nous sommes loin de la pensée coloniale, nous voulons assurer un développement favorable avec l’Afrique. Il ne faut pas se contenter d’un discours misérabiliste», a solennellement déclaré Bülent Arinç.

Contre-modèle turc en Afrique

Ce dernier n’a d’ailleurs pas hésité à comparer le modèle ottoman à la colonisation européenne. Pour mieux les opposer: «Les Ottomans ont beaucoup respecté les peuples d’Afrique de façon à résister à toute politique d’assimilation». Une vision renchérie par Serdar Cam, responsable de l’agence turque de développement, Tika: «Pour construire ensemble, il faut bannir les clichés occidentaux qui collent à l’Afrique comme « guerres », « violences », « pauvreté », « maladie ». Il faut changer notre langage.» Car au final, la Turquie cherche à proposer une alternative aux modèles occidentaux et chinois en Afrique. Le pays joue de sa proximité culturelle notamment à travers l’islam, et jouit, selon elle, d’un avantage: ne pas être compromis par les ravages du colonialisme européen.

Reste que ces éléments de langage ne font pas toujours mouche auprès du public. Henda Hendoud, blogueuse et journaliste tunisienne présente lors du forum, regrette que les officiels turcs reproduisent les mêmes erreurs de langage que ceux qu’ils dénoncent de la part des Européens. «Plusieurs intervenants, tous des officiels, ont parlé de l’Afrique comme si elle était un pays à elle toute seule, sans prendre en considération sa diversité culturelle, géographique, religieuse…» La journaliste se dit d’ailleurs mal à l’aise avec cette méthode qu’elle assimile à de la «propagande». D’autres n’ont pas hésité à pointer du doigt, directement auprès des organisateurs, les entraves à la liberté de la presse que les journalistes turcs subissent dans leur propre pays.

Business is business

Pour Bayram Balci, chercheur spécialiste de la Turquie, cet attrait pour l’Afrique de la part d’Ankara est avant tout pragmatique: «La Turquie est devenue une puissance émergente, et ses entreprises vont là où il y a des opportunités d’investissement. Même admise dans l’Union européenne, la Turquie irait voir en Afrique, car le continent a des énormes besoins auxquels la Turquie peut répondre».

Cet intérêt n’est pas nouveau. Il a officiellement débuté en 1998 lorsque Ankara a mis en place un programme intitulé «Plan d’ouverture vers l’Afrique». Depuis, les initiatives se sont succédées:
•    2005, «Année de l’Afrique» en Turquie.
•    Développement des projets de développement dans le continent, notamment en Afrique de l’Est via l’agence TIKA.
•    Un an plus tard, Ankara lance un forum d’affaires réunissant chaque année à Istanbul des acteurs économiques turcs et africains.
•    En 2008, c’est le premier sommet Turquie-Afrique qui s’ouvre à Istanbul.

Le volume du commerce entre la Turquie et le continent noir est passé de 742 millions de dollars en 2000 à 17 milliards en 2011 – tiré en grande partie par le secteur du bâtiment. Une dynamique permise également par le renforcement de ses représentations diplomatiques en Afrique: de deux en 2005, le nombre d’ambassades sur le continent est aujourd’hui passé à 31.

Pas question d’en rester là pour les autorités turques qui, durant le forum ont pointé les limites de la présence économique des grandes puissances: «autorisations de pêche délivrées sans contrepartie fiscale, exploitations des forêts et des mines sans retombées positives sur les populations africaines», détaille Serdar Cam.
Les écoles confessionnnelles, relais des intérêts économiques

Reste que dans son esprit, ce développement de la présence économique turque doit s’accompagner à tout prix d’une dimension culturelle. Car pour les dirigeants, les affaires ne pourront que profiter d’une visibilité accrue du modèle turc qui passe par la langue et par l’islam.

Pour cela, l’Etat et les dirigeants d’entreprise peuvent compter sur la mouvance de Fethüllah Gülen, du nom d’un célèbre imam turc, à la tête aujourd’hui d’un vaste réseau d’écoles confessionnelles à travers le monde notamment en Afrique: Kenya, Mali, Burkina-Faso, Malawi, Gabon, Afrique du Sud… Dernière en date, l’école de la Citadelle ouverte à Conakry, en Guinée; Au menu de l’enseignement: programmes locaux, mais également langue turque et cours optionnels de religion musulmane. Avec l’ambition de faire de ces élèves le vivier d’une élite locale turcophone et turcophile, relais des intérêts économiques de la Turquie en Afrique. A l’instar des blogueurs et des journalistes invités en Turquie. Un rendez-vous que le gouvernement d’Ankara a promis de renouveler tous les ans.

Nassira El Moaddem

Articlé publié en mai 2012 sur Slateafrique.com : cliquez ici

Turquie : Nedim Gürsel, son roman et un procès à longue portée

La Turquie condamnerait-elle ses écrivains pour blasphème? Le procès de Nedim Gürsel, écrivain et universitaire franco-turc, s’est finalement conclu par un acquittement.

dcfc00100.jpg Pour le tribunal de Sisli à Istanbul, l’ouvrage incriminé « Allah’in kizlari » (les Filles d’Allah), «pris dans son ensemble ne constitue pas un délit» et a affirmé que l’ouvrage de Nedim Gürsel ne représentait pas de «danger évident et imminent pour l’ordre public». Depuis le 5 mai 2009, l’auteur du roman, publié en mars 2008 en Turquie, comparaissait devant la justice turque. Celle-ci accusait l’ouvrage de dénigrement «des valeurs religieuses de la population» suite à la plainte d’un citoyen turc.

La Direction des affaires religieuses, plus communément appelée Diyanet, organe rattaché au premier ministre et chargé de la gestion, du contrôle et de l’organisation des cultes en Turquie, avait monté un rapport à charge contre le romancier, rapport qui a été ajouté au dossier de l’accusation. L’écrivain encourait de 6 à 12 mois de prison.

Est-ce que l’islam, et plus particulièrement la vie du prophète, peut faire l’objet de représentations fictives et occuper une place centrale dans un roman? Car c’est de cela qu’il s’est agi dans cette affaire. Dans les Filles d’Allah, Nedim Gürsel propose les souvenirs d’un enfant d’une petite ville d’Anatolie, intrigué par les versets du Coran et par son grand-père pieux. Ces souvenirs se mêlent dans une biographie romancée du prophète où les «filles d’Allah», trois déesses du panthéon arabe pré-islamique, donnent une autre version de l’avènement de l’islam.

281375.jpgLe roman n’en était pas à son premier épisode judicaire. En août 2008, le procureur de la République s’était déjà prononcé sur l’affaire en décidant d’un non-lieu suite à une première enquête. Mais le tribunal de grande instance d’Istanbul avait choisi de passer outre cette décision en examinant la plainte d’Ali Emre Bukagili, un citoyen turc, qui a affirmé s’être senti «offensé» par le roman incriminé.

Interviewé par France Info le jour de l’ouverture du procès, Nedim Gürsel regrettait que le premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, n’ait pas tenu ses promesses. Début 2009, lors de la remise du prix de la culture et de l’art, le premier ministre turc avait alors déclaré : «La Turquie n’est plus un pays qui juge ses écrivains.» Nedim Gürsel s’interroge sur les raisons qui ont poussé le tribunal à rouvrir le dossier.

Lors de la première journée d’audience du 5 mai 2009, le procureur s’était prononcé en faveur d’un acquittement, estimant que l’existence d’un danger proche et évident pour l’ordre public n’était pas établi.

Hormis la plainte de M. Bukagili, le rapport élaboré par la Diyanet avait largement contribué à alimenter l’affaire. Dans son dossier à charge contre le roman de Nedim Gürsel, la Diyanet affirmait que certains des passages de l’ouvrage étaient blasphématoires envers l’islam. Selon les termes du rapport, le roman de Nedim Gürsel «contient des expressions non seulement sceptiques mais critiques et propres à rabaisser et tourner en ridicule Dieu, les prophètes, les saints apôtres, les principes religieux, les livres sacrés et les cultes religieux».

La Diyanet n’a pas compétence à se prononcer sur le contenu d’œuvres artistiques. C’est ce qu’avait rappelé Nedim Gürsel dans une lettre au premier ministre, lettre publiée dans le journal Milliyet et reprise en français sur le site internet du Nouvel Observateur. L’écrivain interpelle M. Erdogan : «Quoi qu’il en soit, qu’elles soient sacrées ou non, qu’elles soient considérées comme telles ou non, un écrivain n’a-t-il pas le droit de commenter les lettres d’un texte sans pour autant tomber dans le sacrilège?»

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Le procès s’était ouvert le jour où le Parlement européen débattait avec la Commission des avancées des réformes de la Turquie dans le cadre de sa candidature à l’Union européenne. La déclaration d’Olli Rehn le 5 mai 2009, commissaire européen à l’élargissement, sur l’avancée du processus démocratique en Turquie, ne faisait pas mention du procès de l’écrivain mais le hasard du calendrier n’avait échappé à personne. Surtout pas à l’écrivain dont l’essai Turquie : une idée neuve en Europe, publié en mars dernier, est un véritable plaidoyer pour l’entrée de son pays dans l’Union européenne.

Nedim Gürsel a souhaité, lors de ce procès, mettre en avant les aspirations d’Ankara à entrer dans l’Union alors même que le pays déroge aux principes de la liberté d’expression. Dans son entretien à France 24, le romancier dénonçait «une dérive autoritaire du pouvoir en Turquie, pays qui se dit laïque et qui souhaite intégrer l’Union européenne».

Tout au long de son procès, Nedim Gürsel a précisé vouloir «respecter la foi des croyants» tout en ayant la liberté de la questionner. L’acquittement de l’écrivain franco-turc intervient jeudi 25 juin, au début d’une visite de deux jours du premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan à Bruxelles, où il rencontre les dirigeants européens pour discuter du dossier de la candidature turque à l’UE.

Nassira El Moaddem

Article publié sur le site Mediapart : cliquez ici.

Qui sont les Turcs de Bulgarie?

Mai 2009 n’est pas une période anodine pour les Turcs de Bulgarie.  Le 19 de ce mois, a débuté la commémoration du triste anniversaire de l’exil forcé et de la politique d’assimilation dont ils ont été victimes dans les années 1980. Aujourd’hui les Turcs de Bulgarie représentent plus de 800 000 personnes soit plus de 10% de la population nationale. Ils vivent essentiellement dans la zone montagneuse des Rhodopes dans le sud-ouest du pays et au nord dans la région du Deliorman.

alemino.jpg Ali Eminov, éminent anthropologue bulgare d’origine turque, qui vit aujourd’hui aux Etats-Unis, a travaillé toute sa vie sur la communauté turque de Bulgarie à laquelle il a consacré nombre d’ouvrages et d’articles. Il décrit l’assimilation qu’ont connue les Turcs de Bulgarie en indiquant qu’« entre décembre 1984 et mars 1985, près d’un millions de Turcs de Bulgarie ont été forcés de remplacer leurs prénoms et noms turcs par des patronymes bulgares. Cette période de l’histoire appelée « processus  de renaissance nationale » provient d’une politique menée déjà depuis les années 1950 ». « En mars 1985, le gouvernement bulgare annonce que la nation bulgare est homogène, avec une seule langue, une culture uniforme et une idéologie, le communisme. Pas de place donc aux autres communautés, dont les Turcs. Commence alors une bulgarisation forcée des noms et prénoms des Turcs de Bulgarie » ajoute M. Eminov. Cette assimilation passe aussi par une marginalisation de l’enseignement en langue turque : « Ces cours sont optionnels, le nombre des professeurs formés pour ces cours est insuffisant et ces derniers sont très mal payés. De plus, le nombre de manuels scolaires rédigés en turc est également faible. » Ajoutés à cela, les mosquées en Bulgarie qui manquent, selon le chercheur, d’imams bien formés. De plus, des lieux de culte ont été vandalisés sans que le gouvernement n’enquête sérieusement.

Le plus important exode humain depuis la Seconde Guerre mondiale

M. Eminov n’a pas connu ces épisodes. Comme beaucoup d’autres à cette époque, il a fui le régime communiste en 1960 rejoignant la Grèce dans un premier temps puis les Etats-Unis où il vit depuis. Mais sa propre famille a été victime de cette politique forcée d’assimilation : « Toute ma famille et mes proches qui vivaient en Bulgarie à cette époque ont été forcés à l’assimilation dans les années 1980 y compris le remplacement des noms et prénoms turcs par des équivalents bulgares. Même les patronymes des personnes mortes ont été remplacés. Par exemple, mon frère Raif Mümünov Eminov était devenu Radi Marinov Emilov et ma mère, Hayriye, était devenue Khristina ».  Selon l’argument des autorités bulgares de l’époque, ceux qui se considéraient comme musulmans ou Turcs en Bulgarie, avaient en réalité été islamisés et turcisés de force durant la période ottomane. Leur attribuer des prénoms et des noms bulgares leur permettrait donc de renouer avec leur prétendue identité originelle. Selon Ali Eminov, les exactions subies par les Turcs de Bulgarie ne s’arrêtaient pas là : fermetures de mosquées, destruction de pierres tombales avec inscriptions en turc ou en arabe, interdiction de porter des vêtements traditionnels turcs, prohibition de toute pratique religieuse publique et bannissement des pratiques culturelles turques. S’en suit des vagues de manifestations de Turcs de Bulgarie protestant contre cette politique d’assimilation forcée et réclamant le recouvrement de leurs patronymes. Les autorités bulgares répliquent alors par l’utilisation de la force causant ainsi la mort de plusieurs personnes forçant ensuite les Turcs à quitter le pays.  Selon Ali Eminov, « il s’agit du plus important exode depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Entre juin et août 1989 quelques 350 000 Turcs ont ainsi quitté la Bulgarie et ont rejoint la Turquie. 150 000 sont revenus après la chute de Jivkov en novembre 1989 ».  En 1990, après la chute du régime dictatorial, les Turcs de Bulgarie retrouvent leur nom et prénom d’origine. A cette même date se créé, un parti politique, le Mouvement pour les Droits et les Libertés avec à sa tête,  Ahmed Dogan.

Le Mouvement pour les Droits et les Libertés dans le jeu politique bulgare

mdlbis.jpgSon nom trahit sans équivoque ses origines turques. Ahmed Dogan est un homme influent de la vie politique en Bulgarie. Il n’est autre que le président du MDL, le Mouvement des Droits et des Libertés, communément appelé le parti des Turcs. Crée en 1990, le MDL a été une réponse institutionnelle de la part de la communauté turque de Bulgarie à la politique d’assimilation dont ils ont été victimes. Aux élections législatives de 2001, soit dix ans après sa création, le MDL remporte 7,5% des suffrages exprimés obtenant 21 sièges au parlement national et rejoignant ainsi la coalition gouvernementale au pouvoir. Depuis, il ne cessera d’être une force politique majeure dans l’équilibre politique bulgare, faisant ainsi les majorités au pouvoir tout en étant régulièrement accusé de corruption. Aux élections de 2005, il réussit à obtenir 13,7% des voix et s’empare de 33 sièges à l’assemblée. Deux ans plus tard, pour la première élection européenne du pays après l’adhésion à l’Union européenne, le parti d’Ahmed Dogan, permet au MDL d’obtenir 4 sièges à Strasbourg avec plus de 20% des voix exprimées. Mais à l’issue de l’euro-scrutin de mai 2009, le MDL perd deux sièges au parlement européen récoltant 15,55% des suffrages exprimés. Si l’abstention joue un rôle dans ce résultat, la principale cause de cette baisse réside dans la montée en puissance du parti d’extrême droite bulgare Ataka.

Le spectre d’Ataka aux élections du 5 juillet

ataka.jpgArrivé dans le jeu politique national durant les élections de 2001 obtenant 21  sièges au parlement, Ataka surfe sur une vague anti-Rom et anti-turque. Pour Ali Eminov, le parti d’Ataka est un risque sérieux pour l’équilibre de la société bulgare et celui des Turcs et des Musulmans du pays: « Ataka a beaucoup joué durant la campagne aux européennes sur le discours anti-turc et anti-musulman dans sa campagne ». Selon lui, leur succès à l’euro-scrutin pourrait se répéter pour les élections législatives du 5 juillet prochain : « Les sondages indiquent qu’un autre parti de droite, le GERB mené par le maire de Sofia, Boiko Borissov, pourrait remporter ces élections. Ce même parti a affirmé durant la campagne que les enfants nés en Bulgarie, peu importe leurs origines ethniques ou religieuses, devraient porter des noms bulgares. Certains ont même suggéré qu’une coalition entre le GERB et Ataka se forme pour en finir avec la présence du MDL au sein du gouvernement ».

Une communauté turque pauvre et encore marginalisée

Malgré la présence du MDL dans le jeu politique bulgare et l’amélioration globale des droits des musulmans et des Turcs en Bulgarie, les campagnes d’assimilation forcée des années 1970 et 1980 ont laissé des traces et la fracture entre Bulgares dits de souche et la communauté turque reste vivante surtout dans les régions reculées. « Les structures sociales de la communauté comme les komsuluk, qui étaient très présentes avant la politique d’assimilation, n’ont pas été recréées après cet épisode. Aujourd’hui, les attitudes d’Ataka ou d’autres partis politiques bulgares, qui prêchent la restriction des droits des Turcs voire leur expulsion du pays, mettent à mal le développement des relations inter-communautaires et inter-culturels » explique Ali Eminov.  Ajoutés à cela, un  taux de chômage et de pauvreté au sein de la communauté turque plus élevés que la moyenne nationale. La chute du régime communiste a aussi sonné la fin des entreprises étatiques comme l’industrie nationale de tabac qui employait énormément de Turcs. L’Etat bulgare n’a fait que très peu pour développer des alternatives à cette fin de l’économie étatique.

« Les Turcs se sentent aussi citoyens bulgares »

Milena est une jeune Bulgare de 30 ans, vivant en France depuis 2 ans. Elle nous parle des Turcs de Bulgarie.

Quel est votre lien avec les Turcs de Bulgarie?

Avec mon mari français, nous avons acheté une petite maison dans un village turc situé entre Plovdiv, deuxième ville du pays et Kardjali, une ville à majorité turque. Je me suis donc mise à apprendre le turc à Paris afin de pouvoir parler avec les habitants du village.

Quel regard portez-vous sur les Turcs de Bulgarie?

Parmi les Turcs bulgares que je connais, aucun n’a des idées extrêmes. Personne par exemple ne souhaite faire sécession. Les Turcs que je connais sont des gens intelligents, qui ont fait des études. Et les habitants du village où nous avons acheté une maison, sont très attachants et ce sont des gens avec qui l’on s’entend bien. Mais apprendre le turc pour communiquer est indispensable car beaucoup de l’ancienne génération ne parle pas le bulgare. Mais un Turc que j’ai rencontré et qui vit à Kardjali, disait quant il parlait « Nous les Bulgares ». Cela prouve bien que les Turcs se sentent aussi citoyens bulgares.

Y-a-til un risque de dérive xénophobe du pouvoir bulgare avec la montée en puissance d’Ataka?

Ataka a clairement un discours fasciste et raciste. Mais pour moi, les Bulgares ne sont pas racistes. Si certains Bulgares votent pour Ataka, c’est qu’ils ont été déçus par les coalitions successives dans lesquelles le parti turc du MDL a pris part. Ils ont l’impression d’avoir été délaissés. Et le parti du maire de Sofia, GERB surfe aussi sur cette vague en se rapprochant des discours nationalistes.

Nassira El Moaddem

Article publié dans l’hebdomadaire franco-turc Zaman France

Une diplomatie turque tout terrain

« Union Européenne : vous ne voulez pas de moi, j’irai voir ailleurs ». Tel est le message que l’on imaginerait être prononcé par les grandes figures des affaires étrangères turques. Ces dernières années, les observateurs ont remarqué l’émergence d’une orientation diplomatique turque tous azimut. Pied de nez lancé aux puissances européennes ou véritable ambition géostratégique d’Ankara ? Ankara souhaite désormais peser et intégrer le club des nations qui comptent.

son67pdfadobereader.bmpLes récentes déclarations d’Angela Merkel lors d’un meeting pour les européennes à Berlin, en présence de Nicolas Sarkozy, n’ont pas été, et c’est le moins que l’on puisse dire, appréciées par les autorités turques. Réitérant son refus de voir la Turquie rejoindre l’Union européenne, lui préférant une relation au sein d’un « partenariat privilégié », la chancelière allemande s’est vue répondre quelques jours plus tard par le premier Ministre turc, Recep Tayyip Erdogan en visite en Pologne, la phrase suivante : « Quand un match a déjà commencé, on ne peut pas changer les règles du jeu en plein match. C’est ridicule ». Et de poursuivre : « Les propos de M. Sarkozy et ceux de Mme Merkel sont très regrettables ».  Le président de la République, en visite officielle de trois jours en Syrie, a de son côté regretté une « opposition au principe d’une adhésion qui reviendrait à violer les décisions qui ont déjà été prises par l’UE ». Selon lui, « cela voudrait dire que les décisions de démarrer les négociations avec la Turquie n’étaient pas sincères, que les chefs d’Etat avaient pris une décision qui ne reflétait pas leurs intentions véritables », citant notamment l’attitude de la France. Si ces pics diplomatiques adressés par medias interposés ont pour objectif de rappeler la vigueur de l’investissement d’Ankara quant à sa candidature à l’Union, elles soulignent surtout la présence, à quelques jours d’intervalles seulement, des deux têtes de l’exécutif turc, dans deux pays d’Europe et du Moyen-Orient et la volonté de la part de la Turquie d’afficher un rôle international en puissance.

De la médiation à l’action, il n’y a qu’un pas

La force de la diplomatie turque est d’avoir, notamment dans le dossier israélo-palestinien, transformé l’essai de la médiation en véritable action diplomatique. La prestation du premier ministre, Recep Tayyip Erdogan lors du sommet de Davos le 29 janvier 2009 a permis à la Turquie, traditionnellement soupçonnée de défendre les intérêts israéliens, d’afficher son engagement dans ce dossier et de condamner l’offensive israélienne menée à Gaza. Sans pour autant remettre en cause son alliance militaire et stratégique avec l’Etat hébreu. Désormais, il ne s’agit plus pour la Turquie de se contenter de représenter la voix de la médiation et d’incarner ce fameux pont entre Occident et Orient. Son objectif est de figurer parmi les grandes puissances diplomatiques et stratégiques du monde.

La récente déclaration d’Ahmet Davutoglu, nouveau ministre des Affaires étrangères turc, illustre cette ambition. « La Turquie n’est plus un pays qui se contente de réagir aux crises. Elle décèle les crises avant qu’elles n’éclatent, intervient avec efficacité en temps de crise et dessine les contours de l’ordre dans la région qui l’entoure. » Fini donc l’habituel statut-quo de la Turquie, qui ,malmenée par les problèmes de politique interne, a pendant des années préféré rester à la marge des enjeux diplomatiques internationaux.

« Une diplomatie inventive et réactive »

La nomination comme chef de la diplomatie d’Ankara de celui qui  fut conseiller des affaires étrangères de l’exécutif, si elle ne modifie pas la donne de la diplomatie turque, est un signe fort du message lancé par Ankara à l’attention des puissances occidentales. Surnommé le Kissinger turc, M. Davutoglu, est l’artisan de la stratégie internationale mise en place à Ankara depuis l’arrivée au pouvoir de l’AKP : multiplier les relations, faire de la Turquie un intermédiaire nécessaire et normaliser les rapports avec les pays historiquement en délicatesse avec la Turquie. Les visites en Syrie, en Arménie, ou en Irak, pays avec lesquels la Turquie a pendant des années entretenu des relations difficiles, les contacts avec l’Iran ou Chypre ont été sans cesse renouvelés ces derniers mois.

schmidrianovostii.jpgPour Dorothée Schmid, chercheuse française, responsable du programme « Turquie » au centre de recherches IFRI, « la diplomatie turque est avant tout réactive, inventive et lève surtout des tabous historiques ». Une politique qui a l’air de porter ses fruits vu l’attention portée par Barack Obama, en visite en Turquie pour son deuxième voyage officiel dans le cadre de sa tournée dite « européenne ». Le président américain a d’ailleurs insisté sur l’importance d’un allié qu’il a qualifié de « déterminant ».

Une diplomatie made in AKP ?

La religion est sans conteste un élément majeur de la diplomatie turque de l’AKP. La normalisation des relations avec des pays du Moyen-Orient comme la Syrie ou l’Irak, si elle participe d’ambitions stratégiques ,sur la question kurde notamment, a largement bénéficié de l’orientation islamique de l’AKP. Cette empreinte s’est d’ailleurs révélée lors de l’obtention par la Turquie en 2005 du poste de secrétaire général de l’Organisation de la Conférence Islamique. Pour Dorothée Schmid, il ne faut pas non plus y voir, comme beaucoup l’analysent, l’expression d’une « diplomatie néo-ottomaniste ou un signal islamiste. La Turquie utilise pour compter son savoir-faire et rompt avec une attitude diplomatique turque kémaliste enfermée dans une politique post-guerre froide. Ankara a compris qu’elle devait d’abord apaiser pour entrer dans l’Union Européenne et pour ses relations avec les Etats-Unis.  Ahmet Davutoglu l’a bien dit : le pays doit être un centre à partir duquel on établit le contact et dont la religion est un élèment clé de la puissance »

L’élément religieux, les puissances occidentales y trouvent aussi leur compte. La négociation par les autorités turques du poste de Secrétaire général adjoint au sein de l’Alliance atlantique, ainsi que deux postes civils, dont celui convoité d’envoyé spécial de l’OTAN en Afghanistan, a été une véritable réussite diplomatique d’Ankara au sein d’un sommet de l’OTAN controversé.  Le premier ministre turc s’y opposait à la nomination du danois Rasmussen à la tête de l’institution. Si l’avantage est incontestable pour la diplomatie militaire turque, il l’est tout autant voire plus du côté des puissances occidentales dans le cadre des opérations menées par l’OTAN en Afghanistan. La Turquie, seule puissance militaire musulmane de poids à l’OTAN, fournit un millier d’hommes autour de Kaboul et organise des sommets entre Afghans et Pakistanais.

Objectif : compter partout

Cette politique active et à multiple orientation va même jusqu’à se tourner vers les pays d’extrême-orient. Les relations privilégiées que la Turquie entretient avec les pays d’Asie-Centrale apparaissent ainsi comme d’utiles passerelles pour cette nouvelle orientation diplomatique. Même le continent africain n’est plus négligé : en témoigne l’ouverture d’une quizaine d’ambassades en Afrique décidée à la suite du premier Sommet Turquie/Afrique organisé à Istanbul en août 2008 et la constitution d’un comite d’affaires turco-africain . L’objectif pour la Turquie : concurrencer la présence économique et industrielle chinoise sur ce continent. Une diplomatie séductrice qui semble payer :la Turquie a obtenu le siège de membre non permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU pour une période de deux ans. On peut tout de même s’interroger sur la longévité de cette diplomatie tout terrain. La Turquie ne finira-t-elle pas par inquiéter les puissances occidentales qui, au vu de son dynamisme diplomatique, décideraient de la marginaliser?

Article paru dans l’hebdomadaire franco-turc Zaman France. Photo : Zaman

« L’idée que l’islam est étranger à l’Europe est une idée fausse »

La Turquie, oui ou non ? Les députés français sont-ils des collègues agréables ? L’Europe sera-t-elle fédérale ? Oui à Lieberman, non au Hamas ? Rencontre avec le député européen britannique Sajjad Karim, d’origine pakistanaise.

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Membre du groupe de droite PPE majoritaire au Parlement européen, Sajjad Karim (photo), du Parti conservateur, est élu de la région Nord-Ouest du Royaume-Uni. Militant pour une Europe libérale et ouverte à l’adhésion turque, il se représente au scrutin du 7 juin. INTERVIEW. En France, la campagne pour les élections semble laisser indifférent une grande partie des citoyens. Qu’en est-il en Grande-Bretagne ? Ceux qui votent, le font en grande majorité en fonction d’intérêts nationaux. Mais chez nous aussi, au Royaume-Uni, il est difficile de mobiliser pour les élections du 7 juin. Nous sommes en période de crise, les gens sont inquiets pour leur avenir, ils ont l’œil rivé sur des préoccupations proches. Mais c’est pourtant au niveau européen que tout se décide, surtout en matière économique. Il ne faut pas qu’à cause des difficultés économiques, l’Europe adopte une position protectionniste. Ce serait une grave erreur. Il est important de maintenir en vie le libéralisme, et c’est durant ces élections que tout va se jouer.

Vous redoutez des attitudes protectionnistes, mais que répondez-vous aux salariés qui en France par exemple, désespérés de voir fermer leur entreprise, s’en prennent à leurs outils de travail ou retiennent quelques heures les chefs d’entreprise ? Pensez-vous qu’ils soient réceptifs à « Vive le libéralisme » ?

Je comprends cette situation. La France n’est pas la seule à la vivre. En Grande-Bretagne, aux Etats-Unis, les gens vivent exactement les mêmes problèmes. Et si vous allez en Chine, vous verrez que des millions de gens quittent les centres urbains pour revenir dans leurs campagnes. Mais si tout le monde commence à se refermer sur soi, si les pays décident de mesures protectionnistes, ce sera encore pire. En Grande-Bretagne, le premier ministre Gordon Brown avait tenu des propos choquant, avec son slogan « les emplois britanniques aux ouvriers britanniques ». Je dis juste que dans ces temps de crise, je crains que les Etats se ferment au risque de déclencher des comportements xénophobes.

On dit habituellement que les Britanniques sont contre l’Europe politique, que leur seul projet, c’est une Europe de marché. Pourtant, vous êtes là, et vous siégez au Parlement. Comment réagissez-vous ce discours ?

Tout d’abord, nous ne sommes pas contre l’Europe mais contre l’idée d’une Europe fédérale. Je suis mandaté par les gens de ma région qui ont voté pour moi et je vous le dis, les gens ne veulent pas d’une Europe fédérale. Et je vous rappelle que les Français et les Néerlandais ont dit non au référendum sur la constitution européenne. Les citoyens ne sont pas prêts et on ne peut pas faire avancer le projet européen sans le consentement des peuples. Mais je ne suis pas quelqu’un de fermé. Les institutions évoluent sans cesse et si on regarde les 50 dernières années, je pense que les évolutions futures ne prendront pas autant de temps. Mais par contre, si on force les choses, si on force les gens, alors il y aura une réaction.

Quel regard portez-vous sur la présidence française de l’Union européenne en 2008 ? Beaucoup, même à gauche, ont félicité Nicolas Sarkozy, notamment pour la gestion de la crise financière et de la crise géorgienne ?

Moi, je dirai que sa gestion était décevante. On aurait pu faire mieux. De plus, je crois que beaucoup ne comprennent pas qu’au Parlement européen, l’état d’esprit est différent de ce qu’il est à un niveau national. A Strasbourg, nous sommes toujours à la recherche du consensus. Il n’ya pas ici de majorité des idées et il faut sans cesse tenter de convaincre. J’ai trouvé Nicolas Sarkozy un peu trop directif et tranchant, alors que l’Europe, c’est un lieu de négociations permanentes. Quant à la gestion de la crise géorgienne, son efficacité m’a paru limitée, car rien de véritablement fort n’a été fait contre la position russe.

Que pensez-vous de la tournée européenne du ministre des Affaires étrangères israélien, Avigdor Lieberman, connu pour ses positions nationalistes et son opposition au projet de deux Etats, l’un israélien, l’autre palestinien, projet soutenu par l’Union Européenne ?

Il représente certes une minorité, mais il a été démocratiquement nommé. Il a le droit de venir à la rencontre des Etats et de discuter avec les responsables européens. L’Union européenne a été très claire sur le sujet en rappelant sa position quant à la nécessité de deux Etats.

Et que le Hamas, démocratiquement élu, se rende en Europe et rencontre les responsables européens, serait-ce envisageable ?

J’ai largement critiqué la position de l’Union européenne, après la victoire électorale du Hamas, lorsqu’elle avait décidé de couper les fonds versés aux Palestiniens. Je pense que la position du Parlement européen n’a pas été la bonne. Et on aurait dû reconnaître que ces élections étaient démocratiques.

Quelle est votre position par rapport à la candidature de la Turquie dans l’Union européenne ?

Cette question amène celle de l’élargissement de l’Europe. La question est : jusqu’à quelle limite géographique voulons-nous étendre l’Europe ? Quelles sont les frontières de l’Europe ? Sommes-nous une Europe géographique ou bien sommes-nous une Europe des valeurs et des principes. Nous avons ouvert les négociations avec la Turquie en 2005 et on continue à travailler avec eux, à avancer sur les réformes du processus démocratique en Turquie. La Turquie est un pays immense et son intégration demandera plusieurs années. Par exemple, en comparaison, l’intégration de pays comme la Bulgarie ou la Roumanie posait beaucoup moins de questions, car ce sont de petits pays avec une population beaucoup plus faible que la Turquie. Quoiqu’il en soit, je suis pour l’adhésion de la Turquie dans l’Union.

Certains ne veulent pas de la Turquie dans l’Union viendrait parce que c’est un pays à majorité musulmane. Pensez-vous que l’islam soit ici un problème ?

Je crois qu’il ne faut pas se tromper de débat. La relation entre l’Europe et l’islam ne date pas d’hier. C’est une relation qui existe depuis longtemps. L’idée que l’islam est étranger à l’Europe est une idée fausse. Donc pour moi, il ne s’agit pas d’un bon argument. Par contre, savoir que la majorité de la population turque a moins de 25 ans est une bonne chose pour nos pays aux populations vieillissantes. La Turquie entrera dans l’Union, cela prendra quelques années, mais elle entrera. C’est de l’intérêt de l’Europe. J’espère que je serai encore dans cette maison quand l’adhésion se fera.

Le Parlement est peu divers, ethniquement parlant.

C’est vrai, ce n’est pas très divers, ici. Si vous regardez les gens employés dans les institutions européennes, il y effectivement très peu de diversité. Et les parlementaires, n’en parlons pas. En même temps, tout le monde, chaque pays est une minorité, car il doit en permanence composer avec les autres. Je pense que la cause de la diversité doit être menée un niveau national. C’est aux Etats de faire en sorte qu’émergent des élites issues de leurs minorités. Et d’œuvrer, déjà, à la parité entre hommes et femmes au sein des institutions européennes. Nous sommes quatre parlementaires britanniques (sur un total de 78 députés) issus des minorités. C’est encore peu, même si en Grande-Bretagne, à l’échelle nationale, on fait beaucoup plus que d’autres Etats pour la promotion de la diversité ethnique.

Mieux que la France par exemple ?

En France, vous dîtes : « Tout le monde est français. Point final. » En Grande-Bretagne, les particularismes locaux ou d’origine comptent beaucoup. Chez nous, on peut être à la fois du comté du Lancastre (Lancashire), d’origine pakistanaise, musulman, européen et britannique sans aucun problème. Toutes ces identités sont compatibles les unes avec les autres, car elles font de moi un Britannique à part entière. Idem pour les Gallois, les Ecossais… Le système britannique est un système inclusif, au contraire du système français qui se veut exclusif.

Pourtant, le modèle britannique n’est pas non plus parfait. Il n’a pas empêché, par exemple, des Britanniques musulmans de commettre des attentats à Londres en 2005 ?

Certes, mais je vous rappelle que ces attentats ont été commis, entre autres, par des étrangers et par des Britanniques qui ont séjourné à l’étranger. Et puis, tout le monde a été touché durant ces attaques, y compris des musulmans.

Les étrangers disent souvent que les Français sont arrogants ? Qu’en est-il de votre relation avec les députés européens français ?

Je les aime beaucoup. Par exemple je m’entends très bien avec Tokia Saïfi (UMP), membre comme moi de la commission du commerce international. Cela dit, nous ne partageons pas toujours les mêmes vues. Les députés européens français sont chaleureux, même si je n’ai pas beaucoup de sympathie pour Jean-Marie Le Pen.

Si vous n’êtes pas réélu que ferez-vous ? Vous continuerez une carrière politique à l’échelon national ?

Je ne me vois pas ailleurs qu’ici, car j’aime beaucoup mon travail de parlementaire européen. Je crois beaucoup en l’Europe, notamment dans ce contexte de crise. Maintenant, si je ne suis pas élu, je continuerai mon combat au sein de mon parti politique, dans ma région d’origine.

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« Je leur dis aux jeunes, Mc Do, c’est une bouffe de merde »

Mercredi 29 avril à 19 heures, Europe Ecologie a donné rendez-vous à l’Espace Fraternité d’Aubervilliers. Rencontre avec le candidat aux Europénnes José Bové, éternelle pipe au bec…

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En arrivant sur le lieu de rencontre, on a plus l’impression d’être dans le Berry que dans le 9-3. L’ambiance est champêtre : distribution de radis tout juste sortis de terre, femmes déguisées en légumes de toutes sortes. Parfait décor écolo pour bobos parisiens en quête de politique-nature. Mais ne boudons pas notre plaisir, l’endroit est agréable : un chapiteau façon cabaret, des tables bien disposées, une lumière tamisée, un écran géant, des gens accueillants. Très loin des atmosphères guindées des tradionnels rassemblements politiques.

Pour arriver là, il a fallu s’armer de patience… et de bonnes chaussures : le chemin n’était pas bien indiqué et les trottoirs faisaient un peu la gueule ! « Avant de vouloir refaire le monde, il faudrait peut-être refaire les trottoirs du 93 », lance Widad, en forme. « Le 9-3 refait le monde » : tel est le slogan de cette soirée organisée par Europe-Ecologie dans le cadre de sa campagne européenne.

Nous revoyons les questions que toutes les deux nous allons dégainer à José Bové. Une demi-heure plus tard, le voilà qui arrive, dynamique, pipe au bec et sac de baroudeur sur le dos. A peine entré dans le chapiteau, le paysan du Larzac est déjà accaparé par fans, militants, photographes et autres curieux qui souhaitent immortaliser le moment. Après quelques tirages de portraits et des serrages de main, José Bové nous rejoint pour l’interview.

Monsieur Bové, ça va peut-être vous paraître bizarre comme question, mais on vous voit souvent à la télévision dans de grosses actions, mais on a dû mal à savoir ce que vous faîtes dans la vie ?

(Rires) Eh bien, j’ai 55 ans et j’habite dans le sud de la France, sur le plateau du Larzac. Je suis paysan, j’élève des brebis et je fais du fromage. Cela fait plus de 35 ans que je fais ce métier et en tant que paysan, j’ai participé à la création de la Confédération paysanne, un syndicat qui défend les petits paysans et qui lutte contre l’agriculture industrielle. Depuis, on a créé un syndicat au niveau international, Via Campesina, où on défend le droit à la souveraineté alimentaire, c’est-à-dire le droit des peuples à se nourrir avec leur propre agriculture sur tous les continents. C’est une bataille que l’on mène depuis longtemps contre les multinationales qui exportent les surplus des pays riches et qui profitent de l’agriculture des pays du sud. Voilà, ce que je fais en tant que paysan et voilà un peu mon métier de paysan et mon engagement syndical.

Le monde paysan, quel rapport avec le 93 ? Vous faites un petit peu extraterrestre, ici.

Ce n’est pas la première fois que je viens dans le 93; j’y ai participé à beaucoup de rencontres, à beaucoup de rassemblements de soutien aux sans papiers, j’ai fait des interventions dans les quartiers. En 2003 par exemple, on avait été les premiers à organiser un rassemblement sur le Larzac contre la marchandisation du monde avec des mouvements des quartiers. Il y avait certes le mouvement paysan mais également des organisations sociales et des milieux associatifs des quartiers populaires pour bien montrer que c’était l’ensemble de la population qui était concernée. Nous entretenons des liens depuis des années, donc ce n’est pas un hasard si je suis là aujourd’hui.

Justement, vous comptez mobiliser un territoire très urbain alors que vous avez une image qui est rurale. Comment casser ce paradoxe ?

Ça se fait assez facilement parce que les jeunes des quartiers me connaissent et parce que j’ai participé à un certain nombre d’actions importantes qui m’ont rapproché des gens. Quand on a démonté le Mc Do de Millau, dans l’Aveyron, ça a quand même parlé à pas mal de gens. Et puis, on a fait d’autres actions, contre les OGM par exemple. Mais on a quand même une image assez marquée dans les quartiers, aussi parce que je suis allé deux fois en Palestine et qu’en 2002, j’ai participé au bouclier humain à la mouqata’a* quand le président Arafat était encerclé par les chars (israéliens, ndlr). Je crois que c’est quelque chose qui a contribué à créer du lien pour montrer qu’on n’était pas simplement sur nos batailles à nous, mais bien sur une défense des droits des peuples, quel que soit l’endroit de la planète.

Pensez vous que votre personnalité d’homme de terrain puisse être compatible avec un siège au Parlement européen, au profil plus bureaucrate ?

Pourquoi, quand on parle des parlementaires, on dit toujours « bureaucrate » ? Toutes les batailles que nous avons menées sont des batailles hyper techniques aussi ! Le problème, c’est la façon dont on en parle. J’ai commencé ma première longue bataille dans les années 70, quand nous nous sommes battus contre l’armée qui voulait nous prendre nos terres. C’était une vraie bataille de terrain. La bataille contre les OGM, c’est une bataille longue, une bataille menée avec les scientifiques, avec l’Etat. Il a fallu qu’on reçoive les gens et leur faire comprendre ce qu’il se passait. Idem pour la mondialisation, il fallait que les gens comprennent ce qui était en train de se passer. Maintenant, les gens en ont conscience, car la mondialisation, c’est ce qu’on a dans notre assiette, mais c’est aussi les fermetures de postes, de services publics, là où il y a de moins en moins de personnel. Tout ça, c’est lié à la marchandisation.

Et vous pensez qu’à Strasbourg…

Si j’ai décidé d’aller au Parlement européen, c’est parce qu’aujourd’hui il y a une véritable exigence. Il y a à la fois des crises importantes, mais ces crises nécessitent de changer radicalement la façon de voir les choses, de changer l’économie. Il y a la crise économique et sociale, celle-là tout le monde la voit, tout le monde se la prend en pleine figure, avec le chômage et tout ça. Le problème est que si on reprend l’économie comme avant et bien on ne va rien changer. On ne va pas être capable de redonner du travail aux gens et on ne leur laissera pas la possibilité de vivre mieux. Parce qu’en même temps il y a les crises écologiques avec notamment le réchauffement climatique : le mode de vie qu’on a, notre façon de consommer ne peut plus durer. On est en train de gaspiller toutes les ressources de la planète alors soit on est capable de changer maintenant pour l’avenir de nos enfants et de nos petits enfants, de construire ce monde pour les générations futures ou alors ça va être une situation catastrophique avec de plus en plus de crises. Il va falloir réinventer une nouvelle civilisation et ça, on ne peut le faire qu’au niveau de l’Europe.

En gros, plus on est nombreux pour agir, mieux c’est. D’où vos venues dans les quartiers populaires.

Oui, chacun peut s’engager dans ce combat. On vient de traverser le périf’, il est complètement bouché. Qu’est-ce que c’est que ce bazar, toutes ces bagnoles qui polluent. Ce n’est pas un mode de vie agréable. Or, c’est comme ça qu’on vit dans les quartiers. Les immeubles ont été mal construits. Tout cela a crée une situation qu’il faut transformer, et si on veut être efficace, c’est au niveau européen qu’il faut le faire.

C’est même devenu très à la mode l’écologie, et en même temps, les gens ne se sentent pas si concernés que cela, car on a l’impression que c’est une inquiétude portée, surtout, par les élites, non ?

Je connais pas mal de gens qui vivent dans les quartiers, dans l’ensemble de la périphérie et dans le 9-3, entre autres. Prends les immeubles, par exemple, ils sont chauffés à l’électricité. Il y a énormément de gaspillage, parce que les immeubles, évidemment, sont mal isolés. Du coup, tu as des grosses factures à la fin de l’année. Ce sont des immeubles qui ont été construits à la va-vite, dont personne ne se préoccupe. Personne ne s’inquiète de ce que les gens doivent payer en consommation d’électricité. Cet argent, c’est en moins pour la famille, c’est en moins pour sortir, c’est en moins pour tout. Si on décidait d’isoler les bâtiments, si on avait un autre processus pour concevoir l’habitat, eh bien on créerait de l’emploi et surtout, on réduirait les factures des habitants. Donc l’écologie, c’est un discours de tous les jours.

Pourquoi les gens n’adhèrent-ils pas plus à ce discours ? Pourquoi ne se précipitent-ils pas pour voter « Vert » ?

Mais plein de gens iront voter ! Je pense qu’il faudrait que beaucoup plus de gens des quartiers se réapproprient ce discours. Et qu’on soit capable de montrer dans les quartiers qu’il y a des alternatives possibles. Les élections, le Parlement, c’est important pour changer globalement les modèles. Mais si les gens ne changent pas les choses dans leur quotidien, ça ne sert strictement à rien.

Vous avez cette image de « casseur de Mc Do ». Sachant que c’est quand même le restaurant le plus fréquenté par les jeunes en banlieue, ne craignez-vous pas d’être peu entendu ?

Alors tout d’abord je n’ai pas cassé de Mc Do, ni saccagé un Mc Donald’s, je l’ai démonté. On a démonté un Mc Donald’s en chantier, dont la construction n’était pas achevée. C’est pour ça qu’on l’a fait, on ne voulait enlever de travail à personne. On voulait s’en prendre à un symbole parce que nous-mêmes, on avait été pris en otage. On ne voulait pas qu’en Europe, on autorise l’importation des Etats-Unis de bœuf piqué aux hormones. L’utilisation des hormones dans l’élevage, c’est dangereux, c’est cancérigène et c’est surtout interdit en Europe, donc pourquoi on accepterait d’importer de la bouffe dangereuse qu’on ne produit pas chez nous ? Et comme l’Europe a refusé d’en importer, aujourd’hui, pour nous punir, plein de produits français sont surtaxés au Etats-Unis. Par exemple, le roquefort a été surtaxé là-bas. Comme on n’a pas pu aller au tribunal pour dire qu’on n’était pas d’accord, eh bah, on a décidé de mener une action spectaculaire. On s’était dit : « Ils vont entendre parler du pays. » Et bien ça a fonctionné. Beaucoup de jeunes ont compris le sens de notre action. D’ailleurs, certains avaient trouvé une bonne formule, ils disaient : « Nous, on va plus chez Mc Do parce que ça sent  » Bové « .» Tu vois, les jeunes ont bien compris l’histoire. Et moi, je leur dis : c’est une bouffe de merde.

Propos recueillis par Nassira El Moaddem et Widad Kefti

*Mouqata’a : quartier général de l’OLP

Article paru dans le Bondy Blog : cliquez ici

Michel Barnier : « Les yeux dans les yeux, je vous dis que ce n’est pas l’islam, le problème »

Le ministre de l’agriculture et de la pêche, tête de liste UMP aux élections européennes en Ile-de-France, était de passage à Bondy. Il a rencontré l’équipe du Bondy Blog pour parler de l’élection du 7 juin et de l’épineux dossier turc.

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Le rendez-vous avec Michel Barnier est fixé à « La Chope », un café de Bondy nord. Samedi, 9 heures et quelques minutes, le ministre candidat arrive, portable contre l’oreille gauche, il serre quelques mains tout en poursuivant sa conversation au téléphone sur la grippe porcine. Il raccroche et nous demande de nous présenter ! On lui explique, vite fait, ce qu’est le Bondy Blog et il nous répond : « Je me suis toujours fait une idée des interventions politiques, donc je ne vais pas changer, on vous dit d’aller dans des émissions de variété, chacun est dans son rôle, vous voyez ce que je veux dire. » Evidemment ! Michel Barnier tient à planter le décor de suite. Il est encore sous le coup de la polémique suscitée par Rachida Dati quelques jours auparavant avec les jeunes populaires. Nous lui proposons de commencer l’interview sur la base de cette réflexion. Après tout, c’est sa réponse préméditée qui nous met en orbite. Interview.

Donc, votre idée de la politique, ce n’est pas comme Rachida Dati qui dit c’est aussi le rire ?

Ah non ! Vous pouvez être décontracté, vous pouvez rire, vous n’êtes pas obligé d’être sinistre. Franchement chacun son comportement, c’est autre chose. J’ai trouvé que la polémique à ce propos n’était pas juste, car j’ai assisté à cette réunion des Jeunes populaires. Réunion très sérieuse sur la mobilité, sur l’emploi, sur la crise, sur ce que peut apporter l’Europe. Puis à la fin, il y avait un moment un peu décalé avec un quizz, des questions réponses, un peu décontracté. C’est à ce moment-là que c’était vraiment très décontracté. Vous prenez juste ces quelques secondes-là et vous en faites une émission, ce n’est pas juste.

Est-il difficile de concilier la campagne électorale avec votre responsabilité de ministre ?

Faut bien séparer les choses, un ministre est un homme politique ou une femme politique, il a un engagement citoyen. Il a ses soirées pour faire des réunions, il n’est pas enfermé dans son cabinet. Il se trouve qu’il y a une campagne électorale qui va commencer et que je suis engagé dans celle-ci, donc il faut bien séparer les choses.

C’est un petit peu tard tout de même pour commencer une campagne électorale ?

Le Parti socialiste a commencé vendredi dernier, l’UMP a pensé qu’il fallait commencer très tôt à parler des européennes. Le 24 janvier, on a fait un conseil national à la Mutualité. Le président de la République était d’ailleurs venu, donc on l’assume, on est au milieu de la route, on est avec notre président et il n’y a pas de difficultés de ce point de vue-là. J’ai été désigné comme tête de liste avec Rachida Dati sur l’Ile-de-France. Entre le 24 janvier et maintenant, notre objectif a été de mobiliser le mouvement politique qui est le nôtre. Je pense que les autres partis ont dû faire ou auraient été bien inspirés de faire la même chose parce que c’est la clé dans une élection qui intéresse assez peu les Français. Ce qui est pour moi anormal. La clé, c’est de mobiliser les partis politiques qui sont les relais dans les institutions démocratiques. Je vous dis tout ça pour être tout à fait franc, car dans le passé, ça n’a pas toujours été le cas. Nos candidats aux européennes ont souvent fait campagne un peu seuls et cette fois-ci, on a essayé de mobiliser le parti, et à partir de cette semaine, nous entrons en campagne.

En France, la question européenne relève de la périphérie politique, c’est presque comme la question des banlieues…

Je ne ferais pas la comparaison, je ne dirais pas que c’est la banlieue. Dans une région, la banlieue est centrale, ça dépend où vous êtes. Si vous êtes à Bondy, c’est Paris qui est à côté. En revanche, je dirais qu’on a toujours fait comme si l’Europe était à côté de nous, comme si la France était à côté de l’Europe. Depuis 40 ans, le débat européen est déconnecté du débat national et c’est ça que je trouve démocratiquement anormal. Le parlement européen vote des lois qui pour 60%, sont des lois qui vont concerner et encadrer la vie nationale. Donc, on n’est pas à coté, nous avons choisi depuis 50 ans d’être dans cet ensemble européen non pas pour fusionner mais pour mutualiser, pour coordonner, pour décider, se protéger et agir ensemble. Les hommes politiques de gauche et de droite ont toujours trouvé cette situation très commode. Je veux changer cela, c’est pour ça que je veux quitter le gouvernement pour un nouveau temps d’action européen. Car je pense que c’est trop important pour qu’on se comporte longtemps comme ça.

Les gens qui habitent la banlieue ont certainement d’autres soucis que ces élections ?

Bien sûr, je peux comprendre. Depuis 40 ans, on a construit l’Europe pour les citoyens mais sans les citoyens. S’il n’y a pas d’efforts pour assumer les choix, pour expliquer, pour rendre compte, vous avez effectivement cette distance. Et depuis 15 ans, qu’est-ce qu’on a fait ? Je prends ma part de responsabilité par rapport à cette divergence entre les citoyens et le projet européen. On a répondu par des institutions, la seule réponse a été la mécanique. C’est comme si vous êtes sur une route et quand il y a un problème, bien sûr on soulève le capot, on regarde ce qui se passe, mais ce n’est pas ça qui intéresse les gens. Il faut leur expliquer pourquoi on a intérêt à être dans un ensemble européen, qui je me permets de le rappeler pour les jeunes que vous êtes, est un ensemble politique, démocratique et totalement original. Il n’y a pas ailleurs dans le monde un autre ensemble politique comme celui-là. On ne fait pas de nation européenne, on ne fait pas un peuple européen, ça n’existe pas, ce n’est pas notre idée, on est en train de mutualiser.

Le thème de la campagne de l’UMP, c’est l’Europe qui protège. L’Europe protège de quoi ?

Pour bien comprendre le sens de votre question, vous ne dites pas en même temps que l’espace européen et les pays qui le constituent doivent être totalement ouverts ? Vous ne dites pas ça, n’est-ce pas ? On peut avoir une vision plus ou moins libérale, ouverte de la question de l’immigration, j’ai rarement entendu, même des gens gauche, dire qu’il ne faut pas de politique d’immigration, qu’on laisse tout ouvert et que tout ceux qui veulent venir en Europe peuvent venir. Je pense que c’est un progrès important qu’à accompli Brice Hortefeux quand il était ministre de l’immigration, que d’avoir mis en place un pacte européen qui permet une politique commune de l’immigration et d’éviter le chacun pour soi, le chacun chez soi. Et en même temps, ce pacte comprend le respect des droits de l’homme, la maîtrise de l’immigration, le partenariat avec les pays d’où partent les personnes immigrées et l’intransigeance totale contre les trafics d’hommes, de femmes et d’enfants. Voilà ce que constitue le pacte pour l’immigration. Donc oui, nous voulons une politique commune en matière d’asile et d’immigration, de réfugiés et je pense que, dans le monde d’aujourd’hui qui est très instable et très ouvert, c’est une chance que de pouvoir bâtir cette politique commune au niveau européen. Je ne mettrais pas ce sujet dans le thème de la protection.

Vous y mettez quoi dans ce cas ?

J’y mettrais la lutte contre le réchauffement climatique, la défense européenne, la lutte contre l’importation de produits qui ne respectent pas les normes sanitaires. Par exemple, la mélanine chinoise ou l’huile frelatée qui vient d’Ukraine, des contrôles aux frontières sur la sécurité sanitaire des produits. J’y mets aussi la lutte contre les grandes pandémies dans cette proposition. Comment on lutte contre ces pandémies ? C’est un problème très important dans les quartiers qui ont des difficultés et des problèmes de santé publique car on voit revenir des maladies telles que la tuberculose. Ces maladies ne connaissent pas les frontières, les pathogènes émergents qui touchent les végétaux, les animaux, et parfois les hommes, vous ne pouvez pas vous protéger contre tout cela tout seul.

Les jeunes aspirent à bouger. Que peut-on dire à ces jeunes sur leur avenir européen et leur mobilité ?

Le fait de bouger est très important. Les jeunes considèrent que l’espace européen est le leur et que les frontières n’ont pas la même pesanteur que celle qu’elles avaient pour moi ou pour mes parents. Dans le marché intérieur, par la reconnaissance des diplômes, on est en train de supprimer tout ce qui s’apparente à des freins à la mobilité. Des jeunes qui font des études de notaire, des études d’avocat ou encore de vétérinaires auront des équivalences de diplômes. Voilà un premier frein à la mobilité qui est supprimé. Il en va de même pour les entreprises : avoir des statuts communs pour faciliter la création d’entreprises; pour les services ou autres domaines qui peuvent être créés dans plusieurs pays. On va travailler sur l’idée d’un ticket ou d’une carte navigo qui soit valable dans toute l’Europe. C’est un autre exemple concret que le fait de pouvoir utiliser le même ticket pour être dans le métro d’Amsterdam ou le train entre Bruxelles et Paris ou le RER et le métro ici.

A la lecture de vos réactions dans la presse, on perçoit un virage à 180° de votre position sur l’adhésion de la Turquie. Hier, c’était une chance, aujourd’hui c’est un risque…

Je suis très ému par l’attention que vous portez à mes propos. Je les j’assume, mais je n’ai pas parlé de risque. Je n’ai jamais dit que l’adhésion serait un risque. Ce mot n’est pas utilisé dans ce contexte-là, je l’ai utilisé dans un contexte de basculement de la Turquie dans un autre modèle pour être précis. Reprenons la chronologie de tout ça : en 2004/2005, je suis ministre des affaires étrangères de la France et c’est à ce moment-là que se pose sérieusement la question de l’adhésion de la Turquie à l’UE. Cette question arrive après un long processus qui a commencé en 1963. La Turquie était alors le premier pays avec lequel de grands responsables politiques comme De gaulle et Adenauer avaient accepté un accord d’association. Je maintiens cette idée que la Turquie doit choisir le modèle laïc et démocratique qui est celui de l’Union européenne. Il s’est passé un évènement qui a été déterminant pour me faire évoluer dans mon opinion : c’est le référendum en 2005. Les français ont eu l’impression que l’Europe n’avait pas de frontières, pas de limites et bien sûr la question de l’adhésion de la Turquie s’est invitée dans ce débat.

La question qui était posée, c’était une question sur le projet de constitution et non pas sur une extension géographique de l’Union Européenne.

Je vous dis en tant que responsable politique comment j’analyse l’échec du référendum. Je considère que l’une des raisons du vote négatif exploité par des gens de droite et de gauche, était que ce projet n’avait pas de limites et pas de frontières. On va perdre notre identité, on va se noyer dans le monde, pensait-on. Et la question turque est alors au milieu de tout ça. Je vais être franc avec vous : mon pays, qui est un des pays fondateurs de l’UE, a un rôle majeur à jouer non pas pour donner des leçons aux autres mais pour construire l’Europe politique qui est bien différente pour moi d’une zone de libre échange et d’un super marché. L’Europe doit être une puissance politique et non pas un supermarché. De ce point de vue-là, la France doit se mettre toujours de côté et voter non, se mettre en marge parce qu’on n’a pas tranché cette question de la fuite en avant.

Pourtant, 2005, c’est un an après l’élargissement aux pays de l’est, donc c’était quand même déjà 10 pays qui étaient entrés dans l’UE.

12 pays qui sont en Europe, clairement sur le continent européen, et qui ont vocation à faire partie d’un projet continental. La Turquie n’est pas en Europe, elle est en partie sur le continent européen et l’autre partie en Asie. Donc, clairement, mon opinion a évolué en raison du vote négatif des Français. J’ai décidé de soutenir l’idée que le projet européen qui est un projet continental doit rester dans des frontières continentales, sinon un peuple comme le notre risque de continuer à se mettre en marge et moi je n’hésite pas. D’autre part, je préfère que la Turquie soit dans une démarche de rapprochement avec l’Europe sous la forme d’un partenariat pour avoir accès à l’essentiel de nos politiques mais pas de nos institutions pour garder ce rôle de pays charnière et relais entre deux continents.

Est-ce que ce n’est pas l’islam qui pose problème ?

Ce n’est à aucun moment mon sentiment, d’ailleurs je me permets de rappeler qu’il y aura dans l’UE des pays musulmans comme l’Albanie, la Bosnie qui sont clairement en Europe. Ces pays, dont la majorité des citoyens sont de confession musulmane, vont entrer un jour dans l’UE. Les yeux dans les yeux, je vous dis que ce n’est pas la religion le problème. Le problème, c’est celui de faire entrer dans l’UE un pays qui n’est pas sur le continent européen, qui est un très grand pays et d’encourager ce sentiment d’une Europe qui n’a pas de frontières et pas de limites. Je suis partisan de continuer à dialoguer avec la Turquie, de se rapprocher d’elle.

Chypre a été acceptée dans l’UE. Considérez-vous que Chypre est en Europe continentale ?

Chypre est une île partagée encore et qui est là avec une situation insulaire, donc je ne crois pas qu’on puisse comparer la situation d’une petite ile proche de la Grèce avec l’immense pays proche du Moyen-Orient.

L’opinion publique est composée, aussi, de gens issus de l’immigration sensibles à cette question de la place de l’islam, du rapport avec les pays méditerranéens, de l’adhésion de la Turquie

Ces jeunes issus de l’immigration sont français, donc voilà pourquoi je les encourage à soutenir Nicolas Sarkozy, car il est le premier chef d’Etat français à avoir proposé pour la Méditerranée un vrai projet et qu’il y tient beaucoup. Le projet d’Union Pour la Méditerranée constitue un espace commun de projets et de destins avec l’ensemble des peuples de la Méditerranée d’où sont originaires beaucoup de parents de ces jeunes dont vous parlez. Dans tous les domaines de la vie, agriculture et développement durable, économie, recherche.

L’Union Européenne n’a pas attendu Nicolas Sarkozy pour construire ce partenariat ?

Je suis un progressiste, mon origine politique c’est le gaullisme social, je me suis engagé en politique suite à la poignée de main entre De Gaulle et Adenauer.

Sans doute que certains jeunes des quartiers s’engageront en politique le jour où Nicolas Sarkozy serrera la main d’Erdogan pour parapher l’adhésion de la Turquie ?

Ne mélangeons pas tout, nous pensons que c’est de l’intérêt commun d’encourager le dialogue avec la Turquie vers un partenariat qui peut être très important, presque singulier où tout le monde peut gagner. L’important ce sont les faits et non les discours.

Vous avez abordé la question d’une identité européenne. C’est quoi concrètement une identité européenne ?

C’est probablement d’être sur le même continent.

La Turquie est sur le même continent pour tout ce qui est événements culturels. Elle participe à l’Eurovision, à la coupe d’Europe, aux élections de miss Europe.

Je ne vais pas vous apporter une réponse qui vous satisfera, je pense qu’il faut fixer des limites politiques et des frontières géographiques au modèle européen, sinon le sentiment d’une fuite en avant, d’un projet qui n’a pas de sens qui va trop vite l’emportera. Les peuples voteront non et le projet s’arrêtera. Et je vous dis ma conviction que si le projet européen s’arrête et qu’il se détricote, ce sera le retour pour tout le monde du nationalisme et du repli populiste. L’Europe est à une croisée des chemins, à un moment de vérité. Ou bien pendant cette crise on se dit qu’on s’en sortira mieux ensemble par de nouvelles politiques communes pour l’industrie, pour la recherche, pour l’énergie ou l’agriculture, et on met un toit politique, une politique étrangère au-dessus de tout ça pour participer à un nouvel ordre mondial plus juste. Ou bien le projet se détricote comme le souhaitent certains pour n’être qu’une zone de libre échange, un supermarché et c’est le retour du nationalisme et du populisme.

On agite ce spectre du supermarché, de la vision anglo-saxonne, pourtant l’Europe s’est construite sur l’entente entre les peuples, sur la paix.

Je fais observer que les pères fondateurs du projet européen étaient des hommes politiques audacieux. C’est pourquoi il ne faut pas désespérer de la politique. De Gaulle disait « il ne faut pas que l’Europe broie les peuples comme dans une purée de marrons ». Les gens ont besoin de garder leur identité nationale, leur langue, leur culture, leurs différences, moi depuis le référendum j’ai été très en alerte.

Votre ambition ce n’est pas de redevenir commissaire européen ?

Non, j’ai pris l’engagement dans les 5 ans qui viennent d’être dans l’action européenne. La seule chose dont il est question pour moi maintenant c’est d’être au parlement européen et pour le reste ça ne dépend pas de moi

Que pensez vous des personnes qui cumulent les mandats comme par exemple madame Dati qui est aussi conseillère de Paris, maire, ministre ?

Je ne me prononce pas sur tel ou tel candidat. La loi française est ce qu’elle est, mais à titre personnel, je suis favorable à l’interdiction du cumul. On peut être parlementaire national ou européen et avoir un mandat d’adjoint ou de conseiller général. Je pense qu’on devrait dans ce pays faire un progrès supplémentaire en limitant le cumul d’exécutif.

Les eurodéputés français sont-ils de bons élèves au parlement européen ?

Ça dépend desquels, vous avez deux cas classés parmi les meilleurs, Joseph Dole ou Françoise Grossetête . La réalité, c’est qu’il n’y a pas de cumul dans les autres pays, donc les députés sont probablement plus présents. La première bataille que je veux gagner, c’est la bataille de l’abstention, qu’on vote pour qui on veut mais qu’on vote le 7 juin prochain. C’est pas possible que 60% des citoyens ne votent pas aux élections européennes alors que le rôle du député européen est au moins aussi important que le rôle du député français.

Widad Kefti, Sandrine Roginsky, Nassira El Moaddem, Mehdi Meklat, Badrou Said Abdallah, Nordine Nabili

L’interview est parue dans le Bondy Blog : cliquez ici.

Ces jeunes Européens qui apprennent le turc

Pour des raisons professionnelles ou personnelles, de plus en plus d’Européens se mettent à l’apprentissage de la langue turque. Zoom sur ces jeunes, aux profils très divers, qui ont choisi d’en savoir plus sur la culture turque, qu’ils ne voient plus de la même manière.

Clément Girardot est un jeune français de 24 ans. Il a débuté l’apprentissage du turc par des cours privés qu’une étudiante Erasmus turque lui donnait à l’Institut d’Etudes Politiques de Grenoble où il finit son master de journalisme. En 2008, il se rend en Turquie en séjour Erasmus à l’Université francophone Galatasaray et débute alors sérieusement l’apprentissage du turc : « Arrivé à Istanbul, j’ai suivi un stage linguistique de 2 semaines financé par le programme Erasmus. Et puis j’avais quelques cours de turc à l’Université Galatasaray et j’ai suivi des cours en mars et en avril 2008 à l’institut TÖMER à lstanbul pour me perfectionner. » Clément souhaite améliorer son niveau en turc pour atteindre un niveau de compréhension courante et lire les journaux, véritable frustration pour cet étudiant qui souhaite devenir journaliste. Selon lui, l’apprentissage du turc n’est pas forcément difficile : « Le système de syntaxe et la grammaire sont très différents du français mais par d’autres aspects c’est une langue sympathique pour les étrangers car il y a très peu d’exceptions et elle se prononce comme elle s’écrit. Et puis il y a beaucoup de mot français, c’est marrant parfois car les gens n’en ont par forcément conscience ».

Le turc, une langue facile?

Maxime lui, étudiant chercheur en histoire de l’art, n’est pas encore parti en immersion en Turquie. Mais ce ne serait tarder puisqu’il compte réaliser une année Erasmus à partir d’octobre prochain. Depuis deux ans, Maxime apprend le turc : d’abord seul puis depuis un an en licence de turc à l’INALCO, Institut National des Langues et des Civilisations Orientales de Paris. L’étude du turc est essentielle pour l’avancée de ses recherches : l’étudiant français travaille sur l’histoire de l’art de la Turquie médiévale. Maxime, tout comme Clément, souhaite arriver à niveau de compréhension courante et envisage même de travailler et « pourquoi pas de vivre en Turquie». Selon Maxime, « le turc est assez facile par certains points, comme la grammaire, mais difficile par d’autres car la logique des suffixes est très différente du français ».

De Cracovie à Paris pour étudier le turc

gabriela3.jpgGabriela Lukasik, elle, n’est pas française mais polonaise. Du haut de ses 20 ans, c’est vers l’apprentissage du turc qu’elle s’est tournée. Au lycée à Cracovie en Pologne, Gabriela étudiait dans une classe bilingue français polonais et avait envie d’apprendre une nouvelle langue originale : « Un jour, pendant les vacances d’été, un jeune homme turc m’a parlé sur internet via Skype. Au début, je l’ignorais. Au fur et à mesure des discussions, nous avons sympathisé. Je lui demandais des mots en turc. J’ai acheté un dictionnaire turc-polonais et un livre de grammaire, j’écoutais des chansons turques. Il m’envoyait des photos de son pays ». Gabriela est donc venue en France pour perfectionner son français. Un de ses amis lui avait parlé de l’INALCO. Un bon moyen pour elle de concilier vie en France et apprentissage du turc : « La France c’était plus facile pour moi que la Turquie pour apprendre le turc. Je connaissais la langue, je connaissais un peu le pays. » Aujourd’hui, Gabriela étudie le turc en deuxième année à l’INALCO mais confie que les premières semaines n’étaient pas faciles pour elle : « Il y avait le problème des termes techniques grammaticaux à apprendre en français : cas locatif, ablatif…Et puis, beaucoup d’élèves étaient turcophones. Mais j’avais appris quelques bases toute seule seulement! ».

Un apprentissage personnel et informel

Aymeric de Poyen est un jeune français de 25 ans. Il a commencé le turc en 2001 de manière irrégulière. Par curiosité d’abord, puis pour raisons professionnelles. Aymeric est interprète de conférence et espère utiliser le turc à l’avenir comme nouvelle langue de travail afin d’enrichir ses compétences linguistiques. Aymeric n’a jamais bénéficié de cours de turc à proprement parler. Une nouvelle forme d’apprentissage informelle et facilitée par les nouveaux modes de vies et les méthodes de langues. Il s’est ainsi procuré une des méthodes de langues dédiée au turc disponible sur le marché : la méthode Assimil, composée d’une méthode de langue, de précisions de grammaire, d’exercices corrigés, d’un lexique et de CD qui permettent dans un premier temps de se familiariser avec le turc. « J’ai commencé avec Assimil et je continue mon apprentissage en solitaire avec l’aide de mes colocataires, qui sont tous turcs ». Aymeric vit à Londres et essaie d’être en contact autant que possible avec la communauté turque pour améliorer son niveau de langue mais aussi pour en savoir plus sur la culture turque. Aujourd’hui, il est à Istanbul pour rendre visite à la famille de ses amis et assister au mariage de l’un de ses colocataires.

La fin des idées reçues ?

Pour tous, l’apprentissage du turc a fait évoluer leurs opinions sur la Turquie et sur les grands débats qui l’agitent. Pour Aymeric, des sujets que l’on considère comme sensibles ne sont pas si tabous que cela en Turquie ou chez les Turcs : « J’ai pu parler ouvertement de beaucoup de choses avec toutes mes connaissances turques. Ma vision des choses s’en est évidemment enrichie, mais je reste toujours aussi indécis face à ces questions. ». Quant à Clément, il affirme que « l’apprentissage de la langue est indispensable pour aborder une société et pour en comprendre certaines problématiques ». L’apprentissage de la langue et de la culture turques, et ses nombreux séjours en Turquie, ont fait évoluer ses opinions sur le pays. Pour lui, « le débat politique parfois consternant est aussi très enrichissant et stimulant en Turquie, concernant la démocratie, l’Europe, la laïcité notamment ». Quant à Gabriela, l’évolution de son opinion a été radicale : « Avant, j’imaginais un pays sale, noir de monde, des transports et des infrastructures délabrés. Maintenant, je vois plus les points communs que les différences. On se ressemble beaucoup au niveau des expressions idiomatiques, de la superstition. Aujourd’hui, je suis beaucoup moins méfiante. En tout cas, ce que j’aime c’est la confiance entre les gens qui règne en Turquie comme chez nous d’ailleurs.»

Où apprendre le turc?

Si l’apprentissage de la langue se fait de manière informelle ou par le biais de méthodes linguistiques, des instituts et des associations proposent des cours de turc. A Paris, l’association Philotechnique propose 3 niveaux de cours de turc à raison de 1 à 2 heures de cours par semaine. Des associations comme ELELE ou Acort à Paris offrent également des cours de turc. Par ailleurs, les centres d’accompagnement scolaire Etudes Plus, nombreux dans la capitale, offre déjà des cours de turc pour les lycéens et s’apprêtent à élargir ces cours vers les étudiants. Au niveau de l’enseignement supérieur, l’INALCO à Paris propose licences, masters et doctorat en langue turque avec des enseignements de langue mais aussi d’histoire, de géographie, d’histoire des religions, de sciences politiques. L’Université Marc Bloch à Strasbourg propose également des diplômes de la licence au doctorat en turc. Les universités Jean Moulin à Lyon et d’Aix en Provence comportent des diplômes universitaires (DU) en 3 ans d’apprentissage de la langue turque. A Paris, la célèbre EHESS, école de recherches en sciences sociales propose des enseignements sur les études turques et ottomanes à ses étudiants de niveau master et doctorat.

Nassira El Moaddem.

Article paru dans l’hebdomadaire franco-turc Zaman France. Photo: Gabriela Lukasik.

Shopping et religion au menu du Bourget

L’UOIF a organisé la 26ième édition de son congrès annuel rassemblant des dizaines de milliers de musulmans venus de toute la France.

La 26ème édition du traditionnel Congrès annuel de l’UOIF s’est tenu du 11 au 13 avril au Bourget sur le thème : «  La religion dans nos sociétés modernes : des valeurs à partager, des spécificités à assumer ». Tous les ans, le congrès du Bourget est l’occasion pour familles, couples et groupes d’amis, de vivre au grand jour le temps d’un long week-end leur religion. L’organisation de l’évènement est rôdée.

bourget.jpg Une navette en bus a été mise en place par les organisateurs entre la gare du Bourget et le Parc d’expositions pour faciliter l’acheminement des visiteurs. En arrivant, le public règle le paiement de l’entrée et se dirige vers le site. Certains visiteurs viennent uniquement pour la journée, d’autres ont décidé de passer tout le week-end. Ambiance colonie de vacances, avec duvet et provisions à la main pour les quatre jours de campement. Dans les allées de la rencontre, l’ambiance est bonne enfant. Nous sommes vendredi 11 et le congrès vient à peine de commencer. « On ne se bouscule pas encore mais ce ne serait tarder », me confie Salma, une bénévole. « Il est 13h, les familles vont commencer à arriver vers 18h. C’est surtout demain samedi que le monde va affluer », précise-t-elle. C’est dans le Salon, une énorme salle où commerçants en tout genre,  restaurateurs et associations diverses tiennent leur stand, que les visiteurs s’engouffrent à leur arrivée.

Emplettes islamiques

Pour les commerçants présents, ce congrès est l’opportunité de vendre leurs produits et de profiter d’une clientèle disponible trois jours durant. Zafer Türkan, un Turc de France, tient un stand de vêtements pour femmes. Le propriétaire de cette échoppe est venu accompagné de sa famille : « On est 5 aujourd’hui mais demain quand  il y aura plus de visiteurs, on sera 10 », dit-il en souriant. Cela fait 5 ans que ce commerçant du 10ème arrondissement parisien se rend au congrès du Bourget. Foulards, jupes, robes et autres vêtements pour femmes ornent son stand, qui à peine installé, ne désemplit pas.  « C’est très intéressant pour mes affaires, mais je préfère attendre la fin de la rencontre pour me prononcer. Ce n’est que le début ; demain les gens viendront plus nombreux », affirme-t-il prudent. Ses clients ? « Ce ne sont que des femmes, parfois des couples. La majorité est d’origine maghrébine. Il y a aussi des turques vivant en France et quelques femmes turques venant d’Allemagne mais c’est rare», me confie M.Türkan. Une des clientes tente de négocier le prix d’une robe : « Je viens chez vous tous les ans. Vous vous souvenez l’an dernier j’avais acheté plusieurs tuniques chez vous», lance-t-elle. « Je viens ici car j’y trouve des vêtements amples, compatibles avec ma religion, de bonne qualité et pas trop chers », me confie l’une d’entre elles.

Erkan, un collégien de 15 ans, accompagne ses parents commerçants pour les aider à vendre leurs produits. La famille, venue de Mulhouse, a roulé toute la nuit à bord d’un grand camion chargé des différentes marchandises que la famille espère écouler durant le Congrès : des vêtements pour femmes et du matériel électroménager. « C’est la première fois que je viens, confie-t-il. Mon grand frère aussi est venu mais il est avec ses amis et s’occupe d’une cafétéria. Je me suis rendu compte de la difficulté du travail de mes parents mais 4 jours, c’est un peu long. On fait vite le tour et à la longue c’est pas vraiment intéressant », raconte-t-il. La famille qui compte rester les 4 jours du congrès a loué une chambre d’hôtel à proximité du Parc des Expositions. Malgré tout, Erkan mesure toute la responsabilité de sa mission : « Pour mes parents, les ventes des autres années se sont bien passées. Au début c’est toujours la même chose : les gens regardent les prix, comparent, planifient leurs achats et ils achètent en fin de rencontre. Avec la crise, j’espère qu’on ne verra pas les ventes baisser ».

« Vivre sa religion tranquillement »

Si elle est une opération commerciale non négligeable pour les nombreux vendeurs présents sur place, la rencontre annuelle du Bourget permet à ses visiteurs de trouver des produits de consommation  correspondant à leurs besoins et de répondre ainsi à une attente de recherche identitaire. Pour Ayse et Emine, deux jeunes étudiantes d’origine turque habituées à venir au Congrès «  entre filles », un tel évènement est le meilleur moyen de revaloriser une identité musulmane qu’elles considèrent comme bafouée. « Ici, on se sent bien, on ne se sent pas jugé, on peut vivre notre religion tranquillement sans être montrée du doigt par rapport à notre voile par exemple ». Elles apprécient « l’ambiance familiale du Congrès où il est possible de rencontrer des musulmans de toute la France et d’Europe ». « Ca fait un peu colonie de vacances mais tout en se consacrant à la religion », s’amuse Ayse. « On essaye d’assister aux conférences, d’écouter des gens qui connaissent bien la religion, de faire notre prière en groupe. On est aussi venu faire quelques achats; surtout des livres que l’on ne peut pas trouver ailleurs, des vêtements et des Cd aussi », précise Emine.

Selon les chiffres du service de communication du Congrès, plus de 150 000 personnes se sont rendues au Bourget ce week-end déambulant les dizaines de stands et assistant aux nombreuses conférences et table-ronde proposées. L’intégration des Musulmans dans les sociétés occidentales a été au coeur des débats et des conférences organisées durant ces quatre jours. Tariq Ramadan, islamologue suisse d’origine égyptienne a, au cours d’une conférence intitulée « La vie quotidienne et moderne : Islam, cohérence et finalités », donné des éléments pour une meilleure conjugaison de l’islam et de la vie quotidienne des Musulmans occidentaux. En quittant les lieux, un jeune me tend un pin’s où il est inscrit : « I am Muslim, dont’ panik ». Business et religion auront bien été les deux maître-mots de cette rencontre.

Nassira El Moaddem.

Article publié dans l’hebdomadaire franco-turc Zaman. 

Turquie Forever

Qui sont les jeunes Turcs de France ? Nés dans l’Hexagone ou arrivés avec leurs parents, ils cultivent une attache forte, à la fois culturelle et politique, avec le pays d’origine. Nassira a recueilli les témoignages de Sarah, Zehra, Abdelaziz et Özge.

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Les jeunes turcs français ont une grande connaissance de l’actualité de leur pays d’origine. Les élections municipales du 29 mars en Turquie, bien que scrutin local, ont retenu toute leur attention. Nationalisme ? Ce qui est sûr, c’est que pour la totalité des jeunes que j’ai interrogés, l’attachement à la matrice turque, voire à la ville natale de leurs parents, est primordial. « Je m’intéresse beaucoup à la politique en Turquie et j’ai suivi les élections », confie Sarah, 25 ans étudiante franco-turque à Paris. Abdelaziz : « Pour moi, il est important de suivre ce qui se passe dans le monde, et encore plus quand il s’agit de son pays d’origine. »

Dans la famille d’Özge, une lycéenne de 19 ans qui vit à La Courneuve, les rendez-vous politiques turcs sont l’objet d’un véritable rituel : « Pour les élections municipales, on s’est mis autour de la table. Ma mère avait préparé des spécialités et du thé. On a regardé CNN Türk. Depuis un mois, mon père suivait sérieusement les débats à la télévision entre les différents candidats. Le soir des résultats, il est même resté jusqu’ à 3 heures du matin, moi jusqu’à 2 heures. A 6 heures, à mon réveil, je me souviens d’avoir couru vers le salon pour demander à mon père le résultat de l’élection. »

Cet intérêt pour la politique de leur pays d’origine est révélateur des liens qui unissent ces jeunes turcs de France à la Turquie. On dépeint souvent la communauté turque comme repliée sur elle-même et peu ouverte à la mixité. Il est vrai que leur immigration dans l’Hexagone est toute jeune comparée à d’autres : les années 70 pour les primo-arrivants. Mais cet attachement n’est pas uniquement dû à ces arrivées récentes. La construction du tissu identitaire des Turcs de France est particulière et s’articule autour de réseaux et de structures bien définis qui pérennisent les liens entre ici et là-bas.

Pour Sarah, Zehra, Abdelaziz et Özge, les relations avec le pays d’origine se font par différents moyens : journaux turcs vendus à Paris et en banlieue parisienne, télévision turque grâce au satellite, voyages en Turquie l’été, relations de voisinage avec les compatriotes… Mais pour tous, c’est Internet qui représente le moyen de communication le plus utile pour rester connecté avec le pays des parents. Et les messageries instantanées comme MSN, le réseau social Facebook et Skype permettent d’être en relation avec familles et amis de Turquie à moindre coût.

Quelques minutes après le début de notre discussion, Özge décroche son téléphone qui sonne. Au bout du fil, sa maman avec qui elle parle en turc à une vitesse impressionnante. Özge fait partie de ces immigrés arrivés en France très récemment : « On parle turc à la maison, explique-t-elle. Mes parents ne parlent pas très bien le français. Nous sommes arrivés en France en 2003 c’est donc assez récent. Ma mère a bénéficié d’un an de formation en français. Aujourd’hui, elle a dû mal à parler le français mais elle comprend tout. Mon père, lui, n’a pas eu cette chance. Dès que nous sommes arrivés, il a dû travailler. Et comme il bossait dans des chantiers avec des compatriotes turcs, il n’a pas pu apprendre vraiment le français. » Chez Zehra et Abdelaziz, fille et fils d’immigrés, à la maison on parle les deux langues. « Français avec mes frères et sœurs et turc avec mes parents », précise Zehra.

Beaucoup de jeunes français d’origine turque ont bénéficié de cours dans leur langue maternelle, dispensés par des professeurs envoyés en France par la Turquie. Petits, Sarah, Abdelaziz et Zehra en ont reçu. Les autorités turques tiennent à garder dans leur giron tous ces jeunes binationaux et à préserver chez eux le sentiment d’appartenance à l’identité et à la culture de leur pays d’origine. Contrairement aux Beurs dont la maîtrise de la langue maternelle laisse généralement à désirer, rares sont les jeunes turcs de France à ne pas parler couramment la langue des parents. Une facilité linguistique qui leur permet une plus grande immersion et une relation moins épisodique avec leur culture d’origine.

Si pour les jeunes Turcs de France que j’ai rencontrés, la culture d’origine est présentée comme primordiale, Özge, fière de ses racines, est cependant assez critique sur le repli identitaire de certains de ses compatriotes : « J’ai besoin de ma culture d’origine. Moi, je suis née en Turquie, j’ai vécu plusieurs années là-bas, j’y ai ma famille, encore mes amis. On ne peut pas oublier d’où l’on vient. On en a besoin pour avancer dans la vie. J’ai envie de pouvoir transmettre cette richesse à mes enfants plus tard. Mais je ne suis pas non plus du genre à me fermer. Certains des jeunes Turcs de banlieue que je connais se sont fermés sur eux-mêmes, sur leur famille et ne cherchent pas à voir plus loin. Je n’aime pas cela. »

Ce qui est frappant chez les immigrés turcs, c’est le large réseau associatif qu’ils ont su tisser. Beaucoup de ces associations se sont construites sur la base des villes et villages d’origine des populations turques immigrées. Les parents d’Özge se rendent tous les week-ends dans l’association de leur village natal, qui se trouve à Garges-lès-Gonesse, dans le Val d’Oise. « Là-bas, ils retrouvent des amis qui viennent de la même région qu’eux. Ils mangent des spécialités turques, discutent, jouent aux cartes. Moi, j’y vais rarement mais mes parents y sont tous les week-ends », raconte Özge.

Le regard qu’ont ces jeunes sur l’immigration de leurs parents est douloureux. Zehra a « du mal à accepter leur échec, suite à leur incroyable effort ». « Il est très difficile de s’exprimer sur ce sujet, affirme Abdelaziz. Mes parents sont venus ici par souci économique. Mais je respecte les sacrifices qu’ils ont dû faire pour préparer un avenir meilleur à leurs enfants, en quittant leurs pays d’origine, leurs famille, leurs mode de vie, leur culture… C’est un sacrifice énorme, qu’il ne faut absolument pas oublier », poursuit-il, ému.

Quant à Özge, venue en France assez tard, elle se rappelle les difficultés qu’a éprouvées sa maman à son arrivée en France : « Les deux premiers mois, elle pleurait souvent. Mais c’est une femme forte. A chaque fois que c’était difficile pour mon frère et moi, elle nous disait de nous accrocher et surtout de réussir nos études. »

Zehra et Sarah envisagent de s’installer en Turquie. Une idéalisation de leur pays d’origine? En tout cas, c’est la preuve que les liens qui unissent les populations immigrées turques en France et la Turquie sont forts, au point que certains de ces jeunes décident d’y aller vivre. Özge, qui y a vécu jusqu’à 13 ans, et qui n’a pour l’instant pas pu y retourner, rêve du jour où elle retrournera au pays : « La première chose que je ferai, je respirerai un bon coup et je me dirai : enfin, j’y suis ! »

Nassira El Moaddem

Article paru sur le Bondy Blog : cliquez ici 

Chahuté par l’Action française, Michel Barnier vante l’Europe

La tête de liste UMP en l’Île-de-France aux élections européennes de juin tenait salon dans un lieu bobo de Paris. Promis, il ira faire campagne en banlieue aussi.

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La campagne des élections européennes a commencé. Difficile d’y croire : l’Europe, comme toujours, captive peu les Français. Pour une majorité d’entre eux, elle reste un truc machin chouette éloigné de leurs préoccupations quotidiennes, sphère de la technocratie et bouc-émissaire de leurs tracas. La faute à qui ? La faute à Bruxelles ! Michel Barnier était mercredi l’invité d’un débat organisé par le site Toute l’Europe et le journal gratuit 20Minutes, premier d’une série intitulée 6@27. La tête de liste UMP en l’Île-de-France a tenté pendant plus d’une heure et demie de souligner l’enjeu de ce prochain scrutin.

L’actuel ministre de l’agriculture et de la pêche est venu seul, sans Rachida Dati, numéro 2, qu’il nommera durant tout le débat par son prénom, cherchant à donner l’image d’un duo complice. « Rachida » est donc absente et peut-être ne tenait-elle pas à être de la partie, mais beaucoup dans la salle auraient sûrement souhaité l’interroger sur son engagement pour l’Europe.

En écoutant le ministre, je me rends compte de la chance que j’ai eue de bénéficier de cours sur l’Union européenne, sur les institutions bruxelloises, sur les grands principes communautaires. Je me mets à la place de celui ou celle qui ne maîtrise pas un vocabulaire souvent technique. Pour Michel Barnier, l’élection de juin est fondamentale: « Dans 60% des cas, on ne vote plus les lois tout seul chez soi mais avec les 26 autres pays de l’Union et en particulier au parlement européen », explique-t-il.

Au Café rouge, rue de Picardie, dans le 11e arrondissement, où se tient la rencontre, il règne une ambiance lumière tamisée pour clientèle bobo en quête de tranquillité. Nous sommes à l’étage. Il n’y a pas foule : en majorité, des cols blancs, europhiles convaincus qui échangent en petit comité sur les grands thèmes de l’Europe. Je vais dans mon coin attendre l’arrivée du ministre, qui se fait désirer : 45 minutes de retard.

Le voilà enfin. Frais, allure décontractée, bien habillé, bien coiffé. Première question, celle d’un homme qui s’était présenté à la candidature UMP pour les élections européennes et dont le nom n’a pas été retenu. « Vous avez pu au moins vous présenter, lui répond Michel Barnier un peu sèchement. On ne peut pas malheureusement prendre tout le monde, la liste ne compte que quelques noms. »

Michel Barnier dit aimer la polémique. Je lève la main, prête à dégainer ma question. Une charmante jeune fille me tend gentiment le micro, me suppliant de faire court. « Bonsoir, Nassira El Moaddem du Bondy Blog… » Léger silence, je regarde le visage interrogatif du ministre. Je me présente à nouveau. « Bondy Glob… », dit-il. « Non, Bondy Blog. » La salle rigole.

« Je me suis rendue sur votre site Internet pour en savoir plus sur votre programme, votre campagne, lui dis-je. J’ai vu que Madame Dati se rendait en banlieue, à Dugny, à Ermont pour cette campagne. Et vous, vous avez rencontré des jeunes à l’Assemblée aationale, des entrepreneurs à la Chambre de commerce et de l’industrie de Paris, et vous vous trouvez aujourd’hui dans un café parisien, somme toute des endroits assez confortables. Vous avez parlé de la difficulté de mobiliser les gens, notamment sur les thématiques européennes. Mais comment les intéresser si vous n’allez pas discuter avec tous les habitants d’Ile de France ? Quand irez-vous sur le terrain pour parler avec les gens de banlieue et d’ailleurs ? »

Applaudissement dans la salle. Michel Barnier semble un peu sur la défensive. « Vous savez, répond-il, j’ai l’intention d’aller dans les quartiers où je serai invité et peut-être même dans les quartiers où je ne serai pas invité durant cette campagne. Quand j’étais à la Commission européenne, et que je m’occupais des transports, je me suis rendu à Montfermeil, notamment pour le programme Urban. C’est d’ailleurs un des axes de mon programme de campagne pour ces européennes : développer les transports collectifs et financer ces projets par l’Europe. Une campagne, ça ne se fait pas sans aller voir les gens et moi j’aime bien aller voir les gens et discuter. J’irai discuter. Ne vous inquiétez pas, j’irai. » On sent que le thème des transports tient au cœur de la tête de liste UMP. Un bon thème pour rassembler, surtout en Ile-de-France où le sujet fait mouche.

La Turquie, maintenant, sujet sensible. Michel Barnier affirme son désaccord quant à l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Mais lorsqu’il était le ministre des affaires étrangères de Jacques Chirac, de 2004 à 2005, il disait être pour. « Les avantages pour nous et pour la Turquie l’emportent sur les difficultés que nous pourrions rencontrer », avait-il déclaré en septembre 2004. Aujourd’hui, Michel Barnier fait machine arrière parce que, dit-il, « la France, à cause de cette question là et d’autres, a voté non (au référendum du 29 mai 2005) ». Rappelons que ce référendum portait sur l’adoption du Traité constitutionnel européen et non sur l’adhésion de la Turquie, mais que des partis politiques avaient agité la question turque pour s’opposer à l’objet soumis au vote.

Soudain, une petite bande de jeunes, blousons en cuir noir et cheveux gominés, s’énerve : « Barnier fumier ! Barnier fumier ! » crient-ils. Certes, on s’endormait un peu dans ce débat, mais de là à être réveillé de la sorte. La petite bande prend à partie le ministre, «qui a trahi les intérêts de la France. La démocratie a dit non à l’Europe, Europe trahison, la France est une nation. » Ces trublions déclinent enfin leur identité : « Action française ». Une bonne affaire pour le ministre qui, gardant son sang-froid, a répondu : « Si on suivait votre ligne, on serait aujourd’hui des sous-traitants de la Chine et des Etats-Unis. » Applauses dans la salle. Michel Barnier ne pouvait rêvé meilleure sortie.

Nassira El Moaddem

Article paru sur le Bondy Blog : cliquez ici

Les blogueurs entrent dans l’Europe par la porte turque

Lors de la dernière session de l’école du blog, consacrée à l’Union européenne et aux élections de juin, l’adhésion de la Turquie à l’UE a avivé le débat.

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Les élections européennes approchent à grands pas. Le Bondy Blog s’empare du débat. Lors de l’école du blog du samedi 7 mars, l’équipe du site internet « Toute l’Europe » est venue nous en dire plus sur ce que communément on appelle « Bruxelles ». Au programme : description des institutions communautaires, rappel des grands débats à l’échelle européenne, du projet de constitution toujours en attente et des élections de juin prochain.

A l’évocation du mot « Europe », deux grandes idées viennent à l’esprit : d’abord, les deux guerres mondiales qui ont déchiré le continent, événements abondamment relatés et dans nos manuels scolaires. Mais dans ces mêmes livres, l’« Union européenne » n’apparaît que très peu. Elle est souvent perçue en France – le « non » de 2005 au traité constitutionnel l’atteste – comme une sorte d’ennemi : bureaucratie, technicité des débats, multiplication des institutions. Mais chacun sait pourtant, que l’Europe fait partie de notre quotidien, sans que nous ne nous en apercevions forcément : agriculture, grands travaux publics, subventions aux régions.

Quant à l’euro, s’il continue d’agacer, il semble que la plupart des citoyens français reconnaisse le côté pratique de la monnaie unique. Pour certains jeunes qui en ont eu l’opportunité, l’Europe signifie Erasmus : ces échanges académiques qui permettent à des millions d’étudiants chaque année de découvrir le temps d’un semestre ou d’une année les richesses culturelles et linguistiques des pays membres de l’Union.

Mais ce qui a le plus alimenté le débat sur l’Europe à l’école du blog, c’est la question de l’adhésion turque à l’Union européenne. Le sujet ne nous est pas indifférent, ne serait-ce que du fait de la présence de nombreux Turcs ou Français d’origine turque en France. Les arguments pour et contre l’adhésion de la Turquie sont nombreux : d’un côté, les promoteurs de la candidature turque soulignent les nombreux progrès en matière de démocratie et de droits de l’homme réalisés par Ankara, l’économie dynamique du pays, l’avantage de voir un pays musulman rejoindre le club européen, et les rapprochements avec l’Asie centrale et le Proche-Orient que cette adhésion permettrait.

Un argument, précisément, que les opposants à l’entrée de la Turquie retournent pour pointer les risques d’une fusion entre l’Union européenne et une zone à risque. Les plus farouches craignent un afflux d’immigrés turcs en Europe occidentale et voient dans la Turquie un Etat loin des canons des démocraties européennes. Et puis reste cette question : la Turquie est-elle européenne ? Pour quelques jeunes présents à la réunion de l’école du blog, il y a une certaine hypocrisie chez les décideurs européens à ne pas oser parler du « vrai problème » : l’intégration d’un pays musulman dans l’Union, qui deviendrait après adhésion le deuxième Etat le plus peuplé de l’UE, obtenant ainsi une forte représentation politique et institutionnelle.

Sinon, être européen, ça veut dire quoi ?

Nassira El Moaddem

Photo du haut : de face, de gauche à droite Eric Lhelgouach, Emilie Louis (de « Toute L’Europe ») et Nordine Nabili.

Article paru sur le Bondy Blog : cliquez ici.

Hüseyin, fier de sa langue, de sa religion, de ses enfants

TÊTES DE TURCS (3/3). Ce commerçant a fait une demande de naturalisation pour lui et ses deux fils. Refusée. Il compte retourner s’installer dans son pays.

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Hüseyin, 60 ans, est propriétaire d’une épicerie dans le quartier turc de la rue du Faubourg-Saint-Denis. Assis sur sa chaise derrière sa caisse, il me reçoit gentiment. Son français est approximatif mais il est content lorsque je me présente à lui en turc. Originaire de Bursa, ville située à environ 200 kilomètres d’Istanbul, Hüseyin est arrivé en France en 1972. Avant de s’installer en région parisienne, Hüseyin a vécu pendant quinze ans à Vendôme, dans le Loir-et-Cher : « C’était calme, là-bas. Pour le travail, il n’y avait pas grand-chose mais on était tranquille. Moi, je travaillais comme ouvrier à l’usine De Dietrich, mais j’ai eu un accident de travail et je me suis fait opérer deux fois dans le dos. J’ai dû arrêter de travailler à l’usine. »

Hüseyin a quatre enfants, trois filles et un garçon. Tous ont fait des études à l’université et je sens la fierté qu’il a à me parler d’eux, notamment de son cadet, devenu ingénieur en informatique : « Tous mes enfants ont fait des études. Une de mes filles a fait Langues étrangères appliquées à la fac. » Hüseyin rentre en Turquie tous les deux ans et y reste à chaque fois un mois un et demi. Il compte y retourner définitivement dans les prochaines années : « Je serai bientôt à la retraite. J’ai 60 ans et je pense m’installer en Turquie. Mais si j’y vais, il faudra que je bouge, que je visite les pays, que je fasse des activités, que je monte des projets. Je ne pourrai pas rester sans rien faire. »

Pour Hüseyin, sa culture turque d’origine et sa religion sont essentielles : « Nous sommes musulmans et l’islam est important dans nos vies. Moi, tous les vendredi après-midi, à l’heure de la grande prière, je ferme le magasin et je me rends dans une des mosquées du Faubourg-Saint-Denis. Il y a le choix ici : mosquée turque, kurde, pakistanaise, arabe. Mes enfants aussi font la prière. » Et en famille, quelle langue parle-t-on ? « Mes enfants parlent turc avec moi. Ils le parlent couramment, d’ailleurs, mais entre eux, ils parlent français. »

Hüseyin, qui a demandé une naturalisation française à deux reprises mais sans succès, ressent une certaine amertume : « Même la demande de deux de mes enfants qui ne sont pas nés ici mais qui y sont depuis tout petits, n’a pas été acceptée ; je ne referai pas une autre demande. S’ils ne veulent pas de moi, pourquoi je redemanderais ? » Hüseyin se plaint d’une baisse de fréquentation de son épicerie : « Ceux qui viennent sont quelques clients fidèles mais c’est difficile depuis quelques années. Avant, on travaillait bien, il y avait même la queue dans mon magasin. Mais aujourd’hui, si je trouve un acheteur pour reprendre la boutique, je la vends. » Sage, Hüseyin conclut : « Mais il y a toujours pire que nous, el hamdoulilah. »

Nassira el Moaddem

Articles précédents de la série :
Les-turcs-existent-nous-les-avons-rencontres
A-force-de-travail-je-sais-que-j-y-arriverai

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« A force de travail, je sais que j’y arriverai »

TÊTES DE TURCS (2/3). Mère d’un fils de 3 ans, divorcée, Dilek a trouvé de l’embauche dans une imprimerie. Son leitmotiv : être indépendante.

 -- Cliquez pour voir l'image en entierDans l’une des ruelles perpendiculaires à la rue du Faubourg-Saint-Denis, j’entre dans une petite imprimerie pour y rencontrer Dilek. Cette jeune femme de 26 ans fait partie de la communauté alévie*. C’est son père, travailleur immigré depuis 1984 en France, qui la fera venir avec sa mère en 1991. Divorcée depuis peu, maman d’un enfant de 3 ans atteint d’une maladie grave, Dilek ne veut pas s’apitoyer sur son sort et fait du courage et du travail deux vertus inconditionnelles de la réussite.

« C’est vrai que c’est très dur pour une femme, divorcée qui plus est. Et j’ai vécu beaucoup de choses difficiles. Mais je suis une femme battante. Après mon divorce, je me suis rendue compte que mon ex-mari m’avait laissé quelques dettes. Mais finalement, tout cela m’a donné de la force pour avancer. Aujourd’hui, c’est moi qui paye le loyer de mes parents, leur facture, en plus de tous mes frais. » Les cheveux coupés courts, habile dans son bleu de travail tâché de cambouis, Dilek s’affaire à faire tourner sa machine.

Elle me raconte comment elle s’est retrouvée dans cet atelier : « Je n’ai pas fait d’études. Je n’ai qu’un CAP pressing. Je suis une pure autodidacte. Avec mon ex-mari, j’avais monté un restaurant de gastronomie turque, mais j’ai dû le vendre pour faire face à mes dettes. Ensuite, j’ai été responsable d’une société de téléphonie mobile, mais j’en avais marre d’être derrière un bureau, je m’ennuyais. J’avais besoin de bouger, de travailler manuellement. Cela fait trois semaines que je travaille ici et je me sens bien. »

Qu’est ce que cela lui fait de travailler dans un univers d’hommes ? « Il faut se battre et se protéger en permanence, faire attention à ce que l’on dit. Mais j’ai la chance d’avoir un patron ouvert d’esprit. » Je l’écoute parler avec ses collègues, tous d’origine turque. Dilek jongle en permanence entre les mots turcs et français, à un rythme impressionnant. Dilek est très attachée à sa culture d’origine : « Je me considère avant tout comme une turque alévie. J’ai besoin de ma culture d’origine, de mes racines pour aller de l’avant. Avec mon fils par exemple, je ne parle que turc. Il apprendra le français à l’école. Je veux qu’il garde lui aussi sa langue et sa culture d’origine, c’est important pour moi. »

Pour Dilek, décidément, il n’y a que le travail qui compte : « Tout s’apprend dans la vie. A force de travail, je sais que j’y arriverai. J’ai confiance en moi et surtout je n’aime pas être dépendante de quelqu’un. La semaine, je travaille dans l’imprimerie et le week-end, je travaille comme photographe. Ça me permet d’être indépendante et de subvenir aux besoins de ma famille. Incha’allah, je sais que j’y arriverai. »

Nassira el Moaddem

*Alévisme : branche de l’islam turc issu du chiisme.

Photo : Nassira El Moaddem

Précédent article de la série : Les Turcs existent, nous les avons rencontrés paru sur le long Bondy Blog

Les Turcs existent, nous les avons rencontrés

TÊTES DE TURCS (1/3) Dans les ruelles du Faubourg-Saint-Denis, le quartier turc de Paris. Premier de trois portraits : Emin. « Je me considère avant tout comme français. »

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Lorsque je pense aux Turcs de France, je ne peux m’empêcher de me remémorer ce portrait de ce grand monsieur moustachu, à l’élégant chapeau posé sur la tête, vêtu d’un manteau de laine vert, aux traits fins et aux yeux bleus pénétrants. Le portrait de ce monsieur que je voyais tous les mercredis matins, perché en haut d’une armoire de notre classe d’arabe dans ma Sologne natale, je le reverrai à Istanbul des années plus tard, lors de mon séjour académique sur les rives du Bosphore. C’était celui de Mustafa Kemal Atatürk.

Car cette salle de classe que l’on utilisait pour nos cours d’arabe, dispensés par un professeur marocain envoyé par le royaume chérifien, était elle aussi fréquentée par nos camarades turcs qui y recevaient, un peu plus tard dans la journée, les cours de leur langue maternelle. Cette salle, qui se situait dans un préfabriqué, où l’hiver, disons-le, nous nous « gelions les miches », m’a marquée à vie. Chaque mercredi matin, les lettres calligraphiques arabes côtoyaient sur le tableau noir l’alphabet turc. Je me demandais toujours comment une langue qui paraissait à l’oreille si compliquée et qui avait l’air de ressembler à celle de nos parents, pouvait s’écrire simplement en lettres latines ? A l’image des deux épiceries du quartier, arabe et turque, ces deux cultures dans cette salle de classe cohabitaient tranquillement.

Malgré la méconnaissance que l’on a, en France, de l’identité des immigrés turcs, ceux-là alimentent, c’est le cas de le dire, depuis longtemps, notre quotidien : qui n’a pas été sauvé à 23 heures par l’ « ekmek » (pain en turc) de l’épicier du quartier ? Qui ne s’est pas goinfré, en sortant de boîte, d’un adana kebab au goût délicieusement épicé ? Les communautés turques installées en France ne se réduisent bien sûr pas à ces aspects coupe-faim. Les Turcs, ce sont aussi, la confection, le bâtiment, l’investissement immobilier, des PME et un réseau associatif extrêmement dense.

Vendredi 20 février, je décide d’aller interroger quelques turcs sur leur vie à Paris, leur attachement à leurs origines et leurs aspirations. Je saute dans le bus numéro 47, direction le quartier turc de la capitale, rue du Faubourg-Saint-Denis. Dans le transport, j’aperçois un homme, la quarantaine à peine, lisant le plus populaire des journaux turcs, Hürriyet, « liberté » en turc. Je m’approche de lui et lui demande s’il accepterait de répondre à mes questions pour un article sur les immigrés turcs à Paris.

D’entrée de jeu, Emin, qui n’a pas souhaité être pris en photo, annonce la couleur : « Je ne suis pas turc, je suis kurde », lance-t-il tout fier. Originaire de Mardin, ville du sud-est turc, arrivé en 1987 après avoir passé une douzaine de jours en transit en Italie, Emin me raconte son arrivée en France : « J’avais 18 ans, c’était la première fois que je quittais mon pays, que je venais en Europe. Je ne parlais que le turc et je n’avais que 3500 francs en poche, dont le tiers a servi à payer le passeur. » Une fois à Paris, Emin demande le statut de réfugié politique. Au bout de six mois, il est régularisé et s’installe doucement: « J’avais trouvé une place dans un foyer à Gonesse, dans le 95. J’y suis resté deux ans. Je vivais avec des Turcs, des Kurdes, des Arabes. On s’entendait très bien. Et j’ai trouvé du travail assez facilement dans la confection et plus tard dans le bâtiment. »

Lorsque je lui demande de quelle nationalité il se sent, Emin répond sans hésitation : « Je me considère avant tout comme un Français. J’adore la France. Quand je rentre en Turquie en vacances, la France me manque très vite. Et puis ici, je me sens libre. Là-bas, il y a des choses dont on ne peut parler, comme exprimer notre identité kurde. » Aujourd’hui, Emin, marié à une Française d’origine kabyle, est gérant de café dans le quartier de la Gare de l’Est, une réussite dont il mesure le parcours difficile : « Ce n’était pas facile pour moi. J’ai dû me battre, économisé de l’argent pendant des années. Mais c’est une caractéristique des Kurdes et des Turcs : nous avons besoin d’avoir des responsabilités, de prendre des risques et de nous battre pour cela. Aujourd’hui, beaucoup ont monté leur affaire dans l’hôtellerie, la restauration, le bâtiment ou le tourisme. »

Si Emin se sent français à part entière, il garde tout de même des liens avec ses origines : « Je reste proche de mes racines, car ici, on peut facilement les perdre. On se retrouve à l’occasion du Bayram*, durant les fêtes kurdes mais aussi à Noël. A la maison, on fait le sapin car je ne veux pas que mes enfants soient différents de leurs camarades. » Je l’interroge sur la candidature turque à l’Union européenne : « Pour moi, la Turquie est déjà européenne. Si l’Union n’en veut pas, c’est que la Turquie est un pays musulman et qu’elle deviendrait, une fois entrée, le deuxième plus grand pays d’Europe. C’est dommage, car du point de vue stratégique, la Turquie serait un avantage pour l’Europe. » Et que pense-t-il de la très faible attention médiatique portée aux Turcs en France ? « Les communautés turques ne sont arrivées que récemment, alors que les Arabes, par exemple, en sont à la troisième voire à la quatrième génération, répond-il. Il faut encore du temps je pense. »

Nassira el Moaddem

*Bayram: fête de l’Aïd en turc.

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La France snobe la Turquie

Salon du livre, saison culturelle en France, la Turquie essuie une série de déconvenues pour 2010. De quoi ajouter aux crispations entre les deux pays.

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C’est officiel. La Turquie ne sera pas invitée d’honneur au Salon du Livre de Paris 2010. Celle-ci devait succéder au Mexique, dont la littérature sera mise en avant pour cette édition 2009. Surtout, la Turquie dans ce qu’elle a de plus officiel, devait clore la saison culturelle turque en France, qui devrait commencer en juillet prochain. La nouvelle s’est très vite répandue sur le net, après un premier article de quelques lignes, mis en ligne sur l’Express.fr le 1er février. Les blogs et les sites sur la toile, qui ont relayé la nouvelle, ont été inondés de commentaires en réaction à l’information.

Preuve en est le blog de Pierre Assouline, « La république des livres » qui, à la suite d’un billet de son auteur sur la question, a recueilli à ce jour pas moins de 270 commentaires contre 150 en moyenne. C’est que la nouvelle enflamme les esprits des turcophiles convaincus, qui voient là une manifestation supplémentaire de la détérioration des relations franco-turques.

Aylin, une étudiante parisienne d’origine turque, regrette « une forme de mépris de la France envers la Turquie ». Et d’ajouter, en colère : « C’est comme le choix d’une « saison culturelle » au rabais tandis que d’autres pays ont le droit à une année entière. » Le Salon du Livre voudrait-il éviter de voir son événement annuel se transformer en arène politique comme ce fut le cas à la Foire du livre de Francfort, où la Turquie était invitée d’honneur en octobre 2008 ? Ou bien a-t-on voulu minimiser les risques, après un houleux Salon du Livre 2008 qui avait pour invité d’honneur Israël, ou après les récents accrochages turco-israéliens auxquels le premier ministre turc Erdogan a donné un éclat particulier à Davos ?

Quoi qu’il en soit, les organisateurs du Salon du livre, que nous avons contactés, réfutent la dimension politique d’une telle décision : « Pour 2010, nous avons fait le choix de ne pas inviter de pays d’honneur. Ceci n’a rien à voir avec la Turquie car nous avons décidé de célébrer notre trentième anniversaire. Nous sommes en contact avec les autorités turques pour réfléchir à donner une autre visibilité pour la Turquie au Salon du livre 2010. »

Ce qui est sûr, c’est que cette décision ne va pas améliorer des relations franco-turques déjà tendues. Pour Faruk Bilici, enseignant-chercheur au département de turc de l’INALCO* : « L’invitation d’Israël en 2008, puis l’invitation de la Turquie au salon du livre de Francfort ont beaucoup aidé les indécis, peut-être d’ailleurs les lobbys turcophobes, à se convaincre qu’il ne fallait pas inviter ce pays, qui tente maintenant de le faire payer par des retards liés aux projets pour la saison turque. Autrement dit, ce n’est pas un facteur, mais plusieurs facteurs qui ont contribué à l’annulation de cette invitation, le mauvais climat sur les relations franco-turques en étant un. (…) Quel dommage que cela tombe juste au moment où la Turquie devait être invitée. En tout cas, c’est ainsi que les Turcs l’ont ressenti. »

S’ajoute à ce contexte la suppression de la rédaction turque à RFI, faute d’audience (comme cela est arrivé à cinq autres rédactions en langue étrangère), et dont la langue, d’après les explications de la direction de la radio francophone mondiale, ne correspond plus « aux évolutions géopolitiques ». Des pétitions sont d’ailleurs diffusées en ligne pour s’opposer à cette suppression.

Une autre affaire a également fait grand bruit sur le Web ces derniers mois. Celle de la menace d’une disparition de l’IFEA, Institut français d’études anatoliennes, situé à Istanbul. Le centre de recherches, qui relève du quai d’Orsay et du CNRS a lui aussi fait l’objet d’une pétition diffusée sur la toile. Ce à quoi l’ambassade de France à Ankara a répliqué par un communiqué où elle tente de rassurer en soulignant le caractère « irremplaçable de l’IFEA comme plate-forme de dialogue entre chercheurs turcs et français » et rappelle « que le démantèlement du centre de recherches n’a jamais été question malgré la réforme en cours ».

Que les turcophiles se rassurent. Les projets d’Istanbul, Capitale culturelle européenne 2010, vont bon train. Un groupe sur le réseau social Facebook a d’ailleurs été créé, rassemblant plus de 1120 membres qui s’enthousiasment des festivités à venir. Au menu, expositions, concerts et l’intervention des plus grands architectes au monde comme Rem Koolhas ou Norman Foster, pour ce qui est considéré, comme la plus belle des plates-formes culturelles, politiques et économiques que la Turquie n’ait jamais eues.

Nassira El Moaddem

*INALCO : Institut National des Langues et des Civilisations Orientales

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Le cinéma kurde s’invite à Paris

Festival . Pour sa deuxième édition (du 19 au 25 novembre), le cinéma kurde de la capitale propose une programmation variée et met en avant de jeunes cinéastes.

La relève du célèbre cinéaste turc d’origine kurde Yilmaz Güney, est assurée. Celui qui avait obtenu la palme d’or à Cannes en 1982 pour Yol peut reposer en paix. Le Festival du cinéma kurde de Paris entend pour sa deuxième édition mettre à l’honneur la jeune génération des cinéastes kurdes du monde entier. Pour Ali Gül Dönmez, directeur artistique du festival et réalisateur, la création de cette rencontre annuelle se veut être « un lieu d’échanges entre – les réalisateurs de la diaspora en Europe » et d’ailleurs, puisque défilent des oeuvres de cinéastes kurdes de Turquie, d’Irak, d’Iran, de Syrie… « Notre festival est un rendez-vous interculturel : on programme des films réalisés par des Kurdes mais également par des non-Kurdes qui évoquent la question kurde », rappelle Ali Gül Dönmez. Créée en 2006, l’association du Collectif des cinéastes et des artistes kurdes (Cocdark), qu’il préside, a pour principale activité l’organisation de ce festival. Doté de peu de moyens financiers, le festival, malgré sa qualité et sa richesse artistiques, reste encore confidentiel.

« Filmer sa propre histoire »

Yilmaz Güney parlait de la création comme forme de libération des hommes et de résistance. Le festival hérite de cet engagement politique de celui qui, encore aujourd’hui, inspire des générations entières de réalisateurs de culture kurde. « Notre festival est en quelque sorte un combat. Le cinéma kurde est jeune. Désormais, la technologie permet aux cinéastes kurdes de filmer leur propre histoire. Avant, c’était les autres qui racontaient l’histoire des Kurdes. » Une manière de transmettre leur – mémoire pour des artistes installés pour la plupart à l’étranger. Dans le droit fil des festivals du cinéma kurde de Londres et de Berlin, celui de Paris se veut être un vecteur de la diffusion de l’histoire et de la culture kurdes en France. « Paradoxalement, précise M. Dönmez, le public est majoritairement français. Les Kurdes de Paris, des travailleurs du bâtiment pour la plupart, et donc épuisés par leur travail, n’ont pas accès au festival. Ils ne sont pas habitués à ce genre d’activités culturelles. Ils peuvent arrêter le travail pour une manifestation, pas pour le cinéma », se désole M. Dönmez.

L’association Cocdark se réjouit malgré tout des contacts qu’elle noue actuellement avec des associations en France intéressées par la programmation des films kurdes en province. À l’étranger, d’autres initiatives en collaboration avec le Cocdark pourraient voir le jour, notamment en Pologne et en Irak, où le centre culturel franco-kurde à Erbil, ville à majorité kurde, envisage de développer des projets culturels en partenariat avec l’association. Des propositions qui prouvent l’intérêt, en France et ailleurs, pour la culture kurde.

                                                                                                                                                                       Nassira El Moaddem

Publié dans l’édition du lundi 24 novembre du journal l’Humanité et sur le site internet du quotidien à l’adresse http://www.humanite.fr/2008-11-24_Cultures_Le-cinema-kurde-s-invite-a-Paris 

 

Le « Yes we cem » écolo !

20081119ozdemir.jpg« Yes we Cem » ! Voici le slogan lancé par les Verts allemands lors de l’élection à Erfurt (centre de l’Allemagne), samedi 15 novembre dernier, de leur nouveau leader. L’opportunité d’une comparaison avec celui qui est devenu le premier président noir des Etats-Unis, n’était que trop belle ! Cem Özdemir, 43 ans, nouveau président du parti écologique d’outre-rhin, est fils d’immigrés turcs né dans la petite ville de Bad Urach, non loin de la frontière franco-allemande. Avec 79,2 % des suffrages, il peut s’enorgueillir d’avoir rassemblé autour de lui. Après avoir revêtu différentes casquettes, éducateur, rapporteur politique ou encore journaliste, il est élu en 1994 au Bundestag sous l’étiquette des Verts. L’évènement est de taille : c’est la première fois qu’un Allemand d’origine turque est élu à l’assemblée fédérale. On lui confiera alors les questions liées à l’immigration.

Mais l’homme connaît un revers politique en 2002 lorsqu’il est accusé d’avoir effectué des déplacements personnels aux frais du parlement. Il est alors contraint d’ abandonner son siège. S’ensuit une traversée du désert de deux ans où il en profitera pour écrire, notamment un ouvrage sur la Turquie (Die Türkei). En 2004, il réussit à briguer un mandat européen, relançant ainsi sa carrière politique.

Attaquant parfois son pays d’origine, notamment sur la question des droits de l’homme, il n’est pas sans susciter également là-bas des critiques acerbes de la part de certains médias et d’hommes politiques. S’il est admiré en Allemagne pour ses talents d’orateur et pour son charisme, certains lui reprochent un positionnement politique flou, quand d’autres s’agacent de le voir défiler dans les médias. Ce qui est sûr c’est que le personnage fait parler de lui et que le symbole ne manque pas de remplir les pages de la presse nationale.

A dix mois des législatives de septembre 2009, l’élection symbolique d’Özdemir, peut susciter au sein des Verts un nouvel élan. Car depuis la défaite de la coalition de gauche en 2005, le parti écolo allemand sombre dans un coma politique. Un leader issu de l’immigration turque à la tête de leur parti pourrait leur permettre de jouer la carte de la diversité. Et de tenter d’opérer une percée au parlement où ils restent la plus petite formation représentée.

Photo : Kai Pfaffenbach/Reuters

La « Nourmania » secoue le monde arabe

On connaissait les innombrables séries à l’eau de rose égyptiennes ou syriennes et les telenovelas sud-américaines dont raffolent les téléspectateurs arabes. Voici qu’a débarqué ces derniers mois, sur les télés nord-africaines et proche-orientales, un nouveau phénomène médiatique. Du Maroc en Palestine, les journées des ménagères de moins de 50 ans sont désormais rythmées par une série qui fait fureur dans l’ensemble du monde arabe. Et qui aurait imaginé que c’est un feuilleton turc qui remporterait autant de succès, dans des pays que l’on oppose traditionnellement à la Turquie laïque, républicaine et occidentale!
 
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La série pourrait étonner par sa banalité : un couple turc musulman, Muhannad et Nour, issus de la bourgeoisie stambouliote. Des aventures amoureuses dignes des « Dallas » et autres « Dynastie »; des décors de rêve, des amours impossibles, des déchirures familiales et autres tragédies grecques ! Mais c’est l’ agitation autour de cette série qui étonne. Certains commentateurs parlent même de “Nourmania”. Des groupes pro-Nour et anti-Nour se sont crées sur le réseau social « Facebook ». Les fans club de la série pullulent sur la toile.

Des tee-shirts à l’effigie des deux héros de la série se vendent comme des petits pains dans les souks libanais, marocains ou palestiniens. A l’annonce du début de la série, les rues se vident et les adeptes de rejoindre leur foyer ou un café du coin, pour découvrir les nouvelles aventures du couple turc le plus célèbre du monde arabe. Même les mariages, d’habitude pris d’assaut, voient leur fréquentation baisser à l’heure de diffusion du feuilleton. Mais le tourbillon créé par Nour ne s’arrête pas là. Les rumeurs les plus abracadabrantesques courent autour des supposés ravages de la série sur certains couples. Des épouses quitteraient le domicile conjugal, déçues de ne pas voir leur mari se comporter comme Muhannad, jeune homme romantique, qui multiplie attentions et marques de tendresse à l’égard de sa douce et tendre. Les jeunes hommes, de leur côté, s’ énervent de voir ce personnage de fiction devenir la référence masculine de leurs petites amies.

S’ érigeant contre le succès de cette série « hérétique », un imam saoudien a récemment lancé une fatwa contre «Nour », qualifiant les chaînes la diffusant d’ « ennemies de l’ islam et de son prophète ». La chaîne émettrice de la série, n’est autre que MBC4, une chaîne de télévision…..saoudienne, adepte des séries américaines à succès. Ce qui est sûr, c’est que la série a dopé l’ audience de cette dernière. En tapant MBC4 sur le moteur de recherche « Google », les premières références ne sont autres que des blogs et des sites internet dédiés à « Nour ».

Amour, gloire et beauté

Les différents posts sur internet et les déclarations de certains fans de la série montrent que le romantisme de Muhannad fait fureur auprès des jeunes femmes du monde arabe. Ce qui plaît c’est ce fougueux jeune homme, amoureux éperdu de sa dulcinée et qui n’a pas honte de dévoiler au grand jour ses sentiments. Les scènes à l’eau de rose sont excessivement présentes mais caractérisent l’image de marque du feuilleton : donner à voir un couple musulman certes, mais à l’ aise dans une culture volontairement occidentale. « Nour » propose ainsi une histoire d’amour décomplexée des tabous de la religion, en phase avec les grands thèmes de la société contemporaine. Jeunes, séduisants, riches, les deux héros de la série font rêver, tout en permettant à la jeune génération de s’identifier à eux, car culturellement proches.

Coup gagnant turc

On connaît la vigueur du cinéma turc de ces dernières années. Le succès de cette série, dont le nom original est « Gümüs », en dit long sur la force de frappe des productions stambouliotes. Doublée en dialecte syrien à destination des publics arabes, la série a rassemblé jusqu’ ici pas moins de 85 millions de téléspectateurs. De quoi faire pâlir de jalousie les producteurs des nombreux feuilletons américains!

Nassira El Moaddem

Photo : Un commerçant libanais vend des tee-shirts à l’effigie des deux héros de la série turque. (AFP)

A Saint Sébastien, un « coquillage d’or » pour une réalisatrice turque

La 56ème édition du Festival de Saint-Sébastien, au pays basque espagnol, a récompensé la jeune réalisatrice turque, Yesim Ustaoglu, pour son film « La boîte de Pandore ». Le film aborde audacieusement le difficile thème de la maladie d’Alzheimer à travers le regard d’une grand-mère qui, souffrant de cette pathologie, disparaît du jour au lendemain sur la côte ouest de la mer noire. Ses trois fils, habitant Istanbul, alertés, partent hâtivement à sa recherche. Le long-métrage centre la réflexion autour des crispations et des tensions que la maladie engendre au sein d’une famille. La rencontre entre la grand-mère et son petit-fils rappelle aux spectateurs la lucidité de l’aïeule malgré les ravages de la maladie.

« La boîte de Pandore » est le quatrième film de cette réalisatrice. Elle avait déjà brillé lors du Festival de Berlin en 1999 avec « Aller vers le soleil, une histoire d’amitié » qui a obtenu « le prix de la Paix » et « le prix de l’Ange Bleu » du meilleur film européen. Idem au Festival d’Istanbul où ce film a décroché pas moins de quatre prix dont ceux du meilleur film et de la meilleure réalisatrice.

Nassira El Moaddem

Le parcours du combattant des étudiants turcs

En Turquie, l’accès aux universités est un intense parcours du combattant et ….. un marché juteux. Si le baccalauréat fait frémir plus d’un lycéen du côté hexagonal, en Turquie l’examen de l’Ö.S.S. (Ögrenci Seçme Sinavi), mis en place depuis 1974, ravive tout autant le stress des futurs étudiants du pays. En juin dernier, le traditionnel concours d’accès a rassemblé plus d’un million et demi de candidats, qui ont planché sur d’interminables questions (QCM), sésame pour accéder aux bancs de la fac et réussir à briguer les prestigieuses universités des grandes métropoles. Ou pas. Car la sélection est impitoyable. Tous rêvent d’entrer dans les grands campus stambouliotes ou d’Ankara. A Istanbul, l’université de Bogaziçi (université du Bosphore) et l’université francophone de Galatasaray, ou bien encore la célèbre Middle East Technical University de la capitale raflent les premières places du palmarès des établissements les plus prisés. Le rang de classement obtenu après le concours déterminera l’université dans laquelle les futurs étudiants turcs feront leurs armes. Chaque année, de 30 à 39% des lycéens sur l’ensemble des candidats seront effectivement admis à l’université.

La course à la réussite

La difficulté du concours, le nombre important de candidats et l’espoir d’être admis dans des universités de renom poussent bon nombre de jeunes lycéens turcs à multiplier les moyens pour réussir le concours et obtenir le meilleur classement possible. On assiste ainsi à une prolifération en Turquie, à la fois dans les grandes agglomérations mais aussi dans les petites villes, des systèmes de cours du soir mis en place dans les « dersane » des instituts privés proposant après la classe des enseignements complémentaires dans des disciplines variées. Leur nombre est passé de 1075 en 1998 à 2615 en 2004. Les « dersane » de langue, notamment d’anglais ou de français, rencontrent un franc succès. On peut également voir l’émergence de cours à domicile notamment au sein de la bourgeoisie et de l’élite turque des grandes villes, dispensés par des professeurs en second service ou par des étrangers (filles au pair, étudiants étrangers…)  

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Si leur constante augmentation prouve l’élévation du niveau d’éducation en Turquie et l’intérêt pour la réussite scolaire des enfants, cette tendance interroge tout autant sur un système où la course à la réussite est devenue un enjeu national, ponctionnant une grande partie du budget des familles turques. Beaucoup de parents avouent avoir délibérément réduit le nombre de leurs enfants en conséquence du coût de l’éducation de leurs bambins. Car le marché des cours du soir et des dersane sont une manne financière importante; qui coûtent cher aux familles les plus modestes tout autant soucieuses de l’avenir de leurs enfants que les autres.

Un foisonnement d’universités : la libéralisation de l’enseignement

La Turquie ne compte pas moins de 80 universités sur l’ensemble du territoire. En 1992, leur nombre a augmenté de manière spectaculaire avec la création de 24 établissements en province. Mais ce qui marque le paysage de l’enseignement supérieur turc, c’est la multiplication du nombre d’ universités privées. La première qui soit apparue est l’Université de Bilkent à Ankara, créée en 1982 qui figure désormais parmi les meilleures universités de Turquie. Il existe aujourd’hui environ 25 universités privées, les trois cinquièmes étant concentrés à Istanbul. La plupart sont l’émanation de fondations privées de grandes holdings familiales turques: Koç, Sabanci…

Mais le développement de ces universités privées, aux frais d’inscriptions souvent élevés, inquiète également car elles ont une incidence directe sur leurs semblables publiques. Beaucoup de professeurs du public se tournent désormais vers le privé, pour leur plan de carrière ou attirés par des salaires plus alléchants. L’Etat quant à lui, se désengage de plus en plus des universités publiques : certaines, vétustes et dégradées, ne bénéficient pas de l’attention des pouvoirs publics. La question de l’éducation continue à alimenter un débat important en Turquie : les trop fréquents effondrements d’établissements ou de pensionnats ravivent régulièrement les discussions autour de la négligence des autorités publiques quant à l’entretien des locaux- voire quant à l’attribution des marchés publics. Beaucoup en Turquie dénoncent des octrois opaques et des pratiques clientèlistes conduisant à des catastrophes comme celle du 3 août 2008 dans la banlieue de Taskent à 350km au sud d’Ankara. Ce jour-là, 18 personnes ont péri, 17 écolières et leur professeur, à la suite de l’explosion de leur pensionnat, due à des fuites de gaz dans les cuisines de l’établissement. Selon les éléments de l’enquête, il s’agirait d’une défaillance dans la construction de l’immeuble.

Nassira El Moaddem

Photo : Bogaziçi Üniversitesi (Université du Bosphore), Istanbul; de  Zehra Sahin.

Sommet Turquie-Afrique : les ambitions d’Ankara

Le thème de la Chinafrique passionne et agite les foules. Les publications et autres articles de presse relatant des relations privilégiées entre Pékin et les capitales africaines se multiplient. Pourtant, un autre pays doté d’une croissance économique presque aussi spectaculaire que celle de la Chine tente de tirer son épingle du jeu du continent noir. Le président Abdullah Gül a reçu les 18 et 19 août ses homologues africains lors du premier sommet Turquie/Afrique à Istanbul. S’il est question d’économie, les objectifs politiques et diplomatiques pour Ankara restent prioritaires.

Vers une poussée de la présence turque en Afrique

Présidée par le chef d’Etat turc Abdullah Gül, et par le Premier ministre éthiopien, Meles Zenawi, président en exercice de l’Union africaine, la rencontre a réuni pas moins de 350 participants dont huit chefs d’Etat, sept vice-présidents et quinze ministres des Affaires étrangères. Cette réunion au somment inédite dans l’histoire des relations turco-africaines s’inscrit dans une stratégie de développement de la présence turque en Afrique. Déjà en 1998, Ankara avait mis en place un programme intitulé « Plan d’action d’ouverture vers l’Afrique » dont l’objectif était la consolidation progressive des relations politiques, militaires, culturelles et économiques. En 2003, la Turquie obtient le statut de membre observateur de l’Union Africaine et siège depuis mai 2008, parmi les membres non-régionaux de la Banque africaine de développement (Bad). Depuis 2005, année consacrée à l’Afrique en Turquie, l’agence de coopération turque TIKA a lancé 28 projets de développement concentrés pour la plupart en Afrique de l’Est, notamment en Ethiopie et au Soudan mais également en Egypte, au Nigéria et au Maroc. L’année suivante, Ankara lance un forum économique Turquie-Afrique qui, réunissant chaque année à Istanbul acteurs économiques turcs et africains, ambitionne de dynamiser les relations économiques entres les deux parties.

En juillet dernier Ali Babacan, le ministre des Affaires étrangères turc saisissait l’enjeu d’une telle rencontre : « Ce sommet pourrait constituer le point de départ d’une coopération efficace et fructueuse entre les parties ». Car l’ambition turque est d’élargir sa présence économique en Afrique. Les principaux partenaires commerciaux africains actuels de la Turquie sont l’Algérie, l’Egypte et l’Afrique du Sud. L’ Algérie est de loin son premier partenaire économique sur le continent. Selon les déclarations officielles turques, Ankara a réalisé avec Alger au cours du premier semestre 2008 environ 2, 5 milliards d’échanges et environ 40% des entreprises turques présentes en Afrique opèrent sur le territoire algérien. L’objectif pour les autorités turques est de développer ces relations existantes et de se rapprocher des autres états africains. L’augmentation des échanges commerciaux turco-africains ces dernières années témoigne de cette ambition. Ces derniers ont atteint 13 milliards de dollars en 2007 doublant ainsi les chiffres de 2003. Ünal Ceviköz, vice-sous-secrétaire au ministère turc des Affaires étrangères, a précisé que la Turquie a « pour but d’augmenter le volume d’échanges à 30 milliards de dollars en 2010. » Le sommet s’est achevé sur la déclaration finale d’Istanbul au titre prometteur « Solidarité et partenariat pour un avenir conjoint » et a posé un cadre de coopération avec une délimitation des secteurs prioritaires pour le partenariat Afrique-Turquie.

Derrière les objectifs économiques affichés, les visées politiques turques

Si les questions économiques figuraient en priorité de l’ordre du jour du sommet, les ambitions politiques et diplomatiques turques n’étaient cependant pas loin. En effet Ankara convoite un des deux sièges de membre provisoire au Conseil de sécurité de l’ONU qui seront soumis au vote en octobre prochain pour la période 2009-2010. Les autorités turques envisagent également l’ouverture de nouvelles représentations diplomatiques sur le continent africain pour répondre à un manque drastique en la matière. Si, pour la Turquie, les retombées économiques d’une plus grande coopération avec l’Afrique ne sont pas négligeables, notamment en termes d’approvisionnement énergétique, c’est avant tout le soutien des Etats africains qu’Ankara tente d’obtenir habilement par le biais de ces réunions et de ces rapprochements diplomatiques. Reste que le sommet aura été entaché par la participation du président soudanais Omar Al-Bachir menacé d’une inculpation par la Cour Pénale Internationale pour son rôle présumé dans les crimes commis au Darfour.

Nassira El Moaddem

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