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Quand la France délègue au privé la délivrance des visas

Un espace insuffisant pour accueillir dignement des demandeurs et des délais de traitement de dossiers trop longs. Voici deux des arguments avancés par le quai d’Orsay pour justifier le processus d’externalisation en cours dans ses consulats. Aujourd’hui, un nouveau pas a été franchi : l’externalisation des données biométriques. Depuis le 11 octobre, le consulat de France à Alger a en effet lancé la délégation de cette procédure à un prestataire privé : désormais, les demandeurs de visas prennent leurs empreintes biométriques non plus dans les locaux du consulat mais chez le prestataire privé TLS contact, une entreprise française spécialisée dans ce domaine. Après Alger, l’expérimentation sera élargie dans quelques mois aux consulats de France à Londres et à Istanbul, trois gros centres de délivrance de visas.

Cette externalisation n’est pas nouvelle : depuis quelques années, la France, à l’instar de quelques partenaires européens, délègue à des entreprises privées certaines parties du processus de délivrance des visas. En 2010, sur 235 postes consulaires, 55 avaient mis en place une procédure d’externalisation : pour 26 d’entre eux, cette dernière ne concernait que la prise de rendez-vous ; pour les 29 autres, s’ajoutait la collecte d’informations pour la constitution du dossier. Si l’externalisation ne s’opère aujourd’hui que dans 20 % des consulats français, elle concerne 70 % du nombre total de visas délivrés.

Réaliser des économies et améliorer la performance des missions de service public, tel est l’objectif affiché du ministère. Du côté des agents, on reconnaît que ce système a permis certains progrès : suppression, dans certains cas, de longues files d’attente, désengorgement des consulats et allégement de la charge de travail. Une situation qu’a pu vérifier l’association Cimade lors de son enquête menée en 2009 dans six pays où les consulats français externalisent la procédure. Mais les associations et un certain nombre d’agents voient aussi dans cette politique d’externalisation un surcoût pour le demandeur et une vision de la rentabilité à très court terme, au détriment de l’examen scrupuleux des dossiers et de la sécurité des données.

UNE SITUATION QUASI MONOPOLISTIQUE

« L’externalisation se fait à coût nul pour l’Etat, mais pas pour les demandeurs de visas », écrivait le sénateur UMP Adrien Gouteyron dans son rapport de juin 2007 sur les visas. Ainsi, pour un visa court-séjour (soit la majorité des demandes), il faut compter 60 euros à verser au consulat. « On se demande pour quelle raison l’usager doit continuer à verser cette somme alors que l’externalisation décharge le consulat d’une partie de ses missions », souligne Sarah Belaïsh, coordinatrice en 2010 de l’enquête de la Cimade. « Les 60 euros sont des frais de dossier. Ils ne sont pas liés au prix du service rendu », se défend Catherine Calothy, chef de la mission pour la politique des visas au quai d’Orsay. Mais, avec l’externalisation, l’usager doit également payer le prestataire : par le biais d’une communication Internet ou téléphonique pour les seules prises de rendez-vous et en payant le service de constitution du dossier. « Un tarif raisonnable auquel s’engage le prestataire », selon Catherine Calothy. En réalité, il est raisonnable selon le bon vouloir de l’entreprise car aucun plafonnement ne lui est imposé. A Ankara, en Turquie, l’appel téléphonique pour la prise de rendez-vous auprès de la société IKS s’élève à 21 lires turques, soit près de 9 euros. Au Caire, où le prestataire TLS Contact organise prise de rendez-vous et constitution du dossier du demandeur, le tarif atteint les 200 livres égyptiennes, soit près de 24 euros.

Plusieurs sociétés se partagent le marché de l’externalisation des visas, mais deux d’entre elles sont surreprésentées dans les consulats français. VFS, société indienne, filiale du groupe de voyages suisse Kuoni, leader du secteur, et TLS contact. Une situation quasi monopolistique que dénoncent les syndicats, qui estiment être rès peu informés du processus de choix des entreprises. « Il s’agit d’un appel à candidatures lancé sur les sites Web des consulats. Les sociétés sélectionnées le sont car elles ont développé un savoir-faire dans le domaine et répondent au cahier des charges », rétorque Catherine Calothy. Les critères du cahier des charges : locaux envisagés, effectifs affectés, sécurité et protection des données, contrôle-qualité… L’entreprise s’engage également à laisser le consulat opérer des contrôles pour vérification du respect des procédures, de la confidentialité de la conservation des données et de la sécurité du système informatique. Elle doit par exemple effacer dans un délai de 5 à 7 jours après restitution des passeports, les données des demandeurs. Si le consulat demande un compte-rendu de l‘effacement, celui-ci n’est pas toujours transmis par les prestataires. Des fiches de contrôle doivent être également remplies par le prestataire et retournées une fois par an au consul, deux fois par an au chef du service des visas.

« Concernant la sécurité informatique, nous avons réalisé deux audits depuis 2010. Deux autres seront prévus fin 2011. Nous reconnaissons que cela n’est pas suffisant. Si vous me demandez : pouvons-nous à 100 % dire que le système est sûr ? La réponse est non« , reconnaît Catherine Calothy. « On ne sait rien de ces contrôles organisés par les consulats. Je n’en ai jamais vu ni même entendus parler », affirme Marie-Renée Simon, déléguée syndicale CGT-MAE, en poste il y a quelques années à Dakar. Laurent Serra, secrétaire général SUPMAE-FSU, regrette le manque de transparence de la part du ministère : « Lors des différents comités techniques ministériels, nous avons demandé d’avoir un retour sur les contrôles censés être réalisés, de nous dire quels moyens y étaient affectés. Cela n’a jamais été fait. Certes, par nature les syndicats sont suspicieux, mais dans ce dossier, on nous donne matière à l’être encore plus ».

« DES RISQUES D’ATTEINTES GRAVES AUX LIBERTÉS INDIVIDUELLES »

Cette délégation à des prestataires extérieurs n’est pas sans causer des fraudes, ce qui remet en cause la sécurité de la procédure. Au Maroc, des personnes revendaient les rendez-vous qu’elles prenaient en masse sur le site Internet. Même chose à Bamako, au Mali. « Une telle démarche, qui relève du désengagement de l’Etat de ses prérogatives, est dangereuse. Dans ces pays, les connexions par Internet ne sont pas personnalisées et se font à partir de cybercafés où n’importe qui peut se connecter et prendre des rendez-vous à l’envi », déclare un agent consulaire souhaitant rester anonyme. Des pratiques qui inquiètent syndicats et associations avec l’expérimentation à Alger de l’externalisation des données biométriques, notamment en termes de sécurité des données. En septembre 2009, la Commission nationale informatique et libertés (Cnil) émettait de sérieuses réserves compte tenu « des usages possibles de ces données par des prestataires de service ainsi que par les autorités locales, et des risques d’atteintes graves à la vie privée et aux libertés individuelles ». A terme, l’externalisation du recueil des données biométriques pourra être envisagée à partir de 2012 et de 2013 dans la vingtaine de postes à forte demande, comme en Russie, en Chine, en Inde et en Arabie saoudite.

Nassira El Moaddem

Article paru sur LeMonde.fr le 14 octobre 2011: cliquez ici

Anne Nivat, la guerre du côté des gens

Le grand reporter, prix Albert Londres, de passage en France avant un nouveau départ pour l’Afghanistan, a captivé par ses récits l’assistance de l’Ecole du blog.

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Pour tout vous dire, j’ai eu du mal à commencer à écrire ces lignes. Non que la séance de l’Ecole du blog ne fût pas passionnante. Elle l’était. J’aurai voulu qu’elle ne s’arrêtât jamais. Quand on rencontre Anne Nivat pour la première fois, on a du mal à imaginer ce bout de femme parcourir les zones de guerre aux quatre coins de la planète. Je me souviens m’être intéressée à elle lorsque j’étais étudiante, notamment à ses reportages sur la Tchétchénie. Je ne l’avais jamais vue, ni à la télé, ni en photo. Anne Nivat, pour moi, n’avait pas de visage : c’était ce grand reporter de guerre que j’écoutais à la radio ou dont je lisais les papiers.

En la voyant dans cette salle de la bibliothèque Denis Diderot de Bondy, habillée d’un jean et d’un t-shirt orange, talons hauts et ongles joliment vernis, j’avais dû mal à l’imaginer arpenter les zones de conflit. On est déconcerté par sa capacité à parler de choses difficiles à entendre pour nous Occidentaux, ayant vécu du bon côté de la barrière. Pour nous, ces récits tragiques ne sont que des pages dans les journaux et des images de reportages télé, toujours dramatiques. Ce moment où le présentateur du JT prend une voix grave comme pour mieux respecter la douleur de ces évènements qu’il devra oublier quelques minutes plus tard dans la rubrique sport. « Quand je reviens ici, j’entends tout le monde se plaindre de tout, (…) comme si tout allait mal, ça me stupéfie, j’ai envie de les secouer et de leur faire faire un petit stage avec des gens que j’ai rencontrés sur place », s’énerve-t-elle.

Anne Nivat, Prix Albert Londres 2000, ne doit pas son parcours au hasard. Son père, Georges Nivat, domicilié dans la campagne française à proximité de la Genève internationale, est un éminent spécialiste de la Russie. Elle confie avoir, petite, sauté sur les genoux du grand Soljenitsyne, l’intellectuel russe décédé il y a à peine un an. Elle est titulaire d’un DEA à l’Institut d’études politiques de Paris et d’un doctorat sur les médias russes. Elle parle sept langues du continent européen – elle bûche l’arabe et le farsi. L’enseignement, une carrière universitaire, la trajectoire du père, en somme, ce n’était pas pour elle. Elle voulait, dit-elle, « raconter des histoires ».

A regarder la salle remplie de la bibliothèque, les yeux écarquillés des personnes présentes, et le silence quasi religieux de l’audience, pas de doute : les histoires, elle les raconte bien. Il y a chez elle un besoin quasi vital de rapporter les aventures qu’elle a vécues, souvent douloureuses. Partager, vider son sac et reprendre la route. Cette femme parle d’elle, de ses crapahutages qu’on croit sortis de films américains, de ses expériences toutes plus incroyables les unes que les autres. C’est un monologue pendant près d’une heure. Et nous, nous sommes abasourdis : Tchétchénie, Iraq, Afghanistan. Sa façon de faire son métier ? Elle explique : respecter les personnes et leurs cultures, vivre avec eux et comme eux pour mieux témoigner de leur quotidien, éviter d’être dans la recherche du scoop.

Elle relate son parcours et sa carrière mais à travers ses périples, c’est également des autres dont elle parle. De tous ceux que son chemin a croisés, à Grozny, à Bagdad, à Kaboul, à Kandahar. Tous ces noms de villes que des milliers de reportages ont abordé parlant rarement de ceux qui les habitent, guerre ou pas guerre. Anne Nivat leur a rendu hommage ce samedi à l’Ecole du Blog de Bondy. Sans apitoiement, ni exotisme. Le jour où elle nous a rendu visite, elle était sur le point de partir en Afghanistan pour de nouveaux reportages.

Nassira El Moaddem

 Article paru sur le Bondy Blog, vidéo de l’échange avec Anne Nivat en plus : cliquez ici.

Légende photo : Anne Nivat en Irak.


Anne Nivat est venue à l’Ecole du blog, une BD sous le bras réalisée pour Reporters sans frontières : « Anne Nivat, Correspondante de guerre », de Daphné Collignon, éditeur Soleil. La dessinatrice dresse le portrait de la journaliste dans le cadre des ses reportages de guerre (Tchétchénie, Iraq, Afghanistan…).

Qui sont les Turcs de Bulgarie?

Mai 2009 n’est pas une période anodine pour les Turcs de Bulgarie.  Le 19 de ce mois, a débuté la commémoration du triste anniversaire de l’exil forcé et de la politique d’assimilation dont ils ont été victimes dans les années 1980. Aujourd’hui les Turcs de Bulgarie représentent plus de 800 000 personnes soit plus de 10% de la population nationale. Ils vivent essentiellement dans la zone montagneuse des Rhodopes dans le sud-ouest du pays et au nord dans la région du Deliorman.

alemino.jpg Ali Eminov, éminent anthropologue bulgare d’origine turque, qui vit aujourd’hui aux Etats-Unis, a travaillé toute sa vie sur la communauté turque de Bulgarie à laquelle il a consacré nombre d’ouvrages et d’articles. Il décrit l’assimilation qu’ont connue les Turcs de Bulgarie en indiquant qu’« entre décembre 1984 et mars 1985, près d’un millions de Turcs de Bulgarie ont été forcés de remplacer leurs prénoms et noms turcs par des patronymes bulgares. Cette période de l’histoire appelée « processus  de renaissance nationale » provient d’une politique menée déjà depuis les années 1950 ». « En mars 1985, le gouvernement bulgare annonce que la nation bulgare est homogène, avec une seule langue, une culture uniforme et une idéologie, le communisme. Pas de place donc aux autres communautés, dont les Turcs. Commence alors une bulgarisation forcée des noms et prénoms des Turcs de Bulgarie » ajoute M. Eminov. Cette assimilation passe aussi par une marginalisation de l’enseignement en langue turque : « Ces cours sont optionnels, le nombre des professeurs formés pour ces cours est insuffisant et ces derniers sont très mal payés. De plus, le nombre de manuels scolaires rédigés en turc est également faible. » Ajoutés à cela, les mosquées en Bulgarie qui manquent, selon le chercheur, d’imams bien formés. De plus, des lieux de culte ont été vandalisés sans que le gouvernement n’enquête sérieusement.

Le plus important exode humain depuis la Seconde Guerre mondiale

M. Eminov n’a pas connu ces épisodes. Comme beaucoup d’autres à cette époque, il a fui le régime communiste en 1960 rejoignant la Grèce dans un premier temps puis les Etats-Unis où il vit depuis. Mais sa propre famille a été victime de cette politique forcée d’assimilation : « Toute ma famille et mes proches qui vivaient en Bulgarie à cette époque ont été forcés à l’assimilation dans les années 1980 y compris le remplacement des noms et prénoms turcs par des équivalents bulgares. Même les patronymes des personnes mortes ont été remplacés. Par exemple, mon frère Raif Mümünov Eminov était devenu Radi Marinov Emilov et ma mère, Hayriye, était devenue Khristina ».  Selon l’argument des autorités bulgares de l’époque, ceux qui se considéraient comme musulmans ou Turcs en Bulgarie, avaient en réalité été islamisés et turcisés de force durant la période ottomane. Leur attribuer des prénoms et des noms bulgares leur permettrait donc de renouer avec leur prétendue identité originelle. Selon Ali Eminov, les exactions subies par les Turcs de Bulgarie ne s’arrêtaient pas là : fermetures de mosquées, destruction de pierres tombales avec inscriptions en turc ou en arabe, interdiction de porter des vêtements traditionnels turcs, prohibition de toute pratique religieuse publique et bannissement des pratiques culturelles turques. S’en suit des vagues de manifestations de Turcs de Bulgarie protestant contre cette politique d’assimilation forcée et réclamant le recouvrement de leurs patronymes. Les autorités bulgares répliquent alors par l’utilisation de la force causant ainsi la mort de plusieurs personnes forçant ensuite les Turcs à quitter le pays.  Selon Ali Eminov, « il s’agit du plus important exode depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Entre juin et août 1989 quelques 350 000 Turcs ont ainsi quitté la Bulgarie et ont rejoint la Turquie. 150 000 sont revenus après la chute de Jivkov en novembre 1989 ».  En 1990, après la chute du régime dictatorial, les Turcs de Bulgarie retrouvent leur nom et prénom d’origine. A cette même date se créé, un parti politique, le Mouvement pour les Droits et les Libertés avec à sa tête,  Ahmed Dogan.

Le Mouvement pour les Droits et les Libertés dans le jeu politique bulgare

mdlbis.jpgSon nom trahit sans équivoque ses origines turques. Ahmed Dogan est un homme influent de la vie politique en Bulgarie. Il n’est autre que le président du MDL, le Mouvement des Droits et des Libertés, communément appelé le parti des Turcs. Crée en 1990, le MDL a été une réponse institutionnelle de la part de la communauté turque de Bulgarie à la politique d’assimilation dont ils ont été victimes. Aux élections législatives de 2001, soit dix ans après sa création, le MDL remporte 7,5% des suffrages exprimés obtenant 21 sièges au parlement national et rejoignant ainsi la coalition gouvernementale au pouvoir. Depuis, il ne cessera d’être une force politique majeure dans l’équilibre politique bulgare, faisant ainsi les majorités au pouvoir tout en étant régulièrement accusé de corruption. Aux élections de 2005, il réussit à obtenir 13,7% des voix et s’empare de 33 sièges à l’assemblée. Deux ans plus tard, pour la première élection européenne du pays après l’adhésion à l’Union européenne, le parti d’Ahmed Dogan, permet au MDL d’obtenir 4 sièges à Strasbourg avec plus de 20% des voix exprimées. Mais à l’issue de l’euro-scrutin de mai 2009, le MDL perd deux sièges au parlement européen récoltant 15,55% des suffrages exprimés. Si l’abstention joue un rôle dans ce résultat, la principale cause de cette baisse réside dans la montée en puissance du parti d’extrême droite bulgare Ataka.

Le spectre d’Ataka aux élections du 5 juillet

ataka.jpgArrivé dans le jeu politique national durant les élections de 2001 obtenant 21  sièges au parlement, Ataka surfe sur une vague anti-Rom et anti-turque. Pour Ali Eminov, le parti d’Ataka est un risque sérieux pour l’équilibre de la société bulgare et celui des Turcs et des Musulmans du pays: « Ataka a beaucoup joué durant la campagne aux européennes sur le discours anti-turc et anti-musulman dans sa campagne ». Selon lui, leur succès à l’euro-scrutin pourrait se répéter pour les élections législatives du 5 juillet prochain : « Les sondages indiquent qu’un autre parti de droite, le GERB mené par le maire de Sofia, Boiko Borissov, pourrait remporter ces élections. Ce même parti a affirmé durant la campagne que les enfants nés en Bulgarie, peu importe leurs origines ethniques ou religieuses, devraient porter des noms bulgares. Certains ont même suggéré qu’une coalition entre le GERB et Ataka se forme pour en finir avec la présence du MDL au sein du gouvernement ».

Une communauté turque pauvre et encore marginalisée

Malgré la présence du MDL dans le jeu politique bulgare et l’amélioration globale des droits des musulmans et des Turcs en Bulgarie, les campagnes d’assimilation forcée des années 1970 et 1980 ont laissé des traces et la fracture entre Bulgares dits de souche et la communauté turque reste vivante surtout dans les régions reculées. « Les structures sociales de la communauté comme les komsuluk, qui étaient très présentes avant la politique d’assimilation, n’ont pas été recréées après cet épisode. Aujourd’hui, les attitudes d’Ataka ou d’autres partis politiques bulgares, qui prêchent la restriction des droits des Turcs voire leur expulsion du pays, mettent à mal le développement des relations inter-communautaires et inter-culturels » explique Ali Eminov.  Ajoutés à cela, un  taux de chômage et de pauvreté au sein de la communauté turque plus élevés que la moyenne nationale. La chute du régime communiste a aussi sonné la fin des entreprises étatiques comme l’industrie nationale de tabac qui employait énormément de Turcs. L’Etat bulgare n’a fait que très peu pour développer des alternatives à cette fin de l’économie étatique.

« Les Turcs se sentent aussi citoyens bulgares »

Milena est une jeune Bulgare de 30 ans, vivant en France depuis 2 ans. Elle nous parle des Turcs de Bulgarie.

Quel est votre lien avec les Turcs de Bulgarie?

Avec mon mari français, nous avons acheté une petite maison dans un village turc situé entre Plovdiv, deuxième ville du pays et Kardjali, une ville à majorité turque. Je me suis donc mise à apprendre le turc à Paris afin de pouvoir parler avec les habitants du village.

Quel regard portez-vous sur les Turcs de Bulgarie?

Parmi les Turcs bulgares que je connais, aucun n’a des idées extrêmes. Personne par exemple ne souhaite faire sécession. Les Turcs que je connais sont des gens intelligents, qui ont fait des études. Et les habitants du village où nous avons acheté une maison, sont très attachants et ce sont des gens avec qui l’on s’entend bien. Mais apprendre le turc pour communiquer est indispensable car beaucoup de l’ancienne génération ne parle pas le bulgare. Mais un Turc que j’ai rencontré et qui vit à Kardjali, disait quant il parlait « Nous les Bulgares ». Cela prouve bien que les Turcs se sentent aussi citoyens bulgares.

Y-a-til un risque de dérive xénophobe du pouvoir bulgare avec la montée en puissance d’Ataka?

Ataka a clairement un discours fasciste et raciste. Mais pour moi, les Bulgares ne sont pas racistes. Si certains Bulgares votent pour Ataka, c’est qu’ils ont été déçus par les coalitions successives dans lesquelles le parti turc du MDL a pris part. Ils ont l’impression d’avoir été délaissés. Et le parti du maire de Sofia, GERB surfe aussi sur cette vague en se rapprochant des discours nationalistes.

Nassira El Moaddem

Article publié dans l’hebdomadaire franco-turc Zaman France

Marielle de Sarnez : « L’UMP ressort le chiffon rouge : Turquie, insécurité et immigration »

L’abstention guette le scrutin du 7 juin. Tout le monde le dit. Malgré ce pessimisme, le Bondy Blog continue son tour des QG à la rencontre des têtes de listes pour essayer de comprendre pourquoi l’Europe « gonfle » à ce point l’opinion publique. Rencontre avec Marielle de Sarnez et Fadila Méhal, numéro 1 et 3 de la liste Modem en Ile-de-France. Interview.

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Que pensez-vous de l’impact de cette campagne auprès de l’opinion ? Marielle de Sarnez. Tous les jours, on nous prédit une abstention énorme. J’espère que la réalité démentira les sondages. Et en même temps, c’est vrai qu’il s’est installé selon moi une forme de malentendu entre les Français et l’idée européenne. Alors Aujourd’hui, on le voit bien, il n’y a plus de débat car plus personne ne dit qu’il faut quitter l’Europe. Cette question est réglée. Personne ne souhaite non plus quitter l’euro. Toutes ces questions qui faisaient l’objet de débats lourds et forts au moment des élections et surtout du référendum de 2005 ont disparu. Au fond tout le monde considère que l’Europe est incontournable mais on n’a pas réussi à donner aux citoyens l’idée qu’ils pouvaient peser sur l’Europe, sur les politiques de l’Europe et la réalité européenne, d’où mon engagement.

Est-ce qu’il ne manque pas une figure nationale qui incarnerait l’idée européenne ?

MDS. Il y avait de grands dirigeants européens, Giscard, Kohl… . C’est vrai que Chirac et Sarkozy sont des Européens plus de raison que de conviction. Et puis c’est vrai que le fonctionnement de l’Europe avec ses trois institutions le Conseil, le parlement, la commission est un fonctionnement qui peut apparaître compliqué. Troisième raison, c’est que l’Europe s’est beaucoup occupée au fond du marché, de la libre circulation des biens, des services et des hommes. Je crois que le grand défi c’est que l’Europe soit plus attentive aux Européens.

On nous dit que l’Europe est importante. Mais concrètement pourquoi elle est si importante que cela ?

MDS. C’est savoir qu’au fond, en dehors de l’Europe il n’y a pas d’autre cadre possible pour notre pays. Le destin et l’avenir de la France sont intimement liés à celui de l’Europe ; ce sont les deux revers d’une même médaille. Au fond tous les défis qui sont devant nous sont d’ordre planétaire : la crise financière, les questions environnementales, démographiques… Si l’on souhaite peser, me semble-t-il, il s’agit là de mon intime conviction, on ne peut le faire que sur le plan européen.

S’agissant de l’importance de l’Europe, on a l’impression que ce discours est sans cesse répété pendant les élections mais que le reste du temps…

MDS. Nous, au Modem, on parle de l’Europe tout le temps et pour moi l’Europe c’est l’horizon et le cadre de l’action de la France mais c’est vrai que l’Europe est une question dont on parle uniquement tous les 5 ans à l’occasion des élections européennes. Et on a même entendu durant cette campagne et ça avait pour moi un côté surréaliste, des commentaires sur Bayrou lui reprochant de parler de la France durant la campagne européenne. Il y a plein de gens qui aimeraient que l’Europe soit une affaire d’experts, une affaire d’entre soi pour garder ces questions dans le huis clos des initiés et des savants.

Qui souhaite laisser ces questions aux mains d’experts ?

MDS. J’ai entendu plein de gens me dire : « L’Europe c’est un sujet tellement important que franchement Marielle c’est mieux que les peuples ne s’en occupent pas. » D’ailleurs, ce sont ceux qui ne souhaitent jamais de référendum. C’est vrai que les gens se demandent comment ils peuvent peser car l’Europe prend des orientations et des décisions lourdes. Les gens se demandent comment ils donnent leurs avis. Qui décide de ces orientations ? Je souhaite que les citoyens réinvestissent ces questions.

Fadila Mehal. Par rapport à notre conviction, il ne vous aura pas échappé que notre slogan c’est « Nous l’Europe ». Pourquoi ? Parce que je pense qu’avec notre parti, il y a une filiation directe avec ceux qui ont pensé l’Europe, comme Schuman ou Monnet. Nous sommes les héritiers de ces personnes. Nous pensons qu’il n’y a pas d’horizon « indépassable » hormis celui de l’Europe. Les enjeux sont planétaires, le périmètre pour faire le poids par rapport aux grands pays émergents, par rapport à la Chine par exemple.

Comment concrètement vous avez agi sur le terrain ces dernières années ? Si un jeune de Bondy ou d’Ile-de-France souhaite venir vous voir, peut-il le faire ?

MDS. Oui bien sûr, il m’envoie un mail, il vient me voir évidemment. J’ai reçu beaucoup de jeunes au parlement pendant 5 ans, des groupes scolaires, des étudiants. Toutefois, je ne peux pas non plus recevoir des milliers de personnes. C’est vrai que nous, on a de la chance d’être dans un parti politique. Il y a des adhérents, des gens qui bossent dans le parti, qui font le lien et qui font remonter les sujets, les projets, les questions et qui nous permettent d’être en contact avec les gens. A Bondy par exemple il y a des adhérents du Modem. Durant cette campagne on aura fait partout en Ile-de-France 300 cafés débats. Alors cela ne se sait pas parce que les grands médias, ça ne les intéresse pas… Sur des thèmes, de vrais sujets de fond à chaque fois.

Fadila Mehal, vous êtes numéro 3 sur la liste du Modem en Ile-de-France. Il y a donc des chances que vous soyez élue ? Vous allez changer quoi vous au parlement européen ?

FM. J’espère bien être élue. Comme disait Marielle, je pense qu’il faut une représentation plus diverse. C’est vrai que ma diversité me vient aussi de mon origine mais aussi de ma compétence. Je suis très engagée dans le domaine associatif et plus particulièrement sur la question des médias. Le lien avec la Méditerranée me paraît également très important depuis la création de l’Union Pour la Méditerranée. Même si ce processus est aujourd’hui complètement arrêté à cause du conflit au Moyen-Orient, je pense qu’il y a lieu de prendre des initiatives dans ce sens. Et puis, il y a la question plus large de l’Afrique. Dans notre programme c’est un point qui me paraît très fort. C’est quand même une réflexion plus globale sur les déséquilibres du monde et comment on peut faire sortir un continent qui est en train de plonger dans la dictature et la misère. Il y a également la question de certaines règles de l’OMC qui paupérisent davantage ce continent. Voilà les axes sur lesquels j’aimerai travailler.

Qu’est ce qui a motivé cet engagement européen ?

FM. On parle de l’Europe comme si elle était une planète étrangère. On peut s’intéresser à la politique interne de l’Europe et comment la France transpose et met en oeuvre les politiques européennes. Pourquoi je m’intéresse à l’Europe ? Il y avait une opportunité d’élargir les points de vue et que notre parti a souhaité être représentatif de cette diversité. J’ai trouvé que c’était une opportunité formidable d’élargir le champ d’horizon et être candidate aux europénnes. C’est une question qui est à mon sens assez symptomatique. Par exemple, on ne pose jamais ce genre de question à des hommes. Jamais on ne leur demande pourquoi ils souhaitent être députés. Souvent on me demande : « Mais pourquoi vous vous êtes engagée en politique ? » Et pourquoi vous voulez élargir vos horizons ? J’ai toujours l’impression que les femmes sont dans une démarche d’égalité mais sous conditions. C’est à dire que l’on veut bien que vous soyez conseillère municipale mais vous devez vous occuper d’éducation, d’intégration, de diversité, de culture. Il y a toujours une condition au préalable comme si les femmes devaient à chaque fois se justifier.

Qu’est ce que deux futures députés européennes pourraient faire contre le chômage des jeunes ?

MDS. La crise touche en priorité les jeunes et d’abord les jeunes des quartiers avec des taux de chômage qui explosent littéralement. On nous a promis que tout allait être réglé mais rien n’est fait. On nous a raconté des blagues. Alors qu’est-ce que fera l’Europe ? D’abord la France doit agir. Elle pourrait faire les choses dans les quartiers qu’elle ne fait pas. On pourrait par exemple avoir le même taux d’encadrement des jeunes des collèges, des lycées dans les quartiers que dans les établissements de centre ville. Je suis persuadée et convaincue et je vais faire une étude sur la question, que le coût d’un jeune dans un lycée de centre ville à Paris et celui d’un lycée à Bondy doit être du simple au double entre la suppression des options, le taux d’encadrement de l’état délabré des locaux, je suis persuadée que nous n’avons pas d’égalité réelle. La France peut déjà faire son job à savoir offrir à tous les jeunes la même égalité de traitement à l’école.

Et l’Europe pourrait imposer à la France de faire cela alors ?

MDS. Il faut arrêter de faire croire aux jeunes que ceux qui réussissent c’est ceux qui entrent dans les grandes écoles. C’est le côté élitiste de la France. C’est bien que l’on ait des grandes écoles. Mais il faut dire aux jeunes que l’on peut réussir aussi en allant à l’université, en faisant des CAP, des études d’ingénieurs. Bref il y a des milliers de façons de réussir. Je dis cela parce que je trouve qu’en France on se trompe de combat sur cette question. Il faut donc une égalité des chances, égalité des formations, le fait de pouvoir favoriser la création d’emploi et aider les PME. On accorde 10 milliards d’euros au secteur automobile sans condition. On leur dit voilà l’argent et après plus rien. On ne leur demande même pas de faire des véhicules électriques, des voitures propres, de développer de nouveaux moteurs, rien! Idem pour les banques. J’ai le sentiment qu’on n’aide pas assez les gens de la vie réelle. Deuxième chose : depuis 9 mois on n’a pas aligné un plan de relance européen. J’aimerai que la France et l’Europe prennent cela en compte et je demande un plan de relance européen.

Justement, les gens se disent : les Etats européens eux-mêmes n’ont pas été capables de mettre en place un plan de relance global alors qu’on nous demande de croire en une Europe dans laquelle les Etats eux-mêmes ne croient pas…

MDS. Je dis simplement que j’en veux aux 27 chefs d’Etat et de gouvernement d’avoir loupé cette chance historique. J’espère qu’on va les obliger à le faire au lendemain des élections. C’est à dire, les obliger à se mettre ensemble autour d’une table et arrêter le chacun pour soi et qu’ils comprennent qu’il y a un intérêt général et collectif qui dépasse leurs intérêts particuliers.

S’il y avait une vraie campagne en Europe peut-être qu’on y arriverait…

MDS. Et bien écoutez, nous le plan de relance européen est un des premiers engagements que l’on porte et qui doit avoir 3 directions : soutenir les PME/TPE tous ceux qui font la création d’emploi pas seulement les grands groupes. On a des milliards qui coulent à flot pour les uns et on n’a rien pour les autres. Deuxièmement, pour soutenir les gens qui sont en difficulté : les jeunes, les chômeurs, les salariés qui vont perdre considérablement de leur pouvoir d’achat. Il y a par exemple un Fonds européen d’ajustement. S’ils avaient simplement décidé de multiplier par 10 son contenu et bien cela aurait été un geste symbolique en disant : « Eh bien vous voyez l’Europe est à vos côtés. » Simplement au fond ça ne les intéressait pas. Enfin, je pense que c’est l’occasion pour faire ce que j’appelle des grands travaux en Europe, une idée qu’avait Jacques Delors il y a très longtemps et qui est toujours d’actualité aujourd’hui. Ce serait par exemple de décider que l’on mette aux normes durables tous les bâtiments publics européens. C’est des ambitions comme cela dont l’Europe a besoin.

Que pensez-vous de la liste antisioniste de Dieudonné pour les Européennes, qui peut dans une certaine mesure, séduire certains jeunes des quartiers ?

MDS. Pour moi, la première responsabilité des hommes politiques c’est plutôt d’apaiser, c’est plutôt d’essayer en tous les cas de ne pas jouer l’exacerbation des uns contre les autres. Les problèmes sont complexes et ceux du Proche-Orient sont très compliqués. C’est quelqu’un qui se présente aux élections. Alors on peut dire que c’est un amuseur qui se présente aux élections. Mais se présenter aux élections, c’est faire de la politique. Il se présente, donc il a forcément un engagement, il pense des choses. Dans nos sociétés très fragiles, la première responsabilité de ceux qui se présentent aux élections c’est de ne pas rajouter de l’huile sur le feu et c’est plutôt d’essayer d’apaiser les choses.

Quand François Bayrou publie un pamphlet à l’égard de Nicolas Sarkozy, est ce que l’on peut dire qu’il apaise les choses ?

MDS. On ne continue pas l’interview si vous faîtes des comparaisons comme ça. C’est pas bien.

Vous parliez d’apaisement…

MDS. Je parlais du Proche-Orient, vous ne pouvez pas tout amalgamer. Vous ne pouvez pas tout mettre au même niveau. Vous devez hiérarchisez les choses. Vous ne pouvez pas dire des phrases comme cela. On parle de choses qui sont profondément différentes. Le terroriste Carlos a dit ce matin qu’il soutenait Dieudonné. Vous trouvez cela bien ? Moi je ne trouve pas cela bien. Cela ne vous interpelle pas ? Moi cela m’interpelle. Il faut vraiment pas mettre cela sur le même niveau.

FM. Je pense que c’est très important ce que vous dîtes parce que j’ai été confrontée à des réactions extrêmement vives lors de café démocrates dans les quartiers. Je crois que ce que disait Marielle est très vrai. Il y a un vrai terreau et il y a de vraies questions. Il pose de vraies questions mais il a de mauvaises réponses. Sa réponse est de nous resservir le truc du bouc-émissaire.

MDS. Il monte surtout les communautés les unes contre les autres.

FM. Toute ma campagne je l’ai axée sur l’Europe car ce qui est formidable avec l’Europe c’est la transposition du droit et que l’Europe est un vecteur de consolidation du droit. Et dans la République française, le problème c’est que l’on est pas passé de l’égalité formelle à l’égalité réelle. Nous sommes les premiers à avoir demandé la mise en place d’un observatoire et au delà d’un vrai plan d’action pour lutter contre les discriminations. 

FM. A partir de ce thème des discriminations, Dieudonné développe un discours antisémite. J’ai entendu beaucoup de jeunes reprendre son discours. Et ce qui les intéressait dans ce discours, c’est leur situation personnelle et la question du Moyen-Orient. Je suis comme Marielle, je trouve que c’est une responsabilité terrible.

MDS. C’est même au-delà de cela. Au fond, l’Etat a failli. C’est bien au delà des partis politiques. L’Etat a successivement failli depuis plusieurs décennies. C’est cela que l’on ramasse aujourd’hui.

FM. Je tiens quand même à apporter des réflexions et surtout des témoignages que j’ai vécus. Parmi les jeunes des cités sensibles, il y a une écoute et je dirai une attention très particulière par rapport à François Bayrou. Ce sont vraiment des choses que j’ai constatées. Beaucoup de personnes notamment de la jeune génération, ont beaucoup d’empathie pour François Bayrou parce qu’il a eu un discours de rassembleur aux présidentielles. Et je pense qu’il a actuellement une capacité à répondre à ces défis. Je ne suis pas si pessimiste que cela.

Récemment dans un entretien au Nouvel observateur Martine Aubry a déclaré qu’elle n’était pas pour l’entrée de la Turquie mais pour poursuivre les négociations. C’était un petit peu confus. Quelle est la position du Modem sur la question de l’entrée de la Turquie ?

MDS. Le parti socialiste de tout temps a été pour l’entrée de la Turquie en Europe et en ce moment Martine Aubry est en train d’essayer de se positionner de manière confuse en disant : « On est pour la poursuite des négociations d’adhésion mais pas pour tout de suite ». Elle s’emmêle les pinceaux. Nous, nous sommes au fond pour une Europe politique forte avec un premier cercle qui pèse. Après si on est trente on peut avoir un deuxième cercle. Nous sommes pour une Union européenne qui pèse et qui doit avoir des frontières. Et donc pour nous la Turquie n’a pas vocation à être dans l’Union européenne. Après on peut imaginer, comme le pensait Mitterrand, une Europe à deux cercles avec un premier cercle dense et politique, uni et puis un deuxième cercle. Ce qui me choque aujourd’hui dans la campagne c’est au fond l’utilisation que font le gouvernement et l’UMP de la Turquie. C’est à dire qu’ils essaient de mettre la question de la Turquie dans la campagne, d’agiter le chiffon rouge et de pointer du doigt la Turquie. Je trouve cela dégueulasse. D’abord, c’est absolument gratuit parce que ce n’est pas une question qui va être abordée dans les 5 années qui viennent au Parlement européen. Donc faire croire aux gens qu’il pourrait y avoir une accélération du processus est mensonger.

C’est pourtant ce que veut la Suède qui prendra la présidence tournante de l’Union européenne le 1er juillet 2009. Son ministre des affaires étrangères l’a d’ailleurs déclaré récemment…

MDS. J’en suis convaincue. Même si le processus se poursuivait l’adhésion ne se fera pas avant 10 ou 15 ans. Donc c’est absolument dégueulasse de faire croire aux Français que c’est aujourd’hui que cela se joue.

Pourquoi ne pas le dire ?

MDS. Quand on m’invite dans les médias, je le dis. Vous savez dans nos cafés démocrates, on a pendant deux heures des questions réponses avec le public. Et bien je n’ai pas eu une question sur la Turquie depuis le début de la campagne. L’UMP essaye de la mettre dans la campagne de façon politisée. Mais il faudra que l’on ait de bonnes relations avec elle, moi je n’ai pas envie d’un choc des civilisations.

Est- ce que ce n’est pas déjà trop tard parce que l’on a fait des promesses à la Turquie ? C’est le premier pays avec qui l’on a fait un accord d’association et elle est candidate depuis 1987.

MDS. J’essaye de nuancer parce que ce sont des choses compliquées. Oui, c’est vrai que cela a démarré depuis longtemps, c’est vrai que de la part des gouvernements, il y a double langage et vachement d’hypocrisie, c’est vrai que lorsque Sarkozy dit « je suis hostile » depuis qu’il est président il n’a jamais mis de véto. C’est du pipeau bingo absolu ! Moi, je ne vais pas en faire un truc incontournable dans la campagne. Je vous dis qu’a priori si on veut une Union européenne forte, il faut bien un moment qu’elle ait des frontières et que dans ce premier cercle, je ne vois pas à terme la Turquie. Maintenant on verra de quoi sera fait l’avenir.

On voit que le thème de l’insécurité revient…

MDS. Oui, bah voilà ,Turquie, insécurité et j’attends immigration. Je trouve cela dégueulasse. Xavier Bertrand a mangé le morceau totalement, il a dit : « C’est fait pour mobiliser notre électorat. » C’est terrible.

Comment se situe la France en Europe, comment est-elle perçue ?

MDS. La France est perçue comme une nation arrogante, pensant en général qu’elle a raison sur tout, seule contre les autres et comme faisant aussi beaucoup d’effets de manche ! Moi je ne crois pas qu’on aura à nouveau de la croissance en Europe si on ne fait pas de l’intégration économique. Parce que faire une monnaie sans aller plus loin, dans la politique agricole commune, dans la politique industrielle, ça ne sert à rien. Il faut faire une harmonisation fiscale pour éviter une concurrence sauvage entre états européens. Il faut également une harmonisation sociale. On sait bien que tous les Etats ne sont pas au même niveau de protection sociale mais il faut tout faire monter vers le haut. Nous on dit plan de convergence sociale à 10 ans : se dire que dans 10 ans tous les pays européens sont au niveau social sur le plus haut revenu, pas par le bas, par le haut évidemment. Il faut que l’Europe soit exemplaire en matière de régulation financière parce que si l’Europe ne le fait pas ce ne sera pas fait au plan planétaire.

Et sur les politiques d’immigration ?

MDS. Il faut qu’on ait une politique d’immigration qui soit plutôt européenne que nationale. Je ne crois pas au fond à des politiques nationales d’immigration pour éviter que ces questions soient utilisées à des visées électorales. Je préfèrerai que ce soit l’Europe qui gère cette question, qui n’est pas facile mais l’immigration il faut la réguler de façon humaine. Ca c’est un point aussi important pour moi.

Vous êtes une des seules personnes à avoir été chef de cabinet, de François Bayrou au ministère de l’Education nationale, à ne pas avoir fait l’ENA. Pensez-vous qu’il faille supprimer l’ENA ?

MDS. Je pense qu’il faut complètement transformer la formation de ce qu’on appelle les élites en France. Je pense qu’il y a une chose tragique dans la société française, c’est que tous les mômes qui réussissent leur concours à 20 ans, c’est bloquant pour la société. Au fond, je pense qu’il faut aussi donner de l’importance à l’expérience des gens, à valoriser le parcours de ceux qui ont de l’expérience. Je pense qu’il faut complètement transformer tout cela.

Nassira El Moaddem, Hanane Kaddour, Widad Ketfi, Nordine Nabili

 Interview publié sur le site du Bondy Blog : cliquez ici.

« L’idée que l’islam est étranger à l’Europe est une idée fausse »

La Turquie, oui ou non ? Les députés français sont-ils des collègues agréables ? L’Europe sera-t-elle fédérale ? Oui à Lieberman, non au Hamas ? Rencontre avec le député européen britannique Sajjad Karim, d’origine pakistanaise.

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Membre du groupe de droite PPE majoritaire au Parlement européen, Sajjad Karim (photo), du Parti conservateur, est élu de la région Nord-Ouest du Royaume-Uni. Militant pour une Europe libérale et ouverte à l’adhésion turque, il se représente au scrutin du 7 juin. INTERVIEW. En France, la campagne pour les élections semble laisser indifférent une grande partie des citoyens. Qu’en est-il en Grande-Bretagne ? Ceux qui votent, le font en grande majorité en fonction d’intérêts nationaux. Mais chez nous aussi, au Royaume-Uni, il est difficile de mobiliser pour les élections du 7 juin. Nous sommes en période de crise, les gens sont inquiets pour leur avenir, ils ont l’œil rivé sur des préoccupations proches. Mais c’est pourtant au niveau européen que tout se décide, surtout en matière économique. Il ne faut pas qu’à cause des difficultés économiques, l’Europe adopte une position protectionniste. Ce serait une grave erreur. Il est important de maintenir en vie le libéralisme, et c’est durant ces élections que tout va se jouer.

Vous redoutez des attitudes protectionnistes, mais que répondez-vous aux salariés qui en France par exemple, désespérés de voir fermer leur entreprise, s’en prennent à leurs outils de travail ou retiennent quelques heures les chefs d’entreprise ? Pensez-vous qu’ils soient réceptifs à « Vive le libéralisme » ?

Je comprends cette situation. La France n’est pas la seule à la vivre. En Grande-Bretagne, aux Etats-Unis, les gens vivent exactement les mêmes problèmes. Et si vous allez en Chine, vous verrez que des millions de gens quittent les centres urbains pour revenir dans leurs campagnes. Mais si tout le monde commence à se refermer sur soi, si les pays décident de mesures protectionnistes, ce sera encore pire. En Grande-Bretagne, le premier ministre Gordon Brown avait tenu des propos choquant, avec son slogan « les emplois britanniques aux ouvriers britanniques ». Je dis juste que dans ces temps de crise, je crains que les Etats se ferment au risque de déclencher des comportements xénophobes.

On dit habituellement que les Britanniques sont contre l’Europe politique, que leur seul projet, c’est une Europe de marché. Pourtant, vous êtes là, et vous siégez au Parlement. Comment réagissez-vous ce discours ?

Tout d’abord, nous ne sommes pas contre l’Europe mais contre l’idée d’une Europe fédérale. Je suis mandaté par les gens de ma région qui ont voté pour moi et je vous le dis, les gens ne veulent pas d’une Europe fédérale. Et je vous rappelle que les Français et les Néerlandais ont dit non au référendum sur la constitution européenne. Les citoyens ne sont pas prêts et on ne peut pas faire avancer le projet européen sans le consentement des peuples. Mais je ne suis pas quelqu’un de fermé. Les institutions évoluent sans cesse et si on regarde les 50 dernières années, je pense que les évolutions futures ne prendront pas autant de temps. Mais par contre, si on force les choses, si on force les gens, alors il y aura une réaction.

Quel regard portez-vous sur la présidence française de l’Union européenne en 2008 ? Beaucoup, même à gauche, ont félicité Nicolas Sarkozy, notamment pour la gestion de la crise financière et de la crise géorgienne ?

Moi, je dirai que sa gestion était décevante. On aurait pu faire mieux. De plus, je crois que beaucoup ne comprennent pas qu’au Parlement européen, l’état d’esprit est différent de ce qu’il est à un niveau national. A Strasbourg, nous sommes toujours à la recherche du consensus. Il n’ya pas ici de majorité des idées et il faut sans cesse tenter de convaincre. J’ai trouvé Nicolas Sarkozy un peu trop directif et tranchant, alors que l’Europe, c’est un lieu de négociations permanentes. Quant à la gestion de la crise géorgienne, son efficacité m’a paru limitée, car rien de véritablement fort n’a été fait contre la position russe.

Que pensez-vous de la tournée européenne du ministre des Affaires étrangères israélien, Avigdor Lieberman, connu pour ses positions nationalistes et son opposition au projet de deux Etats, l’un israélien, l’autre palestinien, projet soutenu par l’Union Européenne ?

Il représente certes une minorité, mais il a été démocratiquement nommé. Il a le droit de venir à la rencontre des Etats et de discuter avec les responsables européens. L’Union européenne a été très claire sur le sujet en rappelant sa position quant à la nécessité de deux Etats.

Et que le Hamas, démocratiquement élu, se rende en Europe et rencontre les responsables européens, serait-ce envisageable ?

J’ai largement critiqué la position de l’Union européenne, après la victoire électorale du Hamas, lorsqu’elle avait décidé de couper les fonds versés aux Palestiniens. Je pense que la position du Parlement européen n’a pas été la bonne. Et on aurait dû reconnaître que ces élections étaient démocratiques.

Quelle est votre position par rapport à la candidature de la Turquie dans l’Union européenne ?

Cette question amène celle de l’élargissement de l’Europe. La question est : jusqu’à quelle limite géographique voulons-nous étendre l’Europe ? Quelles sont les frontières de l’Europe ? Sommes-nous une Europe géographique ou bien sommes-nous une Europe des valeurs et des principes. Nous avons ouvert les négociations avec la Turquie en 2005 et on continue à travailler avec eux, à avancer sur les réformes du processus démocratique en Turquie. La Turquie est un pays immense et son intégration demandera plusieurs années. Par exemple, en comparaison, l’intégration de pays comme la Bulgarie ou la Roumanie posait beaucoup moins de questions, car ce sont de petits pays avec une population beaucoup plus faible que la Turquie. Quoiqu’il en soit, je suis pour l’adhésion de la Turquie dans l’Union.

Certains ne veulent pas de la Turquie dans l’Union viendrait parce que c’est un pays à majorité musulmane. Pensez-vous que l’islam soit ici un problème ?

Je crois qu’il ne faut pas se tromper de débat. La relation entre l’Europe et l’islam ne date pas d’hier. C’est une relation qui existe depuis longtemps. L’idée que l’islam est étranger à l’Europe est une idée fausse. Donc pour moi, il ne s’agit pas d’un bon argument. Par contre, savoir que la majorité de la population turque a moins de 25 ans est une bonne chose pour nos pays aux populations vieillissantes. La Turquie entrera dans l’Union, cela prendra quelques années, mais elle entrera. C’est de l’intérêt de l’Europe. J’espère que je serai encore dans cette maison quand l’adhésion se fera.

Le Parlement est peu divers, ethniquement parlant.

C’est vrai, ce n’est pas très divers, ici. Si vous regardez les gens employés dans les institutions européennes, il y effectivement très peu de diversité. Et les parlementaires, n’en parlons pas. En même temps, tout le monde, chaque pays est une minorité, car il doit en permanence composer avec les autres. Je pense que la cause de la diversité doit être menée un niveau national. C’est aux Etats de faire en sorte qu’émergent des élites issues de leurs minorités. Et d’œuvrer, déjà, à la parité entre hommes et femmes au sein des institutions européennes. Nous sommes quatre parlementaires britanniques (sur un total de 78 députés) issus des minorités. C’est encore peu, même si en Grande-Bretagne, à l’échelle nationale, on fait beaucoup plus que d’autres Etats pour la promotion de la diversité ethnique.

Mieux que la France par exemple ?

En France, vous dîtes : « Tout le monde est français. Point final. » En Grande-Bretagne, les particularismes locaux ou d’origine comptent beaucoup. Chez nous, on peut être à la fois du comté du Lancastre (Lancashire), d’origine pakistanaise, musulman, européen et britannique sans aucun problème. Toutes ces identités sont compatibles les unes avec les autres, car elles font de moi un Britannique à part entière. Idem pour les Gallois, les Ecossais… Le système britannique est un système inclusif, au contraire du système français qui se veut exclusif.

Pourtant, le modèle britannique n’est pas non plus parfait. Il n’a pas empêché, par exemple, des Britanniques musulmans de commettre des attentats à Londres en 2005 ?

Certes, mais je vous rappelle que ces attentats ont été commis, entre autres, par des étrangers et par des Britanniques qui ont séjourné à l’étranger. Et puis, tout le monde a été touché durant ces attaques, y compris des musulmans.

Les étrangers disent souvent que les Français sont arrogants ? Qu’en est-il de votre relation avec les députés européens français ?

Je les aime beaucoup. Par exemple je m’entends très bien avec Tokia Saïfi (UMP), membre comme moi de la commission du commerce international. Cela dit, nous ne partageons pas toujours les mêmes vues. Les députés européens français sont chaleureux, même si je n’ai pas beaucoup de sympathie pour Jean-Marie Le Pen.

Si vous n’êtes pas réélu que ferez-vous ? Vous continuerez une carrière politique à l’échelon national ?

Je ne me vois pas ailleurs qu’ici, car j’aime beaucoup mon travail de parlementaire européen. Je crois beaucoup en l’Europe, notamment dans ce contexte de crise. Maintenant, si je ne suis pas élu, je continuerai mon combat au sein de mon parti politique, dans ma région d’origine.

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« Je leur dis aux jeunes, Mc Do, c’est une bouffe de merde »

Mercredi 29 avril à 19 heures, Europe Ecologie a donné rendez-vous à l’Espace Fraternité d’Aubervilliers. Rencontre avec le candidat aux Europénnes José Bové, éternelle pipe au bec…

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En arrivant sur le lieu de rencontre, on a plus l’impression d’être dans le Berry que dans le 9-3. L’ambiance est champêtre : distribution de radis tout juste sortis de terre, femmes déguisées en légumes de toutes sortes. Parfait décor écolo pour bobos parisiens en quête de politique-nature. Mais ne boudons pas notre plaisir, l’endroit est agréable : un chapiteau façon cabaret, des tables bien disposées, une lumière tamisée, un écran géant, des gens accueillants. Très loin des atmosphères guindées des tradionnels rassemblements politiques.

Pour arriver là, il a fallu s’armer de patience… et de bonnes chaussures : le chemin n’était pas bien indiqué et les trottoirs faisaient un peu la gueule ! « Avant de vouloir refaire le monde, il faudrait peut-être refaire les trottoirs du 93 », lance Widad, en forme. « Le 9-3 refait le monde » : tel est le slogan de cette soirée organisée par Europe-Ecologie dans le cadre de sa campagne européenne.

Nous revoyons les questions que toutes les deux nous allons dégainer à José Bové. Une demi-heure plus tard, le voilà qui arrive, dynamique, pipe au bec et sac de baroudeur sur le dos. A peine entré dans le chapiteau, le paysan du Larzac est déjà accaparé par fans, militants, photographes et autres curieux qui souhaitent immortaliser le moment. Après quelques tirages de portraits et des serrages de main, José Bové nous rejoint pour l’interview.

Monsieur Bové, ça va peut-être vous paraître bizarre comme question, mais on vous voit souvent à la télévision dans de grosses actions, mais on a dû mal à savoir ce que vous faîtes dans la vie ?

(Rires) Eh bien, j’ai 55 ans et j’habite dans le sud de la France, sur le plateau du Larzac. Je suis paysan, j’élève des brebis et je fais du fromage. Cela fait plus de 35 ans que je fais ce métier et en tant que paysan, j’ai participé à la création de la Confédération paysanne, un syndicat qui défend les petits paysans et qui lutte contre l’agriculture industrielle. Depuis, on a créé un syndicat au niveau international, Via Campesina, où on défend le droit à la souveraineté alimentaire, c’est-à-dire le droit des peuples à se nourrir avec leur propre agriculture sur tous les continents. C’est une bataille que l’on mène depuis longtemps contre les multinationales qui exportent les surplus des pays riches et qui profitent de l’agriculture des pays du sud. Voilà, ce que je fais en tant que paysan et voilà un peu mon métier de paysan et mon engagement syndical.

Le monde paysan, quel rapport avec le 93 ? Vous faites un petit peu extraterrestre, ici.

Ce n’est pas la première fois que je viens dans le 93; j’y ai participé à beaucoup de rencontres, à beaucoup de rassemblements de soutien aux sans papiers, j’ai fait des interventions dans les quartiers. En 2003 par exemple, on avait été les premiers à organiser un rassemblement sur le Larzac contre la marchandisation du monde avec des mouvements des quartiers. Il y avait certes le mouvement paysan mais également des organisations sociales et des milieux associatifs des quartiers populaires pour bien montrer que c’était l’ensemble de la population qui était concernée. Nous entretenons des liens depuis des années, donc ce n’est pas un hasard si je suis là aujourd’hui.

Justement, vous comptez mobiliser un territoire très urbain alors que vous avez une image qui est rurale. Comment casser ce paradoxe ?

Ça se fait assez facilement parce que les jeunes des quartiers me connaissent et parce que j’ai participé à un certain nombre d’actions importantes qui m’ont rapproché des gens. Quand on a démonté le Mc Do de Millau, dans l’Aveyron, ça a quand même parlé à pas mal de gens. Et puis, on a fait d’autres actions, contre les OGM par exemple. Mais on a quand même une image assez marquée dans les quartiers, aussi parce que je suis allé deux fois en Palestine et qu’en 2002, j’ai participé au bouclier humain à la mouqata’a* quand le président Arafat était encerclé par les chars (israéliens, ndlr). Je crois que c’est quelque chose qui a contribué à créer du lien pour montrer qu’on n’était pas simplement sur nos batailles à nous, mais bien sur une défense des droits des peuples, quel que soit l’endroit de la planète.

Pensez vous que votre personnalité d’homme de terrain puisse être compatible avec un siège au Parlement européen, au profil plus bureaucrate ?

Pourquoi, quand on parle des parlementaires, on dit toujours « bureaucrate » ? Toutes les batailles que nous avons menées sont des batailles hyper techniques aussi ! Le problème, c’est la façon dont on en parle. J’ai commencé ma première longue bataille dans les années 70, quand nous nous sommes battus contre l’armée qui voulait nous prendre nos terres. C’était une vraie bataille de terrain. La bataille contre les OGM, c’est une bataille longue, une bataille menée avec les scientifiques, avec l’Etat. Il a fallu qu’on reçoive les gens et leur faire comprendre ce qu’il se passait. Idem pour la mondialisation, il fallait que les gens comprennent ce qui était en train de se passer. Maintenant, les gens en ont conscience, car la mondialisation, c’est ce qu’on a dans notre assiette, mais c’est aussi les fermetures de postes, de services publics, là où il y a de moins en moins de personnel. Tout ça, c’est lié à la marchandisation.

Et vous pensez qu’à Strasbourg…

Si j’ai décidé d’aller au Parlement européen, c’est parce qu’aujourd’hui il y a une véritable exigence. Il y a à la fois des crises importantes, mais ces crises nécessitent de changer radicalement la façon de voir les choses, de changer l’économie. Il y a la crise économique et sociale, celle-là tout le monde la voit, tout le monde se la prend en pleine figure, avec le chômage et tout ça. Le problème est que si on reprend l’économie comme avant et bien on ne va rien changer. On ne va pas être capable de redonner du travail aux gens et on ne leur laissera pas la possibilité de vivre mieux. Parce qu’en même temps il y a les crises écologiques avec notamment le réchauffement climatique : le mode de vie qu’on a, notre façon de consommer ne peut plus durer. On est en train de gaspiller toutes les ressources de la planète alors soit on est capable de changer maintenant pour l’avenir de nos enfants et de nos petits enfants, de construire ce monde pour les générations futures ou alors ça va être une situation catastrophique avec de plus en plus de crises. Il va falloir réinventer une nouvelle civilisation et ça, on ne peut le faire qu’au niveau de l’Europe.

En gros, plus on est nombreux pour agir, mieux c’est. D’où vos venues dans les quartiers populaires.

Oui, chacun peut s’engager dans ce combat. On vient de traverser le périf’, il est complètement bouché. Qu’est-ce que c’est que ce bazar, toutes ces bagnoles qui polluent. Ce n’est pas un mode de vie agréable. Or, c’est comme ça qu’on vit dans les quartiers. Les immeubles ont été mal construits. Tout cela a crée une situation qu’il faut transformer, et si on veut être efficace, c’est au niveau européen qu’il faut le faire.

C’est même devenu très à la mode l’écologie, et en même temps, les gens ne se sentent pas si concernés que cela, car on a l’impression que c’est une inquiétude portée, surtout, par les élites, non ?

Je connais pas mal de gens qui vivent dans les quartiers, dans l’ensemble de la périphérie et dans le 9-3, entre autres. Prends les immeubles, par exemple, ils sont chauffés à l’électricité. Il y a énormément de gaspillage, parce que les immeubles, évidemment, sont mal isolés. Du coup, tu as des grosses factures à la fin de l’année. Ce sont des immeubles qui ont été construits à la va-vite, dont personne ne se préoccupe. Personne ne s’inquiète de ce que les gens doivent payer en consommation d’électricité. Cet argent, c’est en moins pour la famille, c’est en moins pour sortir, c’est en moins pour tout. Si on décidait d’isoler les bâtiments, si on avait un autre processus pour concevoir l’habitat, eh bien on créerait de l’emploi et surtout, on réduirait les factures des habitants. Donc l’écologie, c’est un discours de tous les jours.

Pourquoi les gens n’adhèrent-ils pas plus à ce discours ? Pourquoi ne se précipitent-ils pas pour voter « Vert » ?

Mais plein de gens iront voter ! Je pense qu’il faudrait que beaucoup plus de gens des quartiers se réapproprient ce discours. Et qu’on soit capable de montrer dans les quartiers qu’il y a des alternatives possibles. Les élections, le Parlement, c’est important pour changer globalement les modèles. Mais si les gens ne changent pas les choses dans leur quotidien, ça ne sert strictement à rien.

Vous avez cette image de « casseur de Mc Do ». Sachant que c’est quand même le restaurant le plus fréquenté par les jeunes en banlieue, ne craignez-vous pas d’être peu entendu ?

Alors tout d’abord je n’ai pas cassé de Mc Do, ni saccagé un Mc Donald’s, je l’ai démonté. On a démonté un Mc Donald’s en chantier, dont la construction n’était pas achevée. C’est pour ça qu’on l’a fait, on ne voulait enlever de travail à personne. On voulait s’en prendre à un symbole parce que nous-mêmes, on avait été pris en otage. On ne voulait pas qu’en Europe, on autorise l’importation des Etats-Unis de bœuf piqué aux hormones. L’utilisation des hormones dans l’élevage, c’est dangereux, c’est cancérigène et c’est surtout interdit en Europe, donc pourquoi on accepterait d’importer de la bouffe dangereuse qu’on ne produit pas chez nous ? Et comme l’Europe a refusé d’en importer, aujourd’hui, pour nous punir, plein de produits français sont surtaxés au Etats-Unis. Par exemple, le roquefort a été surtaxé là-bas. Comme on n’a pas pu aller au tribunal pour dire qu’on n’était pas d’accord, eh bah, on a décidé de mener une action spectaculaire. On s’était dit : « Ils vont entendre parler du pays. » Et bien ça a fonctionné. Beaucoup de jeunes ont compris le sens de notre action. D’ailleurs, certains avaient trouvé une bonne formule, ils disaient : « Nous, on va plus chez Mc Do parce que ça sent  » Bové « .» Tu vois, les jeunes ont bien compris l’histoire. Et moi, je leur dis : c’est une bouffe de merde.

Propos recueillis par Nassira El Moaddem et Widad Kefti

*Mouqata’a : quartier général de l’OLP

Article paru dans le Bondy Blog : cliquez ici

Michel Barnier : « Les yeux dans les yeux, je vous dis que ce n’est pas l’islam, le problème »

Le ministre de l’agriculture et de la pêche, tête de liste UMP aux élections européennes en Ile-de-France, était de passage à Bondy. Il a rencontré l’équipe du Bondy Blog pour parler de l’élection du 7 juin et de l’épineux dossier turc.

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Le rendez-vous avec Michel Barnier est fixé à « La Chope », un café de Bondy nord. Samedi, 9 heures et quelques minutes, le ministre candidat arrive, portable contre l’oreille gauche, il serre quelques mains tout en poursuivant sa conversation au téléphone sur la grippe porcine. Il raccroche et nous demande de nous présenter ! On lui explique, vite fait, ce qu’est le Bondy Blog et il nous répond : « Je me suis toujours fait une idée des interventions politiques, donc je ne vais pas changer, on vous dit d’aller dans des émissions de variété, chacun est dans son rôle, vous voyez ce que je veux dire. » Evidemment ! Michel Barnier tient à planter le décor de suite. Il est encore sous le coup de la polémique suscitée par Rachida Dati quelques jours auparavant avec les jeunes populaires. Nous lui proposons de commencer l’interview sur la base de cette réflexion. Après tout, c’est sa réponse préméditée qui nous met en orbite. Interview.

Donc, votre idée de la politique, ce n’est pas comme Rachida Dati qui dit c’est aussi le rire ?

Ah non ! Vous pouvez être décontracté, vous pouvez rire, vous n’êtes pas obligé d’être sinistre. Franchement chacun son comportement, c’est autre chose. J’ai trouvé que la polémique à ce propos n’était pas juste, car j’ai assisté à cette réunion des Jeunes populaires. Réunion très sérieuse sur la mobilité, sur l’emploi, sur la crise, sur ce que peut apporter l’Europe. Puis à la fin, il y avait un moment un peu décalé avec un quizz, des questions réponses, un peu décontracté. C’est à ce moment-là que c’était vraiment très décontracté. Vous prenez juste ces quelques secondes-là et vous en faites une émission, ce n’est pas juste.

Est-il difficile de concilier la campagne électorale avec votre responsabilité de ministre ?

Faut bien séparer les choses, un ministre est un homme politique ou une femme politique, il a un engagement citoyen. Il a ses soirées pour faire des réunions, il n’est pas enfermé dans son cabinet. Il se trouve qu’il y a une campagne électorale qui va commencer et que je suis engagé dans celle-ci, donc il faut bien séparer les choses.

C’est un petit peu tard tout de même pour commencer une campagne électorale ?

Le Parti socialiste a commencé vendredi dernier, l’UMP a pensé qu’il fallait commencer très tôt à parler des européennes. Le 24 janvier, on a fait un conseil national à la Mutualité. Le président de la République était d’ailleurs venu, donc on l’assume, on est au milieu de la route, on est avec notre président et il n’y a pas de difficultés de ce point de vue-là. J’ai été désigné comme tête de liste avec Rachida Dati sur l’Ile-de-France. Entre le 24 janvier et maintenant, notre objectif a été de mobiliser le mouvement politique qui est le nôtre. Je pense que les autres partis ont dû faire ou auraient été bien inspirés de faire la même chose parce que c’est la clé dans une élection qui intéresse assez peu les Français. Ce qui est pour moi anormal. La clé, c’est de mobiliser les partis politiques qui sont les relais dans les institutions démocratiques. Je vous dis tout ça pour être tout à fait franc, car dans le passé, ça n’a pas toujours été le cas. Nos candidats aux européennes ont souvent fait campagne un peu seuls et cette fois-ci, on a essayé de mobiliser le parti, et à partir de cette semaine, nous entrons en campagne.

En France, la question européenne relève de la périphérie politique, c’est presque comme la question des banlieues…

Je ne ferais pas la comparaison, je ne dirais pas que c’est la banlieue. Dans une région, la banlieue est centrale, ça dépend où vous êtes. Si vous êtes à Bondy, c’est Paris qui est à côté. En revanche, je dirais qu’on a toujours fait comme si l’Europe était à côté de nous, comme si la France était à côté de l’Europe. Depuis 40 ans, le débat européen est déconnecté du débat national et c’est ça que je trouve démocratiquement anormal. Le parlement européen vote des lois qui pour 60%, sont des lois qui vont concerner et encadrer la vie nationale. Donc, on n’est pas à coté, nous avons choisi depuis 50 ans d’être dans cet ensemble européen non pas pour fusionner mais pour mutualiser, pour coordonner, pour décider, se protéger et agir ensemble. Les hommes politiques de gauche et de droite ont toujours trouvé cette situation très commode. Je veux changer cela, c’est pour ça que je veux quitter le gouvernement pour un nouveau temps d’action européen. Car je pense que c’est trop important pour qu’on se comporte longtemps comme ça.

Les gens qui habitent la banlieue ont certainement d’autres soucis que ces élections ?

Bien sûr, je peux comprendre. Depuis 40 ans, on a construit l’Europe pour les citoyens mais sans les citoyens. S’il n’y a pas d’efforts pour assumer les choix, pour expliquer, pour rendre compte, vous avez effectivement cette distance. Et depuis 15 ans, qu’est-ce qu’on a fait ? Je prends ma part de responsabilité par rapport à cette divergence entre les citoyens et le projet européen. On a répondu par des institutions, la seule réponse a été la mécanique. C’est comme si vous êtes sur une route et quand il y a un problème, bien sûr on soulève le capot, on regarde ce qui se passe, mais ce n’est pas ça qui intéresse les gens. Il faut leur expliquer pourquoi on a intérêt à être dans un ensemble européen, qui je me permets de le rappeler pour les jeunes que vous êtes, est un ensemble politique, démocratique et totalement original. Il n’y a pas ailleurs dans le monde un autre ensemble politique comme celui-là. On ne fait pas de nation européenne, on ne fait pas un peuple européen, ça n’existe pas, ce n’est pas notre idée, on est en train de mutualiser.

Le thème de la campagne de l’UMP, c’est l’Europe qui protège. L’Europe protège de quoi ?

Pour bien comprendre le sens de votre question, vous ne dites pas en même temps que l’espace européen et les pays qui le constituent doivent être totalement ouverts ? Vous ne dites pas ça, n’est-ce pas ? On peut avoir une vision plus ou moins libérale, ouverte de la question de l’immigration, j’ai rarement entendu, même des gens gauche, dire qu’il ne faut pas de politique d’immigration, qu’on laisse tout ouvert et que tout ceux qui veulent venir en Europe peuvent venir. Je pense que c’est un progrès important qu’à accompli Brice Hortefeux quand il était ministre de l’immigration, que d’avoir mis en place un pacte européen qui permet une politique commune de l’immigration et d’éviter le chacun pour soi, le chacun chez soi. Et en même temps, ce pacte comprend le respect des droits de l’homme, la maîtrise de l’immigration, le partenariat avec les pays d’où partent les personnes immigrées et l’intransigeance totale contre les trafics d’hommes, de femmes et d’enfants. Voilà ce que constitue le pacte pour l’immigration. Donc oui, nous voulons une politique commune en matière d’asile et d’immigration, de réfugiés et je pense que, dans le monde d’aujourd’hui qui est très instable et très ouvert, c’est une chance que de pouvoir bâtir cette politique commune au niveau européen. Je ne mettrais pas ce sujet dans le thème de la protection.

Vous y mettez quoi dans ce cas ?

J’y mettrais la lutte contre le réchauffement climatique, la défense européenne, la lutte contre l’importation de produits qui ne respectent pas les normes sanitaires. Par exemple, la mélanine chinoise ou l’huile frelatée qui vient d’Ukraine, des contrôles aux frontières sur la sécurité sanitaire des produits. J’y mets aussi la lutte contre les grandes pandémies dans cette proposition. Comment on lutte contre ces pandémies ? C’est un problème très important dans les quartiers qui ont des difficultés et des problèmes de santé publique car on voit revenir des maladies telles que la tuberculose. Ces maladies ne connaissent pas les frontières, les pathogènes émergents qui touchent les végétaux, les animaux, et parfois les hommes, vous ne pouvez pas vous protéger contre tout cela tout seul.

Les jeunes aspirent à bouger. Que peut-on dire à ces jeunes sur leur avenir européen et leur mobilité ?

Le fait de bouger est très important. Les jeunes considèrent que l’espace européen est le leur et que les frontières n’ont pas la même pesanteur que celle qu’elles avaient pour moi ou pour mes parents. Dans le marché intérieur, par la reconnaissance des diplômes, on est en train de supprimer tout ce qui s’apparente à des freins à la mobilité. Des jeunes qui font des études de notaire, des études d’avocat ou encore de vétérinaires auront des équivalences de diplômes. Voilà un premier frein à la mobilité qui est supprimé. Il en va de même pour les entreprises : avoir des statuts communs pour faciliter la création d’entreprises; pour les services ou autres domaines qui peuvent être créés dans plusieurs pays. On va travailler sur l’idée d’un ticket ou d’une carte navigo qui soit valable dans toute l’Europe. C’est un autre exemple concret que le fait de pouvoir utiliser le même ticket pour être dans le métro d’Amsterdam ou le train entre Bruxelles et Paris ou le RER et le métro ici.

A la lecture de vos réactions dans la presse, on perçoit un virage à 180° de votre position sur l’adhésion de la Turquie. Hier, c’était une chance, aujourd’hui c’est un risque…

Je suis très ému par l’attention que vous portez à mes propos. Je les j’assume, mais je n’ai pas parlé de risque. Je n’ai jamais dit que l’adhésion serait un risque. Ce mot n’est pas utilisé dans ce contexte-là, je l’ai utilisé dans un contexte de basculement de la Turquie dans un autre modèle pour être précis. Reprenons la chronologie de tout ça : en 2004/2005, je suis ministre des affaires étrangères de la France et c’est à ce moment-là que se pose sérieusement la question de l’adhésion de la Turquie à l’UE. Cette question arrive après un long processus qui a commencé en 1963. La Turquie était alors le premier pays avec lequel de grands responsables politiques comme De gaulle et Adenauer avaient accepté un accord d’association. Je maintiens cette idée que la Turquie doit choisir le modèle laïc et démocratique qui est celui de l’Union européenne. Il s’est passé un évènement qui a été déterminant pour me faire évoluer dans mon opinion : c’est le référendum en 2005. Les français ont eu l’impression que l’Europe n’avait pas de frontières, pas de limites et bien sûr la question de l’adhésion de la Turquie s’est invitée dans ce débat.

La question qui était posée, c’était une question sur le projet de constitution et non pas sur une extension géographique de l’Union Européenne.

Je vous dis en tant que responsable politique comment j’analyse l’échec du référendum. Je considère que l’une des raisons du vote négatif exploité par des gens de droite et de gauche, était que ce projet n’avait pas de limites et pas de frontières. On va perdre notre identité, on va se noyer dans le monde, pensait-on. Et la question turque est alors au milieu de tout ça. Je vais être franc avec vous : mon pays, qui est un des pays fondateurs de l’UE, a un rôle majeur à jouer non pas pour donner des leçons aux autres mais pour construire l’Europe politique qui est bien différente pour moi d’une zone de libre échange et d’un super marché. L’Europe doit être une puissance politique et non pas un supermarché. De ce point de vue-là, la France doit se mettre toujours de côté et voter non, se mettre en marge parce qu’on n’a pas tranché cette question de la fuite en avant.

Pourtant, 2005, c’est un an après l’élargissement aux pays de l’est, donc c’était quand même déjà 10 pays qui étaient entrés dans l’UE.

12 pays qui sont en Europe, clairement sur le continent européen, et qui ont vocation à faire partie d’un projet continental. La Turquie n’est pas en Europe, elle est en partie sur le continent européen et l’autre partie en Asie. Donc, clairement, mon opinion a évolué en raison du vote négatif des Français. J’ai décidé de soutenir l’idée que le projet européen qui est un projet continental doit rester dans des frontières continentales, sinon un peuple comme le notre risque de continuer à se mettre en marge et moi je n’hésite pas. D’autre part, je préfère que la Turquie soit dans une démarche de rapprochement avec l’Europe sous la forme d’un partenariat pour avoir accès à l’essentiel de nos politiques mais pas de nos institutions pour garder ce rôle de pays charnière et relais entre deux continents.

Est-ce que ce n’est pas l’islam qui pose problème ?

Ce n’est à aucun moment mon sentiment, d’ailleurs je me permets de rappeler qu’il y aura dans l’UE des pays musulmans comme l’Albanie, la Bosnie qui sont clairement en Europe. Ces pays, dont la majorité des citoyens sont de confession musulmane, vont entrer un jour dans l’UE. Les yeux dans les yeux, je vous dis que ce n’est pas la religion le problème. Le problème, c’est celui de faire entrer dans l’UE un pays qui n’est pas sur le continent européen, qui est un très grand pays et d’encourager ce sentiment d’une Europe qui n’a pas de frontières et pas de limites. Je suis partisan de continuer à dialoguer avec la Turquie, de se rapprocher d’elle.

Chypre a été acceptée dans l’UE. Considérez-vous que Chypre est en Europe continentale ?

Chypre est une île partagée encore et qui est là avec une situation insulaire, donc je ne crois pas qu’on puisse comparer la situation d’une petite ile proche de la Grèce avec l’immense pays proche du Moyen-Orient.

L’opinion publique est composée, aussi, de gens issus de l’immigration sensibles à cette question de la place de l’islam, du rapport avec les pays méditerranéens, de l’adhésion de la Turquie

Ces jeunes issus de l’immigration sont français, donc voilà pourquoi je les encourage à soutenir Nicolas Sarkozy, car il est le premier chef d’Etat français à avoir proposé pour la Méditerranée un vrai projet et qu’il y tient beaucoup. Le projet d’Union Pour la Méditerranée constitue un espace commun de projets et de destins avec l’ensemble des peuples de la Méditerranée d’où sont originaires beaucoup de parents de ces jeunes dont vous parlez. Dans tous les domaines de la vie, agriculture et développement durable, économie, recherche.

L’Union Européenne n’a pas attendu Nicolas Sarkozy pour construire ce partenariat ?

Je suis un progressiste, mon origine politique c’est le gaullisme social, je me suis engagé en politique suite à la poignée de main entre De Gaulle et Adenauer.

Sans doute que certains jeunes des quartiers s’engageront en politique le jour où Nicolas Sarkozy serrera la main d’Erdogan pour parapher l’adhésion de la Turquie ?

Ne mélangeons pas tout, nous pensons que c’est de l’intérêt commun d’encourager le dialogue avec la Turquie vers un partenariat qui peut être très important, presque singulier où tout le monde peut gagner. L’important ce sont les faits et non les discours.

Vous avez abordé la question d’une identité européenne. C’est quoi concrètement une identité européenne ?

C’est probablement d’être sur le même continent.

La Turquie est sur le même continent pour tout ce qui est événements culturels. Elle participe à l’Eurovision, à la coupe d’Europe, aux élections de miss Europe.

Je ne vais pas vous apporter une réponse qui vous satisfera, je pense qu’il faut fixer des limites politiques et des frontières géographiques au modèle européen, sinon le sentiment d’une fuite en avant, d’un projet qui n’a pas de sens qui va trop vite l’emportera. Les peuples voteront non et le projet s’arrêtera. Et je vous dis ma conviction que si le projet européen s’arrête et qu’il se détricote, ce sera le retour pour tout le monde du nationalisme et du repli populiste. L’Europe est à une croisée des chemins, à un moment de vérité. Ou bien pendant cette crise on se dit qu’on s’en sortira mieux ensemble par de nouvelles politiques communes pour l’industrie, pour la recherche, pour l’énergie ou l’agriculture, et on met un toit politique, une politique étrangère au-dessus de tout ça pour participer à un nouvel ordre mondial plus juste. Ou bien le projet se détricote comme le souhaitent certains pour n’être qu’une zone de libre échange, un supermarché et c’est le retour du nationalisme et du populisme.

On agite ce spectre du supermarché, de la vision anglo-saxonne, pourtant l’Europe s’est construite sur l’entente entre les peuples, sur la paix.

Je fais observer que les pères fondateurs du projet européen étaient des hommes politiques audacieux. C’est pourquoi il ne faut pas désespérer de la politique. De Gaulle disait « il ne faut pas que l’Europe broie les peuples comme dans une purée de marrons ». Les gens ont besoin de garder leur identité nationale, leur langue, leur culture, leurs différences, moi depuis le référendum j’ai été très en alerte.

Votre ambition ce n’est pas de redevenir commissaire européen ?

Non, j’ai pris l’engagement dans les 5 ans qui viennent d’être dans l’action européenne. La seule chose dont il est question pour moi maintenant c’est d’être au parlement européen et pour le reste ça ne dépend pas de moi

Que pensez vous des personnes qui cumulent les mandats comme par exemple madame Dati qui est aussi conseillère de Paris, maire, ministre ?

Je ne me prononce pas sur tel ou tel candidat. La loi française est ce qu’elle est, mais à titre personnel, je suis favorable à l’interdiction du cumul. On peut être parlementaire national ou européen et avoir un mandat d’adjoint ou de conseiller général. Je pense qu’on devrait dans ce pays faire un progrès supplémentaire en limitant le cumul d’exécutif.

Les eurodéputés français sont-ils de bons élèves au parlement européen ?

Ça dépend desquels, vous avez deux cas classés parmi les meilleurs, Joseph Dole ou Françoise Grossetête . La réalité, c’est qu’il n’y a pas de cumul dans les autres pays, donc les députés sont probablement plus présents. La première bataille que je veux gagner, c’est la bataille de l’abstention, qu’on vote pour qui on veut mais qu’on vote le 7 juin prochain. C’est pas possible que 60% des citoyens ne votent pas aux élections européennes alors que le rôle du député européen est au moins aussi important que le rôle du député français.

Widad Kefti, Sandrine Roginsky, Nassira El Moaddem, Mehdi Meklat, Badrou Said Abdallah, Nordine Nabili

L’interview est parue dans le Bondy Blog : cliquez ici.

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