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« Un prophète » coup de poing dans la gueule

Le film de Jacques Audiard, mercredi en salles, est une œuvre magistrale, servie avec brio par Niels Arestrup en parrain corse et Tahar Rahim en jeune détenu jouant sa survie.

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Au cinéma de Rosny (93), jeudi 20 août, la longueur de la queue pour l’avant-première du film de Jacques Audiard, « Un prophète », est impressionnante. Les futurs spectateurs tentent d’imaginer le dénouement du film, curieux de découvrir un long-métrage qui a fait beaucoup parler de lui au dernier Festival de Cannes. Les cinéphiles échangent entre eux leurs impressions sur les dernières oeuvres du réalisateur, quelques autres passent au crible la bande-annonce alléchante du film. Des jeunes filles s’impatientent de voir à l’écran le jeune Tahar Rahim, propulsé au rang de star montante du cinéma français. L’attente est longue, les impatients s’empressent de s’engouffrer dans la grande salle à l’ouverture des portes. Cette fois, tout le monde a pris place, le film commence, silence quasi religieux.

En en sortant 2h29 plus tard, c’est le coup de poing. Le film de Jacques Audiard vous fait valser en deux temps trois mouvements, c’est un couteau à la lame plus qu’aiguisée, une grosse claque en pleine face. Une œuvre inoubliable. « Un prophète » raconte l’histoire de Malik (étonnant Tahar Rahim), 19 ans, SDF illettré qui est incarcéré à la Centrale pour avoir agressé un flic. Six ans à tirer derrière les barreaux d’une prison sale, délabrée, où le clan des Corses fait sa loi, avec la complicité de l’administration pénitentiaire.

Malik n’est pas un grand caïd, tout juste un petit malfrat qui croit, au départ, pouvoir « faire son temps » en restant discret et en longeant les murs. Les Corses voient en lui le larbin de service, l’Arabe qui leur permettra de glaner des infos auprès de l’autre clan de la prison, les « barbus », autrement dit les Arabes, de plus en plus nombreux à la Centrale. Le leader des Corses, César Luciani (magistral Niels Arestrup), va très vite voir en Malik un atout considérable, exigeant de lui à son arrivée dans la prison, une mission délicate : tuer Reyeb, un détenu. Le personnage de Reyeb hantera bientôt Malik conversant avec lui seul dans sa cellule comme avec un fantôme bienveillant.

De ce crime accompli sur commande, Malik gagnera un certain respect de la part des Corses. Un certain, seulement, car Malik est un Arabe, celui qui normalement appartient au clan adverse. Il entre certes dans leur tribu mais reste assigné aux tâches ingrates tout en réussissant peu à peu à bénéficier de quelques passe-droits et de leur protection. Malik ne rechigne pas : il obéit au doigt et à l’œil comme un fils redevable obéit à sa famille.

Petit à petit, il s’imprègne des codes de la Centrale, crée son réseau en surfant entre Arabes et Corses, fait son business. Il grandit, gagne en assurance tout en précisant en permanence ne rouler que pour sa bosse : « Moi j’travaille pour ma gueule », lance-t-il en permanence. César Luciani, son mentor, n’hésite d’ailleurs pas, dans une scène brillante, à lui rappeler qui lui doit sa survie en prison : « Si tu bouffes c’est à cause de moi. Si tu rêves, si tu penses, si tu vis, c’est à cause de moi. »

Malik qui, opportuniste, picore un peu partout pour faire son trou, réussit par une intelligence parfaitement mise en scène à s’en sortir par lui-même. La prison lui va à merveille. Sans elle, il ne serait rien. C’est grâce à elle qu’il prend du relief, se fait respecter et développe les capacités intellectuelles qu’il n’a pas su créer dehors. D’une personne banale, à côté de laquelle on passerait sans s’arrêter, il devient celui qui donne l’air de se jouer de tout, tout en calculant sa propre survie. Malik est un antihéros dont on ignore tout du passé : sans relief au départ, il devient au fur et à mesure le pilier de ceux qu’il sert, essentiel à leur vie sans donner l’impression de compter.

Tahar Rahim, l’acteur, « tue » à l’écran. Présent dans toutes les séquences du film, il brille par son interprétation : tantôt naïf, tantôt violent, tantôt rêveur. Les dialogues de Jacques Audiard sont d’une portée époustouflante ; tous les mots sont bien placés et pesés et on se dit que certains d’entre eux resteront dans les mémoires. Jouant sur les genres, Jacques Audiard réussit dans cette bouleversante histoire, à nous faire voyager dans les méandres de la vie carcérale de Malik. Le rythme est intense, fougueux, oppressant. 2h30 de film que l’on voit passer à la vitesse de l’éclair. Et à la fin, on en redemande encore.

Nassira El Moaddem

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Neuilly sa mère !

Bonne nouvelle : un Arabe qui débarque dans le Sarkoland n’est pas forcément fils de diplomate ou racketteur de la cité de Bobigny.

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Sa mère ayant été recrutée sur un navire de croisière pour une longue durée, Sami, adolescent de 14 ans environ, 1 mètre 30, originaire du 7-1, entendez Châlons-sur-Saône, est envoyé un an chez sa tante maternelle. Jusqu’ici, rien de spécial. Sauf que la tante en question, n’est pas la tata rebeu traditionnelle. Pas de tribu de huit personnes coincées dans un F3, pas de cité HLM délabrée, pas d’épicerie halal dans le quartier. Nous sommes en banlieue parisienne, certes, mais à Neuilly-sur-Seine, où Djamila, la tante, mariée à un aristo, vit dans un hôtel particulier.

C’est là que, dans le film de Gabriel Julien-Laferrière, d’après une histoire de Djamel Bensalah, le jeune Sami va devoir passer une année entière. Pas de collège classé ZEP mais une scolarité dans un établissement privé où on fait classe dans des salles arborant des crucifix et où la flûte des cours de musique de l’école publique est remplacée par un large choix d’instruments de musique de chambre, tous plus chers les uns que les autres.

C’est dans ce monde blondinet et sarkozien que Sami va évoluer. A la maison, comme au collège, il partage le quotidien de son cousin, Charles de Chazelle, premier de la classe, polo Lacoste délicatement posé sur chemise Ralph Lauren parfaitement repassée. Fan de politique, Charles ne rêve que d’une chose : devenir président de la république en passant par la case « délégué de classe populaire ».

Dans sa chambre, les posters de Nicolas Sarkozy, Rachida Dati et Jacques Chirac côtoient les affiches UMP. Sa hantise : être un looser, « un Balladur », précise-t-il. Ses hobbys : jogging en Ray Ban clinquantes et tennis au club de la ville le dimanche. Avec sa sœur, c’est l’électricité en permanence. Caroline est l’archétype de la jeune Parisienne bobo, qui au sein de la famille, rappelle en permanence les combats de la société : la pauvreté, l’écologie, le respect des droits de l’homme. Lorsqu’elle annonce vouloir épouser un des jardiniers chinois de la maison, passé par la case Algérie, son frère Charles ne lui manque pas de rappeler que les Chinois du Maghreb ne sont autres que d’anciens prisonniers dont se débarrasse la Chine. « C’est dans « Le Pen Hebdo » que tu as lui cela ? » lui lance, énervée, sa sœur. Et Charles de lui lancer, tout fier de sa réponse : « Non. Dans « Libé » ! »

Le film emprunte largement à des phrases désormais célèbres de Nicolas Sarkozy – du « casse-toi pov’con » à « la France tu l’aimes ou tu la quittes » – revisitées. Sans tomber dans le trop plein d’allusion à la France sarkozyenne, la sauce prend bien. Les trois caïds du collège, rappeurs et blonds, qui vont en faire baver à Sami pour la vedette qu’il leur a volée, ressemblent trait pour trait à Jean Sarkozy. Les adolescents, notamment Sami, Charles et Caroline, tiennent parfaitement leur rôle.

Le film n’est pas un chef d’œuvre, mais là n’est sans doute pas sa prétention. Il a le mérite de tenter de faire tomber le masque, tout en humour, à quelques préjugés: non, un Arabe qui débarque à Neuilly n’est pas forcément fils de diplomate ou un racketteur de la cité de Bobigny. Non, un « Arabe de banlieue » ça ne veut pas dire seulement venir du 9-3 mais ça peut vouloir dire aussi venir d’une cité de province. On peut s’appeler Sami Benboudaoud et aimer les blondes aux yeux bleus. Et oui, on peut être arabe et détester Zinedine Zidane pour des souvenirs malheureux qu’il nous rappelle. Allez voir le film, vous passerez un bon moment.

Nassira El Moaddem

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« Making of » du terrorisme islamique

Projeté à Paris dans le cadre du « Maghreb des films », le long-métrage du Tunisien Nouri Bouzid montre la transformation d’un jeune en djihadiste.

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« Les 3 Luxembourg », rue Monsieur Le Prince, dans le 6e à Paris. Le soir. L’équipe règle les derniers problèmes techniques. Une trentaine de spectateurs s’impatientent devant le guichet. Dehors, les fumeurs écrasent leur mégot avant de rejoindre le cinéma. La bobine du film est prête à être déroulée. Les cinéphiles prennent place dans la salle aux fauteuils de velours bleu. Silence ! « Making-of », long-métrage projeté à l’occasion de cette première édition du « Maghreb des Films » est signé du réalisateur tunisien Nouri Bouzid.

Son film, primé d’un Tanit d’or aux Journées cinématographiques de Carthage, se veut engagé. L’histoire se passe à Tunis en 2003, durant l’invasion militaire de l’Iraq par les Etats-Unis. Avec sa bande de copains, Bahta, jeune homme fougueux et insouciant, met l’ambiance dans les rues de la ville, à coups de graffitis et de vibrations hip-hop. Sanguin et sans limite, Bahta est animé par trois choses : la danse, le rêve de partir en Europe et Souad, sa petite amie.

Amusant la galerie de ses aventures quotidiennes, il est en permanence dans le collimateur de la police locale : vol en tous genres, règlements de comptes, petits trafics… Son désir de « brûler la mer » s’oppose au renforcement des mesures anti-clandestins prises en Europe et à la peur suscitée par l’islam après les attentats du 11 Septembre. Dans les cafés de la ville, la population s’émeut du sort de Bagdad, tombé aux mains des Américains. Bahta, lui, refuse de jouer au spectateur et se rebelle contre une société qu’il juge lâche parce qu’elle ne se révolte pas.

« Moi je suis un homme », crie-t-il dans les rues de la capitale. Mais c’est surtout contre une société qui ne lui donne pas sa chance, contre un futur sans horizon qu’il s’élève. Et comme un affront à l’autorité qu’il ne supporte pas, Bahta va revêtir quelques instants l’uniforme de son cousin policier. Ainsi accoutré, il se donne en spectacle dans un café, se moque des institutions. Bahta, artiste dans l’âme, a besoin de l’attention des autres.

L’absence d’horizon, l’impossibilité de réaliser ses rêves le mènent, lentement, dans les bras d’un petit groupe d’islamistes, qui repèrent chez Bahta témérité et désespoir. Le chef du groupe, un marbrier, le prend sous son aile, remplaçant un père absent, avec qui Bahta ne communique pas. Le chef lui transmet le goût de son art, le considère comme son propre fils. Bahta, malgré les doutes qui le taraudent, est progressivement transformé en petit soldat de l’intégrisme et de la terreur. Au point qu’il fait mal à ceux qu’il aime. Pour autant, il ne croit pas vraiment en ses actes ni dans les messages proférés par les islamistes.

Le film, c’est un plus, ne baigne pas dans la nostalgie arabe, travers que l’on retrouve dans bon nombre de films maghrébins contemporains. Cette scène où l’on voit les Tunisois s’émouvoir, assis sur leur chaise, du sort réservé à Bagdad, est une façon de dénoncer la sempiternelle lamentation des Arabes, prisonniers d’une idéologie nationaliste dépassée. Ce long-métrage a le mérite de prendre à bras-le-corps des thèmes majeurs des sociétés maghrébines : la soif d’immigration des jeunes, la place de la religion, la femme, la violence… Le rythme du film est à l’image du développement psychologique de Bahta : rapide au début, plus lent par la suite, lorsque le personnage principal, désespéré, entre en contact avec les islamistes.

Le jeu des acteurs est puissant et fin. Lotfi Abdelli, sacré meilleur acteur aux JCC de Carthage, campe remarquablement Bahta. On regrette pourtant de ne pas en savoir plus sur les personnalités des islamistes, qui restent prisonniers d’une image un peu trop stéréotypée. Ainsi ce danseur choisi pour cible par les islamistes, installe le film dans une opposition réductrice entre, d’une part, la modernité et la liberté du danseur et, de l’autre, la tradition et l’obscurantisme de l’islamiste.

L’une des originalités du film réside dans les trois interruptions, volontaires et de quelques minutes, où le réalisateur et l’acteur, et non pas le personnage de Batha, s’interrogent, et s’engueulent, sur la religion et l’islamisme. Le débat au terme de la projection est intense comme les thèmes traités dans le film. Marianne, une spectatrice interrogée à la sortie du cinéma, confie ses impressions : « J’ai beaucoup aimé. C’est vrai qu’il y a beaucoup de films qui traitent de l’islamisme, du terrorisme, mais là, on nous donne des clés pour comprendre. C’est un sujet que je connais. Ça me donne envie de pleurer, de crier. C’est un film qui, certes, joue sur l’émotion mais qui, en même temps, invite à réfléchir à toutes ces questions. »

Nassira El Moaddem

(Photo : Devant le cinéma « Les 3 Luxembourg », le soir de la projection de « Making of »/Nassira El Moaddem)

Article paru sur le Bondy Blog : cliquez ici

Le cinéma et la lutte armée

Polémique . Y aurait-il une nostalgie de l’extrême gauche armée au cinéma ? En 2003, Nos meilleures années, de Marco Tullio Giordana, évoque par son titre la disparition de l’Italie contestataire des années 1970. La même année, Marco Bellochio s’attache à filmer l’enlèvement et la mort d’Aldo Moro dans son très réussi Bongiorno Notte. Certains de ces films provoquent la polémique, comme le documentaire le Soleil de l’avenir, de Gianfranco Pannone, sorti en 2008, et qui, quarante ans après la création des Brigades rouges, réunit les fondateurs du mouvement et leur laisse la parole, oscillant entre désir de mémoire et nostalgie des années de plomb. Le ministre de la Culture italien, Sandro Boni, n’a pas hésité à dénoncer « une reconstruction donnant uniquement la parole aux protagonistes d’une idéologie criminelle ». Récemment, la Bande à Baader, grosse production allemande d’Uli Edel, revient sur les actions de la Fraction armée rouge d’outre-Rhin.

Enfin, ce mercredi , Hunger, de Steve McQueen, caméra d’or à Cannes en 2008, décrit l’agonie de Bobby Sands et de ses dix compagnons, tous membres de l’IRA, dans les prisons de Mme Thatcher. Même le film de Jean-François Richet, Mesrine, dans une certaine mesure peut être rapproché de cette tendance cinématographique, notamment sur la question du combat mené par le personnage en prison contre les quartiers de haute sécurité.

On peut voir dans ces oeuvres une certaine nostalgie, une fascination à l’égard des mouvements politiques révolutionnaires. Au-delà, elles interrogent le sens et les limites d’un tel engagement, tout en contribuant au travail de mémoire. Selon leurs détracteurs, ce cinéma idéalise des criminels, tandis que leurs défenseurs y voient le rappel d’une époque où l’engagement idéologique façonnait les hommes. Reste que, contrairement à l’Italie ou à l’Allemagne, en France aucun film n’a été réalisé sur le groupe Action directe.

 Nassira El Moaddem et Maxime Cambien

Publié dans l’édition du lundi 24 novembre 2008 du journal l’Humanité et disponible sur le site internet du quotidien à l’adresse  http://www.humanite.fr/2008-11-24_Cultures_Le-cinema-et-la-lutte-armee

Le cinéma kurde s’invite à Paris

Festival . Pour sa deuxième édition (du 19 au 25 novembre), le cinéma kurde de la capitale propose une programmation variée et met en avant de jeunes cinéastes.

La relève du célèbre cinéaste turc d’origine kurde Yilmaz Güney, est assurée. Celui qui avait obtenu la palme d’or à Cannes en 1982 pour Yol peut reposer en paix. Le Festival du cinéma kurde de Paris entend pour sa deuxième édition mettre à l’honneur la jeune génération des cinéastes kurdes du monde entier. Pour Ali Gül Dönmez, directeur artistique du festival et réalisateur, la création de cette rencontre annuelle se veut être « un lieu d’échanges entre – les réalisateurs de la diaspora en Europe » et d’ailleurs, puisque défilent des oeuvres de cinéastes kurdes de Turquie, d’Irak, d’Iran, de Syrie… « Notre festival est un rendez-vous interculturel : on programme des films réalisés par des Kurdes mais également par des non-Kurdes qui évoquent la question kurde », rappelle Ali Gül Dönmez. Créée en 2006, l’association du Collectif des cinéastes et des artistes kurdes (Cocdark), qu’il préside, a pour principale activité l’organisation de ce festival. Doté de peu de moyens financiers, le festival, malgré sa qualité et sa richesse artistiques, reste encore confidentiel.

« Filmer sa propre histoire »

Yilmaz Güney parlait de la création comme forme de libération des hommes et de résistance. Le festival hérite de cet engagement politique de celui qui, encore aujourd’hui, inspire des générations entières de réalisateurs de culture kurde. « Notre festival est en quelque sorte un combat. Le cinéma kurde est jeune. Désormais, la technologie permet aux cinéastes kurdes de filmer leur propre histoire. Avant, c’était les autres qui racontaient l’histoire des Kurdes. » Une manière de transmettre leur – mémoire pour des artistes installés pour la plupart à l’étranger. Dans le droit fil des festivals du cinéma kurde de Londres et de Berlin, celui de Paris se veut être un vecteur de la diffusion de l’histoire et de la culture kurdes en France. « Paradoxalement, précise M. Dönmez, le public est majoritairement français. Les Kurdes de Paris, des travailleurs du bâtiment pour la plupart, et donc épuisés par leur travail, n’ont pas accès au festival. Ils ne sont pas habitués à ce genre d’activités culturelles. Ils peuvent arrêter le travail pour une manifestation, pas pour le cinéma », se désole M. Dönmez.

L’association Cocdark se réjouit malgré tout des contacts qu’elle noue actuellement avec des associations en France intéressées par la programmation des films kurdes en province. À l’étranger, d’autres initiatives en collaboration avec le Cocdark pourraient voir le jour, notamment en Pologne et en Irak, où le centre culturel franco-kurde à Erbil, ville à majorité kurde, envisage de développer des projets culturels en partenariat avec l’association. Des propositions qui prouvent l’intérêt, en France et ailleurs, pour la culture kurde.

                                                                                                                                                                       Nassira El Moaddem

Publié dans l’édition du lundi 24 novembre du journal l’Humanité et sur le site internet du quotidien à l’adresse http://www.humanite.fr/2008-11-24_Cultures_Le-cinema-kurde-s-invite-a-Paris 

 

A Damas aussi il y a de la culture!

L’actualité syrienne relayée par les grands médias français s’est beaucoup focalisée sur les attentats qui ont frappé ces derniers mois le pays.
photosanstitre1.jpgAinsi, l’attaque américaine à la frontière syro-irakienne et qui aurait fait, selon les autorités syriennes, huit victimes, a été reprise dans nombre de chaînes et de sites d’actualités. L’information est importante, certes, mais peu se font l’écho d’un évènement majeur pour l’ actualité damascène.

En effet, du 1er au 11 novembre s’y tient, la 16ème édition du festival du cinéma donnant à la capitale syrienne, le temps d’une dizaine de jours, des allures de rendez-vous cinématographique international. Stars du 7ème art répondront présent durant le festival. Sont ainsi attendus, la française Catherine Deneuve, l’américain Richard Harrison, l’italienne Claudia Cardinale et l’actrice nationale Soulaf Fawakhirji, célèbre pour son rôle de la diva Asmahane dans la série télévisée du même nom.

23 long-métrages seront en compétition dont le dernier film du réalisateur turc Nuri Bilge Ceylan, « Les trois singes » déjà primé par la palme de la mise en scène au dernier festival de Cannes. Trois prix seront décernés: celui du long-métrage, du meilleur film arabe et du meilleur court-métrage.

Le réalisateur français, Yves Boisset, présidera le jury du festival, accompagné du président du festival de Munich, Andreas Strohl, du réalisateur syrien Bassel al-Khatib, des actrices espagnole Esther Ortega, libanaise Carmen Lebbos et égyptienne Dalia Al-Bouhaïri. Un hommage sera également rendu au réalisateur égyptien Youssef Chahine, décédé en juillet dernier et à la célèbre chanteuse libanaise Fayrouz.

La Syrie sera représentée par deux long-métrages dont le dernier film d’Abddel-Latif Abdel-Hamid « Jours d’ennui ».

Nassira El Moaddem

Photo : Femme dans la foule à la sortie du souk de Hamedieh, sous les ruines du temple de Jupiter, Damas. Nassira El Moaddem

A Saint Sébastien, un « coquillage d’or » pour une réalisatrice turque

La 56ème édition du Festival de Saint-Sébastien, au pays basque espagnol, a récompensé la jeune réalisatrice turque, Yesim Ustaoglu, pour son film « La boîte de Pandore ». Le film aborde audacieusement le difficile thème de la maladie d’Alzheimer à travers le regard d’une grand-mère qui, souffrant de cette pathologie, disparaît du jour au lendemain sur la côte ouest de la mer noire. Ses trois fils, habitant Istanbul, alertés, partent hâtivement à sa recherche. Le long-métrage centre la réflexion autour des crispations et des tensions que la maladie engendre au sein d’une famille. La rencontre entre la grand-mère et son petit-fils rappelle aux spectateurs la lucidité de l’aïeule malgré les ravages de la maladie.

« La boîte de Pandore » est le quatrième film de cette réalisatrice. Elle avait déjà brillé lors du Festival de Berlin en 1999 avec « Aller vers le soleil, une histoire d’amitié » qui a obtenu « le prix de la Paix » et « le prix de l’Ange Bleu » du meilleur film européen. Idem au Festival d’Istanbul où ce film a décroché pas moins de quatre prix dont ceux du meilleur film et de la meilleure réalisatrice.

Nassira El Moaddem

« Be happy » : comédie fraîche et déjantée de la rentrée

Le cinéaste Mike Leigh s’est voulu optimiste dans son nouveau film « Be happy » (titre original : « Happy-go-lucky ») à l’affiche depuis le 27 août. Poppy (Sally Hawkins), le personnage principal de ce long-métrage, est une jeune institutrice d’à peine 30 ans, célibataire, à l’humour décalé et pour qui la vie est une éternelle pièce de théâtre. Rien d’étonnant quand on jette un coup d’oeil au travail de Mike Leigh célèbre pour ses nombreuses mises en scène sur les planches anglaises.

133102629.jpg Espiègle, résolument tournée vers l’avenir, Poppy est l’amie, la voisine ou la soeur que tout le monde rêve d’avoir : de bons conseils, dotée toujours de bonnes intentions, attentive à ce qui se passe autour d’elle. On la voit s’agiter telle une marionnette dans les rues de Londres, vêtue de robes loufoques aux couleurs flashies et de collants aux motifs improbables en selle sur sa bicyclette « so british » qu’elle considère comme « irremplaçable » lorsqu’elle se la fait dérober. Prête à toutes les aventures inattendues, Poppy est une sempiternelle optimiste persuadée qu’elle mourra en riant. Son humour est enfantin tout comme ses mimiques, ses grimaces et ses interventions en forme d’onomatopées de bandes-dessinée. Ses hobbys : le trampoline et nicher dans les étalages des ventes et vide-greniers »second-hand ». Curieuse, elle se laisse volontiers guider par une collègue à des cours de flamenco. Poppy ne fait rien comme tout le monde: surtout pas comme sa soeur Helen (Caroline Martin) au ventre déjà bien rond, jeune épouse bien rangée vivant dans un lotissement propre et guindé au bord de la mer. Ni comme sa petite soeur Suzy (Kate O’Flynn) qui se laisse aller mais pour qui elle porte une grande affection.

Poppy est aussi l’institutrice parfaite que l’on a tous rêvée d’avoir : elle laisse ses élèves volontiers crier de plus belle dans la salle de classe et leur fait faire des activités où l’on trempe la main dans la peinture et où l’on se met debout à tenter de voler et de crier comme les oiseaux. Très attachée à son métier, elle observe ses élèves comme ses propres enfants, mère improvisée quand l’un de ses « bambins » violent en cour de récréation, s’avère être battu par son beau-père.

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Poppy, comme sa colocataire Zoé (Alexis Zegerman) rêve du grand amour, sans pourtant s’enfermer dans une quête absolue du prince charmant. Elle aime les pubs et les soirées entre fille. Dans toutes les situations, elle est celle que l’on voit, que l’on remarque, que l’on observe. Elle attire toute l’attention. Pas uniquement grâce à ses vêtements colorés. La relation qui la liera à Scott (Eddie Marsan), son moniteur d’auto-école, personnage frustré et sans cesse en colère, et la rencontre qu’elle fait avec un clochard bégayeux l’interrogeront d’ailleurs sur les effets de son attitude. Mike Leigh offre derrière les apparences d’une comédie déjantée et légère une réflexion sur le vivre-ensemble et les conséquences sur autrui de nos personnalités, de nos actes, de nos façons d’agir en société. Poppy sous ses airs enfantins et naïfs ne fait-elle que du bien autour d’elle? Ne bouscule-t-elle pas la vie de certaines personnes qu’elle côtoie ? A vouloir les rendre heureux, à chercher à distiller un peu de bonheur et de sourire dans la vie de chacun, ne leur rappelle-t-elle pas leur destin et leur solitude inexorable?

La réflexion apportée par Mike Leigh sur l’éducation est aussi habilement menée : il prône ici une éducation participative où les élèves n’absorbent pas mais au contraire fabriquent de leur main leur propre destin et où les enseignants doivent sans cesse leur rappeler les merveilles qu’ils sont capables d’accomplir et les talents qu’ils possèdent. Cette philosophie de l’émerveillement du monde tranche avec la « méthode -Scott », celle du moniteur d’auto-école, disciplinée et rigide. L’état d’esprit de Poppy, femme libre et heureuse, contraste avec ceux des personnages qui l’entourent qui se distinguent par leur colère viscérale et leur malaise : la soeur de Poppy, Helen, maniaque et vieux-jeu, la professeure de flamenco (Karina Fernandez) passionnée mais au bord de la crise de nerfs, Scott, quadragénaire seul et malheureux. Les plans fixes sur leurs visages sont remarquablement utilisés pour rendre visible la colère et le désarroi de ces personnages.

Mike Leigh en tout cas aime les femmes. Et elles le lui rendent bien. Déjà en 1996 son film « Secrets et mensonges » racontait l’histoire d’une jeune trentenaire noire qui, à la mort de sa mère adoptive décide de partir à la recherche de sa mère naturelle découvrant que celle-ci est blanche. Le film, salué par la critique remporte la Palme d’or et le prix de l’interprétation féminine en 1996. En 2004, il nous plonge dans le quotidien douloureux de Vera (Imelda Stauton) dans « Vera Drake », qui aide clandestinement des femmes pauvres à avorter. Quant à l’actrice Sally Hawkins, elle fut récompensée par un Ours d’or à Berlin pour sa vertigineuse interprétation de Poppy.

Nassira El Moaddem

Image 1 : http://commeaucinema.com/images/news/133_102629.jpg Affiche française du film

Image 2: http://www.timeout.com/img/40418/w.513/image.jpg De gauche à droite : Suzy (Kate O’Flynn) ,Poppy (Sally Hawkins), Zoé (Alexis Zegerman) et Alice (Sinead Matthews).

La vigueur du cinéma israélien : entre poésie et politique

133115576.jpgLes films israéliens ont fleuri ces derniers mois sur les écrans. Et non des moindres puisque beaucoup ont été sélectionnés dans les festivals internationaux, certains ayant décroché des prix. Ces films brillent souvent par leur talent, leur poésie, leur engagement, leur créativité. Parmi eux, » Valse avec Bachir », un long-métrage autobiographique qui plonge Ari Folman, le metteur en scène et personnage principal, dans les méandres des souvenirs troublants qui lui restent de sa courte vie de soldat au Liban. Une valse sublime de dessins aux couleurs ocres.

Une actrice israélienne qui n’en finira pas de faire parler d’elle. Ronit Elkabetz, d’origine marocaine, que l’on a vu dans deux films cette année éblouit par son jeu, son charisme, un visage entouré par de longs et épais cheveux noirs, à l’empreinte remarquable. Celle que l’on avait déjà vu entre autres dans « Mon trésor » de Keren Yedaya, récompensée par la Caméra d’or à Cannes en 2004 ou encore « Alila » d’Amos Gitaï, marque encore les esprits cette année. Les spectateurs de la « Visite de la Fanfare » d’Eran Kolirin, succès de 2007, en compétition dans la sélection Un certain regard du 60ème Festival de Cannes, ont sans aucun doute été émus par cette femme qui impose son style.

h4ill1045686septjours.jpgDans ce film, Ronit Elkabetz campe le rôle de Dina, une tenancière d’un petit restaurant perdu au milieu du désert israélien. Sa vie banale et monotone va être bousculée le jour où une fanfare égyptienne venue célébrer l’ouverture d’un centre culturel arabe des alentours va, par un concours de circonstances, croiser le destin de Dina. Parsemé de scènes burlesques et rempli d’images poétiques, ce long-métrage évite habilement le cliché d’un énième film sur la réconciliation. S’il est humaniste, il va au delà de la question du conflit israélo-arabe et interroge sur la communication, sur le langage des hommes. C’est également comme le souhaitait le réalisateur un vibrant hommage à la musique et à la culture arabes dont il déplore la disparition dans son pays devant la suprématie des modèles culturels occidentaux.

Ronit Elkabetz toujours, dans le deuxième volet de la trilogie qu’elle et son frère, Shlomi, ont réalisé. Le premier s’intitule « Prendre femme » et avait fait sensation en récoltant deux prix à la Mostra de Venise. Dans « Sept jours », Viviane, son personnage, entourée de sa famille et de son mari dont elle essaye d’obtenir le divorce, est en deuil. Un deuil à huis-clos pendant sept jours selon la tradition hébraïque. Au fur et à mesure, on en sait plus sur les personnages, sur leurs relations, leurs différends. Des scènes qui tournent parfois au règlement de compte sur fond de traditions religieuses à respecter et de bourdonnements de sirènes d’alerte. Nous sommes en 1991, durant la guerre du Golfe. Pour Ronit Elkabetz interrogée par Rue89, la guerre est un personnage à part du film, « un personnage discret mais omniprésent » confie-t-elle. Le film s’impose comme une partie du miroir de la société israélienne, ses contradictions, ses interrogations. Un miroir fragile mais vigoureux et tendre.

Si le ton est souvent politique dans les films israéliens de cette année, ils ne sont en rien politisés. Car le thème du conflit fait intégralement partie de cette société. Et de manière inévitable des formes d’expression de celle-ci. « Les Citronniers », dernier film d’Eran Riklis, déjà talentueux réalisateur de la Fiancée syrienne en 2005, raconte l’histoire d’une veuve palestinienne Salma (Hiam Abbass) vivant sur la ligne verte séparant Israël des territoires occupés. Voisine du ministre de la défense israélien, Salma possède un verger de citronniers qui sépare sa maison de la villa du haut responsable. Le verger devient très vite un enjeu (un symbole) de la sécurité d’Israël et Salma de se battre pour garder la seule ressource qu’elle a héritée de son père. Émouvant sans trop en faire, on retiendra le doux visage de Salma et de celui de l’épouse du ministre, tiraillée entre ses devoirs de femme de haut responsable de la sécurité nationale et ceux de femme indépendante et libre. Primé au Festival de Berlin, ce film tente lui aussi modestement mais de manière brillante, d’interroger cette société israélienne aux prises avec une guerre aux conséquences parfois absurdes.

Un dernier film enfin. Celui de Joseph Cedar, « Beaufort ». Un film de guerre qui n’en est pas un. Beaufort est une ancienne forteresse croisée située au sommet d’une colline de la plaine de la Bekaa au Sud- Liban, symbole du conflit qui opposa Israël à son voisin arabe du nord en 1982. En 2000, à Beaufort flotte toujours le drapeau israélien jusqu’au retrait des troupes. Dans l’avant-poste de Beaufort, des jeunes soldats de Tsahal qui pour la plupart, aimeraient se trouver aux bras de leurs petites copines ou à danser sur les pistes des boîtes branchées de Tel-Aviv. Liraz, un jeune commandant convaincu de la nécessité de la guerre, dirige ses troupes. Mais l’ennemi est invisible et la situation dure. Pourtant les scènes d’action sont peu présentes laissant place aux incertitudes, aux interrogations des jeunes soldats sur une guerre sans nom, sur une issue impossible. L’attente de la mort, les blessés et les décès qui défilent sous les yeux des autres qui patientent leur départ ou la fin. Un huis-clos fort, poignant jusqu’à la dernière scène. Nominé aux Oscars 2008 dans la catégorie « Films étrangers », Beaufort et les autres sont la preuve d’une vitalité cinématographique israélienne incontestable.

Nassira El Moaddem

Photo : Ronit Elkabetz dans « Sept jours ». Source, Le Monde.fr:
http://medias.lemonde.fr/mmpub/edt/ill/2008/05/16/h_4_ill_1045686_sept-jours.jpg
Affiche « Valse avec Bachir ». Source : www.commeaucinema.com/images/news/133_115576.jpg

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