Un été très politique pour les jeunes Tunisiens de France

L’envie malgré la distance. La volonté de s’engager en dépit de la confusion qui règne dans le paysage politique. Les jeunes de la diaspora tunisienne de France ont soif de participation et d’engagement dans la nouvelle vie démocratique en Tunisie. Depuis lundi 11 juillet et jusqu’au 2 août, les listes électorales sont ouvertes pour le vote de la future Assemblée constituante prévu le 23 octobre 2011. Au total, dix sièges sur deux-cent quinze seront réservés aux Tunisiens de France.

155018038ea0meetingdupartitunisienafektounesle12.jpgUn enjeu pour les partis et une chance pour les jeunes Tunisiens de l’Hexagone, impatients d’exprimer leur opinion politique à travers les urnes. Car pour beaucoup d’entre eux, ce scrutin sera une grande première. « J’ai 26 ans et je vais voter pour la première fois. Avant, cela ne servait à rien. Il y avait Ben Ali et ceux qui étaient adoubés par le système. Voter c’était légitimer leur mascarade !, confie Nabil Lakhdar, ingénieur en informatique à Paris. Là c’est différent. Il s’agit d’élire la prochaine assemblée constituante et donc de poser les bases d’un vrai changement. »

UN VOTE QUI COMPTE

En nombre, ils se sont déplacés ce samedi 16 juillet au consulat de Tunisie, rue de Lübeck à Paris (16e), pour l’inscription sur les listes électorales. « Venir au consulat, ça a toujours été synonyme de complications administratives, de stress, d’attente. Aujourd’hui, c’est un geste fort de l’engagement des jeunes Tunisiens de France », explique Amira Yahyaoui, jeune militante tunisienne qui vit à Paris. Chacun s’interroge sur le rôle qu’il pourra jouer dans l’avenir politique de la Tunisie : militer dans une association, s’engager dans un parti, ou simplement aller voter ?

Feriel Ben Ayed, étudiante de 20 ans à l’école de commerce de Reims, a déjà sauté le pas. Secrétaire général de l’association parisienne de soutien au parti « Afek Tounès » (Horizons Tunisie), c’est dans cette formation politique née au lendemain de la révolution qu’elle a pris sa carte. « Parce que c’est un parti jeune et que ses leaders sont compétents, ont fait de grandes études à l’étranger et ont donc une sensibilité politique dans laquelle je me reconnais. »

Un constat que partage Mariem Halloul, diplômée de finances de 24 ans qui projette de militer dans un parti, mais pas avant d’avoir défriché les programmes : « J’écoute avec intérêt ce qu’ils proposent comme réformes et idées pour relancer et moerniser l’économie tunisienne. »

Thameur Zghal, ingénieur de 26 ans, espère surtout que les partis donneront les moyens aux jeunes Tunisiens de l’étranger de participer à la reconstruction du pays : « Il ne faut pas oublier que nous sommes 1 million de Tunisiens à vivre à l’extérieur du pays, sur une population globale de 10 millions d’habitants. »

LES JEUNES, BOÎTES À IDÉES POUR LES PARTIS

Ce poids politique, les partis tunisiens l’ont bien compris. A Paris, ils défilent déjà depuis plusieurs mois. Ennahda, Tejddid, le Parti Démocrate Progressiste, le Congrès Pour la République, Afek Tounès, Ettakatol, tous sont venus pour leurs meetings ou pour des rencontres à l’invitation d’associations. Objectif : séduire les jeunes diplômés dynamiques que la diaspora compte. les quelques 600 000 Tunisiens de France et

Les meetings sont l’occasion pour les formations politiques de recruter eurs futures boîtes à idées. « Rejoignez-nous dans les commissions. Nous avons besoin de vous », lance Yassine Brahim à une dizaine de jeunes venus l’interroger Le tout juste démissionnaire ministre des transports tunisien était à Paris le 12 juillet pour le deuxième meeting de Afek Tounès. « La France représente l’équivalent de notre 5e circonscription en Tunisie. C’est donc une région capitale au niveau politique et un relais important pour le futur de notre parti. Ici, il y a un énorme potentiel : de jeunes cadres, des personnes qualifiées, des jeunes très bien informés et hyperconnectés qui peuvent être intéressés par notre programme ».

Par dizaines, les jeunes Tunisiens de France apportent leur expertise au sein des commissions. D’autres ont créé leurs associations, certaines proches des partis. Sur les réseaux sociaux, via Twitter ou Facebook, ils informent des rendez-vous politiques tunisiens incontournables, tiennent une veille sur les débats en cours en Tunisie et discutent des enjeux politiques des prochaines élections. Ce qui ne les empêche pas d’être « aient fait du populisme et de la démagogie pour ramasser des voix » critiques sur le jeu mené par les partis. Comme Mohamed Naceur Jeziri, 28 ans, chef de projet en informatique à Paris, qui regrette que tous les partis, sans exception, « aient fait du populisme et de la démagogie pour ramasser des voix ».

En cette fin juillet, beaucoup d’entre eux rentrent en Tunisie, souvent pour la première fois depuis la révolution de janvier, avec le projet d’observer attentivement les événements sur place. Un été résolument politique qui augure déjà de l’ambiance et du ton des mois à venir.

Nassira El Moaddem

Au Consulat de Tunisie à Paris, les jeunes s’organisent

Un consulat ouvert le week-end ? Un exploit à l’initiative d’un groupe de cinq jeunes Tunisiens. Aux guichets du consulat de Tunisie à Paris, ce samedi 16 juillet, de jeunes bénévoles ont remplacé les employés pour inscrire les Tunisiens sur les listes électorales. Deux semaines pour un enjeu aussi capital, qui plus est en période de vacances, pour beaucoup c’était insuffisant. D’autres se sont plaints de la complication des formalités administratives et des dysfonctionnements au consulat : manque de personnel, un seul guichet ouvert, une photocopieuse sur quatre seulement qui fonctionne. « Le consulat à Paris demandait même à certains Tunisiens de présenter pièce d’identité et carte consulaire alors que cette dernière n’est pas obligatoire », s’agace Imène Ayoub, étudiante.

« Le pire c’est la méconnaissance de la loi et de la procédure. L’Instance supérieure indépendante pour les élections avait dit que les Tunisiens pouvaient s’inscrire n’importe où ; au consulat à Paris, on leur disait le contraire ! », explique Amira Yahyaoui. Accompagnée de quatre compatriotes, elle a obtenu de la part du consul Hichem Khellil et du ministère des Affaires étrangères tunisien l’accord pour une ouverture les week-ends grâce à l’aide de dizaines de bénévoles pour assurer l’accueil du public « Nous sommes également en train de négocier pour une prolongation d’une semaine de l’inscription à l’échelle de tous les consulats », affirme Amira Yahyaoui.

Cette jeune militante de 26 ans ne compte plus les mails venus de toute la France de jeunes Tunisiens proposant d’apporter leur aide. « Même si ce sont des jeunes bénévoles, on essaye de faire les choses comme il faut et de respecter les règles de fonctionnement comme celle de la neutralité des agents. Certains des bénévoles qui ne sont pas dépendants de ce consulat ne peuvent même pas s’inscrire sur les listes ici ! C’est frustrant mais on doit s’y plier. »

Article paru sur LeMonde.fr le 18 juillet 2011: cliquez ici

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