Ramadan ou non : en Tunisie, la contestation n’attend pas
24 août, 2011 @ 9:49 Non classé

1000806.jpgL’on disait que le Ramadan allait calmer les esprits. Que durant ce mois sacré, les revendications allaient s’apaiser. Pourtant, il suffit de tendre un peu l’oreille dans les rues de Tunis pour se rendre compte que la déception est grande et les attentes bien loin d’avoir été satisfaites. Les manifestations du 15 août, au nombre de trois, ne sont que l’expression de ce mécontentement. Déjà plusieurs jours auparavant, quelques rassemblements ici et là s’étaient déroulés dans le centre-ville de la capitale.  » En finir avec la dictature », « Ni liberté, ni retour de la bande des RCDistes » scandaient, une semaine avant, quelque trois cent personnes réunies devant le théâtre municipal sur la grande avenue Habib Bourguiba. En cause :  la libération d’anciens ministres, la fuite de proches de la famille Ben Ali-Trabelsi par une justice qu’ils considèrent encore à la botte du RCD, l’ancien parti du dictateur Ben Ali. Ce lundi 15 août, sous une chaleur étouffante, syndicalistes, partis politiques, avocats, associations et citoyens s’étaient donnés rendez-vous pour exprimer leur colère. Un ras-le-bol commun mais un rendez-vous séparé. La principale centrale syndicale tunisienne, l’UGTT, se voyait rejoindre dans son appel à manifester par plusieurs partis politiques, comme le FDTL de Moustafa Ben Jaffar, le Parti Démocrate Progressiste de Maya Jrebi ou Ennahda de Rached Ghannouchi. Mais d’autres reprochent à la centrale et à son dirigeant Abdeslam Jrad, un alignement traditionnel avec le RCD et désormais un virage révolutionnaire à 180 degrés…Certains d’entre eux ont donc choisi de ne pas suivre l’appel de l’UGTT et d’appeler à une manifestation séparée. Parmi eux, le Parti Ouvrier Communiste Tunisien, de Hamma Hammami, le Congrès Pour la République de Moncef Marzouki ou encore l’Association tunisienne contre la torture de Radhia Nasraoui…. C’est ainsi que la première manifestation, autorisée, marchait sur la grande avenue Mohamed V et que la seconde tentait de rejoindre le ministère de l’Intérieur par l’avenue Habib Bourguiba. Tentait seulement car bientôt les manifestants se retrouveront nez-à-nez avec les policiers, déployés en nombre le long de l’artère principale et qu’au bout de quelques minutes, des gaz lacrymogènes leur seront adressés pour les disperser. Quelques minutes plus tard, plus haut en direction de la Medina, des affrontements parfois violents opposeront plusieurs dizaines de jeunes aux forces de l’ordre. Ce sont également les jeunes marchands ambulants qui tenteront de défendre leurs marchandises, frappant parfois à coups de bâtons les jeunes qui répondent aux gaz lacrymo par des jets de pierre. « Ils ne peuvent pas attendre la fin du Ramadan pour protester », lançait l’un des vendeurs. Car ce mois-là est vital pour leurs affaires. Les affrontements dureront plusieurs heures en s’enfonçant dans les rues perpendiculaires à l’avenue Bouguiba, alors que plusieurs familles effectuent leurs emplettes du Ramadan. Au niveau de la rue de Yougoslavie, derrière l’ambassade de France, des policiers en civil et des jeunes manifestants s’échangent des jets de pierres. Un policier adressera une rafale de gifles à un homme pris dans la foule avant de le jeter dans le fourgon. Aujourd’hui, lors du point presse hebdomadaire du gouvernement, le porte-parole du ministère de l’Intérieur est revenu sur les manifestations. A coup de photos et de séquences vidéos, on montre aux journalistes ceux qui, selon lui, « ne sont là que pour casser ». Un argument de plus pour ceux qui affirment que les pratiques policières n’ont pas changé mais que désormais les forces de l’ordre maitrisent parfaitement les outils de communication de la révolution.

 

Nassira El Moaddem (Tunis)

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