posts de août 2011


Dans les médias tunisiens, les anciennes pratiques ont la vie dure

A quand une révolution médiatique, s’interrogent, impatients et dépités, plusieurs journalistes et experts des médias tunisiens qui, sept mois après la chute de l’ancien dictateur Ben Ali, estiment que les habitudes de l’ancien régime perdurent.

Selon plusieurs journalistes, des responsables politiques continuent à exercer des pressions. « Elles concernent les choix des sujets, les personnes à inviter ou le contenu des émissions. Ben Ali est parti mais les pratiques, elles, n’ont pas changé », affirme Najiba Hamrouni, présidente du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT).

« Ceux qui étaient à la tête des médias avant le 14 janvier sont les mêmes avec les mêmes réflexes et les mêmes structures », affirme la journaliste et blogueuse Henda Hendoud, qui fustige les « difficultés d’accéder à des sources sûres » et les « intimidations » dont font l’objet les journalistes.   Elle cite en exemple un entretien avec un représentant du ministère de l’Intérieur qui l’a accusée de manquer d’objectivité et l’a congédiée.

Rares sont les médias où des conférences de rédaction sont organisées. La relation verticale entre les journalistes et les rédacteurs en chef demeure: pas assez de possibilités pour les journalistes de défendre leur sujet, réduits souvent à un rôle de simples exécutants.

Par ailleurs, après des décennies de musellement, le réflexe d’autocensure est toujours vivace. « Certains de mes confrères considèrent que critiquer le gouvernement ou l’armée est un danger ou un manque de respect », explique un journaliste qui souhaite garder l’anonymat.

Reste que sur certains points, la situation s’est améliorée. Un nouveau code de la presse, renforçant les droits des journalistes, vient d’être adopté.   Finies les demandes systématiques d’autorisation de tournage, les journalistes peuvent désormais filmer sans devoir montrer patte blanche au ministère de l’Intérieur. L’Agence Tunisienne de la Communication Extérieure, l’arme de censure du pouvoir de Ben Ali sur les médias étrangers, a été démantelée.

« On remarque que la parole est plus libérée, notamment à la radio », affirme  l’universitaire Ridha Ferjani, spécialiste des médias. Mais le besoin de formation des journalistes, déjà criant à l’époque de Ben Ali, l’est encore plus dans cette période d’effervescence politique. Les appels à la réforme des enseignements de l’Institut de la Presse et des Sciences de l’Information à Tunis (IPSI), la seule école de journalisme du pays, se multiplient.   « J’y ai passé quatre années complètement vides. On nous interdisait l’esprit critique et l’analyse, il fallait rester fidèle aux dépêches de l’agence de presse officielle », regrette Henda Heddoud.

« On ne peut pas tout changer avec une baguette magique », reconnaît Larbi Chouikha, membre de l’INRIC, l’instance chargée des réformes dans les médias et professeur à l’IPSI. « L’urgent c’est la nécessité pour l’institut de revoir ses méthodes d’enseignement et de s’adapter au jeu de la concurrence », insiste M. Chouikha qui appelle à la création d’autres écoles, y compris privées.

Aujourd’hui, une autre ligne de fracture se crée au sein de la profession: beaucoup de journalistes ne voient pas d’un très bon oeil la génération de jeunes blogueurs, très actifs pendant le soulèvement de décembre 2010-janvier 2011. Nombre d’entre eux ont été récemment recrutés dans les médias.

« La profession n’arrive pas à prendre conscience du changement qui s’est opéré avec Internet », analyse Henda Hendoud. La blogueuse Emna Ben Jemaa est encore plus sévère: « Pour les journalistes en place, nous n’avons aucune légitimité. Mais moi je leur demande: où étiez-vous avant la chute du régime? ».

Nassira El Moaddem (Papier d’angle – AFP Tunis)

Ramadan ou non : en Tunisie, la contestation n’attend pas

1000806.jpgL’on disait que le Ramadan allait calmer les esprits. Que durant ce mois sacré, les revendications allaient s’apaiser. Pourtant, il suffit de tendre un peu l’oreille dans les rues de Tunis pour se rendre compte que la déception est grande et les attentes bien loin d’avoir été satisfaites. Les manifestations du 15 août, au nombre de trois, ne sont que l’expression de ce mécontentement. Déjà plusieurs jours auparavant, quelques rassemblements ici et là s’étaient déroulés dans le centre-ville de la capitale.  » En finir avec la dictature », « Ni liberté, ni retour de la bande des RCDistes » scandaient, une semaine avant, quelque trois cent personnes réunies devant le théâtre municipal sur la grande avenue Habib Bourguiba. En cause :  la libération d’anciens ministres, la fuite de proches de la famille Ben Ali-Trabelsi par une justice qu’ils considèrent encore à la botte du RCD, l’ancien parti du dictateur Ben Ali. Ce lundi 15 août, sous une chaleur étouffante, syndicalistes, partis politiques, avocats, associations et citoyens s’étaient donnés rendez-vous pour exprimer leur colère. Un ras-le-bol commun mais un rendez-vous séparé. La principale centrale syndicale tunisienne, l’UGTT, se voyait rejoindre dans son appel à manifester par plusieurs partis politiques, comme le FDTL de Moustafa Ben Jaffar, le Parti Démocrate Progressiste de Maya Jrebi ou Ennahda de Rached Ghannouchi. Mais d’autres reprochent à la centrale et à son dirigeant Abdeslam Jrad, un alignement traditionnel avec le RCD et désormais un virage révolutionnaire à 180 degrés…Certains d’entre eux ont donc choisi de ne pas suivre l’appel de l’UGTT et d’appeler à une manifestation séparée. Parmi eux, le Parti Ouvrier Communiste Tunisien, de Hamma Hammami, le Congrès Pour la République de Moncef Marzouki ou encore l’Association tunisienne contre la torture de Radhia Nasraoui…. C’est ainsi que la première manifestation, autorisée, marchait sur la grande avenue Mohamed V et que la seconde tentait de rejoindre le ministère de l’Intérieur par l’avenue Habib Bourguiba. Tentait seulement car bientôt les manifestants se retrouveront nez-à-nez avec les policiers, déployés en nombre le long de l’artère principale et qu’au bout de quelques minutes, des gaz lacrymogènes leur seront adressés pour les disperser. Quelques minutes plus tard, plus haut en direction de la Medina, des affrontements parfois violents opposeront plusieurs dizaines de jeunes aux forces de l’ordre. Ce sont également les jeunes marchands ambulants qui tenteront de défendre leurs marchandises, frappant parfois à coups de bâtons les jeunes qui répondent aux gaz lacrymo par des jets de pierre. « Ils ne peuvent pas attendre la fin du Ramadan pour protester », lançait l’un des vendeurs. Car ce mois-là est vital pour leurs affaires. Les affrontements dureront plusieurs heures en s’enfonçant dans les rues perpendiculaires à l’avenue Bouguiba, alors que plusieurs familles effectuent leurs emplettes du Ramadan. Au niveau de la rue de Yougoslavie, derrière l’ambassade de France, des policiers en civil et des jeunes manifestants s’échangent des jets de pierres. Un policier adressera une rafale de gifles à un homme pris dans la foule avant de le jeter dans le fourgon. Aujourd’hui, lors du point presse hebdomadaire du gouvernement, le porte-parole du ministère de l’Intérieur est revenu sur les manifestations. A coup de photos et de séquences vidéos, on montre aux journalistes ceux qui, selon lui, « ne sont là que pour casser ». Un argument de plus pour ceux qui affirment que les pratiques policières n’ont pas changé mais que désormais les forces de l’ordre maitrisent parfaitement les outils de communication de la révolution.

 

Nassira El Moaddem (Tunis)

Tunisie: à deux mois des élections, les sondages de plus en plus décriés

Autrefois cantonnés au marketing et aux audiences télé, les instituts de sondage tunisiens découvrent, grâce à la révolution, un nouveau terrain: la politique. Mais à deux mois de l’élection du 23 octobre, leur crédibilité est sujette à caution, faute de cadre légal.

« Nous devons suspendre la publication des sondages politiques jusqu’au vote de l’assemblée constituante, assène Rida Kéfi, membre de l’Instance nationale de réforme de l’information et de la communication (INRIC). « Tant qu’il n’y a pas de loi, tant que le métier n’est pas organisé, il faudra surseoir à leur recours », argue-t-il.

Une vision partagée par Hichem Guerfali, directeur du cabinet 3C Etudes, l’un des six instituts à s’être lancé sur le marché politique, qui avait appelé début juillet à cesser leur publication: « Nous n’avons aucune expérience en matière de sondages politiques. Sans historique d’élections libres, sans référence, nous n’avons aucun moyen de redresser les résultats ».

Une critique qui rejoint celles formulées à l’encontre des instituts de sondage sur une méthodologie jugée opaque: notification aléatoire du commanditaire, échantillonnages peu représentatifs, questionnaires orientés…

« Plusieurs experts estiment que les échantillonnages de certains sondages ne sont pas crédibles », constate Rida Kéfi.

Les critères comme l’appartenance sociale ou géographique ne sont pas pris en compte car ils ne sont pas recensés dans les statistiques officielles, explique-t-il. De plus, la marge d’erreur est souvent minimisée par les instituts.

Ali Ben Yahia, directeur du bureau d’études ID Claire, récuse ces arguments, en insistant sur l’expérience acquise: « L’analyse est différente entre les sondages d’opinion et les études marketing mais les techniques, les moyens et les équipes terrain sont les mêmes », argumente-t-il.

Il rejette également les accusations de clientélisme avec certains partis politiques friands de sondages. « Procès d’intention », estime-t-il, tout en reconnaissant qu’il peut y avoir « un ou deux instituts ayant des connivences avec certains partis ».

Mais son concurrent, Hichem Guerfali, concède certaines pratiques douteuses. « Les instituts sont tentés de modifier les résultats moyennant promesses aux partis », affirme-t-il.

« Tant qu’il n’y aura pas d’encadrement, il n’y aura aucun moyen de vérifier et on continuera à s?interroger sur l’argent qu’il y a autour de ces études », estime le journaliste Imed Bahri.

Ces sondages apportent aux instituts un nouveau marché. Entre 10 à 15 % du chiffre d?affaires de cette année pour l’institut Sigma Conseil. « Nous sommes dans une période d’effervescence politique », reconnaît Hassen Zargouni, patron de l’institut Sigma Conseil.

Les medias raffolent aussi des sondages. En abusent, jugent certains.

« On assiste à une surenchère dans la presse depuis la révolution », s’insurge Rida Kéfi. « Les journalistes ne savent pas utiliser les sondages », déplore le représentant de l’instance de réforme des médias, qui a commencé à dispenser des formations à l?analyse des sondages. Problème: jusqu’à présent, les journalistes ont été très peu nombreux à y assister…

Les instances de réformes mises en place après la chute de Ben Ali devront se prononcer prochainement sur l’encadrement légal des sondages politiques. « Il faudra que les instituts aient un minimum de salariés, d?enquêtes à leur actif et aient la capacité technique et financière requise », estime Hassen Zargouni.

Mais pour ce dirigeant comme pour la plupart des acteurs du marché, pas question d’entendre parler de suspension : »Soit on accepte d’être assez mûrs pour la démocratie et ses corollaires, soit on arrête tout. »

Nassira El Moaddem (Papier d’angale – AFP Tunis)

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