« Un vent nouveau souffle sur Al Jazira »
17 mars, 2011 @ 12:19 Café arabica - infos,Café cairote

terredislamaljazeeraaljazeera.jpgDes visages jeunes, de nouveaux slogans, une présence accrue sur les réseaux sociaux: un vent nouveau souffle sur Al-Jazira depuis le début des révolutions arabes. Si elle bénéficiait d’une large audience et d’une image assez favorable dans le monde arabe, elle cumulait cependant deux principaux handicaps: côté Occident, on l’assimilait à un organe idéologique pro-palestinien et on fustigeait sa diffusion de vidéos envoyées par Al-Qaïda. Et côté arabe, certains regrettaient un ton de plus en plus sensationnel. Nul doute qu’au-delà des bénéfices que les sociétés arabes tireront de ces expressions démocratiques inédites, c’est bien Al-Jazira qui sort victorieuse des événements.

A circonstances exceptionnelles, dispositif exceptionnel. Pour l’occasion, Al-Jazira a revu l’ensemble de ses programmes, tout en soignant l’habillage. Les voix des grands chanteurs arabes comme celles d’Oum Kalsoum et de Sayed Darwish, emblématiques interprètes égyptiens, recouvrent les photos des populations en liesse. De nouveaux slogans apparaissent: au traditionnel «l’opinion et l’opinion contraire», qui avait fait la marque de fabrique de la chaîne, succède un slogan pour chaque révolution: «Egypte: le peuple a vaincu», «Libye: l’effondrement du mur du silence». Des interludes reprenant des témoignages de manifestants entrecoupent les programmes exclusivement dédiés aux révolutions.

Sur le plateau, la chaîne multiplie les invités: politiques, syndicalistes mais également experts nationaux des pays traversés par les contestations. Pour décrypter le soulèvement en Libye, la chaîne reçoit sur son plateau des politologues, des opposants, des syndicalistes, des religieux, voire des psychologues analysant ce qui relève selon eux d’une pathologie de Mouammar Kadhafi. Même le porte-parole de la diplomatie libyenne, Khaled Kaïm, a accordé un entretien téléphonique musclé à la chaîne le 22 février 2011. Dans cette interview de 30 minutes en direct, il a fustigé une chaîne qui n’est pas digne de confiance, manque de professionnalisme et diffuse des images qui ne reflètent pas la réalité. «Si nous sommes si indignes de ce travail, alors pourquoi c’est avec nous que vous parler aujourd’hui?», l’interroge le présentateur vedette Mohamed Krichen. Cet épisode vidéo a fait le tour de la Toile, commenté en continu par les internautes.

Sans oublier les religieux et notamment Youssef el Qardawi, Egyptien de naissance mais déchu de sa nationalité pour appartenance au mouvement des Frères musulmans. C’est lui, une des figures de la chaîne où il anime des émissions religieuses, qui a dirigé la grande prière du vendredi 18 février, une semaine après la chute de Moubarak, sur la désormais fameuse place Tahrir. Lui, qui n’avait pas mis les pieds dans son pays natal depuis 30 ans. Une prière retransmise en direct sur Al-Jazira et des images qui ont fait le tour du monde, dont celles montrant des Egyptiens de confession copte regroupés en cercle autour de leurs compatriotes musulmans.

En masse, les témoins affluent sur la chaîne, la remerciant de leur laisser l’opportunité de raconter ce qu’ils vivent. Ils côtoient les nombreuses vidéos et photos envoyées via Facebook et Twitter et dont l’origine n’est que très rarement authentifiée. Jusqu’à la chute de Ben Ali, Al-Jazira ne disposait pas de bureau à Tunis, en raison de sa censure par le pouvoir local. Cela a obligé la chaîne à utiliser les images en provenance d’Internet. Une décision qui a eu l’avantage de faire émerger de nouveaux visages sur la scène médiatique. Longtemps, Al-Jazira a fait la part belle aux éminentes têtes grises des pays arabes. Depuis deux mois, elle montre plutôt les jeunes militants, les cyber-activistes et les simples citoyens qui se sont révélés durant les révolutions.

En France, les téléspectateurs d’Al-Jazira, souvent la première voire deuxième génération d’immigrés maghrébins, découvrent le visage de cette jeunesse souvent apolitique mais qui se sert de la Toile pour leur soif de changements. L’image d’un «bled» sclérosé par la corruption, l’oligarchie et la violence s’atténue et laisse place à celle d’un pays où un avenir est possible. Possible pour les populations de l’autre côté de la Méditerranée mais également pour les jeunes Français issus de l’immigration. En France, beaucoup d’entre eux ont fondé ou sont membres de comités dédiés à la lutte du peuple tunisien. Certains envisagent même d’y aller pour participer au nouvel élan politique. Car ces révoltes et la couverture qu’Al-Jazira en a fait ont eu pour effet de réaffirmer l’identité arabe de ces jeunes Français dont beaucoup ne parlent pas forcément la langue mais se sentent concernés par les processus démocratiques en cours. D’autant plus qu’une majorité dénonce une montée des discours d’extrême droite et islamophobes en France. Entre 2012 et les révolutions arabes, certains semblent avoir déjà choisi.

Nassira El Moaddem

Papier publié dans le quotidien suisse Le Temps, mercredi 9 mars 2011

Lien Internet pour une partie de l’article : http://www.letemps.ch/Page/Uuid/ff6875d0-4a66-11e0-be28-360b748c23b1/Le_vent_nouveau_dAl-Jazira

 

-cafedactualites
rss pas de réponses

Laisser un commentaire

promos viandes |
actuplanet |
chlochlodu77 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | blogbladi
| sofianelebossdu0120041995
| LA GUILDE DES RIRES