posts de août 2010


Business des photos de presse dans les camps roms

Dans le campement de Pantin, des médias paient pour avoir des images, créant des tensions et des jalousies entre Roms. Reportage.

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En me rendant dans le campement rom de Pantin, j’étais loin d’imaginer dans quelle misère toutes ces familles vivaient. Avant de venir, j’avais prévenu Isabelle de mon arrivée. Elle appartient au collectif de soutien aux Roms de Pantin et coordonne la mobilisation. Depuis plusieurs jours, elle tente de sensibiliser riverains et habitants de la ville au sort de ces familles. Fatiguée et un peu démoralisée par les évènements récents, elle me fait rencontrer quelques familles. Le comportement de certains médias, couplé aux discours et pratiques sécuritaires du gouvernement, l’a mise en colère.

Arrivée dans le campement de Pantin, j’ai l’impression d’être comme toutes ces caméras qui se sont précipitées ces dernières semaines pour une photo ou quelques images de la misère des bidonvilles. Je ne voulais pas me pointer chez ces familles sans passer par une association ou des gens de terrain qui ont un contact régulier avec elles. Car, malgré le caractère précaire de leurs habitations, les tas d’ordures disposés à l’entrée et l’odeur qui va avec, des familles entières vivent ici. Je ne voulais pas m’introduire chez eux comme je me rends au spectacle.

Le camp de Roms de Pantin se situe à quelques minutes à pied de la gare, au fond de la rue Denis Papin, sur un terrain appartenant à Réseaux ferrés de France. Une décision de justice début juillet les a enjoints de quitter les lieux. Une expulsion est imminente. Les Roms de Pantin vivent avec cette épée de Damoclès sur la tête.

Les baraquements sont disposés le long d’un petit chemin pavé. De part et d’autre se suivent les habitations où vivent plusieurs dizaines de Roms. Mais également un Maghrébin et un Africain, confie Elena, une des Roms, installée à Pantin avec son fils, sa belle-mère et plusieurs autres membres de sa famille. Elena a 26 ans et vit en France depuis trois ans, avec des interruptions fréquentes pour retourner au pays, la Roumanie : « Je n’ai jamais passé l’hiver ici. Les habitations ne sont pas faites pour le froid. On rentre passer l’hiver en Roumanie.»

Elena est maman d’un petit garçon de 3 ans. « Il souffre d’une maladie musculaire rare », explique-t-elle. Elle m’invite dans son logement : une grande pièce à vivre où se retrouve toute la famille et une pièce aménagée en cuisine. A l’entrée du camp, quelques toilettes ont été installées par la mairie : « Ils n’ont été mis en place qu’il y a quelques jours. Cela faisait des mois qu’on les avait demandés », précise Isabelle. Il n’y a pas d’eau courante dans le campement. Aux habitants de se débrouiller pour la récupérer.

A l’intérieur de la « maison » d’Elena, beaucoup d’humidité, des meubles récupérés par-ci par-là, quelques photos accrochées aux murs. Et les rires des enfants des familles voisines qui viennent nous rendre visite. Avec Elena, on parle de la Roumanie, pays que j’ai visité au printemps 2007. Sa belle-mère, allongée par terre, me dit des choses gentilles : « Vous êtes jolie. » L’accueil est chaleureux : « Qu’est-ce que vous voulez boire ? Café, thé, coca ? » Elena, lorsqu’elle ne s’occupe pas de son fils, vend des souvenirs à la Tour Eiffel.

Je rencontre d’autres habitants du campement. Méfiants au début, ils finissent par me proposer des cadeaux. Je décline poliment leur offre. Tout le monde se demande pour quelle chaîne de télévision je travaille. « L’arrivée de plusieurs médias, ça a foutu une pagaille monstre ici », confie Isabelle. Avant de venir sur place, j’avais lu les reportages sur le camp de Pantin. Dont un de Paris Match dont j’ai une copie avec moi.

Je la tends à Isabelle qui, prise dans le tourbillon des activités de soutien, n’avait pas eu le temps de le lire. « Ce papier a créé pas mal de problèmes au sein de la communauté », affirme-t-elle. J’apprendrai plus tard que Paris Match a payé 200 euros pour les photos. Al Jazeera aussi, 50 euros, ainsi que la BBC. « Cela se passe très mal en ce moment sur le terrain… La presse est encore revenue. Cela fout une empoigne entre tous et c’est le bordel. Tu rajoutes qu’ils sont tous persuadés d’être virés avant la fin du mois et tu as une hystérie collective ! », me dira plus tard Isabelle.

Evidemment, sur place, ce sont les plus aptes à parler français et à répondre aux journalistes qui récoltent les fruits de ce business. Ceci n’est pas sans causer des jalousies et des tensions au sein des familles. Je demande à Elena si je peux prendre quelques photos : « Tu as vu ce que tout cela a causé ces derniers temps. Je ne préfère pas. » Seulement voilà, les médias, j’en fais partie. Je prendrai donc une photo aussi, à l’extérieur des baraquements. Sans payer.

Deux cents euros, 50 euros, c’est donc le prix pour montrer à l’Europe entière la misère de ces bidonvilles. Des habitants de nos quartiers que l’on a ignorés toutes ces années, alors même que nous les croisons tous les jours dans le métro, dans la rue… Deux cents euros donc : qui dit mieux ?

Nassira El Moaddem

Billet paru sur le Bondy Blog : cliquez ici

Pyramides : épisode 2

Me voici de retour en France. Depuis désormais deux mois. N’ai pas eu le temps de réfléchir à toute cette année qui vient de s’écouler et dont j’ai essayé de vous donner quelques bribes d’aventures à travers mes photos, mes textos et les quelques vidéos mis en ligne. Je crois que j’aurai encore besoin de quelques temps pour me poser et faire le bilan de ces neuf mois passés au Caire. Il me reste quand même des choses à partager avec vous. Certaines que j’ai voulu publier sur mon blog mais les jours filant à la vitesse de l’éclair, n’avais jamais eu le temps de le faire.

imga0067.jpgVous vous souvenez, j’avais posté sur mon blog la photo de ce vieux monsieur assis sur son chameau, déambulant autour des pyramides de Gizah. Je vous avais promis de revenir plus longuement sur ce site touristique qui attire chaque année des millions de visiteurs. Et comme je vous le disais, le plus intéressant dans les Pyramides, c’est tout sauf …… les Pyramides!!!

J’ai attendu plusieurs mois avant de m’y rendre. La peur d’être déçue je pense. Evidemment quand on est au Caire ou en Egypte pour quelques jours, la visite des Pyramides semble un passage quasi obligé. Quand on y vit pour plusieurs mois, c’est tout autre chose. J’avais repoussé au maximum ce qui représentait pour moi le symbole du tourisme de masse. Les craintes se sont malheureusement révélées bien fondées.

En arrivant sur le site, c’est d’abord de nombreux bus qui vous attendent. Des bus à n’en plus finir. La visite est réglée à la minute près pour les touristes impatients. Pas le temps de discuter, de flairer un peu le quartier. Tout est chronométré. Il fait chaud. La plupart fait le tour des trois pyramides, immortalise l’instant devant ces prouesses pharaoniques, avant de vite rentrer dans les bus climatisés et de rejoindre les hôtels. Seules les personnes en sac à dos, sans contraintes liées aux voyages organisés, poussent la marche un peu plus loin, se fraient le chemin, et se laissent emporter par la foule et l’agitation créée par ce site impressionnant. Impressionnant, il l’est évidemment. C’est une prouesse architecturale que l’on se prend en pleine gueule. Mais difficile pourtant d’être émue. Le site est très peu entretenu. Canettes, sacs plastiques, l’endroit regorge de détritus en tout genre.

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En s’engouffrant et en déambulant autour des Pyramides, je m’aperçois que le site n’est pas pris d’assaut que par les touristes étrangers. Des Egyptiens y viennent se prendre en photo en famille. Mais c’est aussi l’endroit idéal pour les jeunes couples pour se retrouver à l’écart, sur les hauteurs de la ville comme ces deux adolescents rencontrés en m’enfonçant un peu plus loin.

En me baladant, je rencontre ce vieil officier dont j’ai oublié le prénom (qu’il me pardonne). Il y travaille depuis plusieurs années. Lorsque je lui demande ce que ça fait de voir tant d’étrangers en même temps, le monsieur a l’air un peu blasé : « On en voit tellement. On s’est habitués à les voir toute l’année. » Et les filles étrangères habillées de façon….. » Je ne fais même plus attention. Elles font partie du décor maintenant ». Pourtant, des hommes salivant devant ces blondes a moitié dénudées, j’en ai croisés. Et peut-on les blâmer? Travailler sous un soleil de plomb, sans aire d’ombre pour se poser, pour trois francs six sous, et se passer d’un tel spectacle??? Ici les dos nus côtoient les uniformes en laine noire des policiers.

 

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Pour les hommes qui tiennent les lieux, il y a donc les jolies étrangères, et les relations avec les touristes. On n’hésite pas à demander quelques pièces pour un renseignement donné, un chemin indiqué. A baragouiner quelques mots d’anglais, de français, d’italien, histoire d’entretenir le niveau de langue. De leur côté, guides et autres professionnels du site rentrent parfois en conflit avec les touristes pour des tarifs pas respectés, comme cette famille d’ Espagnols, excédée, qui a levé le ton.

Image de prévisualisation YouTube

Il y a également le jeu du chat et la souris entre policiers et adolescents Ces derniers montent sur les trois pyramides des Reines (peu élevées)  situées à l’est de la grande Pyramide de Kheops, énervant les policiers, qui impuissants, tentent de les faire redescendre en soufflant sur leur sifflet. Les gamins à peine redescendus, d’autres remontent. Et c’est comme ça toute la journée.

Image de prévisualisation YouTube

Et puis il y a les plus jeunes, des classes entières d’élèves de primaires, venues admirer les grandeurs de la civilisation pharaonique, plus impressionnées par les femmes étrangères aux shorts et jupes raccourcis que par les pyramides ! »Hello, what’s your name? », me lance une petite fille au grand sourire. « I love you » me dit un de ses camarades, qui à mon « me too » se cache, timide, derrière ses petits copains!

Reste que le tourisme permet de faire vivre des millions de familles dans ce pays. Sur le site, les vendeurs d’eau fraîche, de petits souvenirs, les conducteurs de calèche et les taxis attendent debout en nombre incalculable sur le chemin de bitume qui mène à la sortie du site.

Voilà les scènes qui rythment la vie autour de ce poumon économique de l’Egypte. Il y aurait encore des milliers d’autres choses à dire, d’autres scènes de vie à raconter. Pour clore ce billet, j’avais envie de vous montrer cette image, celle du Caire, dos aux pyramides, qui rappelle combien ces dernières sont au coeur de la vie, au coeur de la ville. Mais un projet d’aménagement du plateau de Gizah envisage de créer deux entrées distinctes : une pour les touristes au nord, une seconde, éloignée, pour les Egyptiens… Il en faudra plus pour empêcher ceux et celles qui vivent des fruits du tourisme de ne pas entrer en interaction avec les visiteurs…

 

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