posts de avril 2010


Face à face en noir et blanc à Al Azhar

imga0039.jpg C’est une jeune femme que j’ai vue plusieurs fois aux alentours de la mosquée d’Al Azhar. Hier, elle était assise sur le grand tapis qui recouvre le couloir de l’entrée sud. En face d’elle, un chat noir et blanc qui lui ressemblait étrangement. Tous les deux se sont fixés pendant une bonne heure je crois. Le spectacle était assez troublant. On aurait dit que les deux communiquaient réellement.

Virée sur le Nil vers Qanater

imga00811.jpg C’est un cliché que j’ai pris lors d’une balade en bateau sur le Nil direction Qanater, une ville située à une quinzaine de kilomètres de la capitale. Une destination prisée des Cairotes surtout le week-end et jours fériés. Le voyage dure deux heures. Sur l’embarcation, c’est un festival de couleurs avec les mille modèles de voiles portés par les jeunes filles et un moment pour filles et garçons de se retrouver en amoureux ou entre amis loin de la pression de la capitale. Ici, c’est un cliché qui montre ce petit bout de chou dont l’uniforme m’a hanté pendant quelques jours. A ses côtés son père; au second plan, un couple qui, séparé par un verre de thé, regarde au loin.

 

 

tensions au centre-ville du Caire

575x3851548195023f2ill1329700daa2caire1.jpgCe matin en me rendant en cours, j’ai été surprise par le nombre impressionnant de policiers en uniforme mais également en civil sur le chemin qui mène au centre : le long de l’avenue Qasr el 3aini qui rejoint la grande place Tahrir mais également sur l’avenue Talaat Harb, l’axe principal du centre-ville de la capitale. Des dizaines de véhicules des forces de sécurité étaient arrêtés devant les principaux bâtiments institutionnels :du secteur: bureau du Premier ministre, assemblée du peuple, assemblée de Choura. J’ai d’abord pensé qu’un convoi présidentiel ou ministériel était peut-être prévu mais autant de forces de l’ordre, cela paraissait beaucoup. Surtout que la plupart des forces de sécurité présentes dans le centre étaient en réalité des policiers en civil, regroupés à plusieurs, en état d’alerte, et qui semblaient se préparer à ce que quelque chose se passe ou que quelqu’un arrive.

J’ai alors lu les infos du jour et ai appris qu’une marche organisée par Ayman Nour, l’opposant leader du parti el Ghad (second aux élections présidentielles de 2005) devait avoir lieu ce mardi et partir du centre-ville du Caire. C’est donc pour cela que les forces de l’ordre étaient rameutées en nombre dans le west el balad. Depuis, selon les médias occidentaux, la marche a été dispersée par police et armée mobilisées en masse. D’après l’AFP, Nour Ayman Nour le fils du leader d’opposition a été interpellé.

Au même moment, c’est le groupe « Jeunesse du 6 avril », appelant aux réformes notamment constitutionnelles et à la fin de l’état d’urgence, qui a également tenté de manifester dans le centre au cri de « A bas Hosni Moubarak » et « Liberté, liberté ». Selon les médias qui ont rapporté l’évènement, les manifestants au nombre d’environ 200 auraient été réprimés par les forces de l’ordre et plusieurs d’entre eux auraient été arrêtés (60 selon les autorités rapporte l’AFP). Al Jazeera fait part de son côté de la confiscation par la police anti-émeutes de plusieurs enregistrements de l’une de ses équipes de reportage.

Le journal indépendant « Al Dostour » (La Constitution) a quant à lui rapporté des attaques perpétrées à l’encontre des journalistes et contre certaines femmes dont le voile aurait été arraché. Le journal d’opposition publie notamment sur son site internet la liste des militants que les forces de sécurité auraient arrêtés et a mis en ligne une série de photographies montrant les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre, diaporama repris sur Youtube. Le voici-dessous :

 

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(crédit photo : REUTERS/STRINGER/EGYPT)

 

New Roz kurde au Caire!

Voilà je vous l’avais promis. Voici une des vidéos prises lors de notre participation aux festivités kurdes organisées en banlieue du Caire par le Parti Démocratique Kurde iraquien. L’évènement était assez impressionnant. Je promets de mettre très vite un papier plus long.

 

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« La Marocaine »

Papyrus, passeports, filles de joie marocaines et punitions… ou l’envers du décor saisi à l’occasion d’une visite au ministère de l’Intérieur égyptien. Récit.

passeportmarocain.jpg Faissal et moi avions rendez-vous au ministère de l’intérieur pour des papiers administratifs relatifs à notre résidence en Egypte. A vrai dire, cela ne me faisait pas vraiment peur. Avoir affaire aux autorités égyptiennes, on a toujours mieux comme programme, mais j’étais plutôt enthousiasmée à l’idée de voir ce qui se passait dans les bureaux de cet immense bâtiment, coiffé de dizaines de satellites et entouré d’un nombre impressionnant de militaires. Excitée donc de découvrir, mais je craignais déjà l’attente. Et puis disons que l’horaire du rendez-vous éveillait un tantinet les soupçons : 21h30 mercredi dernier…

Le ministère se situe à quelques rues de chez moi. En arrivant, les agents d’accueil ne brillent pas par leur amabilité. On fait passer les personnes par un sas de sécurité en leur ordonnant, d’une voix criarde, de déposer à l’accueil téléphones portables et autres objets métalliques. Les formalités de contrôle accomplies, nous nous dirigeons vers la salle d’attente, spacieuse, aux murs blancs presque immaculés. Je suis la seule femme. En arrivant dans la salle, une douzaine de paire d’yeux me dévisagent de haut en bas. Je m’assieds. Manque de chance, j’ai oublié ma lecture à la maison. Mes deux seules distractions : une fiche d’informations à remplir et mon …dictionnaire arabe-français!

J’en profite pour revoir les mots de vocabulaire appris dans la journée. Objectif : éviter de croiser au maximum les regards des mâles qui m’entourent. A ma droite, un jeune d’une vingtaine d’années ne semble pas vouloir décoller ses yeux de moi. Je m’énerve gentiment et lui fais comprendre qu’il a tout intérêt à arrêter son numéro tout de suite. Faissal se crispe. La soirée commence bien… Trente minutes sont passées. Nous sommes toujours là à attendre qu’on veuille bien nous appeler. Au plafond, le bruit d’un néon sur le point de rendre l’âme m’agace autant que les regards insistants de mon voisin grisonnant d’en face, qui s’y met lui aussi.

Ce soir, c’est un festival de matage auquel j’ai droit et en plein ministère de l’Intérieur. Merci je ne suis pas venue pour rien… Voilà, on nous appelle enfin. Il est bientôt 22h15. Nous traversons la cour du ministère et rejoignons une autre entrée intérieure du bâtiment. A l’intérieur, un jeune homme à la taille impressionnante nous accueille et ouvre la porte de l’ascenseur. Nous nous y engouffrons et quelques secondes plus tard nous voilà arrivés. Je prie pour que les formalités administratives se fassent vite. En sortant de l’ascenseur, j’ai un peu de mal à croire ce que je vois : deux personnes, un homme d’une cinquante d’années et une jeune femme, tous deux debout, visage face au mur. A leur gauche, l’accueil du service dont les agents semblent apprécier le spectacle : glousseries et moqueries en tout genre fusent à l’encontre des deux « punis ». Je crois rêver. J’ai l’impression de faire un retour en arrière d’une quinzaine d’années, quand, grondés par la maîtresse, les plus vilains d’entre nous étaient amenés « au coin ».

En observant la jeune femme, je me rends compte qu’elle porte une djellaba traditionnelle marocaine, de couleur rose, la capuche sur le dos. Même ses blaghi (babouches) typiques trahissent son origine. Je suis persuadée que c’est une Marocaine, j’en mettrai ma main à couper. J’ignore ce qui l’a amenée ici. Sa tenue est couverte de ce qui paraît être de la graisse de voiture. Ses cheveux, noirs de jais, sont plus ou moins attachés et ses deux bras, posés le long de son corps immobile. La porte du bureau du responsable s’ouvre enfin. En sortent deux agents du ministère entourant un homme et lui ordonnent de rejoindre les deux « punis » : à son tour le voilà debout entre les deux autres, face au mur.

Cette fois-ci le responsable nous fait signe d’entrer. L’accueil est très cordial. Sur son bureau, plusieurs passeports dont celui situé tout au dessus qui est, pour sûr, marocain. Je le reconnais à l’armoirie dorée qui orne la couverture. Nous sommes invités à nous asseoir sur le canapé. A côté, la télévision est allumée. La salle est sombre, éclairée par une unique petite lampe de bureau. L’on nous pose des questions sur notre séjour, montrons nos passeports et cartes d’identité. Rien de méchant. Le responsable a le sourire, les questions n’ont pas le ton d’un entretien formel. En trois minutes chrono, nous récupérons nos papiers. Nous sortons du bureau. Je ne peux m’empêcher de demander à Faissal de retourner discuter avec notre interlocuteur pour en savoir plus sur les raisons de la « punition » des trois personnes. Il fait demi-tour et sur le pas de la porte lui demande : « Ils sont marocains? » . Réponse : « Oui ». – « Pourquoi sont-ils ici? »« Ils ont fait de mauvaises choses » lui répond le fonctionnaire. « De la prostitution? », l’interroge Faissal. –« Oui », avoue-t-il, avec un quasi un sourire dessiné sur le visage.

En sortant je ne peux m’empêcher de tenter de capter un regard de la jeune Marocaine. Mais en passant à côté d’elle pour emprunter l’escalier, elle ne décollera pas ses yeux du mur qu’elle fixe depuis je ne sais combien de temps. Une prostituée? Je ne le saurai jamais. Au Moyen-Orient, les Marocaines ont la réputation d’être « les putes de la région ». J’ai entendu cela plus d’une fois, en Syrie, il y a quelques années, et en Egypte aujourd’hui. J’aurais voulu lui parler, savoir ce qu’elle faisait au Caire, ce qui lui était arrivé, pour quelles raisons s’était-elle retrouvée là, debout comme un enfant face au mur d’un service du ministère de l’Intérieur égyptien? Je me demande aujourd’hui ce qui a bien pu lui arriver et m’en veux de ne pas avoir cherché à en savoir davantage et de ne pas l’avoir aidée. J’ignore comment j’aurais pu mais j’aurais dû essayer.

Nassira El Moaddem

Billet publié sur le Bondy blog : cliquez ici

Cliché Live from Cairo : tanks VS manèges

imga00531.jpg Suez, ville égyptienne célèbre pour son canal. Ici au park Moubarak le long de la baie de Suez. La voix de Madame Oum Kelthoum en fond sonore, et des enfants accrochés aux manèges s’amusent face aux tanks du musée militaire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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