posts de novembre 2009


Le Caire ne fait plus la fête!

Après avoir regardé le match Egypte-Algérie du Caire dans un café bien populaire, on avait décidé pour cette « belle » de se rendre dans un endroit assez chic  où se réunissent intellectuels et artistes de la capitale.

imga0007.jpgL’ambiance était bon enfant. Les filles tapaient sur des tambourins tandis que les hommes criaient à tout va « Misr Misr » (Egypte, Egypte) entre deux gorgées de bière locale. Tout se passait plutôt bien tant qu’on supportait les Pharaons.

Avec une amie tunisienne, nous avons décidé de faire « notre coming out » et d’encourager ouvertement l’Algérie. Après que les spectateurs aient chanté leur passion pour leur pays, nous avons à deux (grand moment de solitude) encouragé l’équipe algérienne en scandant « Jazaïr, Jazaïr. » Là un psychopathe d’en face, qui pourtant avait l’air à première allure assez saint d’esprit, se retourne et nous lance :  » Euh c’est juste pas possible. Il n’y a pas moyen que vous supportiez l’Algérie alors que je suis assis devant vous. Arrêtez cela s’il vous plaît« . Moi je fais ma niaise en faisant semblant de ne pas comprendre ce qui se passe. Il s’emporte, fait de grands gestes, soupire un bon coup tandis que nos voisins égyptiens tentent de le raisonner en lui expliquant qu’il n’a pas à faire la loi dans le café et que chacun est libre de supporter qui il souhaite dans le respect de chacun. Un spectateur se retourne et nous dit : « Vous supportez qui vous voulez. Ne l’écoutez pas! » A mes côtés, une Egyptienne me sourit : « Oui, les filles supportez qui bon vous semble. Si vous voulez je supporte les Algériens avec vous!! »L’incident se termine. Au moment de l’hymne national algérien, notre cher ami dirige deux élégants doigts d’honneur vers les Phennecs. Stupéfaction de la part de nos voisins égyptiens et d’autres spectateurs qui restent bouche bée devant la stupidité de notre compatriote arabe. Après le but algérien, le voilà qui s’agace, parle dans sa barbe en maudissant les Algériens. Lorsqu’un Phennec (me souviens pas de qui il s’agit) se penche au sol pour aider un Egyptien à se relever, le voici qui crie : « Ne le touche pas avec ta main sale de fils de chien ».

imga0062.jpgAutour de moi, les gens le calment en lui donnant une bonne leçon de civisme : « Hey, on ne veut pas entendre ce genre de choses ici tu as compris », lui lance ma voisine de derrière. A peine le match terminé, le voici qui quitte précipitamment la salle du café. Un ami me racontera en sortant l’avoir entendu dans les toilettes, pleurer toutes les larmes de son corps. C’était en fait qu’un enfant, fan de ballon rond qui souhaitait plus que tout la qualification de ses joueurs préférés. J’étais triste pour lui en réalité. Mais tellement contente pour l’Algérie!

Dehors, sur les grandes avenues du centre-ville du Caire, les drapeaux sont toujours au rendez-vous mais le sourire est forcé. Descendant de la place Taalat Harb à la place Tahrir, les Egyptiens dans une foule éparpillée se réconfortent mutuellement en se lançant des « maalesh » ( « ce n’est pas grave« ). Chacun refait son match. Le Caire ne fera pas la fête ce soir. Les klaxons de la semaine ne retentissent plus, les flashs ne crépitent plus et tête baissée, chacun rentre chez soi, dépité.

Egypte-Algérie : une folle nuit au Caire

Trois heures du matin ici au Caire et les klaxons continuent encore à fuser dans les rues de la capitale égyptienne. L’Egypte a gagné son match contre l’Algérie mais est loin d’avoir remporté son ticket pour l’ Afrique du Sud. Reste à remporter « la belle » au Soudan mercredi prochain. D’ici là, la presse et le web vont s’en donner à coeur joie.

img0573.jpg Les yeux rivés vers un téléviseur 55 centimètres en guise de grand écran, les spectateurs attendent impatiemment assis à la terrasse du café le début de la rencontre. Le match retour contre les Phennecs algériens. Cette rencontre, les Egyptiens l’attendent depuis longtemps. Depuis plusieurs semaines, elle était devenue le sujet numéro un des rues du Caire. Pas un seul endroit vous ne pouviez traverser sans que la rencontre ne soit évoquée. La discussion a atteint son apogée quand le bus des joueurs algériens, se rendant à leur hôtel, a été la cible jeudi soir de jets de pierre de la part de supporters égyptiens. Pour la presse locale, il ne s’agissait que d’une vulgaire mise en scène orchestrée par les Algériens tandis que ces derniers critiquaient l’Egypte pour avoir négligé leur sécurité. La polémique a déclenché une vague de réactions sur le net. Supporters des Pharaons égyptiens et pro-Fennecs algériens se sont livrés à de véritables diatribes sur les réseaux sociaux notamment sur Facebook se lançant des piques à coups de vidéos interposées et de slogans à tout va.

Au café où je me suis installée pour regarder le match, les couples endimanchés côtoient les familles traditionnelles, les jeunes adolescents tentent de décrocher le numéro de téléphone de leurs voisines apprêtées et certains lèvent les mains au ciel et en appellent à Dieu pour l’issue du match. « Bismi Allahi Arahman Arahim« ! C’est par ces mots que le commentateur de la chaîne égyptienne qui retransmet le match débute son programme. A cela, la foule répond en scandant: « Ya rab, ya rab! » (oh mon Dieu). Une invocation que les spectateurs répèteront plusieurs fois durant la rencontre.

Voici que l’entraîneur égyptien fait son apparition dans le stade. Acclamation du public qui frappe des mains très fort. Jusqu’à ce que le sélectionneur algérien fasse son entrée et récolte les huées des spectateurs. Certains improvisent même quelques élégants doigts d’honneur à l’arrivée des Phennecs. Le match n’a pas encore commencé que les odeurs de tabac, de narguilé et de sodas américains toutes mêlées les unes aux autres me titillent déjà les narines. Au dessus de la foule, des nuages de fumée se forment et le serveur débute sa tournée en tentant de se frayer un chemin au coeur de la foule compacte.

img0457000.jpg

Quelques minutes plus tard, le courant s’arrête stoppant d’un coup net la retransmission du match. Le public vacille. C’est la pire chose qui pouvait arriver. A peine les spectateurs avaient eu le temps de protester contre ce mauvais coup du sort (algérien!) que l’électricité revenait de plus belle. Applaudissements et cris de joie! El hamdoulilah! L’entrée des joueurs égyptiens sur la pelouse provoque sifflements, youyous et autres explosions de joie et chacun récite avec entrain l’hymne national égyptien.

Le match commence enfin. Certains des supporters égyptiens ont fait preuve d’originalité dans le choix de leurs tenues : drapeaux joliment noués sur la tête, voiles colorés aux couleurs de l’Egypte pour les filles, visages recouverts de noir et de rouge pour d’autres. La majorité des supporters a pris place sur les dizaines de chaises multicolores disposées devant l’écran. D’autres ont escaladé une petite cabane près du café et se sont installés sur son toit. Certains, faute de place, se contentent de regarder le match debout, s’appuyant sur la pointe des pieds pour tenter d’apercevoir une action que cache la tête du spectateur d’en face. De mon côté, de là où je suis, loin du téléviseur, j’ai laissé tomber l’idée de pouvoir voir le ballon bouger. Je devine sa place au déplacement des équipes. Même les joueurs algériens sont difficilement repérables avec leurs maillots aux couleurs de la pelouse.

A peine cinq minutes sont passées que les Pharaons inscrivent déjà un premier but. En face de moi, j’assiste à une liesse endiablée de supporters déchaînés. J’en ai assisté à des diffusions de match de football mais la frénésie de ce soir a atteint des proportions jamais vues. Les pétards fusent de tous les côtés, les voisins s’embrassent, les canettes de sodas s’envolent. Les serveurs eux n’ont pas le temps à la fête, contraints d’abreuver la centaine de clients amassée dans le café.

On maudit le ciel lorsque les Pharaons piétinent devant les filets algériens et on remercie Dieu lorsque ce dernier permet au gardien égyptien d’arrêter un ballon dangereux. Jamais je n’ai vu Dieu aussi sollicité et malmené à la fois en un temps record! Les sodas se boivent à la vitesse de l’éclair, les cigarettes volent par dessus la mêlée. Le serveur qui a abandonné l’idée de pouvoir accéder à ses clients par la voie classique décide de distribuer les boissons…. par voie aérienne. Entre deux actions du match, il n’est pas rare de voir passer des bouteilles d’eau et autres canettes dans les airs. A mes côtés, une jeune femme se ronge les ongles et devant moi, un homme, les mains derrière sa tête, n’en finit pas de se balancer d’avant en arrière au point de me donner le tournis. Après la joie du but, le stress s’installe chez les supporters. Encore un but et le ticket pour le mondial est encore possible!

Voici qu’arrive la mi-temps. On se lève se dégourdir les jambes : certains se ravitaillent de chips et sandwichs en tout genre, tandis que le jeu des chaises musicales permet à ceux ayant passer la première partie debout, de goûter à un repos bien mérité. La pause finie, les spectateurs reviennent et le match reprend. Avec lui son lot de stress et d’inquiétude qui se lit de plus en plus sur les visages des supporters des Pharaons. Car à ce stade de jeu, même en gagnant 1 à 0, c’est l’Algérie qui l’emporte et part pour l’Afrique du Sud. Les spectateurs s’impatientent, s’agacent de ne pas voir ce foutu ballon rond rentrer une seconde fois au fond des buts algériens. Certains se tirent même les cheveux lorsque la balle frôle de justesse le but adverse. Les supporters s’agitent, tapent du pied, font des grands gestes, maudissent les Phennecs. La fin de la deuxième mi-temps approche et avec elle les espoirs des Egyptiens de voir leur équipe l’emporter s’envolent. Des groupes de supporters au visage dépité préfèrent quitter le café avant la fin, dégoûtés du spectacle qui se joue devant leurs yeux. Pourtant, comme une cadeau venu du ciel, le voici qu’il rentre le ballon rond. Les Egyptiens marquent donc leur deuxième but. A la 96e minute. In extrémis. Explosion de joie. Les spectateurs font voler les chaises, tables, verres. Les jeunes gens arrachent leur tee-shirt, les jeunes filles n’en finissent plus de youyouter. C’est la folie! Tout le monde saute dans les bras l’un de l’autre. Les jeunes se dirigent en masse vers la place adjacente, Talaat Harb, une place centrale du Caire. Les klaxons n’en finissent plus de fuser, les motos font des queues de poisson, on dégaine les téléphones portables pour immortaliser l’instant. Femmes, jeunes, enfants, pères de famille, adolescents, tout le monde célèbre avec excitation et folie ce moment de ferveur. Les drapeaux égyptiens flottent dans les airs en nombre incalculable. Les grandes artères sont pris d’assaut par les Egyptiens, entourés par un important dispositif de sécurité. Même les policiers photographient et filment ces instants de joie. Les rues sont noires de monde. La foule n’en finit pas d’affluer de toutes parts. A Tahrir, la place principale du centre-ville à deux pas du Nil, l’ambiance est surchauffée! Les jeunes tapent fort sur les tambourins tandis que celles et ceux qui les accompagnent, dansent sur les rythmes entraînants. Certains vont même jusqu’à monter sur les bus pour crier leur joie. Le Caire comme toutes les nuits ne dormira pas ce soir mais rêvera cette fois-ci à une qualification de l’Egypte au prochain Mondial. Reste encore une étape. Celle du Soudan.

Egypte- Algérie : attaque du bus algérien, une mise en scène selon la presse égyptienne

Dans la soirée de jeudi, alors que la fête débutait à peine pour le concert Cheb Khaled-Mohamed Mounir, en banlieue du Caire, le bus de l’équipe nationale algérienne, a été attaqué sur le chemin qui le menait de l’aéroport à l’hôtel. Les Fennecs doivent en effet rencontrer samedi dans la capitale égyptienne les Pharaons dans le cadre des éliminatoires pour la Coupe du Monde de football de 2010.

Image de prévisualisation YouTube

(vidéo publiée par Scofbrim et filmée de l’intérieur du bus algérien lors de l’attaque.)

«Ils ont caillassé le bus avec des grosses briques. Des joueurs ont la tête ouverte et en sang. On était allongé dans le bus. Toutes les vitres étaient cassées», raconte Anther Yahia, joueur de la sélection algérienne,  au micro de la radio RMC. Ce dernier n’hésite pas à pointer du doigt les autorités qui selon lui ont négligé leur sécurité. «On ne peut pas envoyer des pavés de 5 kilos de 50 mètres. Ils ont laissé faire et regardé. C’est une honte ! »Et de poursuivre : «Tant que la vie des joueurs n’est pas assurée, on a peur de jouer le match» . Pour Yazid Masouri, son co-équipier et capitaine de l’équipe algérienne, légèrement blessé par des bris de verre «c’est du jamais vu» . Il raconte que «des voitures étaient collées au bus» et avoue «ne pas comprendre pourquoi il n’y avait pas d’escorte». Au total, cinq joueurs algériens ont été touchés dont Khalid Lemmouchia qui a dû être transporté à l’hôpital pour soigner ses blessures. Selon l’AFP, deux ministres algériens ont déclaré la présence de blessés parmi l’équipe, une déclaration niée par des sources policières égyptiennes.

Image de prévisualisation YouTube

Interview à I Télé du capitaine de l’équipe algérienne, Yazid Mansouri.

La presse égyptienne de ce vendredi n’est pas tendre avec la sélection algérienne. La grande majorité des journaux parlent d’un scénario monté de toutes pièces du côté algérien pour faire croire à une attaque provenant du camp égyptien. Le quotidien indépendant Al Masri Al Yom va même jusqu’à titrer en Une : « Un comédie algérienne« . Si le journal avoue que des jeunes ont bien attaqué le bus de la sélection algérienne par des jets de pierres, il remet en cause la version des Fennecs qui ont selon lui, «  profité de l’occasion pour affirmer avoir été effrayé et blessé ». Le journal affirme même que ce sont les joueurs algériens eux-mêmes qui ont détruit des sièges et les vitres de l’autobus pour faire croire à une véritable attaque. Même son de cloches pour le journal indépendant Al-Chourouq pour qui l’affaire n’est qu’une « crise montée de toutes pièces ». Le quotidien, qui cite une source policière de haut niveau, précise que « les vitres ont certes été cassées mais de l’intérieur » remettant en cause la version donnée par les joueurs algériens. Quant au journal « Al Ahram », ce dernier parle d’ »incident étrange » en accusant quelques joueurs algériens d’ »avoir délibérément cassé les vitres du bus en prétendant avoir été l’objet de jets de pierre ». La chaîne qatarie AL Jazeera précise de son côté que c’est le chauffeur égyptien du bus des Fennecs qui a contredit la version des joueurs algériens affirmant que ces derniers avaient eux-mêmes lancé des pierres de l’intérieur.

Canal Plus avait quant à elle dépéché un journaliste, Guillaume Pivot, qui se trouvait dans le bus algérien lorsque celui-ci a été attaqué. Le journaliste témoigne de ce qui s’est passé et confirme la version de l’équipe algérienne.

Image de prévisualisation YouTube

De son côté, la Fédération Internationale de Football, suite à l’annonce de l »attaque du bus algérien, a lancé un avertissement aux autorités égyptiennes leur enjoignant d’assurer la sécurité des joueurs de l’équipe adverse. Elle a par ailleurs envoyé une délégation d’experts pour recueillir les témoignages des joueurs algériens et constater les dégâts. Selon la chaîne Al Jazeera, la FIFA a confirmé la version des joueurs algériens. Les Fennecs qui ont demandé, suite à l’agression , de différer la tenue de la rencontre de 24 heures se sont vus opposer une fin de non recevoir de la part de la FIFA. Sauf évènement exceptionnel, le match aura donc lieu. L’ambassade d’Algérie au Caire a ouvert ses portes aujourd’hui pour vendre les billets pour les citoyens algériens. Dans les rues du Caire, l’ambiance bat son plein. Depuis quelques jours, les officiels mettent en place le dispositif de sécurité dans la capitale tandis que les vendeurs de drapeaux  et autres accessoires installent leurs stands.

Egypte-Algérie, la fièvre monte au Caire

Les Pharaons sont sûrs de battre, samedi soir, les Fennecs. Les cafés font le plein de boissons et de parfums de chicha. Reportage au Caire.

 -- Cliquez pour voir l'image en entier

Le compte à rebours a commencé. Dans les rues du Caire, les taxis, les restaurants, les transports publics, à l’université, où qu’on se trouve, impossible d’y échapper. L’Egypte affronte samedi l’Algérie dans un ultime match de qualification pour le mondial de foot de 2010 en Afrique du Sud. Sa fierté nationale est en jeu. Elle l’est d’autant plus qu’elle joue contre une autre équipe arabe. La donne est simple : pour se qualifier et éliminer de la course l’Algérie, l’Egypte doit gagner par trois buts d’écart.

Depuis plusieurs jours, la capitale égyptienne vit au rythme des pronostics. Non pas sur l’issue de la rencontre. L’affaire est entendue. Mais sur le nombre de buts que les Pharaons inscriront contre les Fennecs algériens. Ihab, un Egyptien d’une vingtaine d’années, résume le dilemme : « C’est soit on gagne, soit on gagne. Il n’y a pas d’autre choix ! » On ne peut plus clair!

Dans les taxis, les chauffeurs m’interrogent : « Votre accent n’est pas d’ici, vous ? – Non, je suis française mais originaire du Maroc. » Maroc en arabe se dit « Maghreb » et peut donc aussi signifier la région du même nom. « Ah ! Vous venez du Maghreb ? D’Algérie ? » A ce mot d’« Algérie », je vois dans le rétroviseur ses sourcils former un « V », le « V » de victoire. « Non, non, je suis originaire de Casablanca », rectifie-je. Je remercie le ciel de la non sélection de l’équipe nationale marocaine. El hamdoulilah ! « J’aime beaucoup les Marocains. J’ai quelques clients marocains. Il y en a beaucoup au Caire, ce sont des gens bien ! – Et les Algériens ? Vous ne les aimez pas ? – Nous sommes tous frères ! », lance-t-il, le sourire malicieux. « Mais samedi, notre cœur battra pour les Pharaons. » Evidemment.

Dans les cafés de la capitale, on se frotte les mains. Certains s’attèlent à la préparation du grand soir. C’est qu’il en faut des sachets de thé, des boissons gazeuses, des bières locales et autres parfums de chichas pour les nombreux supporters attendus. Quelques drapeaux trônent fièrement sur les façades des cafés tandis que les camions acheminent par centaines les sodas en bouteilles de verre.

« C’est un grand jour pour l’Egypte entière. Nous sommes tous derrière les Pharaons, mais nous pensons aussi à notre petit commerce. Ce n’est pas tous les jours qu’un évènement comme celui-ci a lieu. On espère recevoir du monde », s’enthousiasme Hussein, un cafetier du centre-ville cairote. J’imagine déjà les Egyptiens attablés en terrasse, dans une ambiance enfumée, les yeux fixés sur le petit poste de télévision posé au-dessus du réfrigérateur. Suspendus au score, le narguilé à la bouche, ils sursauteront à la moindre occasion de but, acclameront chaque ballon rentrant et se défouleront sur leurs cigarettes en protestant contre les ratés de leurs joueurs.

Mes amis égyptiens me déconseillent fortement de me rendre au stade pour assister au match. Etant au Caire, je ne voulais rater l’évènement pour rien au monde. Mais à les entendre, la fin de la rencontre pourrait avoir des allures de cataclysme. Et puis une fille dans un stade, ce n’est pas dans les mœurs locales. « Non, ça ne se fait pas ici. Vous pouvez vous rendre dans les cafés en ville mais n’allez surtout pas au stade. Ça va être la folie là-bas et on ne sait pas comment cela va se terminer », me prévient Ahmed, l’épicier de ma rue.

Mon côté aventurier en prend un coup, mais je me plierai aux conseils de mes amis égyptiens et opterai pour un plan plus tranquille : regarder le match assise à la table d’un café, à respirer les odeurs de chicha, de cigarettes et de thé. Les fumigènes en moins. L’histoire ne dit pas pour l’instant si le centre-ville s’enflammera aussi.

La sécurité entourant ce match majeur nourrit les rumeurs et les craintes. En voici quelques-unes : l’Egypte aurait décidé de ne pas laisser les femmes rejoindre les tribunes du stade pour assister au match. Par peur que cela dégénère. Dans les journaux, impossible de trouver le nom de l’hôtel où descendra la sélection algérienne, par peur d’y voir débarquer des hordes d’Egyptiens qui envisageraient de déconcentrer les joueurs de l’équipe adverse. Moins drôle, certains prédisent des accidents à l’entrée : le stade peut accueillir 80 000 personnes mais les gens disent que plus de 100 000 seront à l’intérieur et d’autres tenteront coûte que coûte de pénétrer dans l’enceinte, au risque des piétinements.

Avant le match, il y aura ce soir le concert conjoint de Cheb Khaled, la star du raï algérien, et de Mohamed Mounir, vedette de la chanson égyptienne. Les deux artistes se retrouveront sur la même scène en banlieue du Caire. Cheb Khaled, qui croit aux bonnes vertus de la musique, a déclaré : « Je chanterai au Caire le 12 novembre pour apaiser les esprits. »

Nassira El Moaddem (Bondy-Le Caire)

Publié sur le Bondy Blog : cliquez ici.

Beyoncé : des déhanchés pas très « catholiques » selon les FM!

Malgré de nombreuses oppositions, Beyoncé, star de r’n'b américaine, a finalement donné son concert vendredi à Port Ghaleb, une station balnéaire du sud de l’Egypte située sur la Mer Rouge. Mais le show n’a pas été tout à fait comme les autres. Ces derniers jours, la diva américaine a été l’objet de vives critiques de la part de certains membres des FM, Frères Musulmans. Un des députés du mouvement d’opposition égyptien, Hamdi Hassan, abeyonceiamtour.jpg été jusqu’à écrire au Premier ministre et au ministre de l’Intérieur afin de s’opposer à la venue de Beyoncé. Dans sa missive, le parlementaire a accusé le gouvernement « d’encourager le péché et la débauche » et demandé l’annulation pure et simple d’une fête qu’il juge « à caractère sexuel ». Selon lui, les affiches de promotion de la tournée mondiale de la star menaceraient « la paix et la sécurité » du pays. Celles-ci montrent la vedette dans une pose suggestive, vêtue d’un body très moulant et tenant un guidon au niveau de ses hanches généreuses.

Sur le réseau social Facebook, un groupe a même été créé contre la tenue du concert. Vendredi soir, quelques heures avant le début du show, il comptait 10 000 membres. Le mois dernier, c’est un show prévu dans la capitale malaisienne, Kuala Lumpur, qui avait du être reporté. Un parti islamique conservateur avait appelé à l’annulation de l’évènement accusant le comportement jugé indécent de la chanteuse. De même en 2008, le concert de Shakira, qui s’était tenu au pied des pyramides égyptiennes, avait suscité de vives réactions de la part des Frères Musulmans.

Pour le plaisir des fans de la célèbre chanteuse, le concert a bien eu lieu. Moyennant finances. Grosses finances parfois. Les places les mieux placées se sont vendues à 2, 000 livres égyptiennes soit près de 250 euros. Une fortune pour la plupart des Egyptiens. Abdelrahman Ayyash, bloggueur et édiorialiste au journal électronique Bikya Masr, proche des Frères Musulmans, s’oppose à la venue de la star, pour de toutes autres raisons. « Je suis contre le fait que ce genre de concert, où les tickets sont vendus à plus de 2000 guinées, se tienne dans un pays où le gouvernement vient d’annoncer que le revenu moyen des Egyptiens était de 7000 guinées par an soit 875 euros », dénonce-t-il. Pour Imane, une étudiante de l’université du Caire, « organiser un concert aussi loin du Caire et à des coûts aussi grands n’a qu’un seul objectif : tenir les classes les plus pauvres à l’écart de la fête ».

Le show a donc eu lieu. La star, quant à elle, n’a eu que faire des diverses accusations dont elle a été l’objet. Comme à son habitude, elle a opté pour un body sexy et a offert au public des déhanchés vertigineux. Voyez plutôt ! (Vidéo publiée sur le site Youtube par Rahaf4ever.)

Image de prévisualisation YouTube

Algérie – Egypte, Cheb Khaled s’en mêle !

Ces derniers temps, impossible au Caire d’éviter la sempiternelle question :  » T’es pour qui? L’Algérie ou l’Egypte »? Les Fennecs ou les Pharaons? » Etant au Caire pour une année entière, difficile pour moi de renier l’équipe d’un pays qui m’accueille les bras ouverts. De plus, il ne faut surtout pas jouer avec le feu : ici en Egypte, le football est plus qu’un simple sport. Avec l’enjeu de la qualification à la coupe du monde, c’est de la fierté des Egyptiens dont il s’agit. J’ai observé, il y a à peine quelques semaines, la déception de ceux qui ont vu l’équipe des moins de 20 ans se faire éliminer à plates coutures sur son propre sol, alors que l’Egypte était pays organisateur. Le 15 novembre, il en va de l’orgueil de tout un pays.

article8812khaled031120092.jpg Là vous vous dîtes sûrement : « que vient faire Cheb Khaled dans toute cette histoire? » Et bien la star algérienne sera accompagnée du chanteur égyptien Mohamed Mounir pour un concert le 12 novembre au Caire, soit trois jours avant le grand match.  Cheb Khaled, qui croit en la vertu de la musique comme je crois au pouvoir des prévisions météo, a osé déclarer : « Je chanterai au Caire le 12 novembre pour apaiser les esprits« . Tout un programme…

Mes amis égyptiens me déconseillent depuis plusieurs jours de me rendre au stade pour assister au match. « Ha ykoun lharb, hinek, 3an ged » (ça va être la guerre là-bas, sérieusement) m’a averti l’un d’entre eux. De toute façon, tous les  billets ont déjà été vendus et hors de question de se procurer des tickets hors de prix au marché noir.   On regardera donc le match dans un café « ennarguilé » (expression orientaliste néologique pour dire »enfumé par narguilé »!) du centre-ville, à respirer les odeurs de chicha, de Marlboro, de thé et de bière locale. Les fumigènes et les coups en moins. Ceci dit rien n’assure que le west el-balad (centre-ville) ne s’enflammera pas non plus.  En tout cas, avant le 15, c’est le 12. Rendez-vous pris pour le concert de Cheb Khaled. Je vous tiens au courant…

promos viandes |
actuplanet |
chlochlodu77 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | blogbladi
| sofianelebossdu0120041995
| LA GUILDE DES RIRES