posts de octobre 2009


Quand Khadija éclipse le débat sur la succession à Moubarak!

Depuis plusieurs jours, la presse égyptienne s’intéresse beaucoup au fils du président Hosni Moubarak, Gamal. Celui-ci est pressenti pour se présenter aux prochaines élections présidentielles de 2011. Pour succéder à son père, raïs depuis maintenant 28 ans.

Le « Sunday Times », a de manière surprenante consacré dimanche 25 octobre un papier pour le moins mielleux à l’égard de Khadija Mou157516041580160515751604.jpgbarak, épouse de Gamal depuis 2007. La jeune femme, âgée de 27 ans, peut s’enorgueillir d’un portrait dressé plus que flatteur. On apprend ainsi que « la belle et jeune Khadija, beauté de la haute société égyptienne, est diplômée en gestion des Affaires de l’Université Américaine du Caire ». « Maîtrisant parfaitement l’anglais, elle travaille pour son père, Mahmoud El Gamal, propriétaire d’une des plus grandes entreprises de construction d’Egypte« . On nous apprend également que « les week-end, Khadija joue occasionnellement au football au Complexe sportif de la très chic île de Gezira, au centre du Caire« .

Marie Colvin, la journaliste auteur de cet article, rappelle que le couple s’est marié il y a deux ans dans une « somptueuse cérémonie privée organisée dans la banlieue huppée de Zamalek » précisant que « Khadija, qui se fait discrète, refuse de donner des interviews depuis leur union et apparaît rarement dans les magazines« . Et la journaliste d’écrire que la future probable première Dame d’Egypte, « a été photographiée portant de très élégants vêtements lors du Forum Economique Mondial organisé à Sharm El Sheikh » citant ainsi pour appuyer ses propos un certain « homme d’affaires ami de la famille » : « Elle serait une première Dame parfaite pour l’Egypte. Elle est intelligente, douce et connaît très bien le monde. Et puis elle a de la classe« . Etonnant venant de la part d’un ami de la famille…

Dans les dernières lignes de son papier, Marie Colvin précise à juste titre les pressions grandissantes en Egypte quant à la question de la succession en rappelant la toute puissance du parti de Hosni Moubarak (Parti National Démocratique (PND) sur la scène politique depuis des décennies et son contrôle étroit des médias. Mais l’article se contente de résumer l’opposition à la succession de Moubarak en une phrase « Des groupes d’opposition ont déjà lancé une campagne afin d’arrêter le train en marche de la succession…« . Et de poursuivre : « …bien que cette élection signifierait la fin de 50 années d’un régime militaire« …

L’Egypte est pourtant traversée actuellement par une vague de contestation populaire grandissante contre l’arrivée du fils du Raïs au pouvoir. Il suffit de voir les nombreux mouvements qui ont pris forme et qui s’expriment dans les journaux, sur la Toile ou sur les chaînes arabes satellitaires comme Al Jazeera ou Al Arabiya.

logo4.jpgPour ne citer que quelques uns de ces mouvements : « Did a-tawrith » (contre l’héritage ») qui s’oppose à l’instauration d’une république héréditaire. Un site internet a même été créé did-eltawrees.tv ainsi qu’un groupe sur facebook «    شباب ضد التوريث » (les jeunes contre l’héritage) qui compte plus de 1370 membres. Leurs slogans :

عشان المستقبل بتاعنا مش بتاعهم (Parce que notre avenir ne leur appartient pas !)

عشان اللى أتولد فى حكم حسنى مبارك ولاده ما يتولدوش فى حكم جمال مبارك  (Pour que ceux qui sont nés sous le régime de Hosni Moubarak ne voient pas naître leurs enfants sous l’ère de Gamal Moubarak).

6a00d8341c630a53ef0120a63f8331970c800wi.jpg L’ancien adversaire de Hosni Moubarak, Ayman Nour, fondateur et leader du parti d’opposition « Al Ghad » (Le Lendemain), emprisonné de 2005 à 2009 pour avoir falsifié de faux documents pour la création de son parti ( ce qu’il nie), a de son côté rassemblé mercredi 14 octobre au Caire une coalition intitulée « Mayehkomsh » (Il ne gouvernera pas!) réunissant des opposants de tout bord politique : Frères Musulmans, Kefaya, Front Démocratique, Parti Communiste Egyptien, Parti pour le Développement et la Justice.

A la fin de son papier,  Marie Colvin écrit : « Au Congrès annuel du PND (qui se tient ce week-end au Caire ndlr), Gamal Moubarak devra sans surprise recevoir un rôle plus important au sein de la formation au pouvoir, ce qui lui offrira un chemin tout tracé pour être le candidat du parti, même si l’intéressé le dément en public. Il a le soutien des jeunes et des ministres technocrates.(…) Ce sera aussi le moment où Khadija sera forcée de sortir de l’ombre ». No comment.

Le ministère des Transports égyptien : un « ministère cimetière »?

Le ministre des transports égyptien, Mohamed Mansour, vient de remettre sa démission suite à la collision entre deux trains survenue le 24 octobre à hauteur du village de Guerzah, à 70 kilomètres au sud du Caire. L’accident a fait, selon les chiffres officiels, 18 morts et 36 blessés. D’après les premiers éléments de l’enquête, le premier train a dû brusquement s’arrêter à cause de la présence d’un buffle sur la voie ferrée. Le conducteur du second train, qui n’avait pas été averti de l’arrêt du premier, l’a alors percuté à l’arrière. L’aiguilleur a en effet quitté son poste trop tôt, justement pour récupérer le premier train.

En 2006, le ministre avait dû essuyer un certain nombre de critiques suite au naufrage d’un ferry qui avait coûté la vie à plus de 1000 personnes. Il n’avait cependant pas quitté ses fonctions.

266856464ad08b6d3d8.jpg Il s’agit du second ministre des Transports, contraint à la démission. En février 2002, c’est Ibrahim A Damiri, qui avait quitter son poste de ministre suite au plus grave accident de train que l’Egypte ait connu. 360 personnes avaient ainsi perdu la vie.

Au parlement, un vif débat opposa lundi 26 octobre Abdel Rehim el Ghol, un membre du Parti Démocratique National,  (parti du président Moubarak) à Mahmoud Megahed, parlementaire des Frères Musulmans, appelant à mettre à sac le ministère des transports. Les deux députés en sont même venus aux mains au sein de l’hémicycle.

Tous les journaux égyptiens consacrent depuis deux jours leurs Unes à la démission du ministre Mansour. Le quotidien Al Masri Al Youm, publiait lundi une caricature montrant un buffle assis aux cotés d’un policier et qui déclarait :  » Ce n’est ni la faute du ministre, ni celle des cheminots, ni celle du gouvernement. Je suis le seul responsable: mettez moi en prison« . Le même dessin montrait un voleur au téléphone avec le ministre des transports qui affirmait : « Soyez sûr Monsieur le ministre, nous avons payé le buffle plus de 100 livres afin qu’il endosse seul la responsabilité de l’accident« . Le quotidien « Ashourouq » qui titrait mercredi 27 octobre, « Mansour… la démission » se demande à juste titre si le ministère des transports égyptien n’est pas devenu un « ministère-cimetière »…

Après la guerre du Houmous, celle du Taboulé?

Qui aurait cru au pouvoir des pois chiches? Pour comprendre de quoi je souhaite vous parler, il faut remonter à mars 2008. Sur le marché de Mamaneh Yehuda à Jérusalem, une équipe de cuisiniers israéliens s’était lancé un défi : réaliser le plus grand plat de houmous de l’histoire. Une gigantesque platée de purée de pois chiche de 400 kilogrammes avait été concoctée. Les Israéliens parviennent alors à décrocher le record mondial du plus grand plat de houmous jamais réalisé.

2578009489fbdd45d166.jpg Du côté libanais, on crie à l’usurpation d’un plat considéré comme national et on fustige l’Etat hébreu de vouloir s’approprier un plat considéré comme typiquement libanais. Il faut que dire que le houmous a de plus en plus de succès en Israel au point que Shooky Galili, journaliste israélien, en a consacré son propre blog « humus101.com« . Les « houmousia » (prononcé en hébreu « khoumoussia » avec « kh »  équivalent de la lettre خ arabe ), bouis-bouis locaux où l’on sert du houmous, font fureur en Israël.

Mais voilà que les 24 et 25 octobre dernier, les Libanais ont pris leur revanche. Au marché de Saifi dans le centre-ville de Beyrouth, plus de 250 cuisiniers du pays du Cèdre ont retroussé leurs manches pour établir un nouveau record : cette fois-ci, un plat de plus de deux tonnes de houmous a été réalisé, validé par le Guiness des records. Le lendemain, ce sont plus de trois cent cuisiniers qui avaient établi le record Guiness du plus grand taboulé jamais réalisé : 3,5 tonnes !

Au delà d’une querelle qui peut faire sourire, l’affaire cache une dimension économique de grande importance. Les industriels libanais accusent Israël de commercialiser certaines de leurs spécialités culinaires nationales sous l’appellation  » cuisine israélienne ». Fadi Abboud, président de l’Association des Industriels Libanais, annonce alors sa volonté de saisir les autorités européennes pour faire certifier le houmous comme plat officiellement libanais. «Cet événement marque le début d’un long parcours qui vise à protéger houmous et taboulé, leur procurant le statut de « marques déposées », rappelle Fadi Abboud interrogé par le quotidien libanais francophone l’Orient Le jour et la chaîne Actu et Politique de Dailymotion.

http://www.dailymotion.com/video/xass2z

Les Libanais déplorent, avec la commercialisation par les Israéliens de ces plats culinaires, un manque à gagner estimé à un milliard de dollars par an. Pour faire face à un marché de plus en plus concurrentiel, les industriels agroalimentaires israéliens font preuve d’une véritable imagination en créant de nouvelles recettes de houmous : aux pignons, au paprika, aux olives, aux légumes.. Si la querelle agite les relations israélo-libanaises, la guerre du houmous fait rage entre les industriels israéliens qui tentent de s’arracher le marché du houmous ……. aux Etats-Unis !  C’est ce que relate le journaliste blogueur israélien Shooky Galili sur son blog. Ainsi le journal économique israélien Calcalist titrait en Une début août : « The Hummus War ». Le marché américain du houmous est en effet estimé à plus de 250 millions de dollars et a enregistré une croissance de 78% en 2008 !

Au Caire, débarque le covoiturage!

C’est une petite révolution ici. Pas encore très populaire mais fait parler de lui sur la toile. Le problème numéro un en Egypte, disons un des problèmes numéro 1, c’est sans conteste celui de la circulation. Certains Egyptiens vous diront que le pays compte deux fois plus de voitures que d’habitants. Avec plus de 80 millions d’habitants, faîtes le calcul!

capturer.jpgLes embouteillages au Caire, c’est comme on dirait un pléonasme! Pas un jour sans voir les grandes artères du centre-ville bouchées par des milliers de voitures. Pour tenter de remédier au problème, des Egyptiens ont mis en place un site internet « Egypt Car Poolers« , le premier site de covoiturage en Egypte. L’initiative n’en est qu’à ses débuts mais dans un pays où la circulation et la pollution automobile sont deux vrais problèmes de société, le projet mérite d’être souligné. Pour les créateurs, « il n’y a aucune raison, au vu des problèmes majeurs de circulation au Caire, que le projet ne fonctionne pas« . J’ai contacté Hesham, un des fondateurs du site web. Selon lui, « beaucoup sont très excités à l’idée de cette initiative. Mais beaucoup aussi n’osent pas encore l’utiliser par peur de monter en voiture avec des gens qu’ils ne connaissent pas (…). Ce genre de concept, tout nouveau en Egypte, a encore besoin de temps« . Let’s see !

En France, on s’attaque au niqab. En Egypte aussi!

Que la commission Gérin se rassure. En Egypte aussi le niqab est pris pour cible! L’affaire remonte au début du mois d’octobre. Mohamad Sayed Tantawi, recteur de l’Université d’Al Azhar et grand imam de la mosquée du même nom, la plus grande autorité religieuse du pays, effectuait une inspection de vérification des mesures d’application contre la grippe A dans un établissement pour filles de l’université. Dans une des classes visitées, il aperçoit une jeune fille âgé de 12 ans portant le niqab. L’Imam lui demande alors de retirer son voile, ce que l’écolière exécute. Tantawi l’interroge alors sur les raisons pour lesquelles elle porte le niqab. La jeune fille, défendue par sa professeur, répond qu’elle ne l’a mis qu’une fois l’Imam entré et que dans la classe, uniquement composée de filles, elle ne le porte pas.

L’affaire aurait pu en rester là. Mais la suite des paroles adressées par Tantawi à la jeune fille va déclencher une vive polémique dans l’Egypte entière. L’Imam a ainsi déclaré que si l’écolière avait été jolie, elle n’aurait pas eu à porter le niqab et que de toute évidence, il en savait plus que ses parents sur les questions religieuses. Au-delà de la prise de position religieuse de Tantawi, qui a décidé suite à cette affaire de bannir le port du niqab dans les établissements scolaires pour filles d’Al Azhar, ce sont les attaques personnelles adressées par le plus grand imam du pays à une jeune fille de 12 ans qui ont choqué l’opinion publique égyptienne.

Pointant du doigt ce qu’il appelle être  » un genre de rigorisme rejeté par la charia islamique », l’imam s’est très vite fait emboîter le pas par le ministre de l’Enseignement supérieur, Hani Helal, qui quelques jours plus tard, a pris un décret interdisant l’entrée des « monaqqabates » dans les cités universitaires égyptiennes. (Voir la vidéo ci-dessous prise par medo4soft et disponible sur You Tube).

Image de prévisualisation YouTube

Pour la version sous-titrée en français, cliquez sur cette page du site des Observateurs de France 24 : ici.

Contre toute attente, des organisations libérales et des associations de défense des droits de l’homme ont défendu le port du niqab au nom des libertés individuelles. Al Jazeera, qui a diffusé en intégralité le dialogue entre l’imam et l’écolière, se demande de son côté si la prise de position de Tantawi ne va pas servir d’excuse aux pays occidentaux pour durcir encore plus leur positionnement par rapport au niqab mais également au voile islamique, ceux-ci disposant désormais d’une décision religieuse émanant d’une des plus prestigieuses universités islamiques du monde musulman (sunnite). Les Frères Musulmans ont, quant à eux, de suite exigé le retrait du décret et la démission de Tantawi.

Pour certains égyptiens rencontrés au Caire, pas de doute, l’imam d’Al Azhar, par ailleurs nommé par le président, est dans une phase de séduction du pouvoir, à la recherche d’une reconnaissance politique. Dans les rues du Caire, on rencontre ça et là des femmes portant le niqab mais leur nombre reste très faible. Dans les cités universitaires du pays, les filles portant le niqab n’avaient jusque là pas été inquiétées devant à l’entrée montrer patte blanche à UNE employée de la sécurité. Le port du niqab est apparu très récemment dans la société égyptienne avec le retour au pays de milliers de travailleurs égyptiens partis travailler dans les pays du Golfe et revenus imprégnés de la culture wahabbite.

Au Caire, pour un an !

Nassira a obtenu une bourse pour étudier la langue arabe dans la capitale égyptienne. Elle enverra au Bondy Blog des chroniques régulières. Immersion.

 -- Cliquez pour voir l'image en entier

Trente-cinq degrés en plein mois d’octobre. C’est ce qu’indique le thermomètre cairote depuis mon arrivée il y a quinze jours. Pas une goutte de pluie, ni un nuage dérangeant. Ciel bleu et soleil tapant. Les seules gouttelettes d’eau que l’on reçoit sur la tête sont celles qui jaillissent des climatiseurs fixés sur les façades des immeubles, arrosant en même temps les trottoirs secs du centre-ville. L’atmosphère suffocante de la capitale contraste avec l’air hyper-conditionné des bureaux, banques et autres boutiques.

En ces jours de forte chaleur, les Egyptiens ne jurent que par le tekif (climatiseur) : ceux qui en possèdent un à la maison le font fonctionner en permanence, fiers de ce que la technologie apporte dans leur chaumière ; les autres avouent rêver de s’en procurer un. En sortant de l’aéroport du Caire dimanche 27 septembre, j’ai été comme prise par un choc thermique : il était une heure du matin et l’air dehors était pourtant très chaud. A la sortie, les chauffeurs de taxi se ruent vers les voyageurs. J’avais décidé de prendre le bus, moins cher et plus aventurier. Sauf que le guide que je m’étais procuré ne précisait pas que les bus de nuit, se dirigeant vers le centre, ne passaient que toutes les heures.

Après une heure d’attente et une résistance accrue aux chauffeurs de taxis tentant de me persuader de la sécurité de leur véhicule, le bus numéro Ɛ• • , 400 en chiffres indiens (en Egypte, comme dans d’autres pays arabes, on utilise les chiffres indiens), pointe enfin le bout de son nez. Déjà plein. Etre une fille a son lot de privilèges : j’ai l’honneur de pouvoir m’installer près du conducteur, assise sur mes bagages. Dans le véhicule, beaucoup de jeunes hommes en route ou de retour de leur travail.

Première immersion dans le monde populaire de la capitale égyptienne : celui des transports. Peu de femmes présentes. De ma place, je profite de la vue panoramique du Caire tandis que les jeunes hommes debout à mes côtés me lancent des regards aguicheurs tout en plaisantant avec le chauffeur. Parano que je suis, je me dis qu’ils doivent se moquer de mon allure ! Une forte odeur d’essence me titille les narines. Qu’importe, je suis au Caire, en Egypte, pour un an. Je bouillonne déjà devant l’immensité de l’aventure. Non, je ne suis pas en Egypte pour les vacances mais j’ai eu la chance d’être sélectionnée pour une bourse d’études de la langue arabe.

Comme me lancera d’un ton provocateur quelques jours plus tard un vieil Egyptien, rencontré dans les rues de « La Victorieuse » (Al Qahira, Le Caire en arabe, signifie La Victorieuse) : « Les Européens ont la chance d’être payés pour étudier ! » Jusqu’en juin 2010, je vais profiter de cette expérience pour jouer les correspondantes au Caire pour le Bondy Blog. Le trajet menant au centre-ville dure une trentaine de minutes. Pas d’arrêt de bus : les passagers informent le chauffeur de l’endroit précis où ils souhaitent descendre.

Une demi-heure plus tard, le bus me dépose à Meydan Abdel Moneim Riyad, une grande place du centre-ville, et après vingt minutes de marche, me voici arrivée à l’hôtel Ramsès II, où je vais élire domicile pendant quelques jours le temps de trouver un appartement. Le foundouk (hôtel en arabe) est un petit hôtel pour routards, confortable mais sans prétention. L’auberge est située au 12e étage d’une tour délabrée du centre-ville. De la terrasse de l’hôtel, on aperçoit les hauteurs de la capitale : clochers des églises du centre, toits des grands hôtels de la ville, drapeaux égyptiens flottant et linge étendu aux fenêtres des habitations d’en face.

Ici, de n’importe quel coin de la ville, les klaxons fusent sans arrêt. De ma vie, je n’ai jamais vu autant de voitures : rouges, blanches, jaunes, bleues ; cabossées ou flambant neuves; 4X4 contemporains ou vieux bolides américains. Le Caire est le paradis des automobilistes en tout genre. Ou l’enfer lorsque, dès 17 heures, les embouteillages n’en finissent plus de boucher les grandes artères de la ville et les ponts qui enjambent le Nil. Entre piétons et conducteurs, un combat permanent se joue : les premiers traversent effrontément les voies, frôlant les voitures qui déboulent à toute allure ; les seconds tentent d’avoir le dernier mot. Des pots d’échappement des véhicules, s’envole une fumée noire et épaisse que l’on respire à longueur de journée.

La vie au Caire ne s’arrête jamais : le soir, les jeunes couples se promènent dans les rues commerçantes du centre-ville, main dans la main, observant les vitrines alléchantes des boutiques ouvertes jusque tard dans la nuit. Les familles prennent l’air en dégustant les cornets de glace vendues pour quelques guinées tous les dix mètres sur Talaat El Harb, une des avenues les plus dynamiques de la capitale. A minuit, le centre-ville est encore noir de monde et le grand centre-commercial toujours pris d’assaut.

Un peu plus loin, sur la corniche longeant le Nil, les garçons tentent d’arracher les numéros des jeunes Egyptiennes tandis que les loueurs de « fellouques » (bateaux à voile sur le Nil) se jettent sur les badauds pour un tour musical sur le grand fleuve. La plupart des jeunes filles et des femmes sont voilées, rares sont celles qui ne portent pas le hidjab : coptes ou filles de bonne famille seulement. Les différentes manières dont elles entourent leur visage d’un voile mériteraient à elles seules un long article. Les hommes, eux, pour la plupart se baladent avec dans leur main trois objets précis : un téléphone portable, un briquet et un paquet de cigarette. Fumer est un sport national ici. Le narguilé bien sûr mais la cigarette surtout.

Les Egyptiens se rassasient l’estomac de jour comme de nuit : les fast-foods proposent sandwichs occidentaux et spécialités locales. A chaque grand carrefour de la ville, les policiers égyptiens tout de blanc vêtus, s’ennuient à mourir à faire la circulation sous un soleil de plomb. Même les milliers de chats que compte la capitale, semblent avoir plus à s’occuper. 450 guinées c’est ce que touche un policier, m’informe l’un d’eux rencontré dans la rue. Soit 60 euros à peine.

En parcourant les rues de la capitale, j’ai l’impression que les Egyptiens travaillent 24 heures sur 24. De mon hôtel vers 23 heures, on entend encore les bruits des instruments des ouvriers. En fin de soirée, dans les rues du Wast el Balad (centre-ville en dialecte égyptien), les distributeurs de journaux mettent sur leur dos des dizaines d’exemplaires des quotidiens du soir qu’ils amènent à pied aux kiosques, pris d’assaut le lendemain par les lecteurs. Mardi 6 octobre, pourtant jour férié, tout ou presque était ouvert (hormis les administrations) et jusque tard dans la soirée. Quinze jours que je suis ici. Mes cours d’arabe ont déjà commencé. L’accueil des Egyptiens est un bonheur : je ne compte pas le nombre de thés que je me suis vu offrir et les sourires des gens à m’entendre balbutier quelques mots de ‘amia (dialecte). J’ai hâte d’en savoir sur la société égyptienne, en pleine ébullition. Je ne manquerai pas de vous faire partager mes aventures.

Nassira El Moaddem

Article publié sur le Bondy Blog : cliquez ici

promos viandes |
actuplanet |
chlochlodu77 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | blogbladi
| sofianelebossdu0120041995
| LA GUILDE DES RIRES