Marielle de Sarnez : « L’UMP ressort le chiffon rouge : Turquie, insécurité et immigration »
3 juin, 2009 @ 11:17 Café europa,Café interview

L’abstention guette le scrutin du 7 juin. Tout le monde le dit. Malgré ce pessimisme, le Bondy Blog continue son tour des QG à la rencontre des têtes de listes pour essayer de comprendre pourquoi l’Europe « gonfle » à ce point l’opinion publique. Rencontre avec Marielle de Sarnez et Fadila Méhal, numéro 1 et 3 de la liste Modem en Ile-de-France. Interview.

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Que pensez-vous de l’impact de cette campagne auprès de l’opinion ? Marielle de Sarnez. Tous les jours, on nous prédit une abstention énorme. J’espère que la réalité démentira les sondages. Et en même temps, c’est vrai qu’il s’est installé selon moi une forme de malentendu entre les Français et l’idée européenne. Alors Aujourd’hui, on le voit bien, il n’y a plus de débat car plus personne ne dit qu’il faut quitter l’Europe. Cette question est réglée. Personne ne souhaite non plus quitter l’euro. Toutes ces questions qui faisaient l’objet de débats lourds et forts au moment des élections et surtout du référendum de 2005 ont disparu. Au fond tout le monde considère que l’Europe est incontournable mais on n’a pas réussi à donner aux citoyens l’idée qu’ils pouvaient peser sur l’Europe, sur les politiques de l’Europe et la réalité européenne, d’où mon engagement.

Est-ce qu’il ne manque pas une figure nationale qui incarnerait l’idée européenne ?

MDS. Il y avait de grands dirigeants européens, Giscard, Kohl… . C’est vrai que Chirac et Sarkozy sont des Européens plus de raison que de conviction. Et puis c’est vrai que le fonctionnement de l’Europe avec ses trois institutions le Conseil, le parlement, la commission est un fonctionnement qui peut apparaître compliqué. Troisième raison, c’est que l’Europe s’est beaucoup occupée au fond du marché, de la libre circulation des biens, des services et des hommes. Je crois que le grand défi c’est que l’Europe soit plus attentive aux Européens.

On nous dit que l’Europe est importante. Mais concrètement pourquoi elle est si importante que cela ?

MDS. C’est savoir qu’au fond, en dehors de l’Europe il n’y a pas d’autre cadre possible pour notre pays. Le destin et l’avenir de la France sont intimement liés à celui de l’Europe ; ce sont les deux revers d’une même médaille. Au fond tous les défis qui sont devant nous sont d’ordre planétaire : la crise financière, les questions environnementales, démographiques… Si l’on souhaite peser, me semble-t-il, il s’agit là de mon intime conviction, on ne peut le faire que sur le plan européen.

S’agissant de l’importance de l’Europe, on a l’impression que ce discours est sans cesse répété pendant les élections mais que le reste du temps…

MDS. Nous, au Modem, on parle de l’Europe tout le temps et pour moi l’Europe c’est l’horizon et le cadre de l’action de la France mais c’est vrai que l’Europe est une question dont on parle uniquement tous les 5 ans à l’occasion des élections européennes. Et on a même entendu durant cette campagne et ça avait pour moi un côté surréaliste, des commentaires sur Bayrou lui reprochant de parler de la France durant la campagne européenne. Il y a plein de gens qui aimeraient que l’Europe soit une affaire d’experts, une affaire d’entre soi pour garder ces questions dans le huis clos des initiés et des savants.

Qui souhaite laisser ces questions aux mains d’experts ?

MDS. J’ai entendu plein de gens me dire : « L’Europe c’est un sujet tellement important que franchement Marielle c’est mieux que les peuples ne s’en occupent pas. » D’ailleurs, ce sont ceux qui ne souhaitent jamais de référendum. C’est vrai que les gens se demandent comment ils peuvent peser car l’Europe prend des orientations et des décisions lourdes. Les gens se demandent comment ils donnent leurs avis. Qui décide de ces orientations ? Je souhaite que les citoyens réinvestissent ces questions.

Fadila Mehal. Par rapport à notre conviction, il ne vous aura pas échappé que notre slogan c’est « Nous l’Europe ». Pourquoi ? Parce que je pense qu’avec notre parti, il y a une filiation directe avec ceux qui ont pensé l’Europe, comme Schuman ou Monnet. Nous sommes les héritiers de ces personnes. Nous pensons qu’il n’y a pas d’horizon « indépassable » hormis celui de l’Europe. Les enjeux sont planétaires, le périmètre pour faire le poids par rapport aux grands pays émergents, par rapport à la Chine par exemple.

Comment concrètement vous avez agi sur le terrain ces dernières années ? Si un jeune de Bondy ou d’Ile-de-France souhaite venir vous voir, peut-il le faire ?

MDS. Oui bien sûr, il m’envoie un mail, il vient me voir évidemment. J’ai reçu beaucoup de jeunes au parlement pendant 5 ans, des groupes scolaires, des étudiants. Toutefois, je ne peux pas non plus recevoir des milliers de personnes. C’est vrai que nous, on a de la chance d’être dans un parti politique. Il y a des adhérents, des gens qui bossent dans le parti, qui font le lien et qui font remonter les sujets, les projets, les questions et qui nous permettent d’être en contact avec les gens. A Bondy par exemple il y a des adhérents du Modem. Durant cette campagne on aura fait partout en Ile-de-France 300 cafés débats. Alors cela ne se sait pas parce que les grands médias, ça ne les intéresse pas… Sur des thèmes, de vrais sujets de fond à chaque fois.

Fadila Mehal, vous êtes numéro 3 sur la liste du Modem en Ile-de-France. Il y a donc des chances que vous soyez élue ? Vous allez changer quoi vous au parlement européen ?

FM. J’espère bien être élue. Comme disait Marielle, je pense qu’il faut une représentation plus diverse. C’est vrai que ma diversité me vient aussi de mon origine mais aussi de ma compétence. Je suis très engagée dans le domaine associatif et plus particulièrement sur la question des médias. Le lien avec la Méditerranée me paraît également très important depuis la création de l’Union Pour la Méditerranée. Même si ce processus est aujourd’hui complètement arrêté à cause du conflit au Moyen-Orient, je pense qu’il y a lieu de prendre des initiatives dans ce sens. Et puis, il y a la question plus large de l’Afrique. Dans notre programme c’est un point qui me paraît très fort. C’est quand même une réflexion plus globale sur les déséquilibres du monde et comment on peut faire sortir un continent qui est en train de plonger dans la dictature et la misère. Il y a également la question de certaines règles de l’OMC qui paupérisent davantage ce continent. Voilà les axes sur lesquels j’aimerai travailler.

Qu’est ce qui a motivé cet engagement européen ?

FM. On parle de l’Europe comme si elle était une planète étrangère. On peut s’intéresser à la politique interne de l’Europe et comment la France transpose et met en oeuvre les politiques européennes. Pourquoi je m’intéresse à l’Europe ? Il y avait une opportunité d’élargir les points de vue et que notre parti a souhaité être représentatif de cette diversité. J’ai trouvé que c’était une opportunité formidable d’élargir le champ d’horizon et être candidate aux europénnes. C’est une question qui est à mon sens assez symptomatique. Par exemple, on ne pose jamais ce genre de question à des hommes. Jamais on ne leur demande pourquoi ils souhaitent être députés. Souvent on me demande : « Mais pourquoi vous vous êtes engagée en politique ? » Et pourquoi vous voulez élargir vos horizons ? J’ai toujours l’impression que les femmes sont dans une démarche d’égalité mais sous conditions. C’est à dire que l’on veut bien que vous soyez conseillère municipale mais vous devez vous occuper d’éducation, d’intégration, de diversité, de culture. Il y a toujours une condition au préalable comme si les femmes devaient à chaque fois se justifier.

Qu’est ce que deux futures députés européennes pourraient faire contre le chômage des jeunes ?

MDS. La crise touche en priorité les jeunes et d’abord les jeunes des quartiers avec des taux de chômage qui explosent littéralement. On nous a promis que tout allait être réglé mais rien n’est fait. On nous a raconté des blagues. Alors qu’est-ce que fera l’Europe ? D’abord la France doit agir. Elle pourrait faire les choses dans les quartiers qu’elle ne fait pas. On pourrait par exemple avoir le même taux d’encadrement des jeunes des collèges, des lycées dans les quartiers que dans les établissements de centre ville. Je suis persuadée et convaincue et je vais faire une étude sur la question, que le coût d’un jeune dans un lycée de centre ville à Paris et celui d’un lycée à Bondy doit être du simple au double entre la suppression des options, le taux d’encadrement de l’état délabré des locaux, je suis persuadée que nous n’avons pas d’égalité réelle. La France peut déjà faire son job à savoir offrir à tous les jeunes la même égalité de traitement à l’école.

Et l’Europe pourrait imposer à la France de faire cela alors ?

MDS. Il faut arrêter de faire croire aux jeunes que ceux qui réussissent c’est ceux qui entrent dans les grandes écoles. C’est le côté élitiste de la France. C’est bien que l’on ait des grandes écoles. Mais il faut dire aux jeunes que l’on peut réussir aussi en allant à l’université, en faisant des CAP, des études d’ingénieurs. Bref il y a des milliers de façons de réussir. Je dis cela parce que je trouve qu’en France on se trompe de combat sur cette question. Il faut donc une égalité des chances, égalité des formations, le fait de pouvoir favoriser la création d’emploi et aider les PME. On accorde 10 milliards d’euros au secteur automobile sans condition. On leur dit voilà l’argent et après plus rien. On ne leur demande même pas de faire des véhicules électriques, des voitures propres, de développer de nouveaux moteurs, rien! Idem pour les banques. J’ai le sentiment qu’on n’aide pas assez les gens de la vie réelle. Deuxième chose : depuis 9 mois on n’a pas aligné un plan de relance européen. J’aimerai que la France et l’Europe prennent cela en compte et je demande un plan de relance européen.

Justement, les gens se disent : les Etats européens eux-mêmes n’ont pas été capables de mettre en place un plan de relance global alors qu’on nous demande de croire en une Europe dans laquelle les Etats eux-mêmes ne croient pas…

MDS. Je dis simplement que j’en veux aux 27 chefs d’Etat et de gouvernement d’avoir loupé cette chance historique. J’espère qu’on va les obliger à le faire au lendemain des élections. C’est à dire, les obliger à se mettre ensemble autour d’une table et arrêter le chacun pour soi et qu’ils comprennent qu’il y a un intérêt général et collectif qui dépasse leurs intérêts particuliers.

S’il y avait une vraie campagne en Europe peut-être qu’on y arriverait…

MDS. Et bien écoutez, nous le plan de relance européen est un des premiers engagements que l’on porte et qui doit avoir 3 directions : soutenir les PME/TPE tous ceux qui font la création d’emploi pas seulement les grands groupes. On a des milliards qui coulent à flot pour les uns et on n’a rien pour les autres. Deuxièmement, pour soutenir les gens qui sont en difficulté : les jeunes, les chômeurs, les salariés qui vont perdre considérablement de leur pouvoir d’achat. Il y a par exemple un Fonds européen d’ajustement. S’ils avaient simplement décidé de multiplier par 10 son contenu et bien cela aurait été un geste symbolique en disant : « Eh bien vous voyez l’Europe est à vos côtés. » Simplement au fond ça ne les intéressait pas. Enfin, je pense que c’est l’occasion pour faire ce que j’appelle des grands travaux en Europe, une idée qu’avait Jacques Delors il y a très longtemps et qui est toujours d’actualité aujourd’hui. Ce serait par exemple de décider que l’on mette aux normes durables tous les bâtiments publics européens. C’est des ambitions comme cela dont l’Europe a besoin.

Que pensez-vous de la liste antisioniste de Dieudonné pour les Européennes, qui peut dans une certaine mesure, séduire certains jeunes des quartiers ?

MDS. Pour moi, la première responsabilité des hommes politiques c’est plutôt d’apaiser, c’est plutôt d’essayer en tous les cas de ne pas jouer l’exacerbation des uns contre les autres. Les problèmes sont complexes et ceux du Proche-Orient sont très compliqués. C’est quelqu’un qui se présente aux élections. Alors on peut dire que c’est un amuseur qui se présente aux élections. Mais se présenter aux élections, c’est faire de la politique. Il se présente, donc il a forcément un engagement, il pense des choses. Dans nos sociétés très fragiles, la première responsabilité de ceux qui se présentent aux élections c’est de ne pas rajouter de l’huile sur le feu et c’est plutôt d’essayer d’apaiser les choses.

Quand François Bayrou publie un pamphlet à l’égard de Nicolas Sarkozy, est ce que l’on peut dire qu’il apaise les choses ?

MDS. On ne continue pas l’interview si vous faîtes des comparaisons comme ça. C’est pas bien.

Vous parliez d’apaisement…

MDS. Je parlais du Proche-Orient, vous ne pouvez pas tout amalgamer. Vous ne pouvez pas tout mettre au même niveau. Vous devez hiérarchisez les choses. Vous ne pouvez pas dire des phrases comme cela. On parle de choses qui sont profondément différentes. Le terroriste Carlos a dit ce matin qu’il soutenait Dieudonné. Vous trouvez cela bien ? Moi je ne trouve pas cela bien. Cela ne vous interpelle pas ? Moi cela m’interpelle. Il faut vraiment pas mettre cela sur le même niveau.

FM. Je pense que c’est très important ce que vous dîtes parce que j’ai été confrontée à des réactions extrêmement vives lors de café démocrates dans les quartiers. Je crois que ce que disait Marielle est très vrai. Il y a un vrai terreau et il y a de vraies questions. Il pose de vraies questions mais il a de mauvaises réponses. Sa réponse est de nous resservir le truc du bouc-émissaire.

MDS. Il monte surtout les communautés les unes contre les autres.

FM. Toute ma campagne je l’ai axée sur l’Europe car ce qui est formidable avec l’Europe c’est la transposition du droit et que l’Europe est un vecteur de consolidation du droit. Et dans la République française, le problème c’est que l’on est pas passé de l’égalité formelle à l’égalité réelle. Nous sommes les premiers à avoir demandé la mise en place d’un observatoire et au delà d’un vrai plan d’action pour lutter contre les discriminations. 

FM. A partir de ce thème des discriminations, Dieudonné développe un discours antisémite. J’ai entendu beaucoup de jeunes reprendre son discours. Et ce qui les intéressait dans ce discours, c’est leur situation personnelle et la question du Moyen-Orient. Je suis comme Marielle, je trouve que c’est une responsabilité terrible.

MDS. C’est même au-delà de cela. Au fond, l’Etat a failli. C’est bien au delà des partis politiques. L’Etat a successivement failli depuis plusieurs décennies. C’est cela que l’on ramasse aujourd’hui.

FM. Je tiens quand même à apporter des réflexions et surtout des témoignages que j’ai vécus. Parmi les jeunes des cités sensibles, il y a une écoute et je dirai une attention très particulière par rapport à François Bayrou. Ce sont vraiment des choses que j’ai constatées. Beaucoup de personnes notamment de la jeune génération, ont beaucoup d’empathie pour François Bayrou parce qu’il a eu un discours de rassembleur aux présidentielles. Et je pense qu’il a actuellement une capacité à répondre à ces défis. Je ne suis pas si pessimiste que cela.

Récemment dans un entretien au Nouvel observateur Martine Aubry a déclaré qu’elle n’était pas pour l’entrée de la Turquie mais pour poursuivre les négociations. C’était un petit peu confus. Quelle est la position du Modem sur la question de l’entrée de la Turquie ?

MDS. Le parti socialiste de tout temps a été pour l’entrée de la Turquie en Europe et en ce moment Martine Aubry est en train d’essayer de se positionner de manière confuse en disant : « On est pour la poursuite des négociations d’adhésion mais pas pour tout de suite ». Elle s’emmêle les pinceaux. Nous, nous sommes au fond pour une Europe politique forte avec un premier cercle qui pèse. Après si on est trente on peut avoir un deuxième cercle. Nous sommes pour une Union européenne qui pèse et qui doit avoir des frontières. Et donc pour nous la Turquie n’a pas vocation à être dans l’Union européenne. Après on peut imaginer, comme le pensait Mitterrand, une Europe à deux cercles avec un premier cercle dense et politique, uni et puis un deuxième cercle. Ce qui me choque aujourd’hui dans la campagne c’est au fond l’utilisation que font le gouvernement et l’UMP de la Turquie. C’est à dire qu’ils essaient de mettre la question de la Turquie dans la campagne, d’agiter le chiffon rouge et de pointer du doigt la Turquie. Je trouve cela dégueulasse. D’abord, c’est absolument gratuit parce que ce n’est pas une question qui va être abordée dans les 5 années qui viennent au Parlement européen. Donc faire croire aux gens qu’il pourrait y avoir une accélération du processus est mensonger.

C’est pourtant ce que veut la Suède qui prendra la présidence tournante de l’Union européenne le 1er juillet 2009. Son ministre des affaires étrangères l’a d’ailleurs déclaré récemment…

MDS. J’en suis convaincue. Même si le processus se poursuivait l’adhésion ne se fera pas avant 10 ou 15 ans. Donc c’est absolument dégueulasse de faire croire aux Français que c’est aujourd’hui que cela se joue.

Pourquoi ne pas le dire ?

MDS. Quand on m’invite dans les médias, je le dis. Vous savez dans nos cafés démocrates, on a pendant deux heures des questions réponses avec le public. Et bien je n’ai pas eu une question sur la Turquie depuis le début de la campagne. L’UMP essaye de la mettre dans la campagne de façon politisée. Mais il faudra que l’on ait de bonnes relations avec elle, moi je n’ai pas envie d’un choc des civilisations.

Est- ce que ce n’est pas déjà trop tard parce que l’on a fait des promesses à la Turquie ? C’est le premier pays avec qui l’on a fait un accord d’association et elle est candidate depuis 1987.

MDS. J’essaye de nuancer parce que ce sont des choses compliquées. Oui, c’est vrai que cela a démarré depuis longtemps, c’est vrai que de la part des gouvernements, il y a double langage et vachement d’hypocrisie, c’est vrai que lorsque Sarkozy dit « je suis hostile » depuis qu’il est président il n’a jamais mis de véto. C’est du pipeau bingo absolu ! Moi, je ne vais pas en faire un truc incontournable dans la campagne. Je vous dis qu’a priori si on veut une Union européenne forte, il faut bien un moment qu’elle ait des frontières et que dans ce premier cercle, je ne vois pas à terme la Turquie. Maintenant on verra de quoi sera fait l’avenir.

On voit que le thème de l’insécurité revient…

MDS. Oui, bah voilà ,Turquie, insécurité et j’attends immigration. Je trouve cela dégueulasse. Xavier Bertrand a mangé le morceau totalement, il a dit : « C’est fait pour mobiliser notre électorat. » C’est terrible.

Comment se situe la France en Europe, comment est-elle perçue ?

MDS. La France est perçue comme une nation arrogante, pensant en général qu’elle a raison sur tout, seule contre les autres et comme faisant aussi beaucoup d’effets de manche ! Moi je ne crois pas qu’on aura à nouveau de la croissance en Europe si on ne fait pas de l’intégration économique. Parce que faire une monnaie sans aller plus loin, dans la politique agricole commune, dans la politique industrielle, ça ne sert à rien. Il faut faire une harmonisation fiscale pour éviter une concurrence sauvage entre états européens. Il faut également une harmonisation sociale. On sait bien que tous les Etats ne sont pas au même niveau de protection sociale mais il faut tout faire monter vers le haut. Nous on dit plan de convergence sociale à 10 ans : se dire que dans 10 ans tous les pays européens sont au niveau social sur le plus haut revenu, pas par le bas, par le haut évidemment. Il faut que l’Europe soit exemplaire en matière de régulation financière parce que si l’Europe ne le fait pas ce ne sera pas fait au plan planétaire.

Et sur les politiques d’immigration ?

MDS. Il faut qu’on ait une politique d’immigration qui soit plutôt européenne que nationale. Je ne crois pas au fond à des politiques nationales d’immigration pour éviter que ces questions soient utilisées à des visées électorales. Je préfèrerai que ce soit l’Europe qui gère cette question, qui n’est pas facile mais l’immigration il faut la réguler de façon humaine. Ca c’est un point aussi important pour moi.

Vous êtes une des seules personnes à avoir été chef de cabinet, de François Bayrou au ministère de l’Education nationale, à ne pas avoir fait l’ENA. Pensez-vous qu’il faille supprimer l’ENA ?

MDS. Je pense qu’il faut complètement transformer la formation de ce qu’on appelle les élites en France. Je pense qu’il y a une chose tragique dans la société française, c’est que tous les mômes qui réussissent leur concours à 20 ans, c’est bloquant pour la société. Au fond, je pense qu’il faut aussi donner de l’importance à l’expérience des gens, à valoriser le parcours de ceux qui ont de l’expérience. Je pense qu’il faut complètement transformer tout cela.

Nassira El Moaddem, Hanane Kaddour, Widad Ketfi, Nordine Nabili

 Interview publié sur le site du Bondy Blog : cliquez ici.

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