posts de juin 2009


L’autorité de la concurrence dénonce la «dérive» du marché du carburant outre-mer

Quatre mois après la fin de la grève générale qui a secoué la Guadeloupe et la Martinique, l’autorité de la concurrence publie lundi 29 juin un avis sur le secteur du marché des carburants en outre-mer. Ses conclusions dénoncent «les dérives et les effets pervers» du système de régulation des prix des carburants dans ces départements.

L’avis de l’Autorité de la concurrence sur les marchés des carburants dans les départements d’outre-mer publié ce lundi 29 juin est sans appel. L’autorité administrative chargée de veiller au respect de la libre concurrence économique pointe les «dérives et les effets pervers» de la régulation des prix sur les carburants dans les territoires ultramarins. Le 18 février 2009, au plus fort des contestations sociales dans les départements d’outre-mer, Yves Jégo, alors secrétaire d’Etat à l’outre-mer, saisit l’Autorité pour avis sur la situation de la concurrence dans les DOM, notamment dans le secteur des carburants. Dans cette lettre, le gouvernement souligne l’existence dans ces départements de «monopoles liés à l’étroitesse du marché et de monopoles liés aux réseaux d’acheminement» susceptibles de mettre à mal les «conditions d’une concurrence saine».

632851.jpg Pour l’Autorité de la concurrence, le marché sectoriel des carburants n’échappe pas à cette analyse. Déjà en 2008 alors que le prix du baril de pétrole est en chute libre, la baisse n’est pas répercutée à la pompe dans les DOM. A cette époque, Total est accusé «d’enrichissement sans cause». Le groupe pétrolier, qui contrôle la SARA (Société anonyme de la raffinerie des Antilles), unique raffinerie de carburant à la Martinique, en Guadeloupe et en Guyane, rétorque que les prix sont fixés par la préfecture. Dans un article du magazine Challenges de février 2009, Total niait les accusations d’enrichissement abusif et déclarait que la «SARA affichait une perte de 1,2 million d’euros en 2008» prouvant ainsi qu’elle ne profitait pas de bénéfices monstres comme il lui était reproché. Dans son avis, l’Autorité de la concurrence estime que la raffinerie de la SARA, «de petite taille (..) et obsolète contribue au renchérissement des prix» et que «le raffinage local lorsqu’il existe n’est pas un secteur potentiellement concurrentiel».

L’Autorité de la concurrence dénonce ainsi les dérives en matière de situation de la régulation des prix dans les DOM. En effet, les territoires d’outre-mer sont régis par des mécanismes de monopole dans l’approvisionnement en carburant qui nécessitent la réglementation des prix par l’Etat. Ce dernier fixe également les prix des ventes de carburant au détail afin de faire en sorte que l’absence de concurrence en amont ne se répercute en aval par des prix à la pompe excessifs. Cependant, pour le gendarme de la concurrence, la réglementation des prix telle qu’elle se pratique actuellement ne remplit plus ses objectifs. Selon elle, «la régulation actuelle du secteur des carburants qui repose sur la régulation des prix de détail a échoué sur un double plan»: d’une part, «la régulation des prix des monopoles d’approvisionnement est insuffisante»; d’autre part, cette régulation «ne garantit plus l’absence de rente». De plus, selon l’autorité administrative, «le dispositif d’encadrement des marges de distribution et des prix de détail a été transformé en un système de prix unique aisément manipulable».

Les prix maximum fixés par les pouvoirs publics sont en réalité devenus des prix imposés ôtant toute initiative de pratique de prix inférieurs: «L’impossibilité pour chaque détaillant d’adapter ses prix de détail à ses contraintes économiques propres a conduit à demander périodiquement des revalorisations générales qui ont profité à tous», explique la «concurrence». Si tous ont bénéficié de ces réévaluations globales, reste qu’une minorité seulement a profité de rentes particulières: cette situation a ainsi «créé des rentes au profit des points de vente les mieux placés et les plus rémunérateurs» dont une partie est d’ailleurs reversée aux grands pétroliers propriétaires de fonds de commerce mis en gérance, précise-t-elle.

Pour pallier les abus et l’opacité du système, l’Autorité de la concurrence propose une série de mesures à chaque étape de l’approvisionnement en carburants, applicables sur une période de trois ans. Pour elle, l’urgence réside dans la nécessité d’une régulation des prix en amont afin d’améliorer l’encadrement des monopoles et «garantir des approvisonnements au meilleur prix».

Pour la question de l’achat de carburants, elle recommande de réguler le prix d’achat en produits raffinés ou en produits bruts en utilisant comme référence les prix de marché, indépendamment des importateurs et conseille également de permettre à de nouveaux opérateurs pétroliers de participer à l’importation de carburants. L’Autorité propose également la réglementation par les pouvoirs publics du prix plafond des importations qui soit égal à la somme des deux prix régulés, produits raffinés + fret, dont le réajustement par les pouvoirs publics ne se ferait qu’en fonction des cours mondiaux. Ce prix devra être publié afin de rendre plus transparente l’information des prix, «avant imputation des marges de la distribution», à destination des usagers et des associations de consommateurs.

Concernant le stockage, l’Autorité souhaite une séparation très nette entre les activités de stockage d’une entreprise et ses activités de distribution. Par ailleurs, elle appelle à ce que tous les opérateurs, «y compris ceux qui ne sont pas actionnaires de la SARA, puissent aux Antilles avoir accès aux installations de stockage à un prix non discriminatoire». Elle recommande enfin «de dénouer les liens structurels entre les réseaux de détaillants de Total et Shell qui devraient se retrouver en concurrence frontale sur le marché de la distribution».

Sur les prix des détaillants, l’Autorité préconise la suspension de la publication des prix plafonds «afin d’éviter les marges au détail» et de permettre ainsi aux petits points de vente d’adapter leur prix sans assister à une hausse générale des marges.

Nassira El Moaddem

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Turquie : Nedim Gürsel, son roman et un procès à longue portée

La Turquie condamnerait-elle ses écrivains pour blasphème? Le procès de Nedim Gürsel, écrivain et universitaire franco-turc, s’est finalement conclu par un acquittement.

dcfc00100.jpg Pour le tribunal de Sisli à Istanbul, l’ouvrage incriminé « Allah’in kizlari » (les Filles d’Allah), «pris dans son ensemble ne constitue pas un délit» et a affirmé que l’ouvrage de Nedim Gürsel ne représentait pas de «danger évident et imminent pour l’ordre public». Depuis le 5 mai 2009, l’auteur du roman, publié en mars 2008 en Turquie, comparaissait devant la justice turque. Celle-ci accusait l’ouvrage de dénigrement «des valeurs religieuses de la population» suite à la plainte d’un citoyen turc.

La Direction des affaires religieuses, plus communément appelée Diyanet, organe rattaché au premier ministre et chargé de la gestion, du contrôle et de l’organisation des cultes en Turquie, avait monté un rapport à charge contre le romancier, rapport qui a été ajouté au dossier de l’accusation. L’écrivain encourait de 6 à 12 mois de prison.

Est-ce que l’islam, et plus particulièrement la vie du prophète, peut faire l’objet de représentations fictives et occuper une place centrale dans un roman? Car c’est de cela qu’il s’est agi dans cette affaire. Dans les Filles d’Allah, Nedim Gürsel propose les souvenirs d’un enfant d’une petite ville d’Anatolie, intrigué par les versets du Coran et par son grand-père pieux. Ces souvenirs se mêlent dans une biographie romancée du prophète où les «filles d’Allah», trois déesses du panthéon arabe pré-islamique, donnent une autre version de l’avènement de l’islam.

281375.jpgLe roman n’en était pas à son premier épisode judicaire. En août 2008, le procureur de la République s’était déjà prononcé sur l’affaire en décidant d’un non-lieu suite à une première enquête. Mais le tribunal de grande instance d’Istanbul avait choisi de passer outre cette décision en examinant la plainte d’Ali Emre Bukagili, un citoyen turc, qui a affirmé s’être senti «offensé» par le roman incriminé.

Interviewé par France Info le jour de l’ouverture du procès, Nedim Gürsel regrettait que le premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, n’ait pas tenu ses promesses. Début 2009, lors de la remise du prix de la culture et de l’art, le premier ministre turc avait alors déclaré : «La Turquie n’est plus un pays qui juge ses écrivains.» Nedim Gürsel s’interroge sur les raisons qui ont poussé le tribunal à rouvrir le dossier.

Lors de la première journée d’audience du 5 mai 2009, le procureur s’était prononcé en faveur d’un acquittement, estimant que l’existence d’un danger proche et évident pour l’ordre public n’était pas établi.

Hormis la plainte de M. Bukagili, le rapport élaboré par la Diyanet avait largement contribué à alimenter l’affaire. Dans son dossier à charge contre le roman de Nedim Gürsel, la Diyanet affirmait que certains des passages de l’ouvrage étaient blasphématoires envers l’islam. Selon les termes du rapport, le roman de Nedim Gürsel «contient des expressions non seulement sceptiques mais critiques et propres à rabaisser et tourner en ridicule Dieu, les prophètes, les saints apôtres, les principes religieux, les livres sacrés et les cultes religieux».

La Diyanet n’a pas compétence à se prononcer sur le contenu d’œuvres artistiques. C’est ce qu’avait rappelé Nedim Gürsel dans une lettre au premier ministre, lettre publiée dans le journal Milliyet et reprise en français sur le site internet du Nouvel Observateur. L’écrivain interpelle M. Erdogan : «Quoi qu’il en soit, qu’elles soient sacrées ou non, qu’elles soient considérées comme telles ou non, un écrivain n’a-t-il pas le droit de commenter les lettres d’un texte sans pour autant tomber dans le sacrilège?»

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Le procès s’était ouvert le jour où le Parlement européen débattait avec la Commission des avancées des réformes de la Turquie dans le cadre de sa candidature à l’Union européenne. La déclaration d’Olli Rehn le 5 mai 2009, commissaire européen à l’élargissement, sur l’avancée du processus démocratique en Turquie, ne faisait pas mention du procès de l’écrivain mais le hasard du calendrier n’avait échappé à personne. Surtout pas à l’écrivain dont l’essai Turquie : une idée neuve en Europe, publié en mars dernier, est un véritable plaidoyer pour l’entrée de son pays dans l’Union européenne.

Nedim Gürsel a souhaité, lors de ce procès, mettre en avant les aspirations d’Ankara à entrer dans l’Union alors même que le pays déroge aux principes de la liberté d’expression. Dans son entretien à France 24, le romancier dénonçait «une dérive autoritaire du pouvoir en Turquie, pays qui se dit laïque et qui souhaite intégrer l’Union européenne».

Tout au long de son procès, Nedim Gürsel a précisé vouloir «respecter la foi des croyants» tout en ayant la liberté de la questionner. L’acquittement de l’écrivain franco-turc intervient jeudi 25 juin, au début d’une visite de deux jours du premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan à Bruxelles, où il rencontre les dirigeants européens pour discuter du dossier de la candidature turque à l’UE.

Nassira El Moaddem

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C’était au temps béni des départs en voiture au bled

Oui, c’était long. Le voyage prenait une ou deux nuits, mais ça avait plus d’allure et de saveur que les vols low-cost d’aujourd’hui. Nassira nostalgie.

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Le trajet pour se rendre au bled, c’est 5 aujourd’hui heures maximum porte à porte. Les compagnies aériennes se sont développées à la vitesse de l’éclair. A peine le temps de réserver ton billet, qu’une nouvelle boîte est arrivée sur le marché, dont les prix low-cost défient toute concurrence. Même Easyjet et Ryanair proposent des billets pas chers aller-retour pour le bled. Les parents, dinosaures de l’aventure 504 break dégoulinante de cadeaux en tout genre, d’électroménager à refourguer et de vieux vélos pourris, font désormais la fine bouche. Nos mères, qui deux jours avant le départ à 7 dans la voiture du siècle, devaient se décarcasser pour préparer sandwichs et zerlouk de la tribu, s’offusquent des minuscules plateaux repas qu’on leur sert dans l’avion. La fin d’un temps et l’avènement de la modernité, direz-vous.

Il y a quelques jours, je parlais de cela avec des amis. On se remémorait les départs en fourgon, Peugeot 504 break et autres Renault Espace d’un autre siècle. Pour beaucoup, le réveil à 4 heures du matin, odeur de tchouchouka, d’aubergines grillées et de poulet froid dans les narines, fut un choc psychologique qui a laissé de savoureuses madeleines dans les mémoires. Les yeux encore fermés, la veste mise à l’envers, parce que pas envie de les ouvrir (les yeux), à attendre que la voiture finisse d’être chargée.

Ah oui, le chargement des véhicules, toute une histoire. Je me souviens que voisins et familles des 30 kilomètres à la ronde, étaient réquisitionnés par mon père, soucieux de disposer méthodiquement valises, cartons et sacs en tout genre en occupant rationnellement l’espace à disposition dans le coffre. Les enfants n’avaient pas droit de cité dans ce rituel sacré d’avant départ. C’était une affaire de grands. Chacun des adultes présents pour cette mission de haute importance avait sa tâche attitrée : le préposé à la transmission des valises et autres cartons de 10 kilos chacun, celui chargé de vérifier la bonne disposition des pièces, une personne qui donnait à une autre les fils et autres tendons adéquats.

Le remplissage du coffre et du porte-bagage était peut-être le pire moment que l’on pouvait vivre avant le départ. Moi, je le redoutais plus que tout. Chaque fois, c’était la même chanson : « On prend l’essentiel, le reste, c’est pas la peine », martelaient père et mère en harmonie. Dans le « reste », il fallait entendre nos sacs à main et autres babioles que l’on tentait de cacher entre deux sièges, deux cartons ou deux valises. Au final, on finissait avec une valise à partager à trois et un malheureux sac en bandoulière que l’on gardait précieusement sur nous de peur de se le voir confisquer.

Jamais opération, apparaissant somme toute comme très anodine, n’aura déclenché autant de débats, de prises de becs et de colères froides et parfois chaudes. Le chargement de la voiture était le moment redouté les adultes aussi. Le seul qui avait le dernier mot, comme pour tout, c’était le père : tout devait être chargé et disposé comme lui souhaitait. En y repensant, sa méthode était efficace : en trois heures illico presto, il avait réussi à agencer tels des lego, des dizaines de sacs, valises et cartons d’une famille de 8 personnes en prenant soin de ne rien mettre sur la plage arrière. C’était THE défi.

Aujourd’hui, qui pourrait s’enorgueillir d’un pareil exploit ? Ce rituel, une fois l’an, forment aujourd’hui de bons souvenirs et me manquent un peu. Aujourd’hui, les départs au bled se font en un clic d’ordinateur, numéro de carte visa en guise de passage de douane. Rien de plus. Insipide, sans intérêt. « Arrête tes bêtises, me glisse Sarah, une amie. T’as kiffé, toi, ces queues de dingue à attendre sous une chaleur écrasante que les douaniers espagnols daignent bien faire avancer la foule d’immigrés ? »

J’avoue, ma mémoire sélective a effacé ces épisodes désagréables. Mais merde, le trajet en voiture, les jeux de devinette des plaques d’immatriculation, les veillées durant le trajet à surveiller que rien ne nous sera dérobé, les engueulades sur la musique à écouter. Vous avez oublié ou quoi ?

Nassira El Moaddem

Article paru sur le Bondy Blog : cliquez ici.

Anne Nivat, la guerre du côté des gens

Le grand reporter, prix Albert Londres, de passage en France avant un nouveau départ pour l’Afghanistan, a captivé par ses récits l’assistance de l’Ecole du blog.

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Pour tout vous dire, j’ai eu du mal à commencer à écrire ces lignes. Non que la séance de l’Ecole du blog ne fût pas passionnante. Elle l’était. J’aurai voulu qu’elle ne s’arrêtât jamais. Quand on rencontre Anne Nivat pour la première fois, on a du mal à imaginer ce bout de femme parcourir les zones de guerre aux quatre coins de la planète. Je me souviens m’être intéressée à elle lorsque j’étais étudiante, notamment à ses reportages sur la Tchétchénie. Je ne l’avais jamais vue, ni à la télé, ni en photo. Anne Nivat, pour moi, n’avait pas de visage : c’était ce grand reporter de guerre que j’écoutais à la radio ou dont je lisais les papiers.

En la voyant dans cette salle de la bibliothèque Denis Diderot de Bondy, habillée d’un jean et d’un t-shirt orange, talons hauts et ongles joliment vernis, j’avais dû mal à l’imaginer arpenter les zones de conflit. On est déconcerté par sa capacité à parler de choses difficiles à entendre pour nous Occidentaux, ayant vécu du bon côté de la barrière. Pour nous, ces récits tragiques ne sont que des pages dans les journaux et des images de reportages télé, toujours dramatiques. Ce moment où le présentateur du JT prend une voix grave comme pour mieux respecter la douleur de ces évènements qu’il devra oublier quelques minutes plus tard dans la rubrique sport. « Quand je reviens ici, j’entends tout le monde se plaindre de tout, (…) comme si tout allait mal, ça me stupéfie, j’ai envie de les secouer et de leur faire faire un petit stage avec des gens que j’ai rencontrés sur place », s’énerve-t-elle.

Anne Nivat, Prix Albert Londres 2000, ne doit pas son parcours au hasard. Son père, Georges Nivat, domicilié dans la campagne française à proximité de la Genève internationale, est un éminent spécialiste de la Russie. Elle confie avoir, petite, sauté sur les genoux du grand Soljenitsyne, l’intellectuel russe décédé il y a à peine un an. Elle est titulaire d’un DEA à l’Institut d’études politiques de Paris et d’un doctorat sur les médias russes. Elle parle sept langues du continent européen – elle bûche l’arabe et le farsi. L’enseignement, une carrière universitaire, la trajectoire du père, en somme, ce n’était pas pour elle. Elle voulait, dit-elle, « raconter des histoires ».

A regarder la salle remplie de la bibliothèque, les yeux écarquillés des personnes présentes, et le silence quasi religieux de l’audience, pas de doute : les histoires, elle les raconte bien. Il y a chez elle un besoin quasi vital de rapporter les aventures qu’elle a vécues, souvent douloureuses. Partager, vider son sac et reprendre la route. Cette femme parle d’elle, de ses crapahutages qu’on croit sortis de films américains, de ses expériences toutes plus incroyables les unes que les autres. C’est un monologue pendant près d’une heure. Et nous, nous sommes abasourdis : Tchétchénie, Iraq, Afghanistan. Sa façon de faire son métier ? Elle explique : respecter les personnes et leurs cultures, vivre avec eux et comme eux pour mieux témoigner de leur quotidien, éviter d’être dans la recherche du scoop.

Elle relate son parcours et sa carrière mais à travers ses périples, c’est également des autres dont elle parle. De tous ceux que son chemin a croisés, à Grozny, à Bagdad, à Kaboul, à Kandahar. Tous ces noms de villes que des milliers de reportages ont abordé parlant rarement de ceux qui les habitent, guerre ou pas guerre. Anne Nivat leur a rendu hommage ce samedi à l’Ecole du Blog de Bondy. Sans apitoiement, ni exotisme. Le jour où elle nous a rendu visite, elle était sur le point de partir en Afghanistan pour de nouveaux reportages.

Nassira El Moaddem

 Article paru sur le Bondy Blog, vidéo de l’échange avec Anne Nivat en plus : cliquez ici.

Légende photo : Anne Nivat en Irak.


Anne Nivat est venue à l’Ecole du blog, une BD sous le bras réalisée pour Reporters sans frontières : « Anne Nivat, Correspondante de guerre », de Daphné Collignon, éditeur Soleil. La dessinatrice dresse le portrait de la journaliste dans le cadre des ses reportages de guerre (Tchétchénie, Iraq, Afghanistan…).

Qui sont les Turcs de Bulgarie?

Mai 2009 n’est pas une période anodine pour les Turcs de Bulgarie.  Le 19 de ce mois, a débuté la commémoration du triste anniversaire de l’exil forcé et de la politique d’assimilation dont ils ont été victimes dans les années 1980. Aujourd’hui les Turcs de Bulgarie représentent plus de 800 000 personnes soit plus de 10% de la population nationale. Ils vivent essentiellement dans la zone montagneuse des Rhodopes dans le sud-ouest du pays et au nord dans la région du Deliorman.

alemino.jpg Ali Eminov, éminent anthropologue bulgare d’origine turque, qui vit aujourd’hui aux Etats-Unis, a travaillé toute sa vie sur la communauté turque de Bulgarie à laquelle il a consacré nombre d’ouvrages et d’articles. Il décrit l’assimilation qu’ont connue les Turcs de Bulgarie en indiquant qu’« entre décembre 1984 et mars 1985, près d’un millions de Turcs de Bulgarie ont été forcés de remplacer leurs prénoms et noms turcs par des patronymes bulgares. Cette période de l’histoire appelée « processus  de renaissance nationale » provient d’une politique menée déjà depuis les années 1950 ». « En mars 1985, le gouvernement bulgare annonce que la nation bulgare est homogène, avec une seule langue, une culture uniforme et une idéologie, le communisme. Pas de place donc aux autres communautés, dont les Turcs. Commence alors une bulgarisation forcée des noms et prénoms des Turcs de Bulgarie » ajoute M. Eminov. Cette assimilation passe aussi par une marginalisation de l’enseignement en langue turque : « Ces cours sont optionnels, le nombre des professeurs formés pour ces cours est insuffisant et ces derniers sont très mal payés. De plus, le nombre de manuels scolaires rédigés en turc est également faible. » Ajoutés à cela, les mosquées en Bulgarie qui manquent, selon le chercheur, d’imams bien formés. De plus, des lieux de culte ont été vandalisés sans que le gouvernement n’enquête sérieusement.

Le plus important exode humain depuis la Seconde Guerre mondiale

M. Eminov n’a pas connu ces épisodes. Comme beaucoup d’autres à cette époque, il a fui le régime communiste en 1960 rejoignant la Grèce dans un premier temps puis les Etats-Unis où il vit depuis. Mais sa propre famille a été victime de cette politique forcée d’assimilation : « Toute ma famille et mes proches qui vivaient en Bulgarie à cette époque ont été forcés à l’assimilation dans les années 1980 y compris le remplacement des noms et prénoms turcs par des équivalents bulgares. Même les patronymes des personnes mortes ont été remplacés. Par exemple, mon frère Raif Mümünov Eminov était devenu Radi Marinov Emilov et ma mère, Hayriye, était devenue Khristina ».  Selon l’argument des autorités bulgares de l’époque, ceux qui se considéraient comme musulmans ou Turcs en Bulgarie, avaient en réalité été islamisés et turcisés de force durant la période ottomane. Leur attribuer des prénoms et des noms bulgares leur permettrait donc de renouer avec leur prétendue identité originelle. Selon Ali Eminov, les exactions subies par les Turcs de Bulgarie ne s’arrêtaient pas là : fermetures de mosquées, destruction de pierres tombales avec inscriptions en turc ou en arabe, interdiction de porter des vêtements traditionnels turcs, prohibition de toute pratique religieuse publique et bannissement des pratiques culturelles turques. S’en suit des vagues de manifestations de Turcs de Bulgarie protestant contre cette politique d’assimilation forcée et réclamant le recouvrement de leurs patronymes. Les autorités bulgares répliquent alors par l’utilisation de la force causant ainsi la mort de plusieurs personnes forçant ensuite les Turcs à quitter le pays.  Selon Ali Eminov, « il s’agit du plus important exode depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Entre juin et août 1989 quelques 350 000 Turcs ont ainsi quitté la Bulgarie et ont rejoint la Turquie. 150 000 sont revenus après la chute de Jivkov en novembre 1989 ».  En 1990, après la chute du régime dictatorial, les Turcs de Bulgarie retrouvent leur nom et prénom d’origine. A cette même date se créé, un parti politique, le Mouvement pour les Droits et les Libertés avec à sa tête,  Ahmed Dogan.

Le Mouvement pour les Droits et les Libertés dans le jeu politique bulgare

mdlbis.jpgSon nom trahit sans équivoque ses origines turques. Ahmed Dogan est un homme influent de la vie politique en Bulgarie. Il n’est autre que le président du MDL, le Mouvement des Droits et des Libertés, communément appelé le parti des Turcs. Crée en 1990, le MDL a été une réponse institutionnelle de la part de la communauté turque de Bulgarie à la politique d’assimilation dont ils ont été victimes. Aux élections législatives de 2001, soit dix ans après sa création, le MDL remporte 7,5% des suffrages exprimés obtenant 21 sièges au parlement national et rejoignant ainsi la coalition gouvernementale au pouvoir. Depuis, il ne cessera d’être une force politique majeure dans l’équilibre politique bulgare, faisant ainsi les majorités au pouvoir tout en étant régulièrement accusé de corruption. Aux élections de 2005, il réussit à obtenir 13,7% des voix et s’empare de 33 sièges à l’assemblée. Deux ans plus tard, pour la première élection européenne du pays après l’adhésion à l’Union européenne, le parti d’Ahmed Dogan, permet au MDL d’obtenir 4 sièges à Strasbourg avec plus de 20% des voix exprimées. Mais à l’issue de l’euro-scrutin de mai 2009, le MDL perd deux sièges au parlement européen récoltant 15,55% des suffrages exprimés. Si l’abstention joue un rôle dans ce résultat, la principale cause de cette baisse réside dans la montée en puissance du parti d’extrême droite bulgare Ataka.

Le spectre d’Ataka aux élections du 5 juillet

ataka.jpgArrivé dans le jeu politique national durant les élections de 2001 obtenant 21  sièges au parlement, Ataka surfe sur une vague anti-Rom et anti-turque. Pour Ali Eminov, le parti d’Ataka est un risque sérieux pour l’équilibre de la société bulgare et celui des Turcs et des Musulmans du pays: « Ataka a beaucoup joué durant la campagne aux européennes sur le discours anti-turc et anti-musulman dans sa campagne ». Selon lui, leur succès à l’euro-scrutin pourrait se répéter pour les élections législatives du 5 juillet prochain : « Les sondages indiquent qu’un autre parti de droite, le GERB mené par le maire de Sofia, Boiko Borissov, pourrait remporter ces élections. Ce même parti a affirmé durant la campagne que les enfants nés en Bulgarie, peu importe leurs origines ethniques ou religieuses, devraient porter des noms bulgares. Certains ont même suggéré qu’une coalition entre le GERB et Ataka se forme pour en finir avec la présence du MDL au sein du gouvernement ».

Une communauté turque pauvre et encore marginalisée

Malgré la présence du MDL dans le jeu politique bulgare et l’amélioration globale des droits des musulmans et des Turcs en Bulgarie, les campagnes d’assimilation forcée des années 1970 et 1980 ont laissé des traces et la fracture entre Bulgares dits de souche et la communauté turque reste vivante surtout dans les régions reculées. « Les structures sociales de la communauté comme les komsuluk, qui étaient très présentes avant la politique d’assimilation, n’ont pas été recréées après cet épisode. Aujourd’hui, les attitudes d’Ataka ou d’autres partis politiques bulgares, qui prêchent la restriction des droits des Turcs voire leur expulsion du pays, mettent à mal le développement des relations inter-communautaires et inter-culturels » explique Ali Eminov.  Ajoutés à cela, un  taux de chômage et de pauvreté au sein de la communauté turque plus élevés que la moyenne nationale. La chute du régime communiste a aussi sonné la fin des entreprises étatiques comme l’industrie nationale de tabac qui employait énormément de Turcs. L’Etat bulgare n’a fait que très peu pour développer des alternatives à cette fin de l’économie étatique.

« Les Turcs se sentent aussi citoyens bulgares »

Milena est une jeune Bulgare de 30 ans, vivant en France depuis 2 ans. Elle nous parle des Turcs de Bulgarie.

Quel est votre lien avec les Turcs de Bulgarie?

Avec mon mari français, nous avons acheté une petite maison dans un village turc situé entre Plovdiv, deuxième ville du pays et Kardjali, une ville à majorité turque. Je me suis donc mise à apprendre le turc à Paris afin de pouvoir parler avec les habitants du village.

Quel regard portez-vous sur les Turcs de Bulgarie?

Parmi les Turcs bulgares que je connais, aucun n’a des idées extrêmes. Personne par exemple ne souhaite faire sécession. Les Turcs que je connais sont des gens intelligents, qui ont fait des études. Et les habitants du village où nous avons acheté une maison, sont très attachants et ce sont des gens avec qui l’on s’entend bien. Mais apprendre le turc pour communiquer est indispensable car beaucoup de l’ancienne génération ne parle pas le bulgare. Mais un Turc que j’ai rencontré et qui vit à Kardjali, disait quant il parlait « Nous les Bulgares ». Cela prouve bien que les Turcs se sentent aussi citoyens bulgares.

Y-a-til un risque de dérive xénophobe du pouvoir bulgare avec la montée en puissance d’Ataka?

Ataka a clairement un discours fasciste et raciste. Mais pour moi, les Bulgares ne sont pas racistes. Si certains Bulgares votent pour Ataka, c’est qu’ils ont été déçus par les coalitions successives dans lesquelles le parti turc du MDL a pris part. Ils ont l’impression d’avoir été délaissés. Et le parti du maire de Sofia, GERB surfe aussi sur cette vague en se rapprochant des discours nationalistes.

Nassira El Moaddem

Article publié dans l’hebdomadaire franco-turc Zaman France

« Moussavi, c’est pas Gandhi »

Quatre jeunes Iraniens de la banlieue parisienne livrent leurs sentiments sur l’élection présidentielle de ce jour en Iran. Si l’un dit voter Ahmadinejad, les trois autres dénoncent l’autoritarisme du régime mais ne croient que mollement à la figure démocratique du principal opposant au chef de l’Etat sortant.

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Ce vendredi, près de 46 millions d’Iraniens sont appelés à participer aux élections présidentielles. Ceux de la diaspora pourront voter dans les consulats. Haythem, 25 ans, fait partie des rares jeunes Franco-Iraniens à se rendre aux urnes. Né en France et ayant grandi à Courbevoie en banlieue parisienne, voter est pour lui synonyme de « respect envers [son] pays d’origine ». Le jeune homme ne donnera pas sa voix à Mir Hossein Moussavi.

L’adversaire le plus sérieux du président sortant, Mahmoud Ahmadinejad, est pourtant décrit dans les médias occidentaux, comme le candidat des jeunes et des femmes. L’épouse du candidat Moussavi, Zahra Rahnavard, joue un rôle central dans la campagne de son époux. L’opposant à Ahmadinejad a mis en place une stratégie de communication incisive sur la toile : compte Twitter, page Facebook et chaîne sur Youtube. Sur cette dernière, ses clips de campagne s’accompagnent de musique hip-hop iranienne dernier cri et d’un slogan obamanesque : « Vote for change ».

Haythem, pourtant, votera Ahmadinejad. « C’est le seul homme, le seul chef d’Etat qui me fait vibrer le cœur quand il prononce ses discours, confie le jeune homme. C’est un président simple. Moussavi est juste un candidat à la botte des Occidentaux. Mettre un président modéré fera leurs affaires, et celles des Etats-Unis avant tout. »

Haythem se définit comme un Iranien et reproche à la France ses positionnements « diabolisant » l’Iran, et aux médias, les « stéréotypes » qu’ils véhiculent : « Je me souviens avoir beaucoup souffert, petit, des images de « Jamais sans ma fille » ou des clichés du style Iranien =islamiste=terroriste. Les gens ne connaissent pas l’Iran, son histoire, ses gens. » Haythem affirme être un des seuls jeunes parmi ses proches de nationalité iranienne à se rendre aux urnes : « Mes potes se foutent des élections, s’énerve-t-il. Ils ne s’intéressent pas à la politique de leur pays et aller voter, ils n’y pensent même pas. »

Farah, jeune étudiante franco-iranienne de 20 ans, a été prise dans le tourbillon Moussavi. « J’ai rejoint les amis de Moussavi sur Facebook et c’est vrai que l’on se prend à rêver de changement. Je ne sais pas qui il est, ni d’où il vient mais l’Iran, ma famille là-bas, a besoin de changement. » Omid, 25 ans, d’Antony, étudiant lui aussi, ne croit pas à un possible changement en Iran. Pas plus qu’à un sursaut démocratique qu’incarnerait Moussavi. « Moi, je ne le connais pas. C’est la première fois qu’on entend parler de lui depuis longtemps. Tout ce que je vois, c’est qu’on essaye de nous faire croire au changement avec une campagne à l’américaine. Avec Moussavi et sa femme, on essaie de nous vendre du Bill et Hillary. C’est n’importe quoi ! Moussavi est un homme du système, il a été premier ministre pendant la guerre Iran-Irak et là, il arrive après 20 ans d’absence. »

Omid ne votera pas mais son cousin des quartiers populaires du sud de Téhéran sait déjà quel bulletin de vote il glissera dans l’urne. « Il votera Ahmadinejad parce qu’on le connaît, qu’on sait qui il est et qu’il n’y aura pas de mauvaises surprises. » Omid, lui, en est convaincu, Ahmedinejad ou un autre, le système de la République islamique ne bougera pas : « C’est un système hyper bien ficelé. Tous les candidats sont des hommes qui y appartiennent. L’élection d’un nouveau président, même réformateur, ne va pas le changer. »

Siamak, Franco-Iranien de 29 ans qui vit à Asnières-sur-Seine, partage cette opinion. « Je m’intéresse aux élections, car c’est un évènement important et l’issue du vote m’intéresse. Mais en même temps, je n’ai pas de grandes attentes quant aux résultats et à ce qui peut se passer par la suite. Moussavi est un homme du pouvoir et est responsable de 30 000 exécutions de prisonniers. Ce n’est pas Gandhi ! C’est un khomeyniste qui a exercé le pouvoir avant tout. »

Si Omid et Siamak n’éprouvent aucune sympathie pour l’autoritarisme du régime, ils ne souhaitent pas non plus abonder dans ce qu’ils nomment des « clichés » sur l’Iran. « Moi, confie Siamak, je ne suis pas musulman mais ce n’est pas parce que ce gouvernement autoritaire est islamique que je suis anti-islamique. Les Iraniens de la diaspora eux-mêmes alimentent ces stéréotypes sur l’Iran. Mais ce sont les enfants des royalistes qui ont fui le régime islamique. » Et Omid d’ajouter : « Je m’entends rarement avec les jeunes Iraniens de la diaspora. La plupart sont les héritiers de la bourgeoisie royaliste qui a quitté l’Iran et qui ne pensent qu’à eux. »

Omid qui se sent « profondément iranien », s’inquiète surtout pour la jeunesse d’Iran, ses cousins et cousines qu’il aimerait pouvoir aider mais pour qui il ne peut rien : « J’aime l’Iran, c’est mon héritage, mon identité, ce que m’a laissé mon père. Je n’ai que cela. Je ne supporte pas la diabolisation que l’on fait de mon pays. Mais c’est surtout pour la jeune génération que je m’inquiète. C’est une génération sacrifiée, flinguée qui vit dans une prison à ciel ouvert. Aujourd’hui, en plus du chômage et des difficultés économiques, beaucoup, et j’en ai dans ma famille, sont tombés dans la drogue. Les jeunes disent à leurs parents : vous avez vécu votre révolution mais regardez quelle merde nous on récolte derrière. »

A 10 heures ce matin, Haythem déposera son bulletin de vote « Ahmadinejad » dans l’urne du consulat iranien de Paris. Dans six mois, c’est en Iran qu’il fera sa nouvelle vie. Le jeune homme a décidé de s’y installer et de tenter l’aventure à Téhéran avec son père. Il jugera par lui-même de la pertinence ou non de son vote.

Nassira El Moaddem

Légende photo : à droite, Omid, en compagnie de deux cousins, lors d’un séjour à Téhéran.

Article publié sur le Bondy Blog : cliquez ici.

Marielle de Sarnez : « L’UMP ressort le chiffon rouge : Turquie, insécurité et immigration »

L’abstention guette le scrutin du 7 juin. Tout le monde le dit. Malgré ce pessimisme, le Bondy Blog continue son tour des QG à la rencontre des têtes de listes pour essayer de comprendre pourquoi l’Europe « gonfle » à ce point l’opinion publique. Rencontre avec Marielle de Sarnez et Fadila Méhal, numéro 1 et 3 de la liste Modem en Ile-de-France. Interview.

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Que pensez-vous de l’impact de cette campagne auprès de l’opinion ? Marielle de Sarnez. Tous les jours, on nous prédit une abstention énorme. J’espère que la réalité démentira les sondages. Et en même temps, c’est vrai qu’il s’est installé selon moi une forme de malentendu entre les Français et l’idée européenne. Alors Aujourd’hui, on le voit bien, il n’y a plus de débat car plus personne ne dit qu’il faut quitter l’Europe. Cette question est réglée. Personne ne souhaite non plus quitter l’euro. Toutes ces questions qui faisaient l’objet de débats lourds et forts au moment des élections et surtout du référendum de 2005 ont disparu. Au fond tout le monde considère que l’Europe est incontournable mais on n’a pas réussi à donner aux citoyens l’idée qu’ils pouvaient peser sur l’Europe, sur les politiques de l’Europe et la réalité européenne, d’où mon engagement.

Est-ce qu’il ne manque pas une figure nationale qui incarnerait l’idée européenne ?

MDS. Il y avait de grands dirigeants européens, Giscard, Kohl… . C’est vrai que Chirac et Sarkozy sont des Européens plus de raison que de conviction. Et puis c’est vrai que le fonctionnement de l’Europe avec ses trois institutions le Conseil, le parlement, la commission est un fonctionnement qui peut apparaître compliqué. Troisième raison, c’est que l’Europe s’est beaucoup occupée au fond du marché, de la libre circulation des biens, des services et des hommes. Je crois que le grand défi c’est que l’Europe soit plus attentive aux Européens.

On nous dit que l’Europe est importante. Mais concrètement pourquoi elle est si importante que cela ?

MDS. C’est savoir qu’au fond, en dehors de l’Europe il n’y a pas d’autre cadre possible pour notre pays. Le destin et l’avenir de la France sont intimement liés à celui de l’Europe ; ce sont les deux revers d’une même médaille. Au fond tous les défis qui sont devant nous sont d’ordre planétaire : la crise financière, les questions environnementales, démographiques… Si l’on souhaite peser, me semble-t-il, il s’agit là de mon intime conviction, on ne peut le faire que sur le plan européen.

S’agissant de l’importance de l’Europe, on a l’impression que ce discours est sans cesse répété pendant les élections mais que le reste du temps…

MDS. Nous, au Modem, on parle de l’Europe tout le temps et pour moi l’Europe c’est l’horizon et le cadre de l’action de la France mais c’est vrai que l’Europe est une question dont on parle uniquement tous les 5 ans à l’occasion des élections européennes. Et on a même entendu durant cette campagne et ça avait pour moi un côté surréaliste, des commentaires sur Bayrou lui reprochant de parler de la France durant la campagne européenne. Il y a plein de gens qui aimeraient que l’Europe soit une affaire d’experts, une affaire d’entre soi pour garder ces questions dans le huis clos des initiés et des savants.

Qui souhaite laisser ces questions aux mains d’experts ?

MDS. J’ai entendu plein de gens me dire : « L’Europe c’est un sujet tellement important que franchement Marielle c’est mieux que les peuples ne s’en occupent pas. » D’ailleurs, ce sont ceux qui ne souhaitent jamais de référendum. C’est vrai que les gens se demandent comment ils peuvent peser car l’Europe prend des orientations et des décisions lourdes. Les gens se demandent comment ils donnent leurs avis. Qui décide de ces orientations ? Je souhaite que les citoyens réinvestissent ces questions.

Fadila Mehal. Par rapport à notre conviction, il ne vous aura pas échappé que notre slogan c’est « Nous l’Europe ». Pourquoi ? Parce que je pense qu’avec notre parti, il y a une filiation directe avec ceux qui ont pensé l’Europe, comme Schuman ou Monnet. Nous sommes les héritiers de ces personnes. Nous pensons qu’il n’y a pas d’horizon « indépassable » hormis celui de l’Europe. Les enjeux sont planétaires, le périmètre pour faire le poids par rapport aux grands pays émergents, par rapport à la Chine par exemple.

Comment concrètement vous avez agi sur le terrain ces dernières années ? Si un jeune de Bondy ou d’Ile-de-France souhaite venir vous voir, peut-il le faire ?

MDS. Oui bien sûr, il m’envoie un mail, il vient me voir évidemment. J’ai reçu beaucoup de jeunes au parlement pendant 5 ans, des groupes scolaires, des étudiants. Toutefois, je ne peux pas non plus recevoir des milliers de personnes. C’est vrai que nous, on a de la chance d’être dans un parti politique. Il y a des adhérents, des gens qui bossent dans le parti, qui font le lien et qui font remonter les sujets, les projets, les questions et qui nous permettent d’être en contact avec les gens. A Bondy par exemple il y a des adhérents du Modem. Durant cette campagne on aura fait partout en Ile-de-France 300 cafés débats. Alors cela ne se sait pas parce que les grands médias, ça ne les intéresse pas… Sur des thèmes, de vrais sujets de fond à chaque fois.

Fadila Mehal, vous êtes numéro 3 sur la liste du Modem en Ile-de-France. Il y a donc des chances que vous soyez élue ? Vous allez changer quoi vous au parlement européen ?

FM. J’espère bien être élue. Comme disait Marielle, je pense qu’il faut une représentation plus diverse. C’est vrai que ma diversité me vient aussi de mon origine mais aussi de ma compétence. Je suis très engagée dans le domaine associatif et plus particulièrement sur la question des médias. Le lien avec la Méditerranée me paraît également très important depuis la création de l’Union Pour la Méditerranée. Même si ce processus est aujourd’hui complètement arrêté à cause du conflit au Moyen-Orient, je pense qu’il y a lieu de prendre des initiatives dans ce sens. Et puis, il y a la question plus large de l’Afrique. Dans notre programme c’est un point qui me paraît très fort. C’est quand même une réflexion plus globale sur les déséquilibres du monde et comment on peut faire sortir un continent qui est en train de plonger dans la dictature et la misère. Il y a également la question de certaines règles de l’OMC qui paupérisent davantage ce continent. Voilà les axes sur lesquels j’aimerai travailler.

Qu’est ce qui a motivé cet engagement européen ?

FM. On parle de l’Europe comme si elle était une planète étrangère. On peut s’intéresser à la politique interne de l’Europe et comment la France transpose et met en oeuvre les politiques européennes. Pourquoi je m’intéresse à l’Europe ? Il y avait une opportunité d’élargir les points de vue et que notre parti a souhaité être représentatif de cette diversité. J’ai trouvé que c’était une opportunité formidable d’élargir le champ d’horizon et être candidate aux europénnes. C’est une question qui est à mon sens assez symptomatique. Par exemple, on ne pose jamais ce genre de question à des hommes. Jamais on ne leur demande pourquoi ils souhaitent être députés. Souvent on me demande : « Mais pourquoi vous vous êtes engagée en politique ? » Et pourquoi vous voulez élargir vos horizons ? J’ai toujours l’impression que les femmes sont dans une démarche d’égalité mais sous conditions. C’est à dire que l’on veut bien que vous soyez conseillère municipale mais vous devez vous occuper d’éducation, d’intégration, de diversité, de culture. Il y a toujours une condition au préalable comme si les femmes devaient à chaque fois se justifier.

Qu’est ce que deux futures députés européennes pourraient faire contre le chômage des jeunes ?

MDS. La crise touche en priorité les jeunes et d’abord les jeunes des quartiers avec des taux de chômage qui explosent littéralement. On nous a promis que tout allait être réglé mais rien n’est fait. On nous a raconté des blagues. Alors qu’est-ce que fera l’Europe ? D’abord la France doit agir. Elle pourrait faire les choses dans les quartiers qu’elle ne fait pas. On pourrait par exemple avoir le même taux d’encadrement des jeunes des collèges, des lycées dans les quartiers que dans les établissements de centre ville. Je suis persuadée et convaincue et je vais faire une étude sur la question, que le coût d’un jeune dans un lycée de centre ville à Paris et celui d’un lycée à Bondy doit être du simple au double entre la suppression des options, le taux d’encadrement de l’état délabré des locaux, je suis persuadée que nous n’avons pas d’égalité réelle. La France peut déjà faire son job à savoir offrir à tous les jeunes la même égalité de traitement à l’école.

Et l’Europe pourrait imposer à la France de faire cela alors ?

MDS. Il faut arrêter de faire croire aux jeunes que ceux qui réussissent c’est ceux qui entrent dans les grandes écoles. C’est le côté élitiste de la France. C’est bien que l’on ait des grandes écoles. Mais il faut dire aux jeunes que l’on peut réussir aussi en allant à l’université, en faisant des CAP, des études d’ingénieurs. Bref il y a des milliers de façons de réussir. Je dis cela parce que je trouve qu’en France on se trompe de combat sur cette question. Il faut donc une égalité des chances, égalité des formations, le fait de pouvoir favoriser la création d’emploi et aider les PME. On accorde 10 milliards d’euros au secteur automobile sans condition. On leur dit voilà l’argent et après plus rien. On ne leur demande même pas de faire des véhicules électriques, des voitures propres, de développer de nouveaux moteurs, rien! Idem pour les banques. J’ai le sentiment qu’on n’aide pas assez les gens de la vie réelle. Deuxième chose : depuis 9 mois on n’a pas aligné un plan de relance européen. J’aimerai que la France et l’Europe prennent cela en compte et je demande un plan de relance européen.

Justement, les gens se disent : les Etats européens eux-mêmes n’ont pas été capables de mettre en place un plan de relance global alors qu’on nous demande de croire en une Europe dans laquelle les Etats eux-mêmes ne croient pas…

MDS. Je dis simplement que j’en veux aux 27 chefs d’Etat et de gouvernement d’avoir loupé cette chance historique. J’espère qu’on va les obliger à le faire au lendemain des élections. C’est à dire, les obliger à se mettre ensemble autour d’une table et arrêter le chacun pour soi et qu’ils comprennent qu’il y a un intérêt général et collectif qui dépasse leurs intérêts particuliers.

S’il y avait une vraie campagne en Europe peut-être qu’on y arriverait…

MDS. Et bien écoutez, nous le plan de relance européen est un des premiers engagements que l’on porte et qui doit avoir 3 directions : soutenir les PME/TPE tous ceux qui font la création d’emploi pas seulement les grands groupes. On a des milliards qui coulent à flot pour les uns et on n’a rien pour les autres. Deuxièmement, pour soutenir les gens qui sont en difficulté : les jeunes, les chômeurs, les salariés qui vont perdre considérablement de leur pouvoir d’achat. Il y a par exemple un Fonds européen d’ajustement. S’ils avaient simplement décidé de multiplier par 10 son contenu et bien cela aurait été un geste symbolique en disant : « Eh bien vous voyez l’Europe est à vos côtés. » Simplement au fond ça ne les intéressait pas. Enfin, je pense que c’est l’occasion pour faire ce que j’appelle des grands travaux en Europe, une idée qu’avait Jacques Delors il y a très longtemps et qui est toujours d’actualité aujourd’hui. Ce serait par exemple de décider que l’on mette aux normes durables tous les bâtiments publics européens. C’est des ambitions comme cela dont l’Europe a besoin.

Que pensez-vous de la liste antisioniste de Dieudonné pour les Européennes, qui peut dans une certaine mesure, séduire certains jeunes des quartiers ?

MDS. Pour moi, la première responsabilité des hommes politiques c’est plutôt d’apaiser, c’est plutôt d’essayer en tous les cas de ne pas jouer l’exacerbation des uns contre les autres. Les problèmes sont complexes et ceux du Proche-Orient sont très compliqués. C’est quelqu’un qui se présente aux élections. Alors on peut dire que c’est un amuseur qui se présente aux élections. Mais se présenter aux élections, c’est faire de la politique. Il se présente, donc il a forcément un engagement, il pense des choses. Dans nos sociétés très fragiles, la première responsabilité de ceux qui se présentent aux élections c’est de ne pas rajouter de l’huile sur le feu et c’est plutôt d’essayer d’apaiser les choses.

Quand François Bayrou publie un pamphlet à l’égard de Nicolas Sarkozy, est ce que l’on peut dire qu’il apaise les choses ?

MDS. On ne continue pas l’interview si vous faîtes des comparaisons comme ça. C’est pas bien.

Vous parliez d’apaisement…

MDS. Je parlais du Proche-Orient, vous ne pouvez pas tout amalgamer. Vous ne pouvez pas tout mettre au même niveau. Vous devez hiérarchisez les choses. Vous ne pouvez pas dire des phrases comme cela. On parle de choses qui sont profondément différentes. Le terroriste Carlos a dit ce matin qu’il soutenait Dieudonné. Vous trouvez cela bien ? Moi je ne trouve pas cela bien. Cela ne vous interpelle pas ? Moi cela m’interpelle. Il faut vraiment pas mettre cela sur le même niveau.

FM. Je pense que c’est très important ce que vous dîtes parce que j’ai été confrontée à des réactions extrêmement vives lors de café démocrates dans les quartiers. Je crois que ce que disait Marielle est très vrai. Il y a un vrai terreau et il y a de vraies questions. Il pose de vraies questions mais il a de mauvaises réponses. Sa réponse est de nous resservir le truc du bouc-émissaire.

MDS. Il monte surtout les communautés les unes contre les autres.

FM. Toute ma campagne je l’ai axée sur l’Europe car ce qui est formidable avec l’Europe c’est la transposition du droit et que l’Europe est un vecteur de consolidation du droit. Et dans la République française, le problème c’est que l’on est pas passé de l’égalité formelle à l’égalité réelle. Nous sommes les premiers à avoir demandé la mise en place d’un observatoire et au delà d’un vrai plan d’action pour lutter contre les discriminations. 

FM. A partir de ce thème des discriminations, Dieudonné développe un discours antisémite. J’ai entendu beaucoup de jeunes reprendre son discours. Et ce qui les intéressait dans ce discours, c’est leur situation personnelle et la question du Moyen-Orient. Je suis comme Marielle, je trouve que c’est une responsabilité terrible.

MDS. C’est même au-delà de cela. Au fond, l’Etat a failli. C’est bien au delà des partis politiques. L’Etat a successivement failli depuis plusieurs décennies. C’est cela que l’on ramasse aujourd’hui.

FM. Je tiens quand même à apporter des réflexions et surtout des témoignages que j’ai vécus. Parmi les jeunes des cités sensibles, il y a une écoute et je dirai une attention très particulière par rapport à François Bayrou. Ce sont vraiment des choses que j’ai constatées. Beaucoup de personnes notamment de la jeune génération, ont beaucoup d’empathie pour François Bayrou parce qu’il a eu un discours de rassembleur aux présidentielles. Et je pense qu’il a actuellement une capacité à répondre à ces défis. Je ne suis pas si pessimiste que cela.

Récemment dans un entretien au Nouvel observateur Martine Aubry a déclaré qu’elle n’était pas pour l’entrée de la Turquie mais pour poursuivre les négociations. C’était un petit peu confus. Quelle est la position du Modem sur la question de l’entrée de la Turquie ?

MDS. Le parti socialiste de tout temps a été pour l’entrée de la Turquie en Europe et en ce moment Martine Aubry est en train d’essayer de se positionner de manière confuse en disant : « On est pour la poursuite des négociations d’adhésion mais pas pour tout de suite ». Elle s’emmêle les pinceaux. Nous, nous sommes au fond pour une Europe politique forte avec un premier cercle qui pèse. Après si on est trente on peut avoir un deuxième cercle. Nous sommes pour une Union européenne qui pèse et qui doit avoir des frontières. Et donc pour nous la Turquie n’a pas vocation à être dans l’Union européenne. Après on peut imaginer, comme le pensait Mitterrand, une Europe à deux cercles avec un premier cercle dense et politique, uni et puis un deuxième cercle. Ce qui me choque aujourd’hui dans la campagne c’est au fond l’utilisation que font le gouvernement et l’UMP de la Turquie. C’est à dire qu’ils essaient de mettre la question de la Turquie dans la campagne, d’agiter le chiffon rouge et de pointer du doigt la Turquie. Je trouve cela dégueulasse. D’abord, c’est absolument gratuit parce que ce n’est pas une question qui va être abordée dans les 5 années qui viennent au Parlement européen. Donc faire croire aux gens qu’il pourrait y avoir une accélération du processus est mensonger.

C’est pourtant ce que veut la Suède qui prendra la présidence tournante de l’Union européenne le 1er juillet 2009. Son ministre des affaires étrangères l’a d’ailleurs déclaré récemment…

MDS. J’en suis convaincue. Même si le processus se poursuivait l’adhésion ne se fera pas avant 10 ou 15 ans. Donc c’est absolument dégueulasse de faire croire aux Français que c’est aujourd’hui que cela se joue.

Pourquoi ne pas le dire ?

MDS. Quand on m’invite dans les médias, je le dis. Vous savez dans nos cafés démocrates, on a pendant deux heures des questions réponses avec le public. Et bien je n’ai pas eu une question sur la Turquie depuis le début de la campagne. L’UMP essaye de la mettre dans la campagne de façon politisée. Mais il faudra que l’on ait de bonnes relations avec elle, moi je n’ai pas envie d’un choc des civilisations.

Est- ce que ce n’est pas déjà trop tard parce que l’on a fait des promesses à la Turquie ? C’est le premier pays avec qui l’on a fait un accord d’association et elle est candidate depuis 1987.

MDS. J’essaye de nuancer parce que ce sont des choses compliquées. Oui, c’est vrai que cela a démarré depuis longtemps, c’est vrai que de la part des gouvernements, il y a double langage et vachement d’hypocrisie, c’est vrai que lorsque Sarkozy dit « je suis hostile » depuis qu’il est président il n’a jamais mis de véto. C’est du pipeau bingo absolu ! Moi, je ne vais pas en faire un truc incontournable dans la campagne. Je vous dis qu’a priori si on veut une Union européenne forte, il faut bien un moment qu’elle ait des frontières et que dans ce premier cercle, je ne vois pas à terme la Turquie. Maintenant on verra de quoi sera fait l’avenir.

On voit que le thème de l’insécurité revient…

MDS. Oui, bah voilà ,Turquie, insécurité et j’attends immigration. Je trouve cela dégueulasse. Xavier Bertrand a mangé le morceau totalement, il a dit : « C’est fait pour mobiliser notre électorat. » C’est terrible.

Comment se situe la France en Europe, comment est-elle perçue ?

MDS. La France est perçue comme une nation arrogante, pensant en général qu’elle a raison sur tout, seule contre les autres et comme faisant aussi beaucoup d’effets de manche ! Moi je ne crois pas qu’on aura à nouveau de la croissance en Europe si on ne fait pas de l’intégration économique. Parce que faire une monnaie sans aller plus loin, dans la politique agricole commune, dans la politique industrielle, ça ne sert à rien. Il faut faire une harmonisation fiscale pour éviter une concurrence sauvage entre états européens. Il faut également une harmonisation sociale. On sait bien que tous les Etats ne sont pas au même niveau de protection sociale mais il faut tout faire monter vers le haut. Nous on dit plan de convergence sociale à 10 ans : se dire que dans 10 ans tous les pays européens sont au niveau social sur le plus haut revenu, pas par le bas, par le haut évidemment. Il faut que l’Europe soit exemplaire en matière de régulation financière parce que si l’Europe ne le fait pas ce ne sera pas fait au plan planétaire.

Et sur les politiques d’immigration ?

MDS. Il faut qu’on ait une politique d’immigration qui soit plutôt européenne que nationale. Je ne crois pas au fond à des politiques nationales d’immigration pour éviter que ces questions soient utilisées à des visées électorales. Je préfèrerai que ce soit l’Europe qui gère cette question, qui n’est pas facile mais l’immigration il faut la réguler de façon humaine. Ca c’est un point aussi important pour moi.

Vous êtes une des seules personnes à avoir été chef de cabinet, de François Bayrou au ministère de l’Education nationale, à ne pas avoir fait l’ENA. Pensez-vous qu’il faille supprimer l’ENA ?

MDS. Je pense qu’il faut complètement transformer la formation de ce qu’on appelle les élites en France. Je pense qu’il y a une chose tragique dans la société française, c’est que tous les mômes qui réussissent leur concours à 20 ans, c’est bloquant pour la société. Au fond, je pense qu’il faut aussi donner de l’importance à l’expérience des gens, à valoriser le parcours de ceux qui ont de l’expérience. Je pense qu’il faut complètement transformer tout cela.

Nassira El Moaddem, Hanane Kaddour, Widad Ketfi, Nordine Nabili

 Interview publié sur le site du Bondy Blog : cliquez ici.

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