posts de avril 2009


Michel Barnier : « Les yeux dans les yeux, je vous dis que ce n’est pas l’islam, le problème »

Le ministre de l’agriculture et de la pêche, tête de liste UMP aux élections européennes en Ile-de-France, était de passage à Bondy. Il a rencontré l’équipe du Bondy Blog pour parler de l’élection du 7 juin et de l’épineux dossier turc.

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Le rendez-vous avec Michel Barnier est fixé à « La Chope », un café de Bondy nord. Samedi, 9 heures et quelques minutes, le ministre candidat arrive, portable contre l’oreille gauche, il serre quelques mains tout en poursuivant sa conversation au téléphone sur la grippe porcine. Il raccroche et nous demande de nous présenter ! On lui explique, vite fait, ce qu’est le Bondy Blog et il nous répond : « Je me suis toujours fait une idée des interventions politiques, donc je ne vais pas changer, on vous dit d’aller dans des émissions de variété, chacun est dans son rôle, vous voyez ce que je veux dire. » Evidemment ! Michel Barnier tient à planter le décor de suite. Il est encore sous le coup de la polémique suscitée par Rachida Dati quelques jours auparavant avec les jeunes populaires. Nous lui proposons de commencer l’interview sur la base de cette réflexion. Après tout, c’est sa réponse préméditée qui nous met en orbite. Interview.

Donc, votre idée de la politique, ce n’est pas comme Rachida Dati qui dit c’est aussi le rire ?

Ah non ! Vous pouvez être décontracté, vous pouvez rire, vous n’êtes pas obligé d’être sinistre. Franchement chacun son comportement, c’est autre chose. J’ai trouvé que la polémique à ce propos n’était pas juste, car j’ai assisté à cette réunion des Jeunes populaires. Réunion très sérieuse sur la mobilité, sur l’emploi, sur la crise, sur ce que peut apporter l’Europe. Puis à la fin, il y avait un moment un peu décalé avec un quizz, des questions réponses, un peu décontracté. C’est à ce moment-là que c’était vraiment très décontracté. Vous prenez juste ces quelques secondes-là et vous en faites une émission, ce n’est pas juste.

Est-il difficile de concilier la campagne électorale avec votre responsabilité de ministre ?

Faut bien séparer les choses, un ministre est un homme politique ou une femme politique, il a un engagement citoyen. Il a ses soirées pour faire des réunions, il n’est pas enfermé dans son cabinet. Il se trouve qu’il y a une campagne électorale qui va commencer et que je suis engagé dans celle-ci, donc il faut bien séparer les choses.

C’est un petit peu tard tout de même pour commencer une campagne électorale ?

Le Parti socialiste a commencé vendredi dernier, l’UMP a pensé qu’il fallait commencer très tôt à parler des européennes. Le 24 janvier, on a fait un conseil national à la Mutualité. Le président de la République était d’ailleurs venu, donc on l’assume, on est au milieu de la route, on est avec notre président et il n’y a pas de difficultés de ce point de vue-là. J’ai été désigné comme tête de liste avec Rachida Dati sur l’Ile-de-France. Entre le 24 janvier et maintenant, notre objectif a été de mobiliser le mouvement politique qui est le nôtre. Je pense que les autres partis ont dû faire ou auraient été bien inspirés de faire la même chose parce que c’est la clé dans une élection qui intéresse assez peu les Français. Ce qui est pour moi anormal. La clé, c’est de mobiliser les partis politiques qui sont les relais dans les institutions démocratiques. Je vous dis tout ça pour être tout à fait franc, car dans le passé, ça n’a pas toujours été le cas. Nos candidats aux européennes ont souvent fait campagne un peu seuls et cette fois-ci, on a essayé de mobiliser le parti, et à partir de cette semaine, nous entrons en campagne.

En France, la question européenne relève de la périphérie politique, c’est presque comme la question des banlieues…

Je ne ferais pas la comparaison, je ne dirais pas que c’est la banlieue. Dans une région, la banlieue est centrale, ça dépend où vous êtes. Si vous êtes à Bondy, c’est Paris qui est à côté. En revanche, je dirais qu’on a toujours fait comme si l’Europe était à côté de nous, comme si la France était à côté de l’Europe. Depuis 40 ans, le débat européen est déconnecté du débat national et c’est ça que je trouve démocratiquement anormal. Le parlement européen vote des lois qui pour 60%, sont des lois qui vont concerner et encadrer la vie nationale. Donc, on n’est pas à coté, nous avons choisi depuis 50 ans d’être dans cet ensemble européen non pas pour fusionner mais pour mutualiser, pour coordonner, pour décider, se protéger et agir ensemble. Les hommes politiques de gauche et de droite ont toujours trouvé cette situation très commode. Je veux changer cela, c’est pour ça que je veux quitter le gouvernement pour un nouveau temps d’action européen. Car je pense que c’est trop important pour qu’on se comporte longtemps comme ça.

Les gens qui habitent la banlieue ont certainement d’autres soucis que ces élections ?

Bien sûr, je peux comprendre. Depuis 40 ans, on a construit l’Europe pour les citoyens mais sans les citoyens. S’il n’y a pas d’efforts pour assumer les choix, pour expliquer, pour rendre compte, vous avez effectivement cette distance. Et depuis 15 ans, qu’est-ce qu’on a fait ? Je prends ma part de responsabilité par rapport à cette divergence entre les citoyens et le projet européen. On a répondu par des institutions, la seule réponse a été la mécanique. C’est comme si vous êtes sur une route et quand il y a un problème, bien sûr on soulève le capot, on regarde ce qui se passe, mais ce n’est pas ça qui intéresse les gens. Il faut leur expliquer pourquoi on a intérêt à être dans un ensemble européen, qui je me permets de le rappeler pour les jeunes que vous êtes, est un ensemble politique, démocratique et totalement original. Il n’y a pas ailleurs dans le monde un autre ensemble politique comme celui-là. On ne fait pas de nation européenne, on ne fait pas un peuple européen, ça n’existe pas, ce n’est pas notre idée, on est en train de mutualiser.

Le thème de la campagne de l’UMP, c’est l’Europe qui protège. L’Europe protège de quoi ?

Pour bien comprendre le sens de votre question, vous ne dites pas en même temps que l’espace européen et les pays qui le constituent doivent être totalement ouverts ? Vous ne dites pas ça, n’est-ce pas ? On peut avoir une vision plus ou moins libérale, ouverte de la question de l’immigration, j’ai rarement entendu, même des gens gauche, dire qu’il ne faut pas de politique d’immigration, qu’on laisse tout ouvert et que tout ceux qui veulent venir en Europe peuvent venir. Je pense que c’est un progrès important qu’à accompli Brice Hortefeux quand il était ministre de l’immigration, que d’avoir mis en place un pacte européen qui permet une politique commune de l’immigration et d’éviter le chacun pour soi, le chacun chez soi. Et en même temps, ce pacte comprend le respect des droits de l’homme, la maîtrise de l’immigration, le partenariat avec les pays d’où partent les personnes immigrées et l’intransigeance totale contre les trafics d’hommes, de femmes et d’enfants. Voilà ce que constitue le pacte pour l’immigration. Donc oui, nous voulons une politique commune en matière d’asile et d’immigration, de réfugiés et je pense que, dans le monde d’aujourd’hui qui est très instable et très ouvert, c’est une chance que de pouvoir bâtir cette politique commune au niveau européen. Je ne mettrais pas ce sujet dans le thème de la protection.

Vous y mettez quoi dans ce cas ?

J’y mettrais la lutte contre le réchauffement climatique, la défense européenne, la lutte contre l’importation de produits qui ne respectent pas les normes sanitaires. Par exemple, la mélanine chinoise ou l’huile frelatée qui vient d’Ukraine, des contrôles aux frontières sur la sécurité sanitaire des produits. J’y mets aussi la lutte contre les grandes pandémies dans cette proposition. Comment on lutte contre ces pandémies ? C’est un problème très important dans les quartiers qui ont des difficultés et des problèmes de santé publique car on voit revenir des maladies telles que la tuberculose. Ces maladies ne connaissent pas les frontières, les pathogènes émergents qui touchent les végétaux, les animaux, et parfois les hommes, vous ne pouvez pas vous protéger contre tout cela tout seul.

Les jeunes aspirent à bouger. Que peut-on dire à ces jeunes sur leur avenir européen et leur mobilité ?

Le fait de bouger est très important. Les jeunes considèrent que l’espace européen est le leur et que les frontières n’ont pas la même pesanteur que celle qu’elles avaient pour moi ou pour mes parents. Dans le marché intérieur, par la reconnaissance des diplômes, on est en train de supprimer tout ce qui s’apparente à des freins à la mobilité. Des jeunes qui font des études de notaire, des études d’avocat ou encore de vétérinaires auront des équivalences de diplômes. Voilà un premier frein à la mobilité qui est supprimé. Il en va de même pour les entreprises : avoir des statuts communs pour faciliter la création d’entreprises; pour les services ou autres domaines qui peuvent être créés dans plusieurs pays. On va travailler sur l’idée d’un ticket ou d’une carte navigo qui soit valable dans toute l’Europe. C’est un autre exemple concret que le fait de pouvoir utiliser le même ticket pour être dans le métro d’Amsterdam ou le train entre Bruxelles et Paris ou le RER et le métro ici.

A la lecture de vos réactions dans la presse, on perçoit un virage à 180° de votre position sur l’adhésion de la Turquie. Hier, c’était une chance, aujourd’hui c’est un risque…

Je suis très ému par l’attention que vous portez à mes propos. Je les j’assume, mais je n’ai pas parlé de risque. Je n’ai jamais dit que l’adhésion serait un risque. Ce mot n’est pas utilisé dans ce contexte-là, je l’ai utilisé dans un contexte de basculement de la Turquie dans un autre modèle pour être précis. Reprenons la chronologie de tout ça : en 2004/2005, je suis ministre des affaires étrangères de la France et c’est à ce moment-là que se pose sérieusement la question de l’adhésion de la Turquie à l’UE. Cette question arrive après un long processus qui a commencé en 1963. La Turquie était alors le premier pays avec lequel de grands responsables politiques comme De gaulle et Adenauer avaient accepté un accord d’association. Je maintiens cette idée que la Turquie doit choisir le modèle laïc et démocratique qui est celui de l’Union européenne. Il s’est passé un évènement qui a été déterminant pour me faire évoluer dans mon opinion : c’est le référendum en 2005. Les français ont eu l’impression que l’Europe n’avait pas de frontières, pas de limites et bien sûr la question de l’adhésion de la Turquie s’est invitée dans ce débat.

La question qui était posée, c’était une question sur le projet de constitution et non pas sur une extension géographique de l’Union Européenne.

Je vous dis en tant que responsable politique comment j’analyse l’échec du référendum. Je considère que l’une des raisons du vote négatif exploité par des gens de droite et de gauche, était que ce projet n’avait pas de limites et pas de frontières. On va perdre notre identité, on va se noyer dans le monde, pensait-on. Et la question turque est alors au milieu de tout ça. Je vais être franc avec vous : mon pays, qui est un des pays fondateurs de l’UE, a un rôle majeur à jouer non pas pour donner des leçons aux autres mais pour construire l’Europe politique qui est bien différente pour moi d’une zone de libre échange et d’un super marché. L’Europe doit être une puissance politique et non pas un supermarché. De ce point de vue-là, la France doit se mettre toujours de côté et voter non, se mettre en marge parce qu’on n’a pas tranché cette question de la fuite en avant.

Pourtant, 2005, c’est un an après l’élargissement aux pays de l’est, donc c’était quand même déjà 10 pays qui étaient entrés dans l’UE.

12 pays qui sont en Europe, clairement sur le continent européen, et qui ont vocation à faire partie d’un projet continental. La Turquie n’est pas en Europe, elle est en partie sur le continent européen et l’autre partie en Asie. Donc, clairement, mon opinion a évolué en raison du vote négatif des Français. J’ai décidé de soutenir l’idée que le projet européen qui est un projet continental doit rester dans des frontières continentales, sinon un peuple comme le notre risque de continuer à se mettre en marge et moi je n’hésite pas. D’autre part, je préfère que la Turquie soit dans une démarche de rapprochement avec l’Europe sous la forme d’un partenariat pour avoir accès à l’essentiel de nos politiques mais pas de nos institutions pour garder ce rôle de pays charnière et relais entre deux continents.

Est-ce que ce n’est pas l’islam qui pose problème ?

Ce n’est à aucun moment mon sentiment, d’ailleurs je me permets de rappeler qu’il y aura dans l’UE des pays musulmans comme l’Albanie, la Bosnie qui sont clairement en Europe. Ces pays, dont la majorité des citoyens sont de confession musulmane, vont entrer un jour dans l’UE. Les yeux dans les yeux, je vous dis que ce n’est pas la religion le problème. Le problème, c’est celui de faire entrer dans l’UE un pays qui n’est pas sur le continent européen, qui est un très grand pays et d’encourager ce sentiment d’une Europe qui n’a pas de frontières et pas de limites. Je suis partisan de continuer à dialoguer avec la Turquie, de se rapprocher d’elle.

Chypre a été acceptée dans l’UE. Considérez-vous que Chypre est en Europe continentale ?

Chypre est une île partagée encore et qui est là avec une situation insulaire, donc je ne crois pas qu’on puisse comparer la situation d’une petite ile proche de la Grèce avec l’immense pays proche du Moyen-Orient.

L’opinion publique est composée, aussi, de gens issus de l’immigration sensibles à cette question de la place de l’islam, du rapport avec les pays méditerranéens, de l’adhésion de la Turquie

Ces jeunes issus de l’immigration sont français, donc voilà pourquoi je les encourage à soutenir Nicolas Sarkozy, car il est le premier chef d’Etat français à avoir proposé pour la Méditerranée un vrai projet et qu’il y tient beaucoup. Le projet d’Union Pour la Méditerranée constitue un espace commun de projets et de destins avec l’ensemble des peuples de la Méditerranée d’où sont originaires beaucoup de parents de ces jeunes dont vous parlez. Dans tous les domaines de la vie, agriculture et développement durable, économie, recherche.

L’Union Européenne n’a pas attendu Nicolas Sarkozy pour construire ce partenariat ?

Je suis un progressiste, mon origine politique c’est le gaullisme social, je me suis engagé en politique suite à la poignée de main entre De Gaulle et Adenauer.

Sans doute que certains jeunes des quartiers s’engageront en politique le jour où Nicolas Sarkozy serrera la main d’Erdogan pour parapher l’adhésion de la Turquie ?

Ne mélangeons pas tout, nous pensons que c’est de l’intérêt commun d’encourager le dialogue avec la Turquie vers un partenariat qui peut être très important, presque singulier où tout le monde peut gagner. L’important ce sont les faits et non les discours.

Vous avez abordé la question d’une identité européenne. C’est quoi concrètement une identité européenne ?

C’est probablement d’être sur le même continent.

La Turquie est sur le même continent pour tout ce qui est événements culturels. Elle participe à l’Eurovision, à la coupe d’Europe, aux élections de miss Europe.

Je ne vais pas vous apporter une réponse qui vous satisfera, je pense qu’il faut fixer des limites politiques et des frontières géographiques au modèle européen, sinon le sentiment d’une fuite en avant, d’un projet qui n’a pas de sens qui va trop vite l’emportera. Les peuples voteront non et le projet s’arrêtera. Et je vous dis ma conviction que si le projet européen s’arrête et qu’il se détricote, ce sera le retour pour tout le monde du nationalisme et du repli populiste. L’Europe est à une croisée des chemins, à un moment de vérité. Ou bien pendant cette crise on se dit qu’on s’en sortira mieux ensemble par de nouvelles politiques communes pour l’industrie, pour la recherche, pour l’énergie ou l’agriculture, et on met un toit politique, une politique étrangère au-dessus de tout ça pour participer à un nouvel ordre mondial plus juste. Ou bien le projet se détricote comme le souhaitent certains pour n’être qu’une zone de libre échange, un supermarché et c’est le retour du nationalisme et du populisme.

On agite ce spectre du supermarché, de la vision anglo-saxonne, pourtant l’Europe s’est construite sur l’entente entre les peuples, sur la paix.

Je fais observer que les pères fondateurs du projet européen étaient des hommes politiques audacieux. C’est pourquoi il ne faut pas désespérer de la politique. De Gaulle disait « il ne faut pas que l’Europe broie les peuples comme dans une purée de marrons ». Les gens ont besoin de garder leur identité nationale, leur langue, leur culture, leurs différences, moi depuis le référendum j’ai été très en alerte.

Votre ambition ce n’est pas de redevenir commissaire européen ?

Non, j’ai pris l’engagement dans les 5 ans qui viennent d’être dans l’action européenne. La seule chose dont il est question pour moi maintenant c’est d’être au parlement européen et pour le reste ça ne dépend pas de moi

Que pensez vous des personnes qui cumulent les mandats comme par exemple madame Dati qui est aussi conseillère de Paris, maire, ministre ?

Je ne me prononce pas sur tel ou tel candidat. La loi française est ce qu’elle est, mais à titre personnel, je suis favorable à l’interdiction du cumul. On peut être parlementaire national ou européen et avoir un mandat d’adjoint ou de conseiller général. Je pense qu’on devrait dans ce pays faire un progrès supplémentaire en limitant le cumul d’exécutif.

Les eurodéputés français sont-ils de bons élèves au parlement européen ?

Ça dépend desquels, vous avez deux cas classés parmi les meilleurs, Joseph Dole ou Françoise Grossetête . La réalité, c’est qu’il n’y a pas de cumul dans les autres pays, donc les députés sont probablement plus présents. La première bataille que je veux gagner, c’est la bataille de l’abstention, qu’on vote pour qui on veut mais qu’on vote le 7 juin prochain. C’est pas possible que 60% des citoyens ne votent pas aux élections européennes alors que le rôle du député européen est au moins aussi important que le rôle du député français.

Widad Kefti, Sandrine Roginsky, Nassira El Moaddem, Mehdi Meklat, Badrou Said Abdallah, Nordine Nabili

L’interview est parue dans le Bondy Blog : cliquez ici.

Ces jeunes Européens qui apprennent le turc

Pour des raisons professionnelles ou personnelles, de plus en plus d’Européens se mettent à l’apprentissage de la langue turque. Zoom sur ces jeunes, aux profils très divers, qui ont choisi d’en savoir plus sur la culture turque, qu’ils ne voient plus de la même manière.

Clément Girardot est un jeune français de 24 ans. Il a débuté l’apprentissage du turc par des cours privés qu’une étudiante Erasmus turque lui donnait à l’Institut d’Etudes Politiques de Grenoble où il finit son master de journalisme. En 2008, il se rend en Turquie en séjour Erasmus à l’Université francophone Galatasaray et débute alors sérieusement l’apprentissage du turc : « Arrivé à Istanbul, j’ai suivi un stage linguistique de 2 semaines financé par le programme Erasmus. Et puis j’avais quelques cours de turc à l’Université Galatasaray et j’ai suivi des cours en mars et en avril 2008 à l’institut TÖMER à lstanbul pour me perfectionner. » Clément souhaite améliorer son niveau en turc pour atteindre un niveau de compréhension courante et lire les journaux, véritable frustration pour cet étudiant qui souhaite devenir journaliste. Selon lui, l’apprentissage du turc n’est pas forcément difficile : « Le système de syntaxe et la grammaire sont très différents du français mais par d’autres aspects c’est une langue sympathique pour les étrangers car il y a très peu d’exceptions et elle se prononce comme elle s’écrit. Et puis il y a beaucoup de mot français, c’est marrant parfois car les gens n’en ont par forcément conscience ».

Le turc, une langue facile?

Maxime lui, étudiant chercheur en histoire de l’art, n’est pas encore parti en immersion en Turquie. Mais ce ne serait tarder puisqu’il compte réaliser une année Erasmus à partir d’octobre prochain. Depuis deux ans, Maxime apprend le turc : d’abord seul puis depuis un an en licence de turc à l’INALCO, Institut National des Langues et des Civilisations Orientales de Paris. L’étude du turc est essentielle pour l’avancée de ses recherches : l’étudiant français travaille sur l’histoire de l’art de la Turquie médiévale. Maxime, tout comme Clément, souhaite arriver à niveau de compréhension courante et envisage même de travailler et « pourquoi pas de vivre en Turquie». Selon Maxime, « le turc est assez facile par certains points, comme la grammaire, mais difficile par d’autres car la logique des suffixes est très différente du français ».

De Cracovie à Paris pour étudier le turc

gabriela3.jpgGabriela Lukasik, elle, n’est pas française mais polonaise. Du haut de ses 20 ans, c’est vers l’apprentissage du turc qu’elle s’est tournée. Au lycée à Cracovie en Pologne, Gabriela étudiait dans une classe bilingue français polonais et avait envie d’apprendre une nouvelle langue originale : « Un jour, pendant les vacances d’été, un jeune homme turc m’a parlé sur internet via Skype. Au début, je l’ignorais. Au fur et à mesure des discussions, nous avons sympathisé. Je lui demandais des mots en turc. J’ai acheté un dictionnaire turc-polonais et un livre de grammaire, j’écoutais des chansons turques. Il m’envoyait des photos de son pays ». Gabriela est donc venue en France pour perfectionner son français. Un de ses amis lui avait parlé de l’INALCO. Un bon moyen pour elle de concilier vie en France et apprentissage du turc : « La France c’était plus facile pour moi que la Turquie pour apprendre le turc. Je connaissais la langue, je connaissais un peu le pays. » Aujourd’hui, Gabriela étudie le turc en deuxième année à l’INALCO mais confie que les premières semaines n’étaient pas faciles pour elle : « Il y avait le problème des termes techniques grammaticaux à apprendre en français : cas locatif, ablatif…Et puis, beaucoup d’élèves étaient turcophones. Mais j’avais appris quelques bases toute seule seulement! ».

Un apprentissage personnel et informel

Aymeric de Poyen est un jeune français de 25 ans. Il a commencé le turc en 2001 de manière irrégulière. Par curiosité d’abord, puis pour raisons professionnelles. Aymeric est interprète de conférence et espère utiliser le turc à l’avenir comme nouvelle langue de travail afin d’enrichir ses compétences linguistiques. Aymeric n’a jamais bénéficié de cours de turc à proprement parler. Une nouvelle forme d’apprentissage informelle et facilitée par les nouveaux modes de vies et les méthodes de langues. Il s’est ainsi procuré une des méthodes de langues dédiée au turc disponible sur le marché : la méthode Assimil, composée d’une méthode de langue, de précisions de grammaire, d’exercices corrigés, d’un lexique et de CD qui permettent dans un premier temps de se familiariser avec le turc. « J’ai commencé avec Assimil et je continue mon apprentissage en solitaire avec l’aide de mes colocataires, qui sont tous turcs ». Aymeric vit à Londres et essaie d’être en contact autant que possible avec la communauté turque pour améliorer son niveau de langue mais aussi pour en savoir plus sur la culture turque. Aujourd’hui, il est à Istanbul pour rendre visite à la famille de ses amis et assister au mariage de l’un de ses colocataires.

La fin des idées reçues ?

Pour tous, l’apprentissage du turc a fait évoluer leurs opinions sur la Turquie et sur les grands débats qui l’agitent. Pour Aymeric, des sujets que l’on considère comme sensibles ne sont pas si tabous que cela en Turquie ou chez les Turcs : « J’ai pu parler ouvertement de beaucoup de choses avec toutes mes connaissances turques. Ma vision des choses s’en est évidemment enrichie, mais je reste toujours aussi indécis face à ces questions. ». Quant à Clément, il affirme que « l’apprentissage de la langue est indispensable pour aborder une société et pour en comprendre certaines problématiques ». L’apprentissage de la langue et de la culture turques, et ses nombreux séjours en Turquie, ont fait évoluer ses opinions sur le pays. Pour lui, « le débat politique parfois consternant est aussi très enrichissant et stimulant en Turquie, concernant la démocratie, l’Europe, la laïcité notamment ». Quant à Gabriela, l’évolution de son opinion a été radicale : « Avant, j’imaginais un pays sale, noir de monde, des transports et des infrastructures délabrés. Maintenant, je vois plus les points communs que les différences. On se ressemble beaucoup au niveau des expressions idiomatiques, de la superstition. Aujourd’hui, je suis beaucoup moins méfiante. En tout cas, ce que j’aime c’est la confiance entre les gens qui règne en Turquie comme chez nous d’ailleurs.»

Où apprendre le turc?

Si l’apprentissage de la langue se fait de manière informelle ou par le biais de méthodes linguistiques, des instituts et des associations proposent des cours de turc. A Paris, l’association Philotechnique propose 3 niveaux de cours de turc à raison de 1 à 2 heures de cours par semaine. Des associations comme ELELE ou Acort à Paris offrent également des cours de turc. Par ailleurs, les centres d’accompagnement scolaire Etudes Plus, nombreux dans la capitale, offre déjà des cours de turc pour les lycéens et s’apprêtent à élargir ces cours vers les étudiants. Au niveau de l’enseignement supérieur, l’INALCO à Paris propose licences, masters et doctorat en langue turque avec des enseignements de langue mais aussi d’histoire, de géographie, d’histoire des religions, de sciences politiques. L’Université Marc Bloch à Strasbourg propose également des diplômes de la licence au doctorat en turc. Les universités Jean Moulin à Lyon et d’Aix en Provence comportent des diplômes universitaires (DU) en 3 ans d’apprentissage de la langue turque. A Paris, la célèbre EHESS, école de recherches en sciences sociales propose des enseignements sur les études turques et ottomanes à ses étudiants de niveau master et doctorat.

Nassira El Moaddem.

Article paru dans l’hebdomadaire franco-turc Zaman France. Photo: Gabriela Lukasik.

Parti socialiste : touche pas à ma lutte anti-discriminations !

Au Conseil régional d’Ile-de-France, élus PS et FN se sont opposés à un débat demandé par une élue Nouveau Centre, qui proposait l’adoption d’un texte en faveur de l’égalité des chances dans les centres d’apprentissages.

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Le 26 mars, le Conseil régional d’Ile-de-France se réunit en séance plénière. Elue Nouveau Centre, Leïla Leghmara (photo), par ailleurs conseillère municipale à Colombes (92), propose à la discussion un projet de charte visant à « lutter contre les discriminations subies par de jeunes Français issus de l’immigration maghrébine et d’Afrique Noire dans les Centres de formation des apprentis (CFA) ». Selon elle, ces jeunes Arabes et Noirs que l’on envoie souvent par défaut dans ces voies, subissent une « double peine » : orientés dans ces filières sans forcément l’avoir voulu, ils n’y auraient pas accès aux métiers ayant un contact avec la clientèle, seraient cantonnés à des formations en bâtiment et travaux publics ou mécanique. Pire, ils auraient du mal à trouver un patron pour intégrer ces formations.

« En ayant travaillé plusieurs mois sur ce dossier, je me suis aperçue que les jeunes de ces formations subissaient beaucoup de discriminations et que personne n’en parlait. Moi à leur âge, on m’avait proposé de faire un BEP ! Pour moi, les filières en apprentissage sont aussi des filières d’excellence et il doit y avoir une revalorisation de l’apprentissage en France. Mais il doit y avoir avant tout un choix », affirme Leïla Leghmara. « Pour ces jeunes issus de ces immigrations, ce sont plus de 30 lettres de motivations envoyées contre quelques-unes en moyenne pour tout autre jeune, et ce sont 20 entretiens contre 3 en moyenne pour trouver un patron. Il y a une vraie injustice pour eux. Personne ne s’est occupé du problème. On a beaucoup parlé des discriminations dans les grandes écoles, mais personne n’a jamais parlé de la discrimination qui frappent les jeunes dans les filières d’apprentissage », déplore-t-elle.

Ce 26 mars, Leïla Leghmara a donc souhaité porter ce débat dans les rangs de l’assemblée régionale. Mais les élus présents au Conseil ce jour-là refusent d’entrée en matière. Si élus du Parti communiste et Verts acceptent de débattre de ce texte, un tout autre son de cloches se fait entendre sur les bancs socialistes et Front national, qui votent contre la discussion du texte: « J’ai senti une certaine agitation et une animosité autour de cette proposition. Les socialistes apprennent que le PC et les Verts décident de voter avec nous. Les chevènementistes, eux, se rangent derrière le PS. Je fais ma présentation en fin de séance, puis le PS propose une question préalable (procédure par laquelle une assemblée décide ou non de débattre d’un sujet, ndlr), alors même que communistes et Verts disaient que le débat devait avoir lieu. Contre toute attente, le PS s’allie au FN pour s’opposer à ma proposition. Ils ne s’opposent pas au texte en lui-même, ils refusent tout simplement d’en discuter. »

Pour Leïla Leghmara, ce n’est ni plus ni moins qu’une alliance objective entre les deux partis : « Ce qui choque, ce n’est pas temps l’alliance PS/FN, c’est surtout que le PS et le FN s’allient contre un texte qui parle de diversité et qui est censé faire des propositions pour les jeunes. Ce qui me gêne, c’est que le PS et le FN puissent trouver des points communs… »

Le PS aurait-il lancé un message à l’élue du Nouveau Centre, lui signifiant que les discriminations et la diversité sont une chasse-gardée socialiste ? « Le PS fait aujourd’hui de cette thématique son cheval de bataille, dit-elle. Et là, alors qu’il a l’occasion d’en parler, il classe le dossier. Notre responsabilité, c’est de dénoncer cette pratique. De plus, ma niche, je l’ai voulue ouverte, pas trop précise, pour que l’on puisse s’entendre malgré nos différences politiques. Avant le vote, le PS m’a dit : « Tu marches sur nos terres, là ! » »

Etait-il nécessaire, comme le demandait l’élue Nouveau Centre, de créer une charte sur les discriminations concernant les CFA ? Les textes en vigueur ne suffisent-ils pas ? « Non, répond l’intéressée. Il n’existe pas ce genre de texte au niveau régional, et il n’y avait rien concernant les CFA. Il fallait pointer du doigt ce problème. »

Leïla Leghmara juge « irresponsable » l’attitude du Jean-Paul Huchon, président PS du Conseil régional : « Il est parti juste avant que je prenne la parole en prétextant un empêchement. Il s’est excusé en off, a dit être désolé. Moi, je dis juste une chose : si, dorénavant, on ne peut plus débattre, que le PS le dise et nous ne proposerons plus rien. »

Si manœuvre politique il y a eu, comme le prétend Leïla Leghmara, cette affaire n’est-elle pas la preuve que la lutte contre les discriminations et la question de la diversité en général, peuvent être, à l’instar de l’insécurité, des domaines sujets aux stratégies politiques classiques ? « Je pense que les socialistes trouvaient l’idée très bonne mais qu’il était impossible pour eux qu’un autre parti que le PS l’incarne, qui plus est le Nouveau Centre. Politiquement, à un an des élections régionales, c’était dangereux pour eux », analyse Leïla Leghmara.

Le PS affirme de son côté n’avoir passé aucune alliance avec le FN sur ce thème-là. Selon Krystina Roger, élue PS au Conseil régional et présente à l’assemblée ce 26 mars, « le vote est un vote public et non à main levée. Chacun appuie sur le bouton pour voter. Vous ne savez pas ce que le voisin vote ». Point de consigne de vote donc ? « Je n’étais pas dans les commissions, donc je ne sais pas ce qui s’est dit auparavant. Ce que je sais, c’est que le texte posait un problème de légalité parce qu’il faisait allusion aux origines ethniques. Nous avons déjà mis en place un tas de mesures sur les discriminations et qui concernent tout le monde. Nous avons voté des mesures en faveur de la parité, par rapport aux jeunes et aux personnes handicapées », explique Krystina Roger.

Selon l’élue PS, les votes semblables du PS et du FN sur ce texte sont « un pur hasard ». Le Parti socialiste n’accepterait-il pas, par principe, de voter un texte émanant du Nouveau centre, parti de la majorité présidentielle ? « Absolument pas, répond Krystina Roger. Si vous regardez bien, nous avons voté des textes proposés par le Nouveau Centre, notamment concernant l’amélioration des places en crèches. Nous n’avons aucun problème avec cela. Nous ne nous arrêtons pas à cela. Ce qui nous importe, c’est le bien-être que l’on peut apporter au quotidien des Franciliens. »

Et sur le départ précipité de Jean-Paul Huchon ? « Il a dû partir car il avait des obligations. Il devait inaugurer ce soir-là le dispositif « ApprentiScènes ». Ce projet a été mis en place par la région afin de montrer la créativité des jeunes apprentis et de revaloriser l’image de l’apprentissage. M. Huchon a donc délaissé un débat sur les discriminations en apprentissage pour assister à des sketchs réalisés par des jeunes apprentis. » De quoi rassurer, peut-être Leïla Leghmara…

Nassira El Moaddem

Article paru dans le Bondy Blog : cliquez ici 

Shopping et religion au menu du Bourget

L’UOIF a organisé la 26ième édition de son congrès annuel rassemblant des dizaines de milliers de musulmans venus de toute la France.

La 26ème édition du traditionnel Congrès annuel de l’UOIF s’est tenu du 11 au 13 avril au Bourget sur le thème : «  La religion dans nos sociétés modernes : des valeurs à partager, des spécificités à assumer ». Tous les ans, le congrès du Bourget est l’occasion pour familles, couples et groupes d’amis, de vivre au grand jour le temps d’un long week-end leur religion. L’organisation de l’évènement est rôdée.

bourget.jpg Une navette en bus a été mise en place par les organisateurs entre la gare du Bourget et le Parc d’expositions pour faciliter l’acheminement des visiteurs. En arrivant, le public règle le paiement de l’entrée et se dirige vers le site. Certains visiteurs viennent uniquement pour la journée, d’autres ont décidé de passer tout le week-end. Ambiance colonie de vacances, avec duvet et provisions à la main pour les quatre jours de campement. Dans les allées de la rencontre, l’ambiance est bonne enfant. Nous sommes vendredi 11 et le congrès vient à peine de commencer. « On ne se bouscule pas encore mais ce ne serait tarder », me confie Salma, une bénévole. « Il est 13h, les familles vont commencer à arriver vers 18h. C’est surtout demain samedi que le monde va affluer », précise-t-elle. C’est dans le Salon, une énorme salle où commerçants en tout genre,  restaurateurs et associations diverses tiennent leur stand, que les visiteurs s’engouffrent à leur arrivée.

Emplettes islamiques

Pour les commerçants présents, ce congrès est l’opportunité de vendre leurs produits et de profiter d’une clientèle disponible trois jours durant. Zafer Türkan, un Turc de France, tient un stand de vêtements pour femmes. Le propriétaire de cette échoppe est venu accompagné de sa famille : « On est 5 aujourd’hui mais demain quand  il y aura plus de visiteurs, on sera 10 », dit-il en souriant. Cela fait 5 ans que ce commerçant du 10ème arrondissement parisien se rend au congrès du Bourget. Foulards, jupes, robes et autres vêtements pour femmes ornent son stand, qui à peine installé, ne désemplit pas.  « C’est très intéressant pour mes affaires, mais je préfère attendre la fin de la rencontre pour me prononcer. Ce n’est que le début ; demain les gens viendront plus nombreux », affirme-t-il prudent. Ses clients ? « Ce ne sont que des femmes, parfois des couples. La majorité est d’origine maghrébine. Il y a aussi des turques vivant en France et quelques femmes turques venant d’Allemagne mais c’est rare», me confie M.Türkan. Une des clientes tente de négocier le prix d’une robe : « Je viens chez vous tous les ans. Vous vous souvenez l’an dernier j’avais acheté plusieurs tuniques chez vous», lance-t-elle. « Je viens ici car j’y trouve des vêtements amples, compatibles avec ma religion, de bonne qualité et pas trop chers », me confie l’une d’entre elles.

Erkan, un collégien de 15 ans, accompagne ses parents commerçants pour les aider à vendre leurs produits. La famille, venue de Mulhouse, a roulé toute la nuit à bord d’un grand camion chargé des différentes marchandises que la famille espère écouler durant le Congrès : des vêtements pour femmes et du matériel électroménager. « C’est la première fois que je viens, confie-t-il. Mon grand frère aussi est venu mais il est avec ses amis et s’occupe d’une cafétéria. Je me suis rendu compte de la difficulté du travail de mes parents mais 4 jours, c’est un peu long. On fait vite le tour et à la longue c’est pas vraiment intéressant », raconte-t-il. La famille qui compte rester les 4 jours du congrès a loué une chambre d’hôtel à proximité du Parc des Expositions. Malgré tout, Erkan mesure toute la responsabilité de sa mission : « Pour mes parents, les ventes des autres années se sont bien passées. Au début c’est toujours la même chose : les gens regardent les prix, comparent, planifient leurs achats et ils achètent en fin de rencontre. Avec la crise, j’espère qu’on ne verra pas les ventes baisser ».

« Vivre sa religion tranquillement »

Si elle est une opération commerciale non négligeable pour les nombreux vendeurs présents sur place, la rencontre annuelle du Bourget permet à ses visiteurs de trouver des produits de consommation  correspondant à leurs besoins et de répondre ainsi à une attente de recherche identitaire. Pour Ayse et Emine, deux jeunes étudiantes d’origine turque habituées à venir au Congrès «  entre filles », un tel évènement est le meilleur moyen de revaloriser une identité musulmane qu’elles considèrent comme bafouée. « Ici, on se sent bien, on ne se sent pas jugé, on peut vivre notre religion tranquillement sans être montrée du doigt par rapport à notre voile par exemple ». Elles apprécient « l’ambiance familiale du Congrès où il est possible de rencontrer des musulmans de toute la France et d’Europe ». « Ca fait un peu colonie de vacances mais tout en se consacrant à la religion », s’amuse Ayse. « On essaye d’assister aux conférences, d’écouter des gens qui connaissent bien la religion, de faire notre prière en groupe. On est aussi venu faire quelques achats; surtout des livres que l’on ne peut pas trouver ailleurs, des vêtements et des Cd aussi », précise Emine.

Selon les chiffres du service de communication du Congrès, plus de 150 000 personnes se sont rendues au Bourget ce week-end déambulant les dizaines de stands et assistant aux nombreuses conférences et table-ronde proposées. L’intégration des Musulmans dans les sociétés occidentales a été au coeur des débats et des conférences organisées durant ces quatre jours. Tariq Ramadan, islamologue suisse d’origine égyptienne a, au cours d’une conférence intitulée « La vie quotidienne et moderne : Islam, cohérence et finalités », donné des éléments pour une meilleure conjugaison de l’islam et de la vie quotidienne des Musulmans occidentaux. En quittant les lieux, un jeune me tend un pin’s où il est inscrit : « I am Muslim, dont’ panik ». Business et religion auront bien été les deux maître-mots de cette rencontre.

Nassira El Moaddem.

Article publié dans l’hebdomadaire franco-turc Zaman. 

Turquie Forever

Qui sont les jeunes Turcs de France ? Nés dans l’Hexagone ou arrivés avec leurs parents, ils cultivent une attache forte, à la fois culturelle et politique, avec le pays d’origine. Nassira a recueilli les témoignages de Sarah, Zehra, Abdelaziz et Özge.

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Les jeunes turcs français ont une grande connaissance de l’actualité de leur pays d’origine. Les élections municipales du 29 mars en Turquie, bien que scrutin local, ont retenu toute leur attention. Nationalisme ? Ce qui est sûr, c’est que pour la totalité des jeunes que j’ai interrogés, l’attachement à la matrice turque, voire à la ville natale de leurs parents, est primordial. « Je m’intéresse beaucoup à la politique en Turquie et j’ai suivi les élections », confie Sarah, 25 ans étudiante franco-turque à Paris. Abdelaziz : « Pour moi, il est important de suivre ce qui se passe dans le monde, et encore plus quand il s’agit de son pays d’origine. »

Dans la famille d’Özge, une lycéenne de 19 ans qui vit à La Courneuve, les rendez-vous politiques turcs sont l’objet d’un véritable rituel : « Pour les élections municipales, on s’est mis autour de la table. Ma mère avait préparé des spécialités et du thé. On a regardé CNN Türk. Depuis un mois, mon père suivait sérieusement les débats à la télévision entre les différents candidats. Le soir des résultats, il est même resté jusqu’ à 3 heures du matin, moi jusqu’à 2 heures. A 6 heures, à mon réveil, je me souviens d’avoir couru vers le salon pour demander à mon père le résultat de l’élection. »

Cet intérêt pour la politique de leur pays d’origine est révélateur des liens qui unissent ces jeunes turcs de France à la Turquie. On dépeint souvent la communauté turque comme repliée sur elle-même et peu ouverte à la mixité. Il est vrai que leur immigration dans l’Hexagone est toute jeune comparée à d’autres : les années 70 pour les primo-arrivants. Mais cet attachement n’est pas uniquement dû à ces arrivées récentes. La construction du tissu identitaire des Turcs de France est particulière et s’articule autour de réseaux et de structures bien définis qui pérennisent les liens entre ici et là-bas.

Pour Sarah, Zehra, Abdelaziz et Özge, les relations avec le pays d’origine se font par différents moyens : journaux turcs vendus à Paris et en banlieue parisienne, télévision turque grâce au satellite, voyages en Turquie l’été, relations de voisinage avec les compatriotes… Mais pour tous, c’est Internet qui représente le moyen de communication le plus utile pour rester connecté avec le pays des parents. Et les messageries instantanées comme MSN, le réseau social Facebook et Skype permettent d’être en relation avec familles et amis de Turquie à moindre coût.

Quelques minutes après le début de notre discussion, Özge décroche son téléphone qui sonne. Au bout du fil, sa maman avec qui elle parle en turc à une vitesse impressionnante. Özge fait partie de ces immigrés arrivés en France très récemment : « On parle turc à la maison, explique-t-elle. Mes parents ne parlent pas très bien le français. Nous sommes arrivés en France en 2003 c’est donc assez récent. Ma mère a bénéficié d’un an de formation en français. Aujourd’hui, elle a dû mal à parler le français mais elle comprend tout. Mon père, lui, n’a pas eu cette chance. Dès que nous sommes arrivés, il a dû travailler. Et comme il bossait dans des chantiers avec des compatriotes turcs, il n’a pas pu apprendre vraiment le français. » Chez Zehra et Abdelaziz, fille et fils d’immigrés, à la maison on parle les deux langues. « Français avec mes frères et sœurs et turc avec mes parents », précise Zehra.

Beaucoup de jeunes français d’origine turque ont bénéficié de cours dans leur langue maternelle, dispensés par des professeurs envoyés en France par la Turquie. Petits, Sarah, Abdelaziz et Zehra en ont reçu. Les autorités turques tiennent à garder dans leur giron tous ces jeunes binationaux et à préserver chez eux le sentiment d’appartenance à l’identité et à la culture de leur pays d’origine. Contrairement aux Beurs dont la maîtrise de la langue maternelle laisse généralement à désirer, rares sont les jeunes turcs de France à ne pas parler couramment la langue des parents. Une facilité linguistique qui leur permet une plus grande immersion et une relation moins épisodique avec leur culture d’origine.

Si pour les jeunes Turcs de France que j’ai rencontrés, la culture d’origine est présentée comme primordiale, Özge, fière de ses racines, est cependant assez critique sur le repli identitaire de certains de ses compatriotes : « J’ai besoin de ma culture d’origine. Moi, je suis née en Turquie, j’ai vécu plusieurs années là-bas, j’y ai ma famille, encore mes amis. On ne peut pas oublier d’où l’on vient. On en a besoin pour avancer dans la vie. J’ai envie de pouvoir transmettre cette richesse à mes enfants plus tard. Mais je ne suis pas non plus du genre à me fermer. Certains des jeunes Turcs de banlieue que je connais se sont fermés sur eux-mêmes, sur leur famille et ne cherchent pas à voir plus loin. Je n’aime pas cela. »

Ce qui est frappant chez les immigrés turcs, c’est le large réseau associatif qu’ils ont su tisser. Beaucoup de ces associations se sont construites sur la base des villes et villages d’origine des populations turques immigrées. Les parents d’Özge se rendent tous les week-ends dans l’association de leur village natal, qui se trouve à Garges-lès-Gonesse, dans le Val d’Oise. « Là-bas, ils retrouvent des amis qui viennent de la même région qu’eux. Ils mangent des spécialités turques, discutent, jouent aux cartes. Moi, j’y vais rarement mais mes parents y sont tous les week-ends », raconte Özge.

Le regard qu’ont ces jeunes sur l’immigration de leurs parents est douloureux. Zehra a « du mal à accepter leur échec, suite à leur incroyable effort ». « Il est très difficile de s’exprimer sur ce sujet, affirme Abdelaziz. Mes parents sont venus ici par souci économique. Mais je respecte les sacrifices qu’ils ont dû faire pour préparer un avenir meilleur à leurs enfants, en quittant leurs pays d’origine, leurs famille, leurs mode de vie, leur culture… C’est un sacrifice énorme, qu’il ne faut absolument pas oublier », poursuit-il, ému.

Quant à Özge, venue en France assez tard, elle se rappelle les difficultés qu’a éprouvées sa maman à son arrivée en France : « Les deux premiers mois, elle pleurait souvent. Mais c’est une femme forte. A chaque fois que c’était difficile pour mon frère et moi, elle nous disait de nous accrocher et surtout de réussir nos études. »

Zehra et Sarah envisagent de s’installer en Turquie. Une idéalisation de leur pays d’origine? En tout cas, c’est la preuve que les liens qui unissent les populations immigrées turques en France et la Turquie sont forts, au point que certains de ces jeunes décident d’y aller vivre. Özge, qui y a vécu jusqu’à 13 ans, et qui n’a pour l’instant pas pu y retourner, rêve du jour où elle retrournera au pays : « La première chose que je ferai, je respirerai un bon coup et je me dirai : enfin, j’y suis ! »

Nassira El Moaddem

Article paru sur le Bondy Blog : cliquez ici 

Chahuté par l’Action française, Michel Barnier vante l’Europe

La tête de liste UMP en l’Île-de-France aux élections européennes de juin tenait salon dans un lieu bobo de Paris. Promis, il ira faire campagne en banlieue aussi.

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La campagne des élections européennes a commencé. Difficile d’y croire : l’Europe, comme toujours, captive peu les Français. Pour une majorité d’entre eux, elle reste un truc machin chouette éloigné de leurs préoccupations quotidiennes, sphère de la technocratie et bouc-émissaire de leurs tracas. La faute à qui ? La faute à Bruxelles ! Michel Barnier était mercredi l’invité d’un débat organisé par le site Toute l’Europe et le journal gratuit 20Minutes, premier d’une série intitulée 6@27. La tête de liste UMP en l’Île-de-France a tenté pendant plus d’une heure et demie de souligner l’enjeu de ce prochain scrutin.

L’actuel ministre de l’agriculture et de la pêche est venu seul, sans Rachida Dati, numéro 2, qu’il nommera durant tout le débat par son prénom, cherchant à donner l’image d’un duo complice. « Rachida » est donc absente et peut-être ne tenait-elle pas à être de la partie, mais beaucoup dans la salle auraient sûrement souhaité l’interroger sur son engagement pour l’Europe.

En écoutant le ministre, je me rends compte de la chance que j’ai eue de bénéficier de cours sur l’Union européenne, sur les institutions bruxelloises, sur les grands principes communautaires. Je me mets à la place de celui ou celle qui ne maîtrise pas un vocabulaire souvent technique. Pour Michel Barnier, l’élection de juin est fondamentale: « Dans 60% des cas, on ne vote plus les lois tout seul chez soi mais avec les 26 autres pays de l’Union et en particulier au parlement européen », explique-t-il.

Au Café rouge, rue de Picardie, dans le 11e arrondissement, où se tient la rencontre, il règne une ambiance lumière tamisée pour clientèle bobo en quête de tranquillité. Nous sommes à l’étage. Il n’y a pas foule : en majorité, des cols blancs, europhiles convaincus qui échangent en petit comité sur les grands thèmes de l’Europe. Je vais dans mon coin attendre l’arrivée du ministre, qui se fait désirer : 45 minutes de retard.

Le voilà enfin. Frais, allure décontractée, bien habillé, bien coiffé. Première question, celle d’un homme qui s’était présenté à la candidature UMP pour les élections européennes et dont le nom n’a pas été retenu. « Vous avez pu au moins vous présenter, lui répond Michel Barnier un peu sèchement. On ne peut pas malheureusement prendre tout le monde, la liste ne compte que quelques noms. »

Michel Barnier dit aimer la polémique. Je lève la main, prête à dégainer ma question. Une charmante jeune fille me tend gentiment le micro, me suppliant de faire court. « Bonsoir, Nassira El Moaddem du Bondy Blog… » Léger silence, je regarde le visage interrogatif du ministre. Je me présente à nouveau. « Bondy Glob… », dit-il. « Non, Bondy Blog. » La salle rigole.

« Je me suis rendue sur votre site Internet pour en savoir plus sur votre programme, votre campagne, lui dis-je. J’ai vu que Madame Dati se rendait en banlieue, à Dugny, à Ermont pour cette campagne. Et vous, vous avez rencontré des jeunes à l’Assemblée aationale, des entrepreneurs à la Chambre de commerce et de l’industrie de Paris, et vous vous trouvez aujourd’hui dans un café parisien, somme toute des endroits assez confortables. Vous avez parlé de la difficulté de mobiliser les gens, notamment sur les thématiques européennes. Mais comment les intéresser si vous n’allez pas discuter avec tous les habitants d’Ile de France ? Quand irez-vous sur le terrain pour parler avec les gens de banlieue et d’ailleurs ? »

Applaudissement dans la salle. Michel Barnier semble un peu sur la défensive. « Vous savez, répond-il, j’ai l’intention d’aller dans les quartiers où je serai invité et peut-être même dans les quartiers où je ne serai pas invité durant cette campagne. Quand j’étais à la Commission européenne, et que je m’occupais des transports, je me suis rendu à Montfermeil, notamment pour le programme Urban. C’est d’ailleurs un des axes de mon programme de campagne pour ces européennes : développer les transports collectifs et financer ces projets par l’Europe. Une campagne, ça ne se fait pas sans aller voir les gens et moi j’aime bien aller voir les gens et discuter. J’irai discuter. Ne vous inquiétez pas, j’irai. » On sent que le thème des transports tient au cœur de la tête de liste UMP. Un bon thème pour rassembler, surtout en Ile-de-France où le sujet fait mouche.

La Turquie, maintenant, sujet sensible. Michel Barnier affirme son désaccord quant à l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Mais lorsqu’il était le ministre des affaires étrangères de Jacques Chirac, de 2004 à 2005, il disait être pour. « Les avantages pour nous et pour la Turquie l’emportent sur les difficultés que nous pourrions rencontrer », avait-il déclaré en septembre 2004. Aujourd’hui, Michel Barnier fait machine arrière parce que, dit-il, « la France, à cause de cette question là et d’autres, a voté non (au référendum du 29 mai 2005) ». Rappelons que ce référendum portait sur l’adoption du Traité constitutionnel européen et non sur l’adhésion de la Turquie, mais que des partis politiques avaient agité la question turque pour s’opposer à l’objet soumis au vote.

Soudain, une petite bande de jeunes, blousons en cuir noir et cheveux gominés, s’énerve : « Barnier fumier ! Barnier fumier ! » crient-ils. Certes, on s’endormait un peu dans ce débat, mais de là à être réveillé de la sorte. La petite bande prend à partie le ministre, «qui a trahi les intérêts de la France. La démocratie a dit non à l’Europe, Europe trahison, la France est une nation. » Ces trublions déclinent enfin leur identité : « Action française ». Une bonne affaire pour le ministre qui, gardant son sang-froid, a répondu : « Si on suivait votre ligne, on serait aujourd’hui des sous-traitants de la Chine et des Etats-Unis. » Applauses dans la salle. Michel Barnier ne pouvait rêvé meilleure sortie.

Nassira El Moaddem

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