Internet a 20 ans : les raisons de ne pas s’en réjouir
20 mars, 2009 @ 2:21 Café arabica - infos

C’était la révolution et c’est devenu con-con. Le web, du moins dans sa partie « relations humaines », est un désert d’humanité : « Votre ami vous a bloqué… »

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Internet fête ses 20 ans. Et pour le Bondy Blog c’est sans conteste une date importante. Evidemment nous, blogueurs, il y a 20 ans, venions à peine, à quelques années près, d’être éjectés du ballon rond de nos mamans. A cette époque, on était encore loin de se douter que deux décennies plus tard, on allait pianoter aussi vite que l’éclair sur nos claviers. Parce qu’avant la révolution du web et de l’ordinateur, ce fut celle des téléphones. « Toi, t’as pas connu l’époque du téléphone avec fil », martèle mon grand-frère. Et les grandes sœurs, hein, c’était pas commode, le téléphone des familles : « On était obligé de dire « elle » à tout bout de champ et on devait utiliser en permanence un prénom de fille au téléphone à chaque fois qu’on parlait des garçons. »

Chez moi, les grands ont négocié dur pour faire accepter par le daron l’idée d’un téléphone sans fil. Donc c’est vrai que nous, les « petits », avons hérité de la lutte sociale au sein de la famille pour ce droit fondamental qu’est l’accès au téléphone sans fil. Grâce à ce nouvel outil, chacun a découvert le plaisir de discuter dans son coin sans se faire fliquer par l’entourage familial.

Quant au net, l’évolution est considérable. Cela dit, permettez…On nous bassine avec cette idée qu’Internet permet aux gens de se rencontrer, d’échanger plus. Alors oui, il y a les forums, les sites de rencontres, mais si vous regardez bien, c’est avant tout pour parler de soi. Blogs narcissiques en tout genre, sites internet autobiographiques, albums photos sur Facebook… Tout renvoie à sa petite personne.

Le net ne connaît pas le mot « patience » : on tape des pieds comme de vilains enfants capricieux, pour que nos désirs soient des ordres auxquels nos interlocuteurs se doivent de répondre aussi vite que l’éclair – sinon, c’est l’arme fatale : l’envoi d’un « wizz » ou, plus sévère, le clic de départ. Auparavant, les destinataires de nos courriers avaient l’excuse des grèves du service public ou le prétexte de la lenteur du tri postal. Tel un tsunami, Internet a balayé les règles anciennes, et Mamon Google est apparu.

Moi, je dis qu’il faut casser le cou à cette idée préconçue selon laquelle Internet permet aux gens de se rencontrer. Les gens ne se rencontrent pas. Ils se racontent, un point c’est tout. Sur le web, les gens se montrent, s’inventent des vies, des activités, des passions, obligés de s’afficher à tel ou tel événement, contraints de mentionner à la minute prêt leur dernier croisement de jambes. Pourquoi faire l’effort d’une vraie rencontre – vous savez, sur un banc public ou dans un café – quand je peux rester affalée sur mon canapé, bière ou soda à la main, sans l’horreur du transport et de la confrontation avec l’être humain? Oui, les individus existent encore, ils sont faits d’os et de chair. A bas les réseaux sociaux qui n’ont que de social que le nom ! On nous a menti, réveillons-nous!

Internet, royaume de la goujaterie ! Insultes, propos déplacés… « Pardon, qu’est ce que t’as écrit là ? – Désolé, votre ami vous a bloquée. Vous ne pouvez plus discuter avec lui. Trouvez-vous de nouveaux amis. » T’as intérêt à plaire sous peine de blocage instantané sur msn. Parce que c’est aussi ça, Internet : faire disparaître tes soi-disant amis, comme par magie, de ton supposé tissu relationnel. Aussi vite arrivés dans ta vie que repartis. Du « essayer, goûter, jeter » new generation. Parce qu’au fond, la seule chose qui importe, c’est ma petite personne. Si ça ne te plaît pas, tu dégages. Au suivant !

Nassira El Moaddem

Article paru sur le Bondy Blog : cliquez ici.

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rss 1 réponse
  1. Daby
    21 mars, 2009 | 1:47 | #1

    Votre blog me plait de plus en plus. Je le trouve fin, drôle, pertinent, intelligent, enfin tout ce qui fait que je l’apprécie. Vous progressez d’article en article. Félicitation. Ne cédez surtout pas au pessimisme. C’est comme une thérapie, un blog: au début on pense que ça ne sert à rien, qu’on tourne en rond, que tout le monde s’en fout, puis ça s’éclaire, ça s’envole. Un bémol toutefois sur votre appréciation des blogs ou sites concurrents que vous qualifiez de « narcissiques ». Je trouve quant à moi qu’un site comme facebook est une fabuleuse trouvaille. Il invite à la convivialité et au partage même si certains semblent vouloir s’exhiber ou se mettre en avant. Chacun ses goûts. A moins d’être pervers, un narcissique peut être très distrayant. Enfin savoir que le monde foisonne d’envies, de projets ou d’idées folles autour de vous, que vos amis n’attendent pas après votre dernier mail pour commencer à exister est réjouissant pour moi. Quant à vos désagréables rencontres sur internet, j’en suis navré pour vous. Pour ma part j’y ai plutôt connu des grands moments de bonheur et j’y ai surtout fait des rencontres inoubliables, épiques, cocasses. Je pense faire assez vite le tri entre les personnes qui se la jouent et celles qui ont vraiment le goût de l’autre. Internet permet d’aller vite et exactement là où nous penserions jamais trouver d’interlocuteurs, intimement convaincu que derrière les récits se cachait un désert numérique et intellectuel. Ce n’est pas le cas. J’ai souvent rencontré IRL les personnes qui m’ont séduit dans le virtuel et j’ai rarement été déçu. Mais il faut beaucoup, beaucoup surfer, certes. Et après des heures passées devant l’écran on voit naitre un vrai désir de rencontrer l’autre. Bref, deux vies: une pour du semblant, comme un warm up, et une pour de vrai, face à certaines vraies personnes de qualité, certaines idées neuves et une vraie fringale d’entreprendre…avec ou sans elles. Le net est un plus, sans plus, pas un media de substitution. Surtout pas ça !! Continuez, svp.

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