posts de mars 2009


Le marché où la crise est moins moche

Les Antillais se serrent la ceinture, les Maghrébins négocient les prix, Christophe brade ses poissons : vous êtes dans le « ventre » de Saint-Denis.

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Entre les marchés et les familles rebeus, c’est sans aucun doute une grande histoire d’amour. Gamine, je me souviens que ma mère me trimbalait dans les petits marchés de Sologne et de l’Orléanais. Quand pour la première fois, j’ai arpenté les marchés parisiens, je me suis dit que ceux que je fréquentais auparavant c’était de la rigolade en comparaison. Dans ma région d’origine, il a fallu attendre des années avant de voir arriver un boucher halal. Quand enfin il a pointé le bout de son nez, les parents se sont vite plaints du prix exorbitant de sa viande. Du coup, le boucher halal a vite été remplacé par un autre, puis un autre… Turn-over inédit dans la profession!

Pour les gens de province comme moi, les marchés d’Ile-de-France sont un grand spectacle. Mon préféré : sans hésitation, celui de Saint-Denis. Ça vaut toutes les représentations théâtrales du monde. Ça crie, ça bourdonne, ça pousse, ça s’agite. On s’y bouscule gentiment en s’excusant avec le sourire des jours tranquilles, on palabre sur le prix de la salade qui ne cesse de monter. Noirs, Arabes, Asiatiques, Blancs, tous se retrouvent chaque dimanche sur la place du marché de cette ville du 93. Une tour de Babel.

Un dimanche de ce mois de mars, je m’y suis rendue. J’avais laissé mon caddie à la maison pour écouter ce que ces gens avaient à dire. Arrivée sur la place du marché, j’avise les halles où vendeurs de fruits et légumes, bouchers, boulangers, épiciers, poissonniers et fromagers étalent leurs produits frais pour le bonheur de nos papilles alléchées. Je rencontre un couple, la trentaine, charcutiers artisanaux de profession.

Le marché où la crise est moins moche dans Café robusta -reportages Nassira_marche_saint_denis2_tL’épouse s’appelle Nadine. Elle me confie les difficultés qu’ils rencontrent ces derniers mois. « 90% de notre clientèle est antillaise, notamment guadeloupéenne, et on a ressenti durant la crise qui sévissait là-bas que les Antillais achetaient moins. Et puis, par rapport à la même période de l’an dernier, c’est clair qu’on ressent beaucoup la crise économique. Notre chiffre d’affaires a baissé de 20%. Les gens font attention à leur argent et achètent moins. On connaît d’autres commerçants qui ont les mêmes problèmes que nous. » Nadine a le sentiment d’être « abandonnée » : « Évidemment, on s’inquiète pour l’avenir. On a essayé de baisser les prix, mais les clients n’ont plus beaucoup d’argent. Tout le monde leur en prend. On donne de l’argent à tout-va aux grosses entreprises, aux banques, mais les petits commerçants, on n’en parle pas. »

Michel vend les pommes qu’il produit dans ses vergers du Val-d’Oise. Pour lui, les affaires n’ont jamais autant marché : « Nous vendons des produits de base à un prix très correct, donc la crise, moi, je ne connais pas. Tout dépend des produits que vous vendez. » C’est ce que me confirme Zora, qui propose des fruits et aliments exotiques : « Les clients, aujourd’hui, hésitent beaucoup sur ce qu’ils vont acheter. Ils mettent plus de temps à se décider et surtout ils attendent que les prix baissent. Et puis c’est vrai que les gens se rabattent sur les produits de base. » Et d’ajouter, un peu énervée : « Avant, on n’avait pas le choix, mais aujourd’hui, les gens se plaignent tout le temps et préfèrent mettre leur argent dans le dernier téléphone portable à la mode ! »

Pour Christophe, poissonnier souriant du marché dyonisien, les ventes se portent bien. Il avoue avoir dû diminuer les prix : « On n’est pas trop aimés de la corporation parce qu’on a décidé de casser nos prix de vente. Pour s’en sortir, on a été obligés de brader. Mais je peux me le permettre, parce que je travaille étroitement avec les premiers maillons de la chaîne et que j’achète mon poisson à un très bon prix. Tout le monde ne peut pas le faire. » Christophe me fait part du plaisir qu’il a à être ici chaque dimanche : « Les clients attendent que les prix chutent en fin de marché, et c’est normal. Mais il faut voir ceux qui font la queue dès 10 heures du matin et qui savent faire le marché. Et surtout les Maghrébins, qui sont mes meilleurs clients : ils reconnaissent les produits de qualité et savent négocier les prix. »

Il est midi, le marché ne désemplit pas. Les prix commencent à baisser sur les ardoises à craie des commerçants. Dans quelques minutes, les produits seront bradés pour écouler au maximum les stocks. « Moi, je viens toujours au marché vers cette heure-là, car je trouve des produits beaucoup moins chers et surtout frais », confie Monia, une étudiante de 22 ans. Je m’en vais rejoindre le métro quand je vois deux femmes âgées avec des caddies récupérés d’un supermarché, fouiller dans les cageots presque vides que les commerçants jettent sur les trottoirs. En ressortent quelques laitues et tomates fatiguées. Le marché n’a pas la même saveur pour tout le monde…

Nassira El Moaddem

Article paru sur le Bondy Blog : cliquez ici et repris en Une de l’Hebdo du Vendredi : cliquez ici
 

Internet a 20 ans : les raisons de ne pas s’en réjouir

C’était la révolution et c’est devenu con-con. Le web, du moins dans sa partie « relations humaines », est un désert d’humanité : « Votre ami vous a bloqué… »

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Internet fête ses 20 ans. Et pour le Bondy Blog c’est sans conteste une date importante. Evidemment nous, blogueurs, il y a 20 ans, venions à peine, à quelques années près, d’être éjectés du ballon rond de nos mamans. A cette époque, on était encore loin de se douter que deux décennies plus tard, on allait pianoter aussi vite que l’éclair sur nos claviers. Parce qu’avant la révolution du web et de l’ordinateur, ce fut celle des téléphones. « Toi, t’as pas connu l’époque du téléphone avec fil », martèle mon grand-frère. Et les grandes sœurs, hein, c’était pas commode, le téléphone des familles : « On était obligé de dire « elle » à tout bout de champ et on devait utiliser en permanence un prénom de fille au téléphone à chaque fois qu’on parlait des garçons. »

Chez moi, les grands ont négocié dur pour faire accepter par le daron l’idée d’un téléphone sans fil. Donc c’est vrai que nous, les « petits », avons hérité de la lutte sociale au sein de la famille pour ce droit fondamental qu’est l’accès au téléphone sans fil. Grâce à ce nouvel outil, chacun a découvert le plaisir de discuter dans son coin sans se faire fliquer par l’entourage familial.

Quant au net, l’évolution est considérable. Cela dit, permettez…On nous bassine avec cette idée qu’Internet permet aux gens de se rencontrer, d’échanger plus. Alors oui, il y a les forums, les sites de rencontres, mais si vous regardez bien, c’est avant tout pour parler de soi. Blogs narcissiques en tout genre, sites internet autobiographiques, albums photos sur Facebook… Tout renvoie à sa petite personne.

Le net ne connaît pas le mot « patience » : on tape des pieds comme de vilains enfants capricieux, pour que nos désirs soient des ordres auxquels nos interlocuteurs se doivent de répondre aussi vite que l’éclair – sinon, c’est l’arme fatale : l’envoi d’un « wizz » ou, plus sévère, le clic de départ. Auparavant, les destinataires de nos courriers avaient l’excuse des grèves du service public ou le prétexte de la lenteur du tri postal. Tel un tsunami, Internet a balayé les règles anciennes, et Mamon Google est apparu.

Moi, je dis qu’il faut casser le cou à cette idée préconçue selon laquelle Internet permet aux gens de se rencontrer. Les gens ne se rencontrent pas. Ils se racontent, un point c’est tout. Sur le web, les gens se montrent, s’inventent des vies, des activités, des passions, obligés de s’afficher à tel ou tel événement, contraints de mentionner à la minute prêt leur dernier croisement de jambes. Pourquoi faire l’effort d’une vraie rencontre – vous savez, sur un banc public ou dans un café – quand je peux rester affalée sur mon canapé, bière ou soda à la main, sans l’horreur du transport et de la confrontation avec l’être humain? Oui, les individus existent encore, ils sont faits d’os et de chair. A bas les réseaux sociaux qui n’ont que de social que le nom ! On nous a menti, réveillons-nous!

Internet, royaume de la goujaterie ! Insultes, propos déplacés… « Pardon, qu’est ce que t’as écrit là ? – Désolé, votre ami vous a bloquée. Vous ne pouvez plus discuter avec lui. Trouvez-vous de nouveaux amis. » T’as intérêt à plaire sous peine de blocage instantané sur msn. Parce que c’est aussi ça, Internet : faire disparaître tes soi-disant amis, comme par magie, de ton supposé tissu relationnel. Aussi vite arrivés dans ta vie que repartis. Du « essayer, goûter, jeter » new generation. Parce qu’au fond, la seule chose qui importe, c’est ma petite personne. Si ça ne te plaît pas, tu dégages. Au suivant !

Nassira El Moaddem

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SOS jeune super-diplômée en détresse !

Hypokhâgne, khâgne, doctorante ès sciences politiques : Soraya dispose d’un solide bagage. Mais toujours pas d’emploi. Elle songe à s’expatrier.

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Martin Hirsch, Père Noël des temps modernes ? En tout cas, pour Yannick Miel, ce jeune diplômé qui s’est « vendu » sur le site internet Ebay, la provision de la hotte du haut commissaire à la jeunesse a été bonne. Il s’est ainsi vu offrir un CDD de quatre mois au sein d’une commission chargée de réfléchir sur l’intégration des jeunes diplômés. Eh oui ! Aujourd’hui, on est content avec peu : un CDD, ça ouvre les portes… Pour Soraya, 26 ans, brillante diplômée, et pour d’autres, l’avenir est plus sombre.

Lemonde.fr consacrait récemment un de ses articles aux jeunes, avec ce titre : « Les 16-25 ans, une génération qui a perdu foi en l’avenir ». Un billet qui en disait long sur les espoirs déçus d’une génération. Soraya, aujourd’hui doctorante en sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Lyon, en sait quelque chose de la difficulté d’y arriver, même avec les meilleurs diplômes en poche.

Après son baccalauréat littéraire, Soraya s’oriente vers une classe préparatoire aux grandes écoles dans un lycée de Versailles ; hypokhâgne puis khâgne. C’est à l’Université de Tours qu’elle poursuit son parcours universitaire : deug, licence, enfin maîtrise de philosophie politique qu’elle obtient avec la mention « très bien ». Elle sort major de promotion. Avec tout cela, elle trouve même le temps d’obtenir un certificat d’études européennes, une licence d’administration publique et un master « droits de l’homme et droit international humanitaire ».

Puis Soraya se lance dans un doctorat en sciences politiques. Des études onéreuses qui l’ont obligé à travailler pour pouvoir les financer : « En dépit des sacrifices de la famille et même si l’on bénéficie d’une bourse quelque temps, les études, surtout quand elles durent pendant 10 ans après le bac comme c’est le cas pour moi, sont très coûteuses. Et pour peu qu’on ait le malheur de se montrer plus ambitieux encore, il y a aussi à payer les frais liés aux préparations aux concours et aux grandes écoles que l’on suit en pensant – à tort ou à raison – que c’est un plus pour son avenir et que tôt ou tard ça portera ses fruits… »

Tour à tour, Soraya a été animatrice en centre aéré, accompagnatrice scolaire, hôtesse, réceptionniste, secrétaire, agent commerciale, serveuse, surveillante d’examen, organisatrice de conférences ou opératrice de saisie informatique. Mais aussi : vacataire au lycée ou chargée de cours à l’Université.

Ambitieuse et pugnace, Soraya, malgré les difficultés qu’elle rencontre pour trouver un emploi à la hauteur de son talent, garde un peu d’espoir : « Je suis désemparée par la situation mais pas découragée pour autant. J’ai cette désagréable impression d’avoir tellement redoublé d’effort durant toutes ces années, de m’être dépassée, d’avoir multiplié les formations afin d’être armée pour la vie active, d’avoir cherché à me constituer un bagage solide, pour me retrouver finalement dans l’impasse. Néanmoins, cela n’entame pas ma persévérance et ma volonté de réussir. »

C’est dans le domaine des droits de l’homme ou dans celui de la diplomatie et des relations internationales que Soraya souhaite travailler. Et pour cela, elle a empilé les stages et autres missions : attachée parlementaire d’une sénatrice, stagiaire aux Nations Unies, à Genève puis à New-York (emploi non rémunéré) et assistante d’ambassadeur au ministère des affaires étrangères à Paris. Soraya ne compte plus les candidatures qu’elle envoie : « J’ai accumulé des centaines de demandes et de candidatures ; dans les réponses on ne tarit pas d’éloges quant à mon profil mais au final, la réponse est immanquablement la même : négative. »

Soraya ne veut pas s’apitoyer sur son sort. Pour elle, pas question de s’arrêter sur d’éventuelles discriminations quant à ses origines : « Je pense que c’est une réalité, mais une réalité à dépasser. C’est à double tranchant, ça peut permettre d’identifier l’une des sources du problème mais en même temps on peut rapidement verser dans la victimisation exacerbée. »

Tenter sa chance ailleurs ? Soraya y pense de plus en plus: « J’aurais aimé trouver ma voie en France. Mais dans l’éventualité où la situation continuerait à se dégrader, je pense effectivement à partir, car là ce n’est pas viable et ça devient insupportable. Je pense notamment à la possibilité de partir dans les pays anglo-saxons, voire en Suisse ou dans les pays du Golfe. »

Fatiguée de toute cette énergie dépensée sans y voir une issue concrète, Soraya souligne que son cas n’est pas « isolé ». « C’est alarmant, dit-elle, beaucoup de jeunes diplômés vivent la même situation que moi. Les exigences augmentent : on nous demande d’être à la fois jeunes, très diplômés et très expérimentés. Il y a quelque chose de contradictoire dans tout cela : on exige de nous de l’expérience sans nous donner l’opportunité de l’acquérir, c’est un véritable cercle vicieux. »

Nassira El Moaddem

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Les blogueurs entrent dans l’Europe par la porte turque

Lors de la dernière session de l’école du blog, consacrée à l’Union européenne et aux élections de juin, l’adhésion de la Turquie à l’UE a avivé le débat.

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Les élections européennes approchent à grands pas. Le Bondy Blog s’empare du débat. Lors de l’école du blog du samedi 7 mars, l’équipe du site internet « Toute l’Europe » est venue nous en dire plus sur ce que communément on appelle « Bruxelles ». Au programme : description des institutions communautaires, rappel des grands débats à l’échelle européenne, du projet de constitution toujours en attente et des élections de juin prochain.

A l’évocation du mot « Europe », deux grandes idées viennent à l’esprit : d’abord, les deux guerres mondiales qui ont déchiré le continent, événements abondamment relatés et dans nos manuels scolaires. Mais dans ces mêmes livres, l’« Union européenne » n’apparaît que très peu. Elle est souvent perçue en France – le « non » de 2005 au traité constitutionnel l’atteste – comme une sorte d’ennemi : bureaucratie, technicité des débats, multiplication des institutions. Mais chacun sait pourtant, que l’Europe fait partie de notre quotidien, sans que nous ne nous en apercevions forcément : agriculture, grands travaux publics, subventions aux régions.

Quant à l’euro, s’il continue d’agacer, il semble que la plupart des citoyens français reconnaisse le côté pratique de la monnaie unique. Pour certains jeunes qui en ont eu l’opportunité, l’Europe signifie Erasmus : ces échanges académiques qui permettent à des millions d’étudiants chaque année de découvrir le temps d’un semestre ou d’une année les richesses culturelles et linguistiques des pays membres de l’Union.

Mais ce qui a le plus alimenté le débat sur l’Europe à l’école du blog, c’est la question de l’adhésion turque à l’Union européenne. Le sujet ne nous est pas indifférent, ne serait-ce que du fait de la présence de nombreux Turcs ou Français d’origine turque en France. Les arguments pour et contre l’adhésion de la Turquie sont nombreux : d’un côté, les promoteurs de la candidature turque soulignent les nombreux progrès en matière de démocratie et de droits de l’homme réalisés par Ankara, l’économie dynamique du pays, l’avantage de voir un pays musulman rejoindre le club européen, et les rapprochements avec l’Asie centrale et le Proche-Orient que cette adhésion permettrait.

Un argument, précisément, que les opposants à l’entrée de la Turquie retournent pour pointer les risques d’une fusion entre l’Union européenne et une zone à risque. Les plus farouches craignent un afflux d’immigrés turcs en Europe occidentale et voient dans la Turquie un Etat loin des canons des démocraties européennes. Et puis reste cette question : la Turquie est-elle européenne ? Pour quelques jeunes présents à la réunion de l’école du blog, il y a une certaine hypocrisie chez les décideurs européens à ne pas oser parler du « vrai problème » : l’intégration d’un pays musulman dans l’Union, qui deviendrait après adhésion le deuxième Etat le plus peuplé de l’UE, obtenant ainsi une forte représentation politique et institutionnelle.

Sinon, être européen, ça veut dire quoi ?

Nassira El Moaddem

Photo du haut : de face, de gauche à droite Eric Lhelgouach, Emilie Louis (de « Toute L’Europe ») et Nordine Nabili.

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Marketing-Day!

Célébrer la Journée de la femme, ou comment se donner bonne conscience à moindre frais.

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La Journée de la femme et son lot de phrases niaises : « Les femmes c’est quand même la moitié de l’humanité, il faut les respecter », ou « Si plus de femmes étaient au pouvoir, il y aurait tellement moins de guerre sur terre », ou encore : « Respecter la femme, c’est se respecter soi-même ». C’est fou comme on a besoin de justifier le respect, l’amour et la sympathie que l’on aurait envers les femmes en ce jour du calendrier. A croire que le reste de l’année, on fait provision de poncifs que l’on s’empressera de brandir le 8 mars.

Le 8 mars, c’est comme toutes ces journées sans tabac, sans voiture, sans téléphone. En temps normal et qui plus est en période de « crise », des femmes dans ce monde de brutes, ça ne peut faire que du bien. La journée de la femme, un prétexte pour apaiser nos consciences, oui ! Un grand « vous êtes exceptionnelles » qui justifie tous les charriages en dehors de cette date. La Journée de la femme ? Un non-événement !

Que l’on s’entende bien : par non-évènement, je ne remets pas en cause les débats que ce jour met en lumière. Mais de journée de revendication, le 8 mars est devenu un « Marketing-Day », où politiques, entrepreneurs et autres mécènes temporaires de la « cause des femmes », vantent les mérites de leurs actions en faveur de la parité.

La Journée de la femme, c’est l’occasion de voir des milliers de femmes du monde entier défiler pour le respect de leurs droits, leurs libertés, leur combat contre les violences qui leur sont faites, ou une représentation plus équitable d’elles-mêmes sur les échiquiers politiques. C’est tout à fait louable, certes. Mais ce qui me gêne, c’est l’expression « Journée de la femme » et plus encore, ces deux mots accolés « la femme ». Comme si le fait de partager un même sexe faisait que l’on se ressemblait toutes, que l’on avait les mêmes valeurs.

Parce qu’elle est femme, une femme défendrait forcément la solidarité féminine, partagerait automatiquement un instinct maternel et aurait obligatoirement une émotion à fleur de peau. Moi je connais des femmes qui vendraient leur sœur, leur mère ou leur amie pour aboutir à leurs fins, qui détestent les séries B et qui pour rien au monde ne voudraient des enfants.

Pourtant, on ne peut s’empêcher de constater que les inégalités entre hommes et femmes sont parfois criantes. Pourquoi en France, les postes à responsabilité demeurent si peu occupés par la gente féminine ? Dans la classe politique, la parité a les atours de l’alibi.

Pour exemple, une anecdote que j’ai vécue récemment. Lors d’un entretien d’embauche pour une entreprise de presse, j’ai eu droit à la tonne de questions habituelles : « Quelles sont vos expériences professionnelles ? Que pensez-vous du journalisme aujourd’hui ? A quel poste vous voyez-vous dans dix ans ? » Et quelques minutes plus tard, la question massue : « Vous qui êtes mariée, vous ne pensez pas avoir un bébé prochainement ? »

Si, si, vous avez bien lu. J’ai dû évidemment répondre très poliment que ce n’était pas dans mes projets, mais j’ai ressenti comme une certaine injustice à l’évocation du mot « bébé ». Comme si le fait d’être mariée impliquait obligatoirement un projet de naissance dans la foulée. Vision très traditionnelle de la vie de couple, non ? En rentrant chez moi, la question résonnait dans ma tête comme des coups de marteau. Le RH de cette entreprise auraient-ils posé la même question à un jeune homme marié ? Un bébé, jusqu’à présent – mère porteuse, adoption et FIV mis à part –, ça se fait à deux, n’est-ce pas ? Ou alors, j’ai manqué un épisode de l’évolution de l’espèce humaine.

Pourquoi faut-il qu’une femme, sous prétexte d’être épouse ou concubine, soit sans cesse ramenée à sa fonction reproductrice ? 8 mars ou non, sur la question des femmes, il y a encore du pain sur la planche. Pardon pour cette métaphore ménagère…

Nassira El Moaddem

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