posts de février 2009


Hüseyin, fier de sa langue, de sa religion, de ses enfants

TÊTES DE TURCS (3/3). Ce commerçant a fait une demande de naturalisation pour lui et ses deux fils. Refusée. Il compte retourner s’installer dans son pays.

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Hüseyin, 60 ans, est propriétaire d’une épicerie dans le quartier turc de la rue du Faubourg-Saint-Denis. Assis sur sa chaise derrière sa caisse, il me reçoit gentiment. Son français est approximatif mais il est content lorsque je me présente à lui en turc. Originaire de Bursa, ville située à environ 200 kilomètres d’Istanbul, Hüseyin est arrivé en France en 1972. Avant de s’installer en région parisienne, Hüseyin a vécu pendant quinze ans à Vendôme, dans le Loir-et-Cher : « C’était calme, là-bas. Pour le travail, il n’y avait pas grand-chose mais on était tranquille. Moi, je travaillais comme ouvrier à l’usine De Dietrich, mais j’ai eu un accident de travail et je me suis fait opérer deux fois dans le dos. J’ai dû arrêter de travailler à l’usine. »

Hüseyin a quatre enfants, trois filles et un garçon. Tous ont fait des études à l’université et je sens la fierté qu’il a à me parler d’eux, notamment de son cadet, devenu ingénieur en informatique : « Tous mes enfants ont fait des études. Une de mes filles a fait Langues étrangères appliquées à la fac. » Hüseyin rentre en Turquie tous les deux ans et y reste à chaque fois un mois un et demi. Il compte y retourner définitivement dans les prochaines années : « Je serai bientôt à la retraite. J’ai 60 ans et je pense m’installer en Turquie. Mais si j’y vais, il faudra que je bouge, que je visite les pays, que je fasse des activités, que je monte des projets. Je ne pourrai pas rester sans rien faire. »

Pour Hüseyin, sa culture turque d’origine et sa religion sont essentielles : « Nous sommes musulmans et l’islam est important dans nos vies. Moi, tous les vendredi après-midi, à l’heure de la grande prière, je ferme le magasin et je me rends dans une des mosquées du Faubourg-Saint-Denis. Il y a le choix ici : mosquée turque, kurde, pakistanaise, arabe. Mes enfants aussi font la prière. » Et en famille, quelle langue parle-t-on ? « Mes enfants parlent turc avec moi. Ils le parlent couramment, d’ailleurs, mais entre eux, ils parlent français. »

Hüseyin, qui a demandé une naturalisation française à deux reprises mais sans succès, ressent une certaine amertume : « Même la demande de deux de mes enfants qui ne sont pas nés ici mais qui y sont depuis tout petits, n’a pas été acceptée ; je ne referai pas une autre demande. S’ils ne veulent pas de moi, pourquoi je redemanderais ? » Hüseyin se plaint d’une baisse de fréquentation de son épicerie : « Ceux qui viennent sont quelques clients fidèles mais c’est difficile depuis quelques années. Avant, on travaillait bien, il y avait même la queue dans mon magasin. Mais aujourd’hui, si je trouve un acheteur pour reprendre la boutique, je la vends. » Sage, Hüseyin conclut : « Mais il y a toujours pire que nous, el hamdoulilah. »

Nassira el Moaddem

Articles précédents de la série :
Les-turcs-existent-nous-les-avons-rencontres
A-force-de-travail-je-sais-que-j-y-arriverai

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« A force de travail, je sais que j’y arriverai »

TÊTES DE TURCS (2/3). Mère d’un fils de 3 ans, divorcée, Dilek a trouvé de l’embauche dans une imprimerie. Son leitmotiv : être indépendante.

 -- Cliquez pour voir l'image en entierDans l’une des ruelles perpendiculaires à la rue du Faubourg-Saint-Denis, j’entre dans une petite imprimerie pour y rencontrer Dilek. Cette jeune femme de 26 ans fait partie de la communauté alévie*. C’est son père, travailleur immigré depuis 1984 en France, qui la fera venir avec sa mère en 1991. Divorcée depuis peu, maman d’un enfant de 3 ans atteint d’une maladie grave, Dilek ne veut pas s’apitoyer sur son sort et fait du courage et du travail deux vertus inconditionnelles de la réussite.

« C’est vrai que c’est très dur pour une femme, divorcée qui plus est. Et j’ai vécu beaucoup de choses difficiles. Mais je suis une femme battante. Après mon divorce, je me suis rendue compte que mon ex-mari m’avait laissé quelques dettes. Mais finalement, tout cela m’a donné de la force pour avancer. Aujourd’hui, c’est moi qui paye le loyer de mes parents, leur facture, en plus de tous mes frais. » Les cheveux coupés courts, habile dans son bleu de travail tâché de cambouis, Dilek s’affaire à faire tourner sa machine.

Elle me raconte comment elle s’est retrouvée dans cet atelier : « Je n’ai pas fait d’études. Je n’ai qu’un CAP pressing. Je suis une pure autodidacte. Avec mon ex-mari, j’avais monté un restaurant de gastronomie turque, mais j’ai dû le vendre pour faire face à mes dettes. Ensuite, j’ai été responsable d’une société de téléphonie mobile, mais j’en avais marre d’être derrière un bureau, je m’ennuyais. J’avais besoin de bouger, de travailler manuellement. Cela fait trois semaines que je travaille ici et je me sens bien. »

Qu’est ce que cela lui fait de travailler dans un univers d’hommes ? « Il faut se battre et se protéger en permanence, faire attention à ce que l’on dit. Mais j’ai la chance d’avoir un patron ouvert d’esprit. » Je l’écoute parler avec ses collègues, tous d’origine turque. Dilek jongle en permanence entre les mots turcs et français, à un rythme impressionnant. Dilek est très attachée à sa culture d’origine : « Je me considère avant tout comme une turque alévie. J’ai besoin de ma culture d’origine, de mes racines pour aller de l’avant. Avec mon fils par exemple, je ne parle que turc. Il apprendra le français à l’école. Je veux qu’il garde lui aussi sa langue et sa culture d’origine, c’est important pour moi. »

Pour Dilek, décidément, il n’y a que le travail qui compte : « Tout s’apprend dans la vie. A force de travail, je sais que j’y arriverai. J’ai confiance en moi et surtout je n’aime pas être dépendante de quelqu’un. La semaine, je travaille dans l’imprimerie et le week-end, je travaille comme photographe. Ça me permet d’être indépendante et de subvenir aux besoins de ma famille. Incha’allah, je sais que j’y arriverai. »

Nassira el Moaddem

*Alévisme : branche de l’islam turc issu du chiisme.

Photo : Nassira El Moaddem

Précédent article de la série : Les Turcs existent, nous les avons rencontrés paru sur le long Bondy Blog

Les Turcs existent, nous les avons rencontrés

TÊTES DE TURCS (1/3) Dans les ruelles du Faubourg-Saint-Denis, le quartier turc de Paris. Premier de trois portraits : Emin. « Je me considère avant tout comme français. »

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Lorsque je pense aux Turcs de France, je ne peux m’empêcher de me remémorer ce portrait de ce grand monsieur moustachu, à l’élégant chapeau posé sur la tête, vêtu d’un manteau de laine vert, aux traits fins et aux yeux bleus pénétrants. Le portrait de ce monsieur que je voyais tous les mercredis matins, perché en haut d’une armoire de notre classe d’arabe dans ma Sologne natale, je le reverrai à Istanbul des années plus tard, lors de mon séjour académique sur les rives du Bosphore. C’était celui de Mustafa Kemal Atatürk.

Car cette salle de classe que l’on utilisait pour nos cours d’arabe, dispensés par un professeur marocain envoyé par le royaume chérifien, était elle aussi fréquentée par nos camarades turcs qui y recevaient, un peu plus tard dans la journée, les cours de leur langue maternelle. Cette salle, qui se situait dans un préfabriqué, où l’hiver, disons-le, nous nous « gelions les miches », m’a marquée à vie. Chaque mercredi matin, les lettres calligraphiques arabes côtoyaient sur le tableau noir l’alphabet turc. Je me demandais toujours comment une langue qui paraissait à l’oreille si compliquée et qui avait l’air de ressembler à celle de nos parents, pouvait s’écrire simplement en lettres latines ? A l’image des deux épiceries du quartier, arabe et turque, ces deux cultures dans cette salle de classe cohabitaient tranquillement.

Malgré la méconnaissance que l’on a, en France, de l’identité des immigrés turcs, ceux-là alimentent, c’est le cas de le dire, depuis longtemps, notre quotidien : qui n’a pas été sauvé à 23 heures par l’ « ekmek » (pain en turc) de l’épicier du quartier ? Qui ne s’est pas goinfré, en sortant de boîte, d’un adana kebab au goût délicieusement épicé ? Les communautés turques installées en France ne se réduisent bien sûr pas à ces aspects coupe-faim. Les Turcs, ce sont aussi, la confection, le bâtiment, l’investissement immobilier, des PME et un réseau associatif extrêmement dense.

Vendredi 20 février, je décide d’aller interroger quelques turcs sur leur vie à Paris, leur attachement à leurs origines et leurs aspirations. Je saute dans le bus numéro 47, direction le quartier turc de la capitale, rue du Faubourg-Saint-Denis. Dans le transport, j’aperçois un homme, la quarantaine à peine, lisant le plus populaire des journaux turcs, Hürriyet, « liberté » en turc. Je m’approche de lui et lui demande s’il accepterait de répondre à mes questions pour un article sur les immigrés turcs à Paris.

D’entrée de jeu, Emin, qui n’a pas souhaité être pris en photo, annonce la couleur : « Je ne suis pas turc, je suis kurde », lance-t-il tout fier. Originaire de Mardin, ville du sud-est turc, arrivé en 1987 après avoir passé une douzaine de jours en transit en Italie, Emin me raconte son arrivée en France : « J’avais 18 ans, c’était la première fois que je quittais mon pays, que je venais en Europe. Je ne parlais que le turc et je n’avais que 3500 francs en poche, dont le tiers a servi à payer le passeur. » Une fois à Paris, Emin demande le statut de réfugié politique. Au bout de six mois, il est régularisé et s’installe doucement: « J’avais trouvé une place dans un foyer à Gonesse, dans le 95. J’y suis resté deux ans. Je vivais avec des Turcs, des Kurdes, des Arabes. On s’entendait très bien. Et j’ai trouvé du travail assez facilement dans la confection et plus tard dans le bâtiment. »

Lorsque je lui demande de quelle nationalité il se sent, Emin répond sans hésitation : « Je me considère avant tout comme un Français. J’adore la France. Quand je rentre en Turquie en vacances, la France me manque très vite. Et puis ici, je me sens libre. Là-bas, il y a des choses dont on ne peut parler, comme exprimer notre identité kurde. » Aujourd’hui, Emin, marié à une Française d’origine kabyle, est gérant de café dans le quartier de la Gare de l’Est, une réussite dont il mesure le parcours difficile : « Ce n’était pas facile pour moi. J’ai dû me battre, économisé de l’argent pendant des années. Mais c’est une caractéristique des Kurdes et des Turcs : nous avons besoin d’avoir des responsabilités, de prendre des risques et de nous battre pour cela. Aujourd’hui, beaucoup ont monté leur affaire dans l’hôtellerie, la restauration, le bâtiment ou le tourisme. »

Si Emin se sent français à part entière, il garde tout de même des liens avec ses origines : « Je reste proche de mes racines, car ici, on peut facilement les perdre. On se retrouve à l’occasion du Bayram*, durant les fêtes kurdes mais aussi à Noël. A la maison, on fait le sapin car je ne veux pas que mes enfants soient différents de leurs camarades. » Je l’interroge sur la candidature turque à l’Union européenne : « Pour moi, la Turquie est déjà européenne. Si l’Union n’en veut pas, c’est que la Turquie est un pays musulman et qu’elle deviendrait, une fois entrée, le deuxième plus grand pays d’Europe. C’est dommage, car du point de vue stratégique, la Turquie serait un avantage pour l’Europe. » Et que pense-t-il de la très faible attention médiatique portée aux Turcs en France ? « Les communautés turques ne sont arrivées que récemment, alors que les Arabes, par exemple, en sont à la troisième voire à la quatrième génération, répond-il. Il faut encore du temps je pense. »

Nassira el Moaddem

*Bayram: fête de l’Aïd en turc.

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La France snobe la Turquie

Salon du livre, saison culturelle en France, la Turquie essuie une série de déconvenues pour 2010. De quoi ajouter aux crispations entre les deux pays.

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C’est officiel. La Turquie ne sera pas invitée d’honneur au Salon du Livre de Paris 2010. Celle-ci devait succéder au Mexique, dont la littérature sera mise en avant pour cette édition 2009. Surtout, la Turquie dans ce qu’elle a de plus officiel, devait clore la saison culturelle turque en France, qui devrait commencer en juillet prochain. La nouvelle s’est très vite répandue sur le net, après un premier article de quelques lignes, mis en ligne sur l’Express.fr le 1er février. Les blogs et les sites sur la toile, qui ont relayé la nouvelle, ont été inondés de commentaires en réaction à l’information.

Preuve en est le blog de Pierre Assouline, « La république des livres » qui, à la suite d’un billet de son auteur sur la question, a recueilli à ce jour pas moins de 270 commentaires contre 150 en moyenne. C’est que la nouvelle enflamme les esprits des turcophiles convaincus, qui voient là une manifestation supplémentaire de la détérioration des relations franco-turques.

Aylin, une étudiante parisienne d’origine turque, regrette « une forme de mépris de la France envers la Turquie ». Et d’ajouter, en colère : « C’est comme le choix d’une « saison culturelle » au rabais tandis que d’autres pays ont le droit à une année entière. » Le Salon du Livre voudrait-il éviter de voir son événement annuel se transformer en arène politique comme ce fut le cas à la Foire du livre de Francfort, où la Turquie était invitée d’honneur en octobre 2008 ? Ou bien a-t-on voulu minimiser les risques, après un houleux Salon du Livre 2008 qui avait pour invité d’honneur Israël, ou après les récents accrochages turco-israéliens auxquels le premier ministre turc Erdogan a donné un éclat particulier à Davos ?

Quoi qu’il en soit, les organisateurs du Salon du livre, que nous avons contactés, réfutent la dimension politique d’une telle décision : « Pour 2010, nous avons fait le choix de ne pas inviter de pays d’honneur. Ceci n’a rien à voir avec la Turquie car nous avons décidé de célébrer notre trentième anniversaire. Nous sommes en contact avec les autorités turques pour réfléchir à donner une autre visibilité pour la Turquie au Salon du livre 2010. »

Ce qui est sûr, c’est que cette décision ne va pas améliorer des relations franco-turques déjà tendues. Pour Faruk Bilici, enseignant-chercheur au département de turc de l’INALCO* : « L’invitation d’Israël en 2008, puis l’invitation de la Turquie au salon du livre de Francfort ont beaucoup aidé les indécis, peut-être d’ailleurs les lobbys turcophobes, à se convaincre qu’il ne fallait pas inviter ce pays, qui tente maintenant de le faire payer par des retards liés aux projets pour la saison turque. Autrement dit, ce n’est pas un facteur, mais plusieurs facteurs qui ont contribué à l’annulation de cette invitation, le mauvais climat sur les relations franco-turques en étant un. (…) Quel dommage que cela tombe juste au moment où la Turquie devait être invitée. En tout cas, c’est ainsi que les Turcs l’ont ressenti. »

S’ajoute à ce contexte la suppression de la rédaction turque à RFI, faute d’audience (comme cela est arrivé à cinq autres rédactions en langue étrangère), et dont la langue, d’après les explications de la direction de la radio francophone mondiale, ne correspond plus « aux évolutions géopolitiques ». Des pétitions sont d’ailleurs diffusées en ligne pour s’opposer à cette suppression.

Une autre affaire a également fait grand bruit sur le Web ces derniers mois. Celle de la menace d’une disparition de l’IFEA, Institut français d’études anatoliennes, situé à Istanbul. Le centre de recherches, qui relève du quai d’Orsay et du CNRS a lui aussi fait l’objet d’une pétition diffusée sur la toile. Ce à quoi l’ambassade de France à Ankara a répliqué par un communiqué où elle tente de rassurer en soulignant le caractère « irremplaçable de l’IFEA comme plate-forme de dialogue entre chercheurs turcs et français » et rappelle « que le démantèlement du centre de recherches n’a jamais été question malgré la réforme en cours ».

Que les turcophiles se rassurent. Les projets d’Istanbul, Capitale culturelle européenne 2010, vont bon train. Un groupe sur le réseau social Facebook a d’ailleurs été créé, rassemblant plus de 1120 membres qui s’enthousiasment des festivités à venir. Au menu, expositions, concerts et l’intervention des plus grands architectes au monde comme Rem Koolhas ou Norman Foster, pour ce qui est considéré, comme la plus belle des plates-formes culturelles, politiques et économiques que la Turquie n’ait jamais eues.

Nassira El Moaddem

*INALCO : Institut National des Langues et des Civilisations Orientales

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« On est là pour apprendre, l’université n’est pas une entreprise »

dcfc0039.jpgL’ambiance est particulière à l’Université Paris 8 de Saint-Denis, en ce mercredi 11 février. L’entrée du bâtiment, décorée de banderoles en tout genre, annonce la couleur : « Université en grève ». En s’engouffrant dans les locaux, on croise certains professeurs, brassard blanc autour du bras, des étudiants distribuant des tracts, et les stands de quelques syndicats de gauche. Jusqu’ici, rien d’étonnant pour une université en grève. Pourtant, les bâtiments ne sont pas déserts. Car ce jour-là, c’est opération séduction pour Paris VIII qui ouvre ses portes aux futurs étudiants. Au programme : présentation de l’université en amphi, discussions sur les différentes filières en comité restreint et échanges avec professeurs et étudiants tuteurs.

Je me rends à la réunion. Le président de l’université, un trentenaire bien dans ses pompes, dresse un tableau enchanté de son établissement : plein d’associations, des activités sportives à tout va, des filières en veux-tu en voilà, des professeurs ultra-compétents et des partenariats avec le monde entier pour des étudiants en quête d’ailleurs. La description fait rêver. Je regarde autour de moi : l’amphi est archiplein et les jeunes gens, assis sur leur siège, écoutent attentivement les discours des intervenants. Tout semble beau et gentil, mais dans les couloirs, dans le hall de l’université, les étudiants mobilisés s’inquiètent pour leur avenir.

Le lendemain c’est un tout autre son de cloches. Je me rends à l’assemblée générale, AG pour les habitués. Des étudiants, professeurs et personnel en grève doivent décider de reconduire ou non leur mouvement. Dès 11h30, le bâtiment C est réquisitionné. Des chaises sont disposées dans le hall d’entrée mais en nombre insuffisant : plusieurs personnes s’assoient les pieds en tailleur à même le sol ou restent debout. Escaliers et passerelles sont investis faute de place. Un micro est à disposition pour les différentes interventions. L’ambiance s’annonce festive : des étudiants et des professeurs se sont improvisés chanteurs de rock en parodiant la célèbre chanson des Rita Mitsouko « Andie », rebaptisée « Valérie » et destinée à la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Valérie Pécresse.

Depuis fin janvier, les enseignants-chercheurs de l’Université Paris 8, réunis au sein de la Coordination nationale, mènent une fronde contre la ministre. Objectif : la faire plier sur la loi de modernisation des universités, la LRU et sur le décret qui envisage de réformer le statut des enseignants-chercheurs. Tout à tour, enseignants-chercheurs et étudiants en colère, prennent le micro pour donner de la voix, proposer de nouvelles actions, faire part de leur crainte, et sensibiliser les plus dubitatifs à leur cause. Derrière eux, un grand tableau blanc où quelques étudiants sont chargés de noter au fur et à mesure les propositions d’action et de mobilisation retenues par l’assemblée : rassemblements, boycott de la bibliothèque universitaire, manifestations…

Dans le flot d’interventions, celle d’un professeur de philosophie marque les esprits : il s’en prend à « un système politique qui, depuis de longues années déjà, bafoue l’expression ». Emu et déchaîné, il poursuit : « L’université n’est pas uniquement un endroit où on acquiert des connaissances, mais est surtout un lieu où l’on donne un sens humain dans une société de merde ! » Et de clore son discours ainsi : « Non à la merde anti-culturelle ! » La salle jubile et applaudit le professeur. Quelques minutes suffisent à l’AG pour décider de la reconduction de la grève jusqu’à la prochaine… AG.

Je décide d’en savoir un peu plus sur les motivations des étudiants. Je rencontre Julien Messemer, 24 ans, étudiant en deuxième année de licence de théâtre et mobilisé contre les projets de réforme de l’université. Il me fait part de ses doutes quant au bien fondé de la réforme : « Personnellement, je me rends compte qu’au fur et à mesure des réformes, il y a une véritable dégradation de l’état d’esprit de l’Université. Par exemple, dans notre département, il y a des cours qui ont disparu et d’autres qui seront amenés à être supprimés. Quand on écoute les témoignages d’enseignants âgés, il y a beaucoup de choses qui évoluent et pas dans le bon sens. Le danger c’est que des filières comme la mienne, jugées moins rentables, disparaissent. Il faut se battre pour continuer à pouvoir créer, s’exprimer. »

Interrogé sur le caractère inévitable des réformes, l’étudiant répond : « Nous faisons des grèves construites. Avant, c’était plus du gueulage. Désormais, on construit, car il y a une réelle envie de changer les choses. Il y a des cours alternatifs, on débat avec les professeurs d’autres propositions… » Et de poursuivre, inquiet : « Aujourd’hui, ce qui tend à disparaître, c’est toute la réflexion autour de la création. Si on est dénué d’esprit créatif, il n’y a plus de raison d’être. La mondialisation, ça peut être aussi ceci : des échanges humains, une expression libre. » Julien, sévère, critique l’incompétence des décideurs : « La seule chose dont je me rende compte, c’est qu’en haut, ils ne connaissent pas le sujet. Ils décident des réformes à faire mais ils ne savent pas de quoi ils parlent, ce n’est pas logique par exemple de vouloir dissocier l’enseignement de la recherche. »

Julien est pessimiste : « Mon avenir ? C’est une bonne question : cela dépendra de l’avenir de l’université. On est là pour apprendre. L’université n’est pas une entreprise. Mais si elle le devient, on devra répondre alors à une offre de marché. Et ça fait peur… »

Nassira El Moaddem

(Photo : Entrée côté gare de l’Université Paris VIII/Nassira El Moaddem )

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« Making of » du terrorisme islamique

Projeté à Paris dans le cadre du « Maghreb des films », le long-métrage du Tunisien Nouri Bouzid montre la transformation d’un jeune en djihadiste.

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« Les 3 Luxembourg », rue Monsieur Le Prince, dans le 6e à Paris. Le soir. L’équipe règle les derniers problèmes techniques. Une trentaine de spectateurs s’impatientent devant le guichet. Dehors, les fumeurs écrasent leur mégot avant de rejoindre le cinéma. La bobine du film est prête à être déroulée. Les cinéphiles prennent place dans la salle aux fauteuils de velours bleu. Silence ! « Making-of », long-métrage projeté à l’occasion de cette première édition du « Maghreb des Films » est signé du réalisateur tunisien Nouri Bouzid.

Son film, primé d’un Tanit d’or aux Journées cinématographiques de Carthage, se veut engagé. L’histoire se passe à Tunis en 2003, durant l’invasion militaire de l’Iraq par les Etats-Unis. Avec sa bande de copains, Bahta, jeune homme fougueux et insouciant, met l’ambiance dans les rues de la ville, à coups de graffitis et de vibrations hip-hop. Sanguin et sans limite, Bahta est animé par trois choses : la danse, le rêve de partir en Europe et Souad, sa petite amie.

Amusant la galerie de ses aventures quotidiennes, il est en permanence dans le collimateur de la police locale : vol en tous genres, règlements de comptes, petits trafics… Son désir de « brûler la mer » s’oppose au renforcement des mesures anti-clandestins prises en Europe et à la peur suscitée par l’islam après les attentats du 11 Septembre. Dans les cafés de la ville, la population s’émeut du sort de Bagdad, tombé aux mains des Américains. Bahta, lui, refuse de jouer au spectateur et se rebelle contre une société qu’il juge lâche parce qu’elle ne se révolte pas.

« Moi je suis un homme », crie-t-il dans les rues de la capitale. Mais c’est surtout contre une société qui ne lui donne pas sa chance, contre un futur sans horizon qu’il s’élève. Et comme un affront à l’autorité qu’il ne supporte pas, Bahta va revêtir quelques instants l’uniforme de son cousin policier. Ainsi accoutré, il se donne en spectacle dans un café, se moque des institutions. Bahta, artiste dans l’âme, a besoin de l’attention des autres.

L’absence d’horizon, l’impossibilité de réaliser ses rêves le mènent, lentement, dans les bras d’un petit groupe d’islamistes, qui repèrent chez Bahta témérité et désespoir. Le chef du groupe, un marbrier, le prend sous son aile, remplaçant un père absent, avec qui Bahta ne communique pas. Le chef lui transmet le goût de son art, le considère comme son propre fils. Bahta, malgré les doutes qui le taraudent, est progressivement transformé en petit soldat de l’intégrisme et de la terreur. Au point qu’il fait mal à ceux qu’il aime. Pour autant, il ne croit pas vraiment en ses actes ni dans les messages proférés par les islamistes.

Le film, c’est un plus, ne baigne pas dans la nostalgie arabe, travers que l’on retrouve dans bon nombre de films maghrébins contemporains. Cette scène où l’on voit les Tunisois s’émouvoir, assis sur leur chaise, du sort réservé à Bagdad, est une façon de dénoncer la sempiternelle lamentation des Arabes, prisonniers d’une idéologie nationaliste dépassée. Ce long-métrage a le mérite de prendre à bras-le-corps des thèmes majeurs des sociétés maghrébines : la soif d’immigration des jeunes, la place de la religion, la femme, la violence… Le rythme du film est à l’image du développement psychologique de Bahta : rapide au début, plus lent par la suite, lorsque le personnage principal, désespéré, entre en contact avec les islamistes.

Le jeu des acteurs est puissant et fin. Lotfi Abdelli, sacré meilleur acteur aux JCC de Carthage, campe remarquablement Bahta. On regrette pourtant de ne pas en savoir plus sur les personnalités des islamistes, qui restent prisonniers d’une image un peu trop stéréotypée. Ainsi ce danseur choisi pour cible par les islamistes, installe le film dans une opposition réductrice entre, d’une part, la modernité et la liberté du danseur et, de l’autre, la tradition et l’obscurantisme de l’islamiste.

L’une des originalités du film réside dans les trois interruptions, volontaires et de quelques minutes, où le réalisateur et l’acteur, et non pas le personnage de Batha, s’interrogent, et s’engueulent, sur la religion et l’islamisme. Le débat au terme de la projection est intense comme les thèmes traités dans le film. Marianne, une spectatrice interrogée à la sortie du cinéma, confie ses impressions : « J’ai beaucoup aimé. C’est vrai qu’il y a beaucoup de films qui traitent de l’islamisme, du terrorisme, mais là, on nous donne des clés pour comprendre. C’est un sujet que je connais. Ça me donne envie de pleurer, de crier. C’est un film qui, certes, joue sur l’émotion mais qui, en même temps, invite à réfléchir à toutes ces questions. »

Nassira El Moaddem

(Photo : Devant le cinéma « Les 3 Luxembourg », le soir de la projection de « Making of »/Nassira El Moaddem)

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La Place d’Italie aux couleurs des livres maghrébins

Samedi 7 et dimanche 8 février 2009 s’est tenue à la Mairie du XIII ème arrondissement la 15ème édition du Maghreb des livres. Un événement littéraire qui a réuni les amoureux des belles lettres maghrébines.

dcfc02311.jpgIl est presque 13 heures et les couloirs de la mairie du XIIIème arrondissement sont pleins à craquer. En passant près du Café Maure, les odeurs de thé à la menthe, de fleur d’oranger et de « msemen* » titillent les narines des visiteurs. Il y a à peine une semaine la place d’Italie résonnait aux chants et instruments asiatiques à l’occasion du Nouvel an chinois. Ce week-end, c’est au tour des pays d’Afrique du Nord d’être à l’honneur pour la 15ème édition du Maghreb des livres.

Le Maroc à l’honneur

Créé par l’association « Coup de Soleil », présidée par Georges Morin, Conseiller délégué aux coopérations méditerranéennes à la ville de Gières, près de Grenoble, le salon se veut un rendez-vous incontournable pour les amoureux de littérature nord-africaine et franco-maghrébine. Tous les ans, un pays est à l’honneur. Pour cette édition, place à la littérature marocaine avec des auteurs comme Tahar Benjelloun, Maati Kabbal ou encore Kadiri Abdeslam. Malgré le déménagement à la Mairie du XIIIème, pour cause de travaux dans la salle des fêtes de l’Hôtel de ville, l’ambiance est au rendez-vous. Autour d’étalages de livres à pertes de vue, tables rondes, remise de prix, dédicaces, hommages se succèdent dans une atmosphère studieuse mais néanmoins bon enfant.

La littérature maghrébine, en manque de reconnaissance?

Pour Azouz Beggag, rencontré au hasard des allées du forum, « c’est la chaleur du Maghreb qui réchauffe ici alors que Paris est sous la neige et la pluie »! L’ancien ministre se réjouit « de l’ambiance fraternelle qui réunit les pays du Maghreb ». « C’est ça l’Union Pour la Méditerranée « lance-t-il enjoué! Et d’ajouter : « Ce sont ce genre d’ initiatives au quotidien qui donnent un sens pratique et visible et qu’il faut encourager ! » Interrogé sur un éventuel manque de reconnaissance de la littérature franco-maghrébine par les professionnels, l’auteur du Gône du Chabaa répond sans détour : « Je suis de ceux qui pensent que le livre de Yasmina Khadra, « Ce que le jour doit à la nuit », aurait largement mérité un prix! ». Selon lui, un travail reste à faire au niveau des jurys littéraires, encore peu ouverts aux autres sensibilités.

Invité au salon à dédicacer ses derniers livres, l’ancien ministre des Affaires Étrangères, Hubert Védrine, confie l’enthousiasme qu’il éprouve à participer à cette manifestation : « Je suis venu avec plaisir. C’est une rencontre importante. La littérature maghrébine, je la trouve très puissante. Elle apporte quelque chose d’original à la littérature francophone ».

Le talentueux écrivain algérien, Yasmina Khadra, sagement assis, multiplie les autographes et écoute tranquillement les réactions de ses lecteurs. Celui qui est considéré comme l’un des meilleurs auteurs de langue française, appelle « à se battre pour que le livre du Maghreb recouvre sa place ».

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Il voit son écriture comme « un élan vers les autres » et se définit comme « un écrivain totalement algérien » regrettant le désintérêt « des Arabes pour leurs propres auteurs »(…) « J’étais à Dubaï et là-bas on ne savait même pas qui j’ étais alors que je suis un des auteurs arabes les plus lus au monde. C’est une nation qui relève du folklore plus que de la culture », confie-t-il un peu énervé. A la question « Ressentez-vous une certaine frustration à ne pas recevoir de grands prix? », Yasmina Khadra répond, sourire aux lèvres : « Citez-moi un seul prix Goncourt qui soit de renommée international! », avant de s’enfuir, pressé.

Prochain rendez-vous: Le Maghreb des films

Jeunes, moins jeunes, familles, amis, parisiens, de Province, quelques 4 000 visiteurs sont attendus pour ce week-end littéraire. Et dans une semaine, place au 1er Maghreb des Films Paris-Banlieue, qui, dans le même esprit, espère attirer autant de curieux et ouvrir les portes d’un cinéma maghrébin en plein renouveau. Si 2009 est l’année du buffle, ce mois de février sera sans aucun doute placé sous le signe du Maghreb.

Nassira El Moaddem

(Photos : Yasmina Khadra dédicaçant un de ses romans. Plus haut : lectrice au Maghreb des Livres/ Nassira El Moaddem)

* crèpe feuilletée d’Afrique du NordArticle paru sur le Bondy Blog : cliquez ici

Les fauves du ring au Cirque d’Hiver

Hier soir, je me fais embarquer par mon ami Saïd, de passage à Paris pour le boulot, dans une soirée particulière. Said est éducateur sportif à la Mairie de Salon de Provence. Un passionné de boxe, sillonnant toute l’année l’ Hexagone avec ses poulains. Il me tend une invitation pour un gala de boxe au Cirque d’ Hiver. Qui n’a pas rêvé de franchir la porte du plus grand chapiteau du monde? Je m’ y rends avec une certaine excitation et pendant le trajet en métro, quelques souvenirs me reviennent.

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Je me rappelle certains combats que l’on avait eus l’occasion de regarder à la maison: Brahim Asloum aux Jeux Olympiques de Sydney en 2000, et les images d’archives nostalgiques des Mike Tyson, Muhammad Ali et Marcel Cerdan. Je me souviens aussi des tout débuts de combats que l’on regardait sur Canal Plus, avant que, frustrés, nous voyions tout d’un coup, l’écran se crypter d’un « bzzzzzzzzzzzzzzzz » puissamment énervant. L’ originaire de Sologne que je suis se souvient que là-bas, deux enfants du pays faisaient rêver des centaines de gamins : les frères Girard, Christophe et Bruno. Le second deviendra même champion du monde en catégories super-moyen et mi-lourds.

Je me presse d’arriver à l’heure. Je rentre par la grande grille verte principale, toute fière avec mon invitation à la main. L’ ouvreuse me place rapidement. Les gradins sont à 90 % occupés ………par des mecs. Normal… J’ arrête là mes revendications féministes! J’ assiste à THE tournoi de boxe à ne pas manquer. Je me dis que le concept est plutôt drôle : un cirque qui remplace des fauves par d’autres fauves, les gros gants en plus. Et j’imagine déjà les sportifs s’ entraîner dans les box à chevaux en coulisses!

Les stars du ring rejoignent l’ arène comme des chanteurs de rap montent sur scène. L’ entrée des sportifs se fait comme à la télé. Normal, le show est retransmis sur Canal + sport. La musique, alternant morceaux r’n'b et tektonik, déchaîne les spectateurs. Et le numéro des boxeurs est savamment orchestré : jolies filles derrière eux, les sportifs fusent vers le ring, peignoir précieusement attaché, chaussures dorées et accessoires en tout genre comme le chapeau délicatement posé sur la tête du gardannais Nadjib Mohammedi, champion de France en titre des mi-lourds.

Les combats s’enchaînent, les supporters scandent tour à tour le nom des boxeurs. Les encouragements fusent, les déceptions aussi. L’ ambiance est survoltée. Mon voisin de gauche vit le moment à 10 000 % : deux, trois gouttes de sueur coulent sur le côté droit de son visage. Derrière moi, un groupe de jeunes rebeus connaît les noms des joueurs par coeur. Chaque boxeur a le droit à ses cris de soutien. Et quand le combat déçoit, pas de pitié non plus: « Fais pas semblant » ou « T’as pas de frappe! » entend-on fuser des hauteurs. Les odeurs de bière, de friture de poulet façon KFC et de sandwichs jambon-beurre se mêlent aux fumées et aux relents de transpirations.

Les flashs des photographes crépitent et les vedettes des premiers rangs une fois les caméras de Canal parties, se sauvent elles aussi : Enrico Macias, le boxeur Dida. Seul Brahim Asloum, aussi de la soirée, restera jusqu’à la fin. Le dernier combat achevé, fini les cris, les applaudissements, les coups de stress et les coups de sang. Chacun se dirige vers la sortie échangeant ça et là sur le succès de la soirée. Les lumières s ‘éteignent peu à peu, on s’ empresse de nettoyer les gradins et les couloirs, le matériel est démonté. Dès demain, les fauves du cirque Bouglione reprendront leur droit mais les boxeurs auront définitivement laissé leurs empreintes.

Nassira El Moaddem

Photo : Nadjib Mohammedi et Martial Bella Oleme, jeudi 5 février, Cirque d’Hiver, Nassira El Moaddem

Article publié sur le Bondy Blog : cliquez ici.

Besson ou la dénonciation légalisée

Eric Besson, ancien Monsieur Economie du PS, converti au sarkozysme, vient de sortir de son chapeau ministériel, une bien étrange idée : récompenser par un titre de séjour un immigré « clandestin » qui aurait donné aux services de police les noms des passeurs auxquels il aurait eu affaire. « Avec le système que nous allons mettre en place, [les clandestins] savent que s’ils dénoncent ceux qui les ont mis dans cette situation, ils peuvent obtenir instantanément un titre de séjour provisoire et coopérer avec la police », a-t-il dit.

Le danger est de taille : à la fois pour l’individu qui décidera de « coopérer » mais également pour sa famille restée au pays et qui pourrait faire les frais d’un règlement de compte des réseaux de passeurs. Par cette nouvelle mesure, Eric Besson semble minimiser les risques que cette pratique pourraient entraîner. Les intéressés, interrogés ici ou là par les journalistes, ne semblent pas non plus séduits par cette idée. On imagine les agents de police interrogeant dans leurs locaux un immigré en situation irrégulière, agitant dans une main un éventuel titre de séjour et dans l’autre une feuille blanche où l’intéressé devra donner des informations sur ses fameux passeurs. Pour Besson, il ne s’agt que de donner les noms des membres d’une mafia. Pourtant, c’est la manière de procéder qui inquiète car un nouvel instrument de chantage, que beaucoup jugent immoral, sera aux mains des forces de police.

De plus, le nouveau ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale, par l’annonce de cette mesure, réduit la question de l’immigration à la seule question des passeurs . Pourtant, celle-ci, si elle est une composante du problème, ne peut être exclusive : le départ de milliers de personnes des pays du Sud de la Méditerranée ou de l’Est ne cessera pas, ni avec l’arrestation des passeurs, ni avec le renforcement des dispositifs de sécurité européens. Les drames de Lampedusa ces dernières semaines en sont un criant exemple. Tant que les déséquilibres entre Nord et Sud s’accroîteront, les candidats au départ vers l’Europe seront tout aussi nombreux. Avec ou sans passeurs.

En tout cas, la mesure est habile et à l’effet médiatique assuré ; par ce moyen, Eric Besson suit les traces de Brice Hortefeux. S’attaquer aux passeurs, c’est un bon moyen de jouer sur une action visible que l’on pourra facilement retranscrire par des chiffres. D’un côté, l’aîné explose le nombre de reconduites à la frontière; de l’autre le Poucet Besson diminuera le nombre de passeurs. Si Hortefeux avait choisi la manière musclée pour répondre au problème, Besson a lui enfin trouvé son style!

Comment justifier ce genre de mesure dans un pays où l’on se félicite de nos valeurs humaines, donnant des leçons de morale à tout va à l’extérieur de nos frontières mais finalement si loin de l’image que l’on renvoie de nous-mêmes? Au-delà de la mesure en elle-même, c’est la manière qui est contestable.

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