posts de novembre 2008


Le cinéma et la lutte armée

Polémique . Y aurait-il une nostalgie de l’extrême gauche armée au cinéma ? En 2003, Nos meilleures années, de Marco Tullio Giordana, évoque par son titre la disparition de l’Italie contestataire des années 1970. La même année, Marco Bellochio s’attache à filmer l’enlèvement et la mort d’Aldo Moro dans son très réussi Bongiorno Notte. Certains de ces films provoquent la polémique, comme le documentaire le Soleil de l’avenir, de Gianfranco Pannone, sorti en 2008, et qui, quarante ans après la création des Brigades rouges, réunit les fondateurs du mouvement et leur laisse la parole, oscillant entre désir de mémoire et nostalgie des années de plomb. Le ministre de la Culture italien, Sandro Boni, n’a pas hésité à dénoncer « une reconstruction donnant uniquement la parole aux protagonistes d’une idéologie criminelle ». Récemment, la Bande à Baader, grosse production allemande d’Uli Edel, revient sur les actions de la Fraction armée rouge d’outre-Rhin.

Enfin, ce mercredi , Hunger, de Steve McQueen, caméra d’or à Cannes en 2008, décrit l’agonie de Bobby Sands et de ses dix compagnons, tous membres de l’IRA, dans les prisons de Mme Thatcher. Même le film de Jean-François Richet, Mesrine, dans une certaine mesure peut être rapproché de cette tendance cinématographique, notamment sur la question du combat mené par le personnage en prison contre les quartiers de haute sécurité.

On peut voir dans ces oeuvres une certaine nostalgie, une fascination à l’égard des mouvements politiques révolutionnaires. Au-delà, elles interrogent le sens et les limites d’un tel engagement, tout en contribuant au travail de mémoire. Selon leurs détracteurs, ce cinéma idéalise des criminels, tandis que leurs défenseurs y voient le rappel d’une époque où l’engagement idéologique façonnait les hommes. Reste que, contrairement à l’Italie ou à l’Allemagne, en France aucun film n’a été réalisé sur le groupe Action directe.

 Nassira El Moaddem et Maxime Cambien

Publié dans l’édition du lundi 24 novembre 2008 du journal l’Humanité et disponible sur le site internet du quotidien à l’adresse  http://www.humanite.fr/2008-11-24_Cultures_Le-cinema-et-la-lutte-armee

Le cinéma kurde s’invite à Paris

Festival . Pour sa deuxième édition (du 19 au 25 novembre), le cinéma kurde de la capitale propose une programmation variée et met en avant de jeunes cinéastes.

La relève du célèbre cinéaste turc d’origine kurde Yilmaz Güney, est assurée. Celui qui avait obtenu la palme d’or à Cannes en 1982 pour Yol peut reposer en paix. Le Festival du cinéma kurde de Paris entend pour sa deuxième édition mettre à l’honneur la jeune génération des cinéastes kurdes du monde entier. Pour Ali Gül Dönmez, directeur artistique du festival et réalisateur, la création de cette rencontre annuelle se veut être « un lieu d’échanges entre – les réalisateurs de la diaspora en Europe » et d’ailleurs, puisque défilent des oeuvres de cinéastes kurdes de Turquie, d’Irak, d’Iran, de Syrie… « Notre festival est un rendez-vous interculturel : on programme des films réalisés par des Kurdes mais également par des non-Kurdes qui évoquent la question kurde », rappelle Ali Gül Dönmez. Créée en 2006, l’association du Collectif des cinéastes et des artistes kurdes (Cocdark), qu’il préside, a pour principale activité l’organisation de ce festival. Doté de peu de moyens financiers, le festival, malgré sa qualité et sa richesse artistiques, reste encore confidentiel.

« Filmer sa propre histoire »

Yilmaz Güney parlait de la création comme forme de libération des hommes et de résistance. Le festival hérite de cet engagement politique de celui qui, encore aujourd’hui, inspire des générations entières de réalisateurs de culture kurde. « Notre festival est en quelque sorte un combat. Le cinéma kurde est jeune. Désormais, la technologie permet aux cinéastes kurdes de filmer leur propre histoire. Avant, c’était les autres qui racontaient l’histoire des Kurdes. » Une manière de transmettre leur – mémoire pour des artistes installés pour la plupart à l’étranger. Dans le droit fil des festivals du cinéma kurde de Londres et de Berlin, celui de Paris se veut être un vecteur de la diffusion de l’histoire et de la culture kurdes en France. « Paradoxalement, précise M. Dönmez, le public est majoritairement français. Les Kurdes de Paris, des travailleurs du bâtiment pour la plupart, et donc épuisés par leur travail, n’ont pas accès au festival. Ils ne sont pas habitués à ce genre d’activités culturelles. Ils peuvent arrêter le travail pour une manifestation, pas pour le cinéma », se désole M. Dönmez.

L’association Cocdark se réjouit malgré tout des contacts qu’elle noue actuellement avec des associations en France intéressées par la programmation des films kurdes en province. À l’étranger, d’autres initiatives en collaboration avec le Cocdark pourraient voir le jour, notamment en Pologne et en Irak, où le centre culturel franco-kurde à Erbil, ville à majorité kurde, envisage de développer des projets culturels en partenariat avec l’association. Des propositions qui prouvent l’intérêt, en France et ailleurs, pour la culture kurde.

                                                                                                                                                                       Nassira El Moaddem

Publié dans l’édition du lundi 24 novembre du journal l’Humanité et sur le site internet du quotidien à l’adresse http://www.humanite.fr/2008-11-24_Cultures_Le-cinema-kurde-s-invite-a-Paris 

 

Le « Yes we cem » écolo !

20081119ozdemir.jpg« Yes we Cem » ! Voici le slogan lancé par les Verts allemands lors de l’élection à Erfurt (centre de l’Allemagne), samedi 15 novembre dernier, de leur nouveau leader. L’opportunité d’une comparaison avec celui qui est devenu le premier président noir des Etats-Unis, n’était que trop belle ! Cem Özdemir, 43 ans, nouveau président du parti écologique d’outre-rhin, est fils d’immigrés turcs né dans la petite ville de Bad Urach, non loin de la frontière franco-allemande. Avec 79,2 % des suffrages, il peut s’enorgueillir d’avoir rassemblé autour de lui. Après avoir revêtu différentes casquettes, éducateur, rapporteur politique ou encore journaliste, il est élu en 1994 au Bundestag sous l’étiquette des Verts. L’évènement est de taille : c’est la première fois qu’un Allemand d’origine turque est élu à l’assemblée fédérale. On lui confiera alors les questions liées à l’immigration.

Mais l’homme connaît un revers politique en 2002 lorsqu’il est accusé d’avoir effectué des déplacements personnels aux frais du parlement. Il est alors contraint d’ abandonner son siège. S’ensuit une traversée du désert de deux ans où il en profitera pour écrire, notamment un ouvrage sur la Turquie (Die Türkei). En 2004, il réussit à briguer un mandat européen, relançant ainsi sa carrière politique.

Attaquant parfois son pays d’origine, notamment sur la question des droits de l’homme, il n’est pas sans susciter également là-bas des critiques acerbes de la part de certains médias et d’hommes politiques. S’il est admiré en Allemagne pour ses talents d’orateur et pour son charisme, certains lui reprochent un positionnement politique flou, quand d’autres s’agacent de le voir défiler dans les médias. Ce qui est sûr c’est que le personnage fait parler de lui et que le symbole ne manque pas de remplir les pages de la presse nationale.

A dix mois des législatives de septembre 2009, l’élection symbolique d’Özdemir, peut susciter au sein des Verts un nouvel élan. Car depuis la défaite de la coalition de gauche en 2005, le parti écolo allemand sombre dans un coma politique. Un leader issu de l’immigration turque à la tête de leur parti pourrait leur permettre de jouer la carte de la diversité. Et de tenter d’opérer une percée au parlement où ils restent la plus petite formation représentée.

Photo : Kai Pfaffenbach/Reuters

Oxygénons la France !

L’élection de Barack Obama a fait souffler un vent frais sur le monde. Elle nous a également rappelé, telle une grosse claque, le vieillissement de nos sociétés européennes. On envie tous cette Amérique qui s’est dotée d’un président jeune, métissé,  dynamique. Une élection historique à la veille de notre commémoration du 11 novembre 1918. La célébration de cet anniversaire, certes essentielle à la préservation de la mémoire, nous vieillirait presque. Nous, regardant le passé, l’Amérique tournée vers l’avenir…

On jalouse ce pays qui, il y a quelques mois, était critiqué de toutes parts et qui jouit désormais d’une image quasi hollywoodienne. Obama toucherait presque les cieux. Les Unes des grands journaux internationaux d’ouest en est, du nord au sud, les couvertures de magazines, ont érigé en quasi icône ce 44ème président des Etats-Unis. Quel est le secret de ce pays qui peut si brillamment et si vite, retourner en sa faveur tous les peuples du monde alors que, quelques semaines auparavant, personne ne donnait cher d’un Etat en proie à la crise financière, à l’échec en Irak, à la contestation civile?

On s’est pris, nous Français, pendant quelques jours, à vanter les mérites du pays de l’Oncle Sam… nous qui traditionnellement, n’hésitons pas à jeter l’opprobre sur la politique, la société, la mal-bouffe outre-atlantique, persuadés nous sommes d’avoir inventé le monde… Nos beaux et grands principes républicains, nos sages valeurs, ont fait rêvé le monde entier mais c’est aujourd’hui, plus que jamais, vers les Etats-Unis que les regards enviés se tournent.

J’observe de Paris l’ébullition qu’a suscitée cette élection, les espoirs aussi que placent en Barack Obama, des générations entières d’ Américains. J’observe, avec, il est vrai un soupçon de jalousie mais avec une profonde admiration. Je n’ai pas envie d’appeler, comme le font certains, à la candidature de femmes et d’hommes politiques noirs, arabes ou que sais-je…. Le choix d’ Obama est évidemment un symbole. Mais ce n’est pas pour cela, je pense, que nous admirons ce changement. Nous envions leur capacité à surmonter les épreuves, alors que nous nous enlisons dans nos immobilismes ; nous admirons leur attitude à redonner espoir alors que dans notre France, les jeunes trouvent si peu et si mal leur place.

En discutant de ces sujets récemment avec des amis, j’ai presque pu palper la frustration de beaucoup d’entre nous, J’en arrive à souvent penser qu’ici tout est joué d’avance. Les projets et les initiatives bouillonnent dans nos têtes. Mais on se sent freiné par une société peu encline à nous faire de la place. Beaucoup d’entre nous envisagent de partir, peut-être aux Etats-Unis. L’élection de Barack Obama n’a pas effacé d’un coup de baguette magique les nombreux problèmes des ce pays mais elle a eu le mérite de faire rêver à nouveau la jeunesse. Et de lui redonner confiance en l’avenir. Ce que nous, jeunes Français, ici, attendons aussi impatiemment….

La « Nourmania » secoue le monde arabe

On connaissait les innombrables séries à l’eau de rose égyptiennes ou syriennes et les telenovelas sud-américaines dont raffolent les téléspectateurs arabes. Voici qu’a débarqué ces derniers mois, sur les télés nord-africaines et proche-orientales, un nouveau phénomène médiatique. Du Maroc en Palestine, les journées des ménagères de moins de 50 ans sont désormais rythmées par une série qui fait fureur dans l’ensemble du monde arabe. Et qui aurait imaginé que c’est un feuilleton turc qui remporterait autant de succès, dans des pays que l’on oppose traditionnellement à la Turquie laïque, républicaine et occidentale!
 
Fatwa contre maniah9ill1088615nour.jpg

La série pourrait étonner par sa banalité : un couple turc musulman, Muhannad et Nour, issus de la bourgeoisie stambouliote. Des aventures amoureuses dignes des « Dallas » et autres « Dynastie »; des décors de rêve, des amours impossibles, des déchirures familiales et autres tragédies grecques ! Mais c’est l’ agitation autour de cette série qui étonne. Certains commentateurs parlent même de “Nourmania”. Des groupes pro-Nour et anti-Nour se sont crées sur le réseau social « Facebook ». Les fans club de la série pullulent sur la toile.

Des tee-shirts à l’effigie des deux héros de la série se vendent comme des petits pains dans les souks libanais, marocains ou palestiniens. A l’annonce du début de la série, les rues se vident et les adeptes de rejoindre leur foyer ou un café du coin, pour découvrir les nouvelles aventures du couple turc le plus célèbre du monde arabe. Même les mariages, d’habitude pris d’assaut, voient leur fréquentation baisser à l’heure de diffusion du feuilleton. Mais le tourbillon créé par Nour ne s’arrête pas là. Les rumeurs les plus abracadabrantesques courent autour des supposés ravages de la série sur certains couples. Des épouses quitteraient le domicile conjugal, déçues de ne pas voir leur mari se comporter comme Muhannad, jeune homme romantique, qui multiplie attentions et marques de tendresse à l’égard de sa douce et tendre. Les jeunes hommes, de leur côté, s’ énervent de voir ce personnage de fiction devenir la référence masculine de leurs petites amies.

S’ érigeant contre le succès de cette série « hérétique », un imam saoudien a récemment lancé une fatwa contre «Nour », qualifiant les chaînes la diffusant d’ « ennemies de l’ islam et de son prophète ». La chaîne émettrice de la série, n’est autre que MBC4, une chaîne de télévision…..saoudienne, adepte des séries américaines à succès. Ce qui est sûr, c’est que la série a dopé l’ audience de cette dernière. En tapant MBC4 sur le moteur de recherche « Google », les premières références ne sont autres que des blogs et des sites internet dédiés à « Nour ».

Amour, gloire et beauté

Les différents posts sur internet et les déclarations de certains fans de la série montrent que le romantisme de Muhannad fait fureur auprès des jeunes femmes du monde arabe. Ce qui plaît c’est ce fougueux jeune homme, amoureux éperdu de sa dulcinée et qui n’a pas honte de dévoiler au grand jour ses sentiments. Les scènes à l’eau de rose sont excessivement présentes mais caractérisent l’image de marque du feuilleton : donner à voir un couple musulman certes, mais à l’ aise dans une culture volontairement occidentale. « Nour » propose ainsi une histoire d’amour décomplexée des tabous de la religion, en phase avec les grands thèmes de la société contemporaine. Jeunes, séduisants, riches, les deux héros de la série font rêver, tout en permettant à la jeune génération de s’identifier à eux, car culturellement proches.

Coup gagnant turc

On connaît la vigueur du cinéma turc de ces dernières années. Le succès de cette série, dont le nom original est « Gümüs », en dit long sur la force de frappe des productions stambouliotes. Doublée en dialecte syrien à destination des publics arabes, la série a rassemblé jusqu’ ici pas moins de 85 millions de téléspectateurs. De quoi faire pâlir de jalousie les producteurs des nombreux feuilletons américains!

Nassira El Moaddem

Photo : Un commerçant libanais vend des tee-shirts à l’effigie des deux héros de la série turque. (AFP)

A Damas aussi il y a de la culture!

L’actualité syrienne relayée par les grands médias français s’est beaucoup focalisée sur les attentats qui ont frappé ces derniers mois le pays.
photosanstitre1.jpgAinsi, l’attaque américaine à la frontière syro-irakienne et qui aurait fait, selon les autorités syriennes, huit victimes, a été reprise dans nombre de chaînes et de sites d’actualités. L’information est importante, certes, mais peu se font l’écho d’un évènement majeur pour l’ actualité damascène.

En effet, du 1er au 11 novembre s’y tient, la 16ème édition du festival du cinéma donnant à la capitale syrienne, le temps d’une dizaine de jours, des allures de rendez-vous cinématographique international. Stars du 7ème art répondront présent durant le festival. Sont ainsi attendus, la française Catherine Deneuve, l’américain Richard Harrison, l’italienne Claudia Cardinale et l’actrice nationale Soulaf Fawakhirji, célèbre pour son rôle de la diva Asmahane dans la série télévisée du même nom.

23 long-métrages seront en compétition dont le dernier film du réalisateur turc Nuri Bilge Ceylan, « Les trois singes » déjà primé par la palme de la mise en scène au dernier festival de Cannes. Trois prix seront décernés: celui du long-métrage, du meilleur film arabe et du meilleur court-métrage.

Le réalisateur français, Yves Boisset, présidera le jury du festival, accompagné du président du festival de Munich, Andreas Strohl, du réalisateur syrien Bassel al-Khatib, des actrices espagnole Esther Ortega, libanaise Carmen Lebbos et égyptienne Dalia Al-Bouhaïri. Un hommage sera également rendu au réalisateur égyptien Youssef Chahine, décédé en juillet dernier et à la célèbre chanteuse libanaise Fayrouz.

La Syrie sera représentée par deux long-métrages dont le dernier film d’Abddel-Latif Abdel-Hamid « Jours d’ennui ».

Nassira El Moaddem

Photo : Femme dans la foule à la sortie du souk de Hamedieh, sous les ruines du temple de Jupiter, Damas. Nassira El Moaddem

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