posts de août 2008


« Be happy » : comédie fraîche et déjantée de la rentrée

Le cinéaste Mike Leigh s’est voulu optimiste dans son nouveau film « Be happy » (titre original : « Happy-go-lucky ») à l’affiche depuis le 27 août. Poppy (Sally Hawkins), le personnage principal de ce long-métrage, est une jeune institutrice d’à peine 30 ans, célibataire, à l’humour décalé et pour qui la vie est une éternelle pièce de théâtre. Rien d’étonnant quand on jette un coup d’oeil au travail de Mike Leigh célèbre pour ses nombreuses mises en scène sur les planches anglaises.

133102629.jpg Espiègle, résolument tournée vers l’avenir, Poppy est l’amie, la voisine ou la soeur que tout le monde rêve d’avoir : de bons conseils, dotée toujours de bonnes intentions, attentive à ce qui se passe autour d’elle. On la voit s’agiter telle une marionnette dans les rues de Londres, vêtue de robes loufoques aux couleurs flashies et de collants aux motifs improbables en selle sur sa bicyclette « so british » qu’elle considère comme « irremplaçable » lorsqu’elle se la fait dérober. Prête à toutes les aventures inattendues, Poppy est une sempiternelle optimiste persuadée qu’elle mourra en riant. Son humour est enfantin tout comme ses mimiques, ses grimaces et ses interventions en forme d’onomatopées de bandes-dessinée. Ses hobbys : le trampoline et nicher dans les étalages des ventes et vide-greniers »second-hand ». Curieuse, elle se laisse volontiers guider par une collègue à des cours de flamenco. Poppy ne fait rien comme tout le monde: surtout pas comme sa soeur Helen (Caroline Martin) au ventre déjà bien rond, jeune épouse bien rangée vivant dans un lotissement propre et guindé au bord de la mer. Ni comme sa petite soeur Suzy (Kate O’Flynn) qui se laisse aller mais pour qui elle porte une grande affection.

Poppy est aussi l’institutrice parfaite que l’on a tous rêvée d’avoir : elle laisse ses élèves volontiers crier de plus belle dans la salle de classe et leur fait faire des activités où l’on trempe la main dans la peinture et où l’on se met debout à tenter de voler et de crier comme les oiseaux. Très attachée à son métier, elle observe ses élèves comme ses propres enfants, mère improvisée quand l’un de ses « bambins » violent en cour de récréation, s’avère être battu par son beau-père.

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Poppy, comme sa colocataire Zoé (Alexis Zegerman) rêve du grand amour, sans pourtant s’enfermer dans une quête absolue du prince charmant. Elle aime les pubs et les soirées entre fille. Dans toutes les situations, elle est celle que l’on voit, que l’on remarque, que l’on observe. Elle attire toute l’attention. Pas uniquement grâce à ses vêtements colorés. La relation qui la liera à Scott (Eddie Marsan), son moniteur d’auto-école, personnage frustré et sans cesse en colère, et la rencontre qu’elle fait avec un clochard bégayeux l’interrogeront d’ailleurs sur les effets de son attitude. Mike Leigh offre derrière les apparences d’une comédie déjantée et légère une réflexion sur le vivre-ensemble et les conséquences sur autrui de nos personnalités, de nos actes, de nos façons d’agir en société. Poppy sous ses airs enfantins et naïfs ne fait-elle que du bien autour d’elle? Ne bouscule-t-elle pas la vie de certaines personnes qu’elle côtoie ? A vouloir les rendre heureux, à chercher à distiller un peu de bonheur et de sourire dans la vie de chacun, ne leur rappelle-t-elle pas leur destin et leur solitude inexorable?

La réflexion apportée par Mike Leigh sur l’éducation est aussi habilement menée : il prône ici une éducation participative où les élèves n’absorbent pas mais au contraire fabriquent de leur main leur propre destin et où les enseignants doivent sans cesse leur rappeler les merveilles qu’ils sont capables d’accomplir et les talents qu’ils possèdent. Cette philosophie de l’émerveillement du monde tranche avec la « méthode -Scott », celle du moniteur d’auto-école, disciplinée et rigide. L’état d’esprit de Poppy, femme libre et heureuse, contraste avec ceux des personnages qui l’entourent qui se distinguent par leur colère viscérale et leur malaise : la soeur de Poppy, Helen, maniaque et vieux-jeu, la professeure de flamenco (Karina Fernandez) passionnée mais au bord de la crise de nerfs, Scott, quadragénaire seul et malheureux. Les plans fixes sur leurs visages sont remarquablement utilisés pour rendre visible la colère et le désarroi de ces personnages.

Mike Leigh en tout cas aime les femmes. Et elles le lui rendent bien. Déjà en 1996 son film « Secrets et mensonges » racontait l’histoire d’une jeune trentenaire noire qui, à la mort de sa mère adoptive décide de partir à la recherche de sa mère naturelle découvrant que celle-ci est blanche. Le film, salué par la critique remporte la Palme d’or et le prix de l’interprétation féminine en 1996. En 2004, il nous plonge dans le quotidien douloureux de Vera (Imelda Stauton) dans « Vera Drake », qui aide clandestinement des femmes pauvres à avorter. Quant à l’actrice Sally Hawkins, elle fut récompensée par un Ours d’or à Berlin pour sa vertigineuse interprétation de Poppy.

Nassira El Moaddem

Image 1 : http://commeaucinema.com/images/news/133_102629.jpg Affiche française du film

Image 2: http://www.timeout.com/img/40418/w.513/image.jpg De gauche à droite : Suzy (Kate O’Flynn) ,Poppy (Sally Hawkins), Zoé (Alexis Zegerman) et Alice (Sinead Matthews).

La vigueur du cinéma israélien : entre poésie et politique

133115576.jpgLes films israéliens ont fleuri ces derniers mois sur les écrans. Et non des moindres puisque beaucoup ont été sélectionnés dans les festivals internationaux, certains ayant décroché des prix. Ces films brillent souvent par leur talent, leur poésie, leur engagement, leur créativité. Parmi eux, » Valse avec Bachir », un long-métrage autobiographique qui plonge Ari Folman, le metteur en scène et personnage principal, dans les méandres des souvenirs troublants qui lui restent de sa courte vie de soldat au Liban. Une valse sublime de dessins aux couleurs ocres.

Une actrice israélienne qui n’en finira pas de faire parler d’elle. Ronit Elkabetz, d’origine marocaine, que l’on a vu dans deux films cette année éblouit par son jeu, son charisme, un visage entouré par de longs et épais cheveux noirs, à l’empreinte remarquable. Celle que l’on avait déjà vu entre autres dans « Mon trésor » de Keren Yedaya, récompensée par la Caméra d’or à Cannes en 2004 ou encore « Alila » d’Amos Gitaï, marque encore les esprits cette année. Les spectateurs de la « Visite de la Fanfare » d’Eran Kolirin, succès de 2007, en compétition dans la sélection Un certain regard du 60ème Festival de Cannes, ont sans aucun doute été émus par cette femme qui impose son style.

h4ill1045686septjours.jpgDans ce film, Ronit Elkabetz campe le rôle de Dina, une tenancière d’un petit restaurant perdu au milieu du désert israélien. Sa vie banale et monotone va être bousculée le jour où une fanfare égyptienne venue célébrer l’ouverture d’un centre culturel arabe des alentours va, par un concours de circonstances, croiser le destin de Dina. Parsemé de scènes burlesques et rempli d’images poétiques, ce long-métrage évite habilement le cliché d’un énième film sur la réconciliation. S’il est humaniste, il va au delà de la question du conflit israélo-arabe et interroge sur la communication, sur le langage des hommes. C’est également comme le souhaitait le réalisateur un vibrant hommage à la musique et à la culture arabes dont il déplore la disparition dans son pays devant la suprématie des modèles culturels occidentaux.

Ronit Elkabetz toujours, dans le deuxième volet de la trilogie qu’elle et son frère, Shlomi, ont réalisé. Le premier s’intitule « Prendre femme » et avait fait sensation en récoltant deux prix à la Mostra de Venise. Dans « Sept jours », Viviane, son personnage, entourée de sa famille et de son mari dont elle essaye d’obtenir le divorce, est en deuil. Un deuil à huis-clos pendant sept jours selon la tradition hébraïque. Au fur et à mesure, on en sait plus sur les personnages, sur leurs relations, leurs différends. Des scènes qui tournent parfois au règlement de compte sur fond de traditions religieuses à respecter et de bourdonnements de sirènes d’alerte. Nous sommes en 1991, durant la guerre du Golfe. Pour Ronit Elkabetz interrogée par Rue89, la guerre est un personnage à part du film, « un personnage discret mais omniprésent » confie-t-elle. Le film s’impose comme une partie du miroir de la société israélienne, ses contradictions, ses interrogations. Un miroir fragile mais vigoureux et tendre.

Si le ton est souvent politique dans les films israéliens de cette année, ils ne sont en rien politisés. Car le thème du conflit fait intégralement partie de cette société. Et de manière inévitable des formes d’expression de celle-ci. « Les Citronniers », dernier film d’Eran Riklis, déjà talentueux réalisateur de la Fiancée syrienne en 2005, raconte l’histoire d’une veuve palestinienne Salma (Hiam Abbass) vivant sur la ligne verte séparant Israël des territoires occupés. Voisine du ministre de la défense israélien, Salma possède un verger de citronniers qui sépare sa maison de la villa du haut responsable. Le verger devient très vite un enjeu (un symbole) de la sécurité d’Israël et Salma de se battre pour garder la seule ressource qu’elle a héritée de son père. Émouvant sans trop en faire, on retiendra le doux visage de Salma et de celui de l’épouse du ministre, tiraillée entre ses devoirs de femme de haut responsable de la sécurité nationale et ceux de femme indépendante et libre. Primé au Festival de Berlin, ce film tente lui aussi modestement mais de manière brillante, d’interroger cette société israélienne aux prises avec une guerre aux conséquences parfois absurdes.

Un dernier film enfin. Celui de Joseph Cedar, « Beaufort ». Un film de guerre qui n’en est pas un. Beaufort est une ancienne forteresse croisée située au sommet d’une colline de la plaine de la Bekaa au Sud- Liban, symbole du conflit qui opposa Israël à son voisin arabe du nord en 1982. En 2000, à Beaufort flotte toujours le drapeau israélien jusqu’au retrait des troupes. Dans l’avant-poste de Beaufort, des jeunes soldats de Tsahal qui pour la plupart, aimeraient se trouver aux bras de leurs petites copines ou à danser sur les pistes des boîtes branchées de Tel-Aviv. Liraz, un jeune commandant convaincu de la nécessité de la guerre, dirige ses troupes. Mais l’ennemi est invisible et la situation dure. Pourtant les scènes d’action sont peu présentes laissant place aux incertitudes, aux interrogations des jeunes soldats sur une guerre sans nom, sur une issue impossible. L’attente de la mort, les blessés et les décès qui défilent sous les yeux des autres qui patientent leur départ ou la fin. Un huis-clos fort, poignant jusqu’à la dernière scène. Nominé aux Oscars 2008 dans la catégorie « Films étrangers », Beaufort et les autres sont la preuve d’une vitalité cinématographique israélienne incontestable.

Nassira El Moaddem

Photo : Ronit Elkabetz dans « Sept jours ». Source, Le Monde.fr:
http://medias.lemonde.fr/mmpub/edt/ill/2008/05/16/h_4_ill_1045686_sept-jours.jpg
Affiche « Valse avec Bachir ». Source : www.commeaucinema.com/images/news/133_115576.jpg

Projet hôtelier des Catalans à Marseille : des riverains peu séduits

dcfc00691.jpgEn sillonnant les rues de Marseille lors d’un week-end d’août passé en Provence , je me suis retrouvée rue des Catalans non loin du cercle des nageurs où Marseillais, à deux pas du Vieux-port, ont un petit bras de mer et de sable pour profiter de l’ambiance estivale. Ce jour là, le soleil pourtant peu au rendez-vous, la plage était noire de monde et les badauds affluaient de part et d’autre des rues alentours pour se faire une place sur le sol doré. En face de cette plage publique , de l’autre côté de la rue des Catalans trônent trois bâtiments. Sur les balcons d’une dizaine d’habitations flottent des banderoles où l’on peut lire les inscriptions suivantes : »Non à l’hôtel de 41 mètres », « Non à l’hôtel »… Je comprends vite que se joue ici un pan de l’avenir immobilier de Marseille.

La plage des Catalans ci-dessus. Ci-dessous des banderoles flottant sur les balcons, rue des Catalans. Photos : Nassira El Moaddem

Le projet, adopté le lundi 30 juin au conseil municipal de dcfc00681.jpgMarseille, non sans houleux débats, prévoit le réaménagement complet du site des Catalans avec la destruction des établissements Giraudon, une sucrerie présente sur ces lieux depuis 1890. Célèbre dans toute la région, la sucrerie est un patrimoine provençal connue entre autres pour approvisionner les producteurs aixois de calissons. Ici se tournerait alors une page importante de l’histoire et du patrimoine de la capitale phocéenne. La démolition de l’usine débuterait selon le quotidien régional la Provence au début de l’année prochaine. Le site de l’usine verrait la naissance d’un complexe 4 étoiles aux ambitions significatives : 9 étages, 150 chambres, un centre de thalassothérapie dernier cri, deux bars, deux piscines, une intérieure et une extérieure reliées entre elles, un restaurant doté d’une vue panoramique. Tout ceci selon la Mairie censé répondre au déficit hôtelier de la ville.

Si les édiles promettent une concertation avec les habitants, beaucoup de ces derniers se dressent contre ce projet. Les forums et autres discussions contre le dossier se multiplient sur la toile et les banderoles flottant sur le balcon s’opposant à la construction du complexe hôtelier manifestent cette désapprobation. L’opposition municipale quant à elle critique un projet qui selon elle « manque de clarté » et rappelle le désaccord massif des habitants. Christian Pellicani (PC), est surpris de voir un projet « qui n’avait jamais été évoqué pendant la campagne municipale ».

Si le projet semble sur les rails, le mystère plane toujours sur l’identité du groupe hôtelier qui s’installera en lieu et place des établissements Giraudon. Selon le journal La Provence du 9 juin 2008, il s’agirait d’un « groupe familial français du sud-ouest et qui a investi dans l’hôtellerie ». Pour défendre le dossier, la Mairie met en avant un projet écolo basé sur le développement durable avec l’installation du centre de thalassothérapie qui utilisera l’eau de mer toute l’année. Autre avantage selon les porteurs du dossier : la création de 60 emplois directs pour l’hôtel et 70 pour le centre de thalassothérapie et quelques 110 postes indirects. Des garanties qui sont pourtant loin de satisfaire et de rassurer les habitants des Catalans.

Nassira El Moaddem

Brice Hortefeux décoré par Mohamed VI au Maroc

La nouvelle peut surpendre et pourtant elle est bien vraie. C’est le magazine marocain Tel Quel numéro 335-336 qui nous révèle l’information. Le 30 juillet dernier lors de la cérémonie annuelle de la Fête du trône organisée par sa Majesté le roi du Maroc, Mohamed VI a décoré une série de personnalités. Parmi elles, Rachida Dati, garde des sceaux français et d’origine marocaine par son père, et surprenant, Brice Hortefeux, ministre français de l’Immigration et de l’Identité nationale.

Nassira El Moaddem

Le génie Khadra est de retour

La rentrée littéraire approche à grands pas et avec elle son lot de divines surprises. Les lecteurs des romans de Yasmina Khadra finissent de s’impatienter de la sortie du dernier opus de l’écrivain francophone algérien. Après sa trilogie envoûtante composée des Hirondelles de Kaboul, de L’Attentat et des Sirènes de Bagdad, le talentueux écrivain revient sur le devant de la scène littréaire avec « Ce que le jour doit à la nuit » ( Julliard) en librairie dès le 21 août. Dans son dernier roman, Yasmina Khadra revient à sa terre natale, l’Algérie, et nous raconte à travers le personnage de Youness les méandres de l’histoire et de l’identité algériennes.

Nassira El Moaddem

Sommet Turquie-Afrique : les ambitions d’Ankara

Le thème de la Chinafrique passionne et agite les foules. Les publications et autres articles de presse relatant des relations privilégiées entre Pékin et les capitales africaines se multiplient. Pourtant, un autre pays doté d’une croissance économique presque aussi spectaculaire que celle de la Chine tente de tirer son épingle du jeu du continent noir. Le président Abdullah Gül a reçu les 18 et 19 août ses homologues africains lors du premier sommet Turquie/Afrique à Istanbul. S’il est question d’économie, les objectifs politiques et diplomatiques pour Ankara restent prioritaires.

Vers une poussée de la présence turque en Afrique

Présidée par le chef d’Etat turc Abdullah Gül, et par le Premier ministre éthiopien, Meles Zenawi, président en exercice de l’Union africaine, la rencontre a réuni pas moins de 350 participants dont huit chefs d’Etat, sept vice-présidents et quinze ministres des Affaires étrangères. Cette réunion au somment inédite dans l’histoire des relations turco-africaines s’inscrit dans une stratégie de développement de la présence turque en Afrique. Déjà en 1998, Ankara avait mis en place un programme intitulé « Plan d’action d’ouverture vers l’Afrique » dont l’objectif était la consolidation progressive des relations politiques, militaires, culturelles et économiques. En 2003, la Turquie obtient le statut de membre observateur de l’Union Africaine et siège depuis mai 2008, parmi les membres non-régionaux de la Banque africaine de développement (Bad). Depuis 2005, année consacrée à l’Afrique en Turquie, l’agence de coopération turque TIKA a lancé 28 projets de développement concentrés pour la plupart en Afrique de l’Est, notamment en Ethiopie et au Soudan mais également en Egypte, au Nigéria et au Maroc. L’année suivante, Ankara lance un forum économique Turquie-Afrique qui, réunissant chaque année à Istanbul acteurs économiques turcs et africains, ambitionne de dynamiser les relations économiques entres les deux parties.

En juillet dernier Ali Babacan, le ministre des Affaires étrangères turc saisissait l’enjeu d’une telle rencontre : « Ce sommet pourrait constituer le point de départ d’une coopération efficace et fructueuse entre les parties ». Car l’ambition turque est d’élargir sa présence économique en Afrique. Les principaux partenaires commerciaux africains actuels de la Turquie sont l’Algérie, l’Egypte et l’Afrique du Sud. L’ Algérie est de loin son premier partenaire économique sur le continent. Selon les déclarations officielles turques, Ankara a réalisé avec Alger au cours du premier semestre 2008 environ 2, 5 milliards d’échanges et environ 40% des entreprises turques présentes en Afrique opèrent sur le territoire algérien. L’objectif pour les autorités turques est de développer ces relations existantes et de se rapprocher des autres états africains. L’augmentation des échanges commerciaux turco-africains ces dernières années témoigne de cette ambition. Ces derniers ont atteint 13 milliards de dollars en 2007 doublant ainsi les chiffres de 2003. Ünal Ceviköz, vice-sous-secrétaire au ministère turc des Affaires étrangères, a précisé que la Turquie a « pour but d’augmenter le volume d’échanges à 30 milliards de dollars en 2010. » Le sommet s’est achevé sur la déclaration finale d’Istanbul au titre prometteur « Solidarité et partenariat pour un avenir conjoint » et a posé un cadre de coopération avec une délimitation des secteurs prioritaires pour le partenariat Afrique-Turquie.

Derrière les objectifs économiques affichés, les visées politiques turques

Si les questions économiques figuraient en priorité de l’ordre du jour du sommet, les ambitions politiques et diplomatiques turques n’étaient cependant pas loin. En effet Ankara convoite un des deux sièges de membre provisoire au Conseil de sécurité de l’ONU qui seront soumis au vote en octobre prochain pour la période 2009-2010. Les autorités turques envisagent également l’ouverture de nouvelles représentations diplomatiques sur le continent africain pour répondre à un manque drastique en la matière. Si, pour la Turquie, les retombées économiques d’une plus grande coopération avec l’Afrique ne sont pas négligeables, notamment en termes d’approvisionnement énergétique, c’est avant tout le soutien des Etats africains qu’Ankara tente d’obtenir habilement par le biais de ces réunions et de ces rapprochements diplomatiques. Reste que le sommet aura été entaché par la participation du président soudanais Omar Al-Bachir menacé d’une inculpation par la Cour Pénale Internationale pour son rôle présumé dans les crimes commis au Darfour.

Nassira El Moaddem

Rakia Al Gassra : l’étoile montante du 200 mètres femmes

Les Jeux Olympiques ont l’habitude de réserver certaines surprises. Aujourd’hui la surprise est bahreïnie et elle s’appelle Rakia Al Gassra. Cette jeune femme de 26 ans a étonné le public du nid de Pékin par ses performances. Avec le quatrième meilleur temps des séries, elle signe un chrono de 22.81 à quelques dixièmes des stars de la discipline dont la Française Murielle Hurtis Houairi. Ce temps ravit la sélection de ce pays qui ne recense que 15 athlètes pour le représenter durant ces Jeux Olympiques de Pékin. Mais non des moindres puisqu’elle compte Rachid Ramzi médaillé d’or aujourd’hui du 1 500 mètres et Maryam Jamal éthiopienne naturalisée Bahreïnie en 2005 qui brille dans le 1 500 féminin.

 

Si Rakia Al Gassra a crée la surprise à Pékin, la jeune femme n’est pourtant pas nouvelle sur les circuits. Elle a déjà quelques bons temps à son actif , une quatrième place au Golden Gala de juillet 2008 et a remporté le titre de Championne d’Asie en salle l’hiver dernier. C’est surtout le voile qu’elle porte et sa tenue qui la couvre de la tête aux pieds qui attirent toute l’attention des médias et des (télé)spectateurs. Quoiqu’il en soit, si ces performances continuent, Rakia Al Gassra pourra se venter de devenir la première sprinteuse arabe à disputer une finale olympique. Avec ou sans voile.

Nassira El Moaddem

Au Crous de Paris : entre espoirs et inquiétudes

dcfc0038.jpgReportage : Mercredi 30 juillet, 9 heures, avenue Georges Bernanos dans le 5ème arrondissement.

Une demi-heure avant l’ouverture, déjà une vingtaine d’étudiants attendent patiemment devant le bureau du service bourses et logements du Crous de Paris. Le Crous, Centre Régional des Oeuvres Universitaires et Scolaires, est un établissement public régional dont la mission principale est de favoriser le cadre et les conditions de vie des étudiants de l’académie. Pourtant malgré cette mission de service public, le Crous est bien l’endroit par excellence que les étudiants boursiers parisiens aimeraient éviter : attente, bureaucratie, chaleur, nervosité … Certains doivent rater une journée de leur stage ou de leur job d’été pour accomplir les formalités administratives. Pour ces étudiants, les étés se suivent et se ressemblent.

Tous les ans à cette époque, ils se pressent au service des bourses et logements du Crous afin d’obtenir une admission en résidence universitaire et s’assurer de bénéficier d’une bourse en septembre. La saison des nouvelles arrivées pour la prochaine rentrée universitaire bat son plein au grand dam des étudiants boursiers qui résignés, prennent leur mal en patience et espèrent se voir attribuer une chambre en résidence. La difficile situation du logement à Paris n’est pas un scoop. Pour ces étudiants, il est quasi impossible d’envisager de financer un loyer du parc locatif privé de la capitale : obtenir une admission en résidence Crous sonne comme l’opération de la dernière chance.

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Un des étudiants décide d’improviser une liste de passage selon l’ordre d’arrivée de chacun. Quelques minutes plus tard, le service ouvre et un des agents d’accueil distribue au hasard des mains tendues des tickets numérotés. Lorsque l’étudiant lui présente la liste déjà établie, il refuse de la prendre et lui montre l’écran suspendu sur lequel chaque étudiant sera appelé en fonction du numéro attribué. Le geste ne plaît pas. Les étudiants se redistribuent alors les tickets en fonction de leur arrivée.

Au bout d’une heure d’attente, stress et nervosité commencent à se lire sur les visages des étudiants. On a comme l’impression que tout se joue sur cette liste de numéros qui défile lentement sur l’écran. Les nouveaux arrivés prennent un ticket. Pas de place assise. Assis sur le sol et adossés au mur, chacun attend son tour. Même les escaliers et les recoins sont investis. Le silence de cette salle d’attente improvisée est quasi imperturbable. Dans le bureau, la tension monte. Une étudiante s’accroche avec un des agents. Les horaires d’ouverture du bureau des bourses et logements sont limités : l’accueil des étudiants se fait entre 9h30 et 12h. Aujourd’hui, 1 personne reçoit pour le logement et deux pour les bourses: « Il y a trop peu de personnel», estime Juliette, 24 ans doctorante en linguistique à Paris VII. Habiba, étudiante en première année de master de psychologie à l’Institut Henri Piéron de Paris V, ironise : « Ce matin j’étais en panique! Ma soeur me disait que ça ne servait à rien de venir au Crous et qu’il y aurait trop de monde! Un jour je suis venue. J’ai attendu presque 4 heures. Je me suis dite que ce n’était pas possible d’attendre autant de temps sans passer surtout que je ratais des cours pour pouvoir venir (…) Au Crous, il faut venir très tôt. C’est connu! Dès qu’on parle du Crous, il faut se lever à 6h. C’est dommage car le Crous pour nous est synonyme d »attente ». Juliette confirme en souriant : « En septembre faut se lever à 6 heures du matin, c’est la folie ! Y’a des gens jusqu’en haut des escaliers! (…) De toute façon, il n’y pas assez de monde pour l’accueil».

Le Crous de Paris gère plus de 300 000 étudiants dont environ 37 000 boursiers soit moins de 15 % des effectifs. Paris, Lyon et Strasbourg recensent les plus faibles nombres de boursiers contrairement aux académies d’Amiens, de Lille et de Corse dans lesquelles ces derniers forment entre 30 et 40% des étudiants. Quant aux logements étudiants parisiens, on en compte environ 3 500 répartis sur 36 résidences universitaires. L’objectif affiché par la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse est d’accroître l’offre de logements universitaires et d’augmenter le nombre d’étudiants bénéficiaires de bourses sur critères sociaux. Depuis janvier 2008, un 6ème échelon a été mis en place et pour la rentrée les critères d’attribution des bourses ont été ramenés à 3 : revenus des parents, éloignement géographique du domicile familial et nombre d’enfants à la charge des parents. Résultat : des critères sont supprimés comme celui de parent isolé ou celui lié à un handicap ce que l’UNEF considère comme « allant à l’encontre de la logique d’autonomie des étudiants ». Ce changement des règles d’attribution va sans nul doute bousculer les octrois définitifs de la bourse : certains verront leur bourse diminuer d’autres augmenter. Le ministère s’y prépare. Le recours autorisé auprès du recteur d’académie pour contester la décision d’attribution ou de non attribution risque de prendre du temps pour des étudiants à la situation déjà précaire.

Juliette parallèlement à son doctorat étudie l’ hongrois à l’INALCO et espère bénéficier d’une exonération des frais d’inscription en thèse et d’une bourse d’études grâce à ce double cursus. « Il me reste encore un droit à la bourse. Avec mon inscription en 3ème année de licence d’ hongrois j’espère pouvoir obtenir une bourse pour l’an prochain ». En effet, l’attribution des bourses du Crous s’opère jusqu’en deuxième année de master avec une répartition comme telle : 4 droits à la bourse maximum pour la Licence et trois maximum pour le Master. Les doctorants, qui ne rentrent pas dans ce système, doivent se débrouiller pour trouver un financement.

Quant à l’offre de logement actuelle, celle-ci est loin de satisfaire la demande de plus en plus croissante. De plus, les résidences universitaires parisiennes ne sont accessibles qu’aux seuls étudiants ayant déjà accompli deux années dans l’enseignement supérieur et la durée maximale d’occupation est de 3 ans. Pour les étudiants boursiers malheureux, il faudra se replier sur d’autres solutions : colocation, foyers, petites-annonces, sous-location… Certains devant la difficulté de la tâche décident de partager une chambre ou un studio d’une résidence Crous. Comme Hamid, étudiant boursier mais qui n’a pas eu la chance de figurer sur la liste des heureux élus. Il vit avec sa petite amie qui elle a obtenu une chambre de 15 mètres carré dans une résidence universitaire du Crous. « Ce n’est pas évident tous les jours mais on s’y fait. C’est soit ça soit dormir dehors. On n’a pas le choix. Mais ça va on n’est pas mal lotis ici. Il y a toujours pire ». Une façon de se rassurer. « Ce qui est embêtant c’est pour le courrier et d’avoir peur d’être découvert car le règlement stipule bien qu’on n’a pas le droit de vivre à plusieurs ». Pour Habiba, une admission en chambre universitaire est synonyme d’autonomie : « Je pourrai me mettre en colocation mais cela reste cher. Il faut débourser 250 voire 300 euros pour le loyer sans compter le dépôt de garantie, les charges et trouver le garant alors qu’un logement du Crous on peut le trouver à 150 euros. (…) C’est nécessaire. Même pour avancer, pour me sentir bien. J’ai besoin de cela pour avancer. Il faut que je m’accroche ». L’année prochaine Hamid retentera sa chance en espérant cette fois-ci obtenir le précieux sésame. Pour Juliette, originaire de Toulouse, l’arrivée à Paris a été difficile. « En arrivant ici, je n’avais pas de logement. Le transfert de dossier de mon Crous d’origine à celui de Paris a pris du temps. Heureusement, j’ai de la famille ici. Je suis restée chez ma tante le temps que l’on m’attribue un logement en novembre. Je ne sais pas comment j’aurai fait sinon. J’imagine que certains doivent rester à l’hôtel».

Habiba est boursière à échelon 3. Derrière les grands yeux noirs de cette jeune fille brillante et dynamique se cache une certaine anxiété : « J’ai 24 ans et j’habite toujours chez mes parents. J’aimerai avoir un logement Crous. Ce qui est dommage c’est que l’attribution d’une bourse repose sur des critères uniquement sociaux. Ce qu’il faudrait c’est prendre en compte aussi le vécu des étudiants. Mais si l’on a des problèmes par exemple avec ses parents c’est difficile à prouver. Avoir un bon climat pour travailler c’est aussi important ». Avec des parents qui vivent en petite couronne, Habiba est peu optimiste quant à l’attribution d’une chambre en résidence universitaire : « Je suis sur liste d’attente. On m’a dit qu’ il fallait que je confirme ma demande de logement sur internet et attendre que quelqu’un se désiste ».

Nassira El Moaddem

(Ci-dessus : Photos du Crous de Paris et étudiants patientant devant le bureau des bourses et des logements. Nassira El Moaddem.)

 

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