Le Caire ne fait plus la fête!
Après avoir regardé le match Egypte-Algérie du Caire dans un café bien populaire, on avait décidé pour cette “belle” de se rendre dans un endroit assez chic où se réunissent intellectuels et artistes de la capitale.
L'ambiance était bon enfant. Les filles tapaient sur des tambourins tandis que les hommes criaient à tout va “Misr Misr” (Egypte, Egypte) entre deux gorgées de bière locale. Tout se passait plutôt bien tant qu'on supportait les Pharaons.
Avec une amie tunisienne, nous avons décidé de faire “notre coming out” et d'encourager ouvertement l'Algérie. Après que les spectateurs aient chanté leur passion pour leur pays, nous avons à deux (grand moment de solitude) encouragé l'équipe algérienne en scandant “Jazaïr, Jazaïr.” Là un psychopathe d'en face, qui pourtant avait l'air à première allure assez saint d'esprit, se retourne et nous lance : ” Euh c'est juste pas possible. Il n'y a pas moyen que vous supportiez l'Algérie alors que je suis assis devant vous. Arrêtez cela s'il vous plaît“. Moi je fais ma niaise en faisant semblant de ne pas comprendre ce qui se passe. Il s'emporte, fait de grands gestes, soupire un bon coup tandis que nos voisins égyptiens tentent de le raisonner en lui expliquant qu'il n'a pas à faire la loi dans le café et que chacun est libre de supporter qui il souhaite dans le respect de chacun. Un spectateur se retourne et nous dit : “Vous supportez qui vous voulez. Ne l'écoutez pas!” A mes côtés, une Egyptienne me sourit : “Oui, les filles supportez qui bon vous semble. Si vous voulez je supporte les Algériens avec vous!!”L'incident se termine. Au moment de l'hymne national algérien, notre cher ami dirige deux élégants doigts d'honneur vers les Phennecs. Stupéfaction de la part de nos voisins égyptiens et d'autres spectateurs qui restent bouche bée devant la stupidité de notre compatriote arabe. Après le but algérien, le voilà qui s'agace, parle dans sa barbe en maudissant les Algériens. Lorsqu'un Phennec (me souviens pas de qui il s'agit) se penche au sol pour aider un Egyptien à se relever, le voici qui crie : “Ne le touche pas avec ta main sale de fils de chien”.
Autour de moi, les gens le calment en lui donnant une bonne leçon de civisme : “Hey, on ne veut pas entendre ce genre de choses ici tu as compris”, lui lance ma voisine de derrière. A peine le match terminé, le voici qui quitte précipitamment la salle du café. Un ami me racontera en sortant l'avoir entendu dans les toilettes, pleurer toutes les larmes de son corps. C'était en fait qu'un enfant, fan de ballon rond qui souhaitait plus que tout la qualification de ses joueurs préférés. J'étais triste pour lui en réalité. Mais tellement contente pour l'Algérie!
Dehors, sur les grandes avenues du centre-ville du Caire, les drapeaux sont toujours au rendez-vous mais le sourire est forcé. Descendant de la place Taalat Harb à la place Tahrir, les Egyptiens dans une foule éparpillée se réconfortent mutuellement en se lançant des “maalesh” ( “ce n'est pas grave“). Chacun refait son match. Le Caire ne fera pas la fête ce soir. Les klaxons de la semaine ne retentissent plus, les flashs ne crépitent plus et tête baissée, chacun rentre chez soi, dépité.
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