Outre-Atlantique, on ne badine pas avec les lycéens!

Jamais un enseignant du secondaire n’aurait imaginé faire autant la chronique.

Son discours de fin d’année, prononcé début juin devant des lycéens fraîchement diplômés, fait le tour du web américain et alimente les chroniques télés depuis lundi.

David McCulloug Jr, un professeur d’anglais dans le Massachussets, a répété plusieurs fois devant l’assemblée d’adolescents : “Vous n’avez rien de spécial!”. Pour l’enseignant, il s’agissait de critiquer une société qui choie, dorlote, et protége à outrance ses enfants.

Une attitude considérée comme déplacée par nombre de commentateurs alors que la cérémonie est une tradition quasi religieuse outre-Atlantique. Attaqué de toutes parts, David McCulloug a dû s’expliquer sur nombre de plateaux télévisés pour justifier son discours. Comme ici sur CBS. (à regarder en entier, très intéressant)

“J’enseigne à ces élèves depuis 26 ans. Aujourd’hui, j’ai ressenti le besoin de leur dire ce qu’ils ont besoin d’entendre. Ces enfants sont merveilleux, intelligent et je suis très fier d’eux. Mais cela ne veut pas dire que l’on doit être indulgent à l’extrême avec eux en les assénant de platitudes et de faux encouragements. Je voulais qu’ils soient conscients que leurs privilèges amènent également leur responsabilité”.

Visionnez la vidéo (en américain)

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L’Afrique, eldorado de la Turquie

La porte européenne semble s’être refermée pour longtemps. Alors, la Turquie a décidé de se tourner vers l’Afrique pour gagner des marchés et de l’influence.

L’Afrique, eldorado de la Turquie dans Café arabica - infos capture_decran_2012-05-10_a_10.04.21_0-300x174«Nous ne sommes pas comme les Européens, nous ne faisons pas dans la littérature, nous voulons vous aider concrètement». Bülent Arinç, vice-premier ministre turc, sait parler à ses hôtes. Devant lui, environ 300 journalistes et blogueurs venus d’une cinquantaine de pays du continent noir: Maghreb, Afrique sub-saharienne, Afrique australe. La rencontre est couverte en anglais, en français et en arabe. Vols, hébergement, repas, visites sur place, le service de presse du ministre a mis les petits plats dans les grands.

Les 9 et 10 mai, Ankara a reçu ses invités africains pour un grand forum dans un très chic hôtel de la capitale. Sur le papier, la rencontre ambitionne «d’améliorer les relations» entre la Turquie et les leaders médiatiques du continent noir. Vaste programme. Derrière la façade officielle, Ankara continue son opération de lobbying et de séduction. La cible désormais: les faiseurs d’opinion africains. Pour ce faire, les officiels turcs surfent sur le dialogue interculturel, une méthode dont ils se sont faits les champions depuis quelques années.

En ce mois de mai, devant les représentants médiatiques, les officiels turcs ont multiplié les déclarations d’intention.
«Nous sommes loin de la pensée coloniale, nous voulons assurer un développement favorable avec l’Afrique. Il ne faut pas se contenter d’un discours misérabiliste», a solennellement déclaré Bülent Arinç.

Contre-modèle turc en Afrique

Ce dernier n’a d’ailleurs pas hésité à comparer le modèle ottoman à la colonisation européenne. Pour mieux les opposer: «Les Ottomans ont beaucoup respecté les peuples d’Afrique de façon à résister à toute politique d’assimilation». Une vision renchérie par Serdar Cam, responsable de l’agence turque de développement, Tika: «Pour construire ensemble, il faut bannir les clichés occidentaux qui collent à l’Afrique comme « guerres », « violences », « pauvreté », « maladie ». Il faut changer notre langage.» Car au final, la Turquie cherche à proposer une alternative aux modèles occidentaux et chinois en Afrique. Le pays joue de sa proximité culturelle notamment à travers l’islam, et jouit, selon elle, d’un avantage: ne pas être compromis par les ravages du colonialisme européen.

Reste que ces éléments de langage ne font pas toujours mouche auprès du public. Henda Hendoud, blogueuse et journaliste tunisienne présente lors du forum, regrette que les officiels turcs reproduisent les mêmes erreurs de langage que ceux qu’ils dénoncent de la part des Européens. «Plusieurs intervenants, tous des officiels, ont parlé de l’Afrique comme si elle était un pays à elle toute seule, sans prendre en considération sa diversité culturelle, géographique, religieuse…» La journaliste se dit d’ailleurs mal à l’aise avec cette méthode qu’elle assimile à de la «propagande». D’autres n’ont pas hésité à pointer du doigt, directement auprès des organisateurs, les entraves à la liberté de la presse que les journalistes turcs subissent dans leur propre pays.

Business is business

Pour Bayram Balci, chercheur spécialiste de la Turquie, cet attrait pour l’Afrique de la part d’Ankara est avant tout pragmatique: «La Turquie est devenue une puissance émergente, et ses entreprises vont là où il y a des opportunités d’investissement. Même admise dans l’Union européenne, la Turquie irait voir en Afrique, car le continent a des énormes besoins auxquels la Turquie peut répondre».

Cet intérêt n’est pas nouveau. Il a officiellement débuté en 1998 lorsque Ankara a mis en place un programme intitulé «Plan d’ouverture vers l’Afrique». Depuis, les initiatives se sont succédées:
•    2005, «Année de l’Afrique» en Turquie.
•    Développement des projets de développement dans le continent, notamment en Afrique de l’Est via l’agence TIKA.
•    Un an plus tard, Ankara lance un forum d’affaires réunissant chaque année à Istanbul des acteurs économiques turcs et africains.
•    En 2008, c’est le premier sommet Turquie-Afrique qui s’ouvre à Istanbul.

Le volume du commerce entre la Turquie et le continent noir est passé de 742 millions de dollars en 2000 à 17 milliards en 2011 – tiré en grande partie par le secteur du bâtiment. Une dynamique permise également par le renforcement de ses représentations diplomatiques en Afrique: de deux en 2005, le nombre d’ambassades sur le continent est aujourd’hui passé à 31.

Pas question d’en rester là pour les autorités turques qui, durant le forum ont pointé les limites de la présence économique des grandes puissances: «autorisations de pêche délivrées sans contrepartie fiscale, exploitations des forêts et des mines sans retombées positives sur les populations africaines», détaille Serdar Cam.
Les écoles confessionnnelles, relais des intérêts économiques

Reste que dans son esprit, ce développement de la présence économique turque doit s’accompagner à tout prix d’une dimension culturelle. Car pour les dirigeants, les affaires ne pourront que profiter d’une visibilité accrue du modèle turc qui passe par la langue et par l’islam.

Pour cela, l’Etat et les dirigeants d’entreprise peuvent compter sur la mouvance de Fethüllah Gülen, du nom d’un célèbre imam turc, à la tête aujourd’hui d’un vaste réseau d’écoles confessionnelles à travers le monde notamment en Afrique: Kenya, Mali, Burkina-Faso, Malawi, Gabon, Afrique du Sud… Dernière en date, l’école de la Citadelle ouverte à Conakry, en Guinée; Au menu de l’enseignement: programmes locaux, mais également langue turque et cours optionnels de religion musulmane. Avec l’ambition de faire de ces élèves le vivier d’une élite locale turcophone et turcophile, relais des intérêts économiques de la Turquie en Afrique. A l’instar des blogueurs et des journalistes invités en Turquie. Un rendez-vous que le gouvernement d’Ankara a promis de renouveler tous les ans.

Nassira El Moaddem

Articlé publié en mai 2012 sur Slateafrique.com : cliquez ici

Quand la France délègue au privé la délivrance des visas

Un espace insuffisant pour accueillir dignement des demandeurs et des délais de traitement de dossiers trop longs. Voici deux des arguments avancés par le quai d’Orsay pour justifier le processus d’externalisation en cours dans ses consulats. Aujourd’hui, un nouveau pas a été franchi : l’externalisation des données biométriques. Depuis le 11 octobre, le consulat de France à Alger a en effet lancé la délégation de cette procédure à un prestataire privé : désormais, les demandeurs de visas prennent leurs empreintes biométriques non plus dans les locaux du consulat mais chez le prestataire privé TLS contact, une entreprise française spécialisée dans ce domaine. Après Alger, l’expérimentation sera élargie dans quelques mois aux consulats de France à Londres et à Istanbul, trois gros centres de délivrance de visas.

Cette externalisation n’est pas nouvelle : depuis quelques années, la France, à l’instar de quelques partenaires européens, délègue à des entreprises privées certaines parties du processus de délivrance des visas. En 2010, sur 235 postes consulaires, 55 avaient mis en place une procédure d’externalisation : pour 26 d’entre eux, cette dernière ne concernait que la prise de rendez-vous ; pour les 29 autres, s’ajoutait la collecte d’informations pour la constitution du dossier. Si l’externalisation ne s’opère aujourd’hui que dans 20 % des consulats français, elle concerne 70 % du nombre total de visas délivrés.

Réaliser des économies et améliorer la performance des missions de service public, tel est l’objectif affiché du ministère. Du côté des agents, on reconnaît que ce système a permis certains progrès : suppression, dans certains cas, de longues files d’attente, désengorgement des consulats et allégement de la charge de travail. Une situation qu’a pu vérifier l’association Cimade lors de son enquête menée en 2009 dans six pays où les consulats français externalisent la procédure. Mais les associations et un certain nombre d’agents voient aussi dans cette politique d’externalisation un surcoût pour le demandeur et une vision de la rentabilité à très court terme, au détriment de l’examen scrupuleux des dossiers et de la sécurité des données.

UNE SITUATION QUASI MONOPOLISTIQUE

« L’externalisation se fait à coût nul pour l’Etat, mais pas pour les demandeurs de visas », écrivait le sénateur UMP Adrien Gouteyron dans son rapport de juin 2007 sur les visas. Ainsi, pour un visa court-séjour (soit la majorité des demandes), il faut compter 60 euros à verser au consulat. « On se demande pour quelle raison l’usager doit continuer à verser cette somme alors que l’externalisation décharge le consulat d’une partie de ses missions », souligne Sarah Belaïsh, coordinatrice en 2010 de l’enquête de la Cimade. « Les 60 euros sont des frais de dossier. Ils ne sont pas liés au prix du service rendu », se défend Catherine Calothy, chef de la mission pour la politique des visas au quai d’Orsay. Mais, avec l’externalisation, l’usager doit également payer le prestataire : par le biais d’une communication Internet ou téléphonique pour les seules prises de rendez-vous et en payant le service de constitution du dossier. « Un tarif raisonnable auquel s’engage le prestataire », selon Catherine Calothy. En réalité, il est raisonnable selon le bon vouloir de l’entreprise car aucun plafonnement ne lui est imposé. A Ankara, en Turquie, l’appel téléphonique pour la prise de rendez-vous auprès de la société IKS s’élève à 21 lires turques, soit près de 9 euros. Au Caire, où le prestataire TLS Contact organise prise de rendez-vous et constitution du dossier du demandeur, le tarif atteint les 200 livres égyptiennes, soit près de 24 euros.

Plusieurs sociétés se partagent le marché de l’externalisation des visas, mais deux d’entre elles sont surreprésentées dans les consulats français. VFS, société indienne, filiale du groupe de voyages suisse Kuoni, leader du secteur, et TLS contact. Une situation quasi monopolistique que dénoncent les syndicats, qui estiment être rès peu informés du processus de choix des entreprises. « Il s’agit d’un appel à candidatures lancé sur les sites Web des consulats. Les sociétés sélectionnées le sont car elles ont développé un savoir-faire dans le domaine et répondent au cahier des charges », rétorque Catherine Calothy. Les critères du cahier des charges : locaux envisagés, effectifs affectés, sécurité et protection des données, contrôle-qualité… L’entreprise s’engage également à laisser le consulat opérer des contrôles pour vérification du respect des procédures, de la confidentialité de la conservation des données et de la sécurité du système informatique. Elle doit par exemple effacer dans un délai de 5 à 7 jours après restitution des passeports, les données des demandeurs. Si le consulat demande un compte-rendu de l‘effacement, celui-ci n’est pas toujours transmis par les prestataires. Des fiches de contrôle doivent être également remplies par le prestataire et retournées une fois par an au consul, deux fois par an au chef du service des visas.

« Concernant la sécurité informatique, nous avons réalisé deux audits depuis 2010. Deux autres seront prévus fin 2011. Nous reconnaissons que cela n’est pas suffisant. Si vous me demandez : pouvons-nous à 100 % dire que le système est sûr ? La réponse est non« , reconnaît Catherine Calothy. « On ne sait rien de ces contrôles organisés par les consulats. Je n’en ai jamais vu ni même entendus parler », affirme Marie-Renée Simon, déléguée syndicale CGT-MAE, en poste il y a quelques années à Dakar. Laurent Serra, secrétaire général SUPMAE-FSU, regrette le manque de transparence de la part du ministère : « Lors des différents comités techniques ministériels, nous avons demandé d’avoir un retour sur les contrôles censés être réalisés, de nous dire quels moyens y étaient affectés. Cela n’a jamais été fait. Certes, par nature les syndicats sont suspicieux, mais dans ce dossier, on nous donne matière à l’être encore plus ».

« DES RISQUES D’ATTEINTES GRAVES AUX LIBERTÉS INDIVIDUELLES »

Cette délégation à des prestataires extérieurs n’est pas sans causer des fraudes, ce qui remet en cause la sécurité de la procédure. Au Maroc, des personnes revendaient les rendez-vous qu’elles prenaient en masse sur le site Internet. Même chose à Bamako, au Mali. « Une telle démarche, qui relève du désengagement de l’Etat de ses prérogatives, est dangereuse. Dans ces pays, les connexions par Internet ne sont pas personnalisées et se font à partir de cybercafés où n’importe qui peut se connecter et prendre des rendez-vous à l’envi », déclare un agent consulaire souhaitant rester anonyme. Des pratiques qui inquiètent syndicats et associations avec l’expérimentation à Alger de l’externalisation des données biométriques, notamment en termes de sécurité des données. En septembre 2009, la Commission nationale informatique et libertés (Cnil) émettait de sérieuses réserves compte tenu « des usages possibles de ces données par des prestataires de service ainsi que par les autorités locales, et des risques d’atteintes graves à la vie privée et aux libertés individuelles ». A terme, l’externalisation du recueil des données biométriques pourra être envisagée à partir de 2012 et de 2013 dans la vingtaine de postes à forte demande, comme en Russie, en Chine, en Inde et en Arabie saoudite.

Nassira El Moaddem

Article paru sur LeMonde.fr le 14 octobre 2011: cliquez ici

L’intense campagne de réhabilitation des Moudjahidines du Peuple iranien

La secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, cédera-t-elle aux revendications de l’organisation des 114733239500maryamrajavileaderdesmoudjahidinesetdu.jpgMoudjahidines du peuple iranien (OMPI) ? Sur Internet, notamment à travers les réseaux sociaux et dans la presse anglo-saxonne, les membres de cette organisation de lutte contre le pouvoir iranien se mobilisent tous azimuts.

Dans le moteur de recherche d’actualités de Google, les articles favorables à l’OMPI issus des sites pro-Moudjahidines côtoient ceux des grands titres de la presse américaine et britannique où des personnalités politiques témoignent de leur soutien à l’organisation. Celle-ci bataille depuis des mois pour un objectif : sa suppression de la liste terroriste du département d’Etat. Une décision devrait être rendue publique dans les prochains jours.

En Europe, où l’organisation tente également de rallier ‘opinion, les Moudjahidines multiplient les rendez-vous en présence de personnalités importantes. Fin juillet, à Paris, l’OMPI, dont le siège est à Auvers-sur-Oise, avait invité lors d’une conférence un parterre de personnalités dont Howard Dean, président du Parti Démocrate de 2005 à 2009, et Louis Freeh, ancien directeur du FBI.

A leurs côtés, plusieurs élus, associations et intellectuels français : Jean Dionis du Séjour, député-maire (Nouveau Centre) d’Agen, Yves Bonnet, préfet honoraire et ancien directeur de la DST, Emmanuel Poilane, directeur de France-Libertés, association présidée par Danielle Mitterrand, François Colcombet, magistrat et ancien député PS, Jean-Philippe Maurer, député UMP du Bas-Rhin… Une relative diversité d’étiquettes mise en avant par l’organisation comme preuve de son apolitisme.

ASHRAF, L’ARGUMENT DE POIDS

Tous ont adressé un concert de louanges à la présidente de l’OMPI, Maryam Radjavi, et des témoignages de soutien au camp d’Ashraf, une ville située en Irak, à soixante kilomètres au nord de Bagdad, qui abrite 3 400 membres de l’organisation. A l’origine, Ashraf était un camp militaire. En 1986, Saddam Hussein, allié des Moudjahidines contre l’Iran, le leur a cédé, mais il a été désarmé par les Etats-Unis depuis l’invasion du pays en 2003.

En avril, une opération imputée à l’armée irakienne à Ashraf a fait 34 morts et plus de 300 blessés. Les Moudjahidines accusent le nouveau gouvernement irakien, désormais proche de Téhéran, de chercher à exterminer ses habitants.

Aujourd’hui, c’est bien à travers le sort du camp d’Ashraf que l’organisation cherche à récolter des soutiens. Et la méthode paie puisque l’OMPI peut se targuer d’avoir ccueilli récemment Ingrid Betancourt, Rudolph Giuliani, ancien maire de New-York, Elie Wiesel, prix Nobel de la Paix, James Jones, ex conseiller à la sécurité de Barack Obama, Wesley Clark, ancien général des Forces armées américaines, ou encore José-Maria Aznar, ancien premier ministre espagnol.

DERRIÈRE ASHRAF, LE RETRAIT DE LA LISTE TERRORISTE

Si la résolution de la crise humanitaire d’Ashraf est une priorité pour l’OMPI, elle sert d’argument à une cause plus cruciale pour l’avenir de l’organisation : sa reconnaissance par l’administration américaine. Depuis plusieurs mois, les Moudjahidines tentent de convaincre Washington de la nécessité du retrait de leur organisation de la liste terroriste du département d’Etat.

Outre-Atlantique, l’OMPI, connue sous l’acronyme MeK (Mujahedin e-Khalq), est accusée par le gouvernement américain d’avoir fomenté plusieurs attentats de 1979 à 2001, dont certains ayant visé des ambassades américaines. Pour les défenseurs de l’organisation, son inscription sur la liste terroriste américaine en 1997 était un gage donné par les Etats-Unis à l’Iran dans le cadre d’une politique de rapprochement.

« Nous avons la chance de démontrer que nous sommes désormais du bon côté de la barrière. Il est temps que l’OMPI ne soit plus reconnue comme organisation terroriste par les Etats-Unis « , a répété à Paris l’ancien leader des démocrates américains Howard Dean.

LE TRAVAIL DES LOBBYS

Au Congrès à Washington, l’OMPI peut compter sur la campagne très active des lobbyistes en faveur du retrait, moyennant de gros budgets. La Iranian-American Community of North California, association en soutien à l’OMPI, loue les services d’un puissant cabinet d’avocats, l’Akin Gump Strauss Hauer & Feld LLP, où d’anciens responsables politiques se sont reconvertis en conseillers pour réhabiliter l’OMPI. Comme Victor Fazio, ancien congressiste républicain, ou Hal Shapiro, ex-conseiller du président Clinton.

Selon les registres du cabinet, l’association a versé 100 000 dollars à l’Akin Gump au deuxième trimestre pour ses activités de lobby auprès des institutions américaines. Un autre cabinet, la diGenova & Toensing LLP, a reçu de la part de l’Iranian-American Community of North Texas la même somme, au premier semestre 2011.

En mai, le Wall Street Journal révélait que plusieurs personnalités américaines comme Rudolph Giuliani ou Wesley Clark avaient reçu entre 25 000 et 40 000 dollars pour soutenir publiquement les Moudjahidines. « Je ne veux pas rentrer dans ces considérations. Tout ce qui m’importe, c’est le sort de la population d’Ashraf », a répondu au Monde.fr Howard Dean.

Les soutiens hexagonaux, quant à eux, assurent ne recevoir aucune rétribution. L’OMPI nie également tout paiement. Mais le flou persiste autour du financement de l’organisation. Selon Afchine Alavi, porte-parole de l’OMPI en France, « il s’agit uniquement de dons d’Iraniens en Iran et d’Iraniens de la diaspora ».

« Difficile de croire que de telles activités soient uniquement financées par des dons de particuliers », souligne Karim Pakzad, chercheur sur l’Iran à l’IRIS. « Ce que l’on sait, c’est que les Moudjahidines ont été un réseau de renseignement important sur l’Iran pour les pays occidentaux et Israël. Ils ont un trésor de guerre amassé grâce aux aides de Saddam Hussein, ce qui leur permet d’avoir aujourd’hui une vraie autonomie financière », explique Bernard Hourcade, chercheur sur l’Iran au CNRS.

S’OPPOSER AUX MOLLAHS À TOUT PRIX

Une réhabilitation de l’organisation aux Etats-Unis lui permettrait de devenir une force politique crédible, voire d’apparaître comme l’alternative en cas de chute du régime iranien, l’objectif ultime de l’OMPI. Les nombreux rassemblements sont d’ailleurs l’occasion pour elle de montrer à quel point son organisation est structurée, dotée d’une base militante importante, maîtrisant un argumentaire politique rôdé, et soutenue de toutes parts.

Mais avec quelle base dans la société iranienne ? « Aucune, selon Bernard Hourcade. C’est une force virtuelle qui fascine les Occidentaux mais sans aucune place dans le jeu politique iranien actuel. Leur alliance avec l’ennemi irakien, les Iraniens ne l’ont pas oubliée. Le problème c’est que leur action discrédite les forces démocratiques du pays ».

« Si nous ne représentons vraiment rien, pourquoi le régime iranien s’acharne-t-il contre nous ? « , rétorque Afchine Alavi. Un argument qui trouve écho chez les personnalités politiques occidentales qui voient en un soutien aux Moudjahidines une manière de s’opposer au régime des Mollahs. Et ce, en dépit des critiques formulées par plusieurs chercheurs et les témoignages d’anciens membres de l’OMPI dénonçant un fonctionnement opaque, un culte de la personnalité et des pratiques sectaires.

« A un moment donné, il faut se mouiller. Je reconnais ne pas être en position d’authentifier le fonctionnement de l’organisation mais moi, ce qui me poserait problème, ce serait de ne rien faire sur l’Iran », argue le député Jean Dionis du Séjour.

Nassira El Moaddem

Article paru sur LeMonde.fr : cliquez ici

Un été très politique pour les jeunes Tunisiens de France

L’envie malgré la distance. La volonté de s’engager en dépit de la confusion qui règne dans le paysage politique. Les jeunes de la diaspora tunisienne de France ont soif de participation et d’engagement dans la nouvelle vie démocratique en Tunisie. Depuis lundi 11 juillet et jusqu’au 2 août, les listes électorales sont ouvertes pour le vote de la future Assemblée constituante prévu le 23 octobre 2011. Au total, dix sièges sur deux-cent quinze seront réservés aux Tunisiens de France.

155018038ea0meetingdupartitunisienafektounesle12.jpgUn enjeu pour les partis et une chance pour les jeunes Tunisiens de l’Hexagone, impatients d’exprimer leur opinion politique à travers les urnes. Car pour beaucoup d’entre eux, ce scrutin sera une grande première. « J’ai 26 ans et je vais voter pour la première fois. Avant, cela ne servait à rien. Il y avait Ben Ali et ceux qui étaient adoubés par le système. Voter c’était légitimer leur mascarade !, confie Nabil Lakhdar, ingénieur en informatique à Paris. Là c’est différent. Il s’agit d’élire la prochaine assemblée constituante et donc de poser les bases d’un vrai changement. »

UN VOTE QUI COMPTE

En nombre, ils se sont déplacés ce samedi 16 juillet au consulat de Tunisie, rue de Lübeck à Paris (16e), pour l’inscription sur les listes électorales. « Venir au consulat, ça a toujours été synonyme de complications administratives, de stress, d’attente. Aujourd’hui, c’est un geste fort de l’engagement des jeunes Tunisiens de France », explique Amira Yahyaoui, jeune militante tunisienne qui vit à Paris. Chacun s’interroge sur le rôle qu’il pourra jouer dans l’avenir politique de la Tunisie : militer dans une association, s’engager dans un parti, ou simplement aller voter ?

Feriel Ben Ayed, étudiante de 20 ans à l’école de commerce de Reims, a déjà sauté le pas. Secrétaire général de l’association parisienne de soutien au parti « Afek Tounès » (Horizons Tunisie), c’est dans cette formation politique née au lendemain de la révolution qu’elle a pris sa carte. « Parce que c’est un parti jeune et que ses leaders sont compétents, ont fait de grandes études à l’étranger et ont donc une sensibilité politique dans laquelle je me reconnais. »

Un constat que partage Mariem Halloul, diplômée de finances de 24 ans qui projette de militer dans un parti, mais pas avant d’avoir défriché les programmes : « J’écoute avec intérêt ce qu’ils proposent comme réformes et idées pour relancer et moerniser l’économie tunisienne. »

Thameur Zghal, ingénieur de 26 ans, espère surtout que les partis donneront les moyens aux jeunes Tunisiens de l’étranger de participer à la reconstruction du pays : « Il ne faut pas oublier que nous sommes 1 million de Tunisiens à vivre à l’extérieur du pays, sur une population globale de 10 millions d’habitants. »

LES JEUNES, BOÎTES À IDÉES POUR LES PARTIS

Ce poids politique, les partis tunisiens l’ont bien compris. A Paris, ils défilent déjà depuis plusieurs mois. Ennahda, Tejddid, le Parti Démocrate Progressiste, le Congrès Pour la République, Afek Tounès, Ettakatol, tous sont venus pour leurs meetings ou pour des rencontres à l’invitation d’associations. Objectif : séduire les jeunes diplômés dynamiques que la diaspora compte. les quelques 600 000 Tunisiens de France et

Les meetings sont l’occasion pour les formations politiques de recruter eurs futures boîtes à idées. « Rejoignez-nous dans les commissions. Nous avons besoin de vous », lance Yassine Brahim à une dizaine de jeunes venus l’interroger Le tout juste démissionnaire ministre des transports tunisien était à Paris le 12 juillet pour le deuxième meeting de Afek Tounès. « La France représente l’équivalent de notre 5e circonscription en Tunisie. C’est donc une région capitale au niveau politique et un relais important pour le futur de notre parti. Ici, il y a un énorme potentiel : de jeunes cadres, des personnes qualifiées, des jeunes très bien informés et hyperconnectés qui peuvent être intéressés par notre programme ».

Par dizaines, les jeunes Tunisiens de France apportent leur expertise au sein des commissions. D’autres ont créé leurs associations, certaines proches des partis. Sur les réseaux sociaux, via Twitter ou Facebook, ils informent des rendez-vous politiques tunisiens incontournables, tiennent une veille sur les débats en cours en Tunisie et discutent des enjeux politiques des prochaines élections. Ce qui ne les empêche pas d’être « aient fait du populisme et de la démagogie pour ramasser des voix » critiques sur le jeu mené par les partis. Comme Mohamed Naceur Jeziri, 28 ans, chef de projet en informatique à Paris, qui regrette que tous les partis, sans exception, « aient fait du populisme et de la démagogie pour ramasser des voix ».

En cette fin juillet, beaucoup d’entre eux rentrent en Tunisie, souvent pour la première fois depuis la révolution de janvier, avec le projet d’observer attentivement les événements sur place. Un été résolument politique qui augure déjà de l’ambiance et du ton des mois à venir.

Nassira El Moaddem

Au Consulat de Tunisie à Paris, les jeunes s’organisent

Un consulat ouvert le week-end ? Un exploit à l’initiative d’un groupe de cinq jeunes Tunisiens. Aux guichets du consulat de Tunisie à Paris, ce samedi 16 juillet, de jeunes bénévoles ont remplacé les employés pour inscrire les Tunisiens sur les listes électorales. Deux semaines pour un enjeu aussi capital, qui plus est en période de vacances, pour beaucoup c’était insuffisant. D’autres se sont plaints de la complication des formalités administratives et des dysfonctionnements au consulat : manque de personnel, un seul guichet ouvert, une photocopieuse sur quatre seulement qui fonctionne. « Le consulat à Paris demandait même à certains Tunisiens de présenter pièce d’identité et carte consulaire alors que cette dernière n’est pas obligatoire », s’agace Imène Ayoub, étudiante.

« Le pire c’est la méconnaissance de la loi et de la procédure. L’Instance supérieure indépendante pour les élections avait dit que les Tunisiens pouvaient s’inscrire n’importe où ; au consulat à Paris, on leur disait le contraire ! », explique Amira Yahyaoui. Accompagnée de quatre compatriotes, elle a obtenu de la part du consul Hichem Khellil et du ministère des Affaires étrangères tunisien l’accord pour une ouverture les week-ends grâce à l’aide de dizaines de bénévoles pour assurer l’accueil du public « Nous sommes également en train de négocier pour une prolongation d’une semaine de l’inscription à l’échelle de tous les consulats », affirme Amira Yahyaoui.

Cette jeune militante de 26 ans ne compte plus les mails venus de toute la France de jeunes Tunisiens proposant d’apporter leur aide. « Même si ce sont des jeunes bénévoles, on essaye de faire les choses comme il faut et de respecter les règles de fonctionnement comme celle de la neutralité des agents. Certains des bénévoles qui ne sont pas dépendants de ce consulat ne peuvent même pas s’inscrire sur les listes ici ! C’est frustrant mais on doit s’y plier. »

Article paru sur LeMonde.fr le 18 juillet 2011: cliquez ici

Dans les médias tunisiens, les anciennes pratiques ont la vie dure

A quand une révolution médiatique, s’interrogent, impatients et dépités, plusieurs journalistes et experts des médias tunisiens qui, sept mois après la chute de l’ancien dictateur Ben Ali, estiment que les habitudes de l’ancien régime perdurent.

Selon plusieurs journalistes, des responsables politiques continuent à exercer des pressions. « Elles concernent les choix des sujets, les personnes à inviter ou le contenu des émissions. Ben Ali est parti mais les pratiques, elles, n’ont pas changé », affirme Najiba Hamrouni, présidente du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT).

« Ceux qui étaient à la tête des médias avant le 14 janvier sont les mêmes avec les mêmes réflexes et les mêmes structures », affirme la journaliste et blogueuse Henda Hendoud, qui fustige les « difficultés d’accéder à des sources sûres » et les « intimidations » dont font l’objet les journalistes.   Elle cite en exemple un entretien avec un représentant du ministère de l’Intérieur qui l’a accusée de manquer d’objectivité et l’a congédiée.

Rares sont les médias où des conférences de rédaction sont organisées. La relation verticale entre les journalistes et les rédacteurs en chef demeure: pas assez de possibilités pour les journalistes de défendre leur sujet, réduits souvent à un rôle de simples exécutants.

Par ailleurs, après des décennies de musellement, le réflexe d’autocensure est toujours vivace. « Certains de mes confrères considèrent que critiquer le gouvernement ou l’armée est un danger ou un manque de respect », explique un journaliste qui souhaite garder l’anonymat.

Reste que sur certains points, la situation s’est améliorée. Un nouveau code de la presse, renforçant les droits des journalistes, vient d’être adopté.   Finies les demandes systématiques d’autorisation de tournage, les journalistes peuvent désormais filmer sans devoir montrer patte blanche au ministère de l’Intérieur. L’Agence Tunisienne de la Communication Extérieure, l’arme de censure du pouvoir de Ben Ali sur les médias étrangers, a été démantelée.

« On remarque que la parole est plus libérée, notamment à la radio », affirme  l’universitaire Ridha Ferjani, spécialiste des médias. Mais le besoin de formation des journalistes, déjà criant à l’époque de Ben Ali, l’est encore plus dans cette période d’effervescence politique. Les appels à la réforme des enseignements de l’Institut de la Presse et des Sciences de l’Information à Tunis (IPSI), la seule école de journalisme du pays, se multiplient.   « J’y ai passé quatre années complètement vides. On nous interdisait l’esprit critique et l’analyse, il fallait rester fidèle aux dépêches de l’agence de presse officielle », regrette Henda Heddoud.

« On ne peut pas tout changer avec une baguette magique », reconnaît Larbi Chouikha, membre de l’INRIC, l’instance chargée des réformes dans les médias et professeur à l’IPSI. « L’urgent c’est la nécessité pour l’institut de revoir ses méthodes d’enseignement et de s’adapter au jeu de la concurrence », insiste M. Chouikha qui appelle à la création d’autres écoles, y compris privées.

Aujourd’hui, une autre ligne de fracture se crée au sein de la profession: beaucoup de journalistes ne voient pas d’un très bon oeil la génération de jeunes blogueurs, très actifs pendant le soulèvement de décembre 2010-janvier 2011. Nombre d’entre eux ont été récemment recrutés dans les médias.

« La profession n’arrive pas à prendre conscience du changement qui s’est opéré avec Internet », analyse Henda Hendoud. La blogueuse Emna Ben Jemaa est encore plus sévère: « Pour les journalistes en place, nous n’avons aucune légitimité. Mais moi je leur demande: où étiez-vous avant la chute du régime? ».

Nassira El Moaddem (Papier d’angle – AFP Tunis)

Ramadan ou non : en Tunisie, la contestation n’attend pas

1000806.jpgL’on disait que le Ramadan allait calmer les esprits. Que durant ce mois sacré, les revendications allaient s’apaiser. Pourtant, il suffit de tendre un peu l’oreille dans les rues de Tunis pour se rendre compte que la déception est grande et les attentes bien loin d’avoir été satisfaites. Les manifestations du 15 août, au nombre de trois, ne sont que l’expression de ce mécontentement. Déjà plusieurs jours auparavant, quelques rassemblements ici et là s’étaient déroulés dans le centre-ville de la capitale.  » En finir avec la dictature », « Ni liberté, ni retour de la bande des RCDistes » scandaient, une semaine avant, quelque trois cent personnes réunies devant le théâtre municipal sur la grande avenue Habib Bourguiba. En cause :  la libération d’anciens ministres, la fuite de proches de la famille Ben Ali-Trabelsi par une justice qu’ils considèrent encore à la botte du RCD, l’ancien parti du dictateur Ben Ali. Ce lundi 15 août, sous une chaleur étouffante, syndicalistes, partis politiques, avocats, associations et citoyens s’étaient donnés rendez-vous pour exprimer leur colère. Un ras-le-bol commun mais un rendez-vous séparé. La principale centrale syndicale tunisienne, l’UGTT, se voyait rejoindre dans son appel à manifester par plusieurs partis politiques, comme le FDTL de Moustafa Ben Jaffar, le Parti Démocrate Progressiste de Maya Jrebi ou Ennahda de Rached Ghannouchi. Mais d’autres reprochent à la centrale et à son dirigeant Abdeslam Jrad, un alignement traditionnel avec le RCD et désormais un virage révolutionnaire à 180 degrés…Certains d’entre eux ont donc choisi de ne pas suivre l’appel de l’UGTT et d’appeler à une manifestation séparée. Parmi eux, le Parti Ouvrier Communiste Tunisien, de Hamma Hammami, le Congrès Pour la République de Moncef Marzouki ou encore l’Association tunisienne contre la torture de Radhia Nasraoui…. C’est ainsi que la première manifestation, autorisée, marchait sur la grande avenue Mohamed V et que la seconde tentait de rejoindre le ministère de l’Intérieur par l’avenue Habib Bourguiba. Tentait seulement car bientôt les manifestants se retrouveront nez-à-nez avec les policiers, déployés en nombre le long de l’artère principale et qu’au bout de quelques minutes, des gaz lacrymogènes leur seront adressés pour les disperser. Quelques minutes plus tard, plus haut en direction de la Medina, des affrontements parfois violents opposeront plusieurs dizaines de jeunes aux forces de l’ordre. Ce sont également les jeunes marchands ambulants qui tenteront de défendre leurs marchandises, frappant parfois à coups de bâtons les jeunes qui répondent aux gaz lacrymo par des jets de pierre. « Ils ne peuvent pas attendre la fin du Ramadan pour protester », lançait l’un des vendeurs. Car ce mois-là est vital pour leurs affaires. Les affrontements dureront plusieurs heures en s’enfonçant dans les rues perpendiculaires à l’avenue Bouguiba, alors que plusieurs familles effectuent leurs emplettes du Ramadan. Au niveau de la rue de Yougoslavie, derrière l’ambassade de France, des policiers en civil et des jeunes manifestants s’échangent des jets de pierres. Un policier adressera une rafale de gifles à un homme pris dans la foule avant de le jeter dans le fourgon. Aujourd’hui, lors du point presse hebdomadaire du gouvernement, le porte-parole du ministère de l’Intérieur est revenu sur les manifestations. A coup de photos et de séquences vidéos, on montre aux journalistes ceux qui, selon lui, « ne sont là que pour casser ». Un argument de plus pour ceux qui affirment que les pratiques policières n’ont pas changé mais que désormais les forces de l’ordre maitrisent parfaitement les outils de communication de la révolution.

 

Nassira El Moaddem (Tunis)

Tunisie: à deux mois des élections, les sondages de plus en plus décriés

Autrefois cantonnés au marketing et aux audiences télé, les instituts de sondage tunisiens découvrent, grâce à la révolution, un nouveau terrain: la politique. Mais à deux mois de l’élection du 23 octobre, leur crédibilité est sujette à caution, faute de cadre légal.

« Nous devons suspendre la publication des sondages politiques jusqu’au vote de l’assemblée constituante, assène Rida Kéfi, membre de l’Instance nationale de réforme de l’information et de la communication (INRIC). « Tant qu’il n’y a pas de loi, tant que le métier n’est pas organisé, il faudra surseoir à leur recours », argue-t-il.

Une vision partagée par Hichem Guerfali, directeur du cabinet 3C Etudes, l’un des six instituts à s’être lancé sur le marché politique, qui avait appelé début juillet à cesser leur publication: « Nous n’avons aucune expérience en matière de sondages politiques. Sans historique d’élections libres, sans référence, nous n’avons aucun moyen de redresser les résultats ».

Une critique qui rejoint celles formulées à l’encontre des instituts de sondage sur une méthodologie jugée opaque: notification aléatoire du commanditaire, échantillonnages peu représentatifs, questionnaires orientés…

« Plusieurs experts estiment que les échantillonnages de certains sondages ne sont pas crédibles », constate Rida Kéfi.

Les critères comme l’appartenance sociale ou géographique ne sont pas pris en compte car ils ne sont pas recensés dans les statistiques officielles, explique-t-il. De plus, la marge d’erreur est souvent minimisée par les instituts.

Ali Ben Yahia, directeur du bureau d’études ID Claire, récuse ces arguments, en insistant sur l’expérience acquise: « L’analyse est différente entre les sondages d’opinion et les études marketing mais les techniques, les moyens et les équipes terrain sont les mêmes », argumente-t-il.

Il rejette également les accusations de clientélisme avec certains partis politiques friands de sondages. « Procès d’intention », estime-t-il, tout en reconnaissant qu’il peut y avoir « un ou deux instituts ayant des connivences avec certains partis ».

Mais son concurrent, Hichem Guerfali, concède certaines pratiques douteuses. « Les instituts sont tentés de modifier les résultats moyennant promesses aux partis », affirme-t-il.

« Tant qu’il n’y aura pas d’encadrement, il n’y aura aucun moyen de vérifier et on continuera à s?interroger sur l’argent qu’il y a autour de ces études », estime le journaliste Imed Bahri.

Ces sondages apportent aux instituts un nouveau marché. Entre 10 à 15 % du chiffre d?affaires de cette année pour l’institut Sigma Conseil. « Nous sommes dans une période d’effervescence politique », reconnaît Hassen Zargouni, patron de l’institut Sigma Conseil.

Les medias raffolent aussi des sondages. En abusent, jugent certains.

« On assiste à une surenchère dans la presse depuis la révolution », s’insurge Rida Kéfi. « Les journalistes ne savent pas utiliser les sondages », déplore le représentant de l’instance de réforme des médias, qui a commencé à dispenser des formations à l?analyse des sondages. Problème: jusqu’à présent, les journalistes ont été très peu nombreux à y assister…

Les instances de réformes mises en place après la chute de Ben Ali devront se prononcer prochainement sur l’encadrement légal des sondages politiques. « Il faudra que les instituts aient un minimum de salariés, d?enquêtes à leur actif et aient la capacité technique et financière requise », estime Hassen Zargouni.

Mais pour ce dirigeant comme pour la plupart des acteurs du marché, pas question d’entendre parler de suspension : »Soit on accepte d’être assez mûrs pour la démocratie et ses corollaires, soit on arrête tout. »

Nassira El Moaddem (Papier d’angale – AFP Tunis)

« Un vent nouveau souffle sur Al Jazira »

terredislamaljazeeraaljazeera.jpgDes visages jeunes, de nouveaux slogans, une présence accrue sur les réseaux sociaux: un vent nouveau souffle sur Al-Jazira depuis le début des révolutions arabes. Si elle bénéficiait d’une large audience et d’une image assez favorable dans le monde arabe, elle cumulait cependant deux principaux handicaps: côté Occident, on l’assimilait à un organe idéologique pro-palestinien et on fustigeait sa diffusion de vidéos envoyées par Al-Qaïda. Et côté arabe, certains regrettaient un ton de plus en plus sensationnel. Nul doute qu’au-delà des bénéfices que les sociétés arabes tireront de ces expressions démocratiques inédites, c’est bien Al-Jazira qui sort victorieuse des événements.

A circonstances exceptionnelles, dispositif exceptionnel. Pour l’occasion, Al-Jazira a revu l’ensemble de ses programmes, tout en soignant l’habillage. Les voix des grands chanteurs arabes comme celles d’Oum Kalsoum et de Sayed Darwish, emblématiques interprètes égyptiens, recouvrent les photos des populations en liesse. De nouveaux slogans apparaissent: au traditionnel «l’opinion et l’opinion contraire», qui avait fait la marque de fabrique de la chaîne, succède un slogan pour chaque révolution: «Egypte: le peuple a vaincu», «Libye: l’effondrement du mur du silence». Des interludes reprenant des témoignages de manifestants entrecoupent les programmes exclusivement dédiés aux révolutions.

Sur le plateau, la chaîne multiplie les invités: politiques, syndicalistes mais également experts nationaux des pays traversés par les contestations. Pour décrypter le soulèvement en Libye, la chaîne reçoit sur son plateau des politologues, des opposants, des syndicalistes, des religieux, voire des psychologues analysant ce qui relève selon eux d’une pathologie de Mouammar Kadhafi. Même le porte-parole de la diplomatie libyenne, Khaled Kaïm, a accordé un entretien téléphonique musclé à la chaîne le 22 février 2011. Dans cette interview de 30 minutes en direct, il a fustigé une chaîne qui n’est pas digne de confiance, manque de professionnalisme et diffuse des images qui ne reflètent pas la réalité. «Si nous sommes si indignes de ce travail, alors pourquoi c’est avec nous que vous parler aujourd’hui?», l’interroge le présentateur vedette Mohamed Krichen. Cet épisode vidéo a fait le tour de la Toile, commenté en continu par les internautes.

Sans oublier les religieux et notamment Youssef el Qardawi, Egyptien de naissance mais déchu de sa nationalité pour appartenance au mouvement des Frères musulmans. C’est lui, une des figures de la chaîne où il anime des émissions religieuses, qui a dirigé la grande prière du vendredi 18 février, une semaine après la chute de Moubarak, sur la désormais fameuse place Tahrir. Lui, qui n’avait pas mis les pieds dans son pays natal depuis 30 ans. Une prière retransmise en direct sur Al-Jazira et des images qui ont fait le tour du monde, dont celles montrant des Egyptiens de confession copte regroupés en cercle autour de leurs compatriotes musulmans.

En masse, les témoins affluent sur la chaîne, la remerciant de leur laisser l’opportunité de raconter ce qu’ils vivent. Ils côtoient les nombreuses vidéos et photos envoyées via Facebook et Twitter et dont l’origine n’est que très rarement authentifiée. Jusqu’à la chute de Ben Ali, Al-Jazira ne disposait pas de bureau à Tunis, en raison de sa censure par le pouvoir local. Cela a obligé la chaîne à utiliser les images en provenance d’Internet. Une décision qui a eu l’avantage de faire émerger de nouveaux visages sur la scène médiatique. Longtemps, Al-Jazira a fait la part belle aux éminentes têtes grises des pays arabes. Depuis deux mois, elle montre plutôt les jeunes militants, les cyber-activistes et les simples citoyens qui se sont révélés durant les révolutions.

En France, les téléspectateurs d’Al-Jazira, souvent la première voire deuxième génération d’immigrés maghrébins, découvrent le visage de cette jeunesse souvent apolitique mais qui se sert de la Toile pour leur soif de changements. L’image d’un «bled» sclérosé par la corruption, l’oligarchie et la violence s’atténue et laisse place à celle d’un pays où un avenir est possible. Possible pour les populations de l’autre côté de la Méditerranée mais également pour les jeunes Français issus de l’immigration. En France, beaucoup d’entre eux ont fondé ou sont membres de comités dédiés à la lutte du peuple tunisien. Certains envisagent même d’y aller pour participer au nouvel élan politique. Car ces révoltes et la couverture qu’Al-Jazira en a fait ont eu pour effet de réaffirmer l’identité arabe de ces jeunes Français dont beaucoup ne parlent pas forcément la langue mais se sentent concernés par les processus démocratiques en cours. D’autant plus qu’une majorité dénonce une montée des discours d’extrême droite et islamophobes en France. Entre 2012 et les révolutions arabes, certains semblent avoir déjà choisi.

Nassira El Moaddem

Papier publié dans le quotidien suisse Le Temps, mercredi 9 mars 2011

Lien Internet pour une partie de l’article : http://www.letemps.ch/Page/Uuid/ff6875d0-4a66-11e0-be28-360b748c23b1/Le_vent_nouveau_dAl-Jazira

 

Live from Bucarest : rencontre avec SkizZo Skillz

Samedi 15h45 au Floor, un club de Bucarest où viennent se produire les week-end jeunes musiciens, humoristes et chanteurs. Dans quelques minutes, rencontre avec SkizZo Skillz, un rappeur roumain orginaire de Timisoara. Je vous en dirai plus dans un prochain billet. En attendant, quelques photos du personnage et une vidéo d’un de ses clips

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Photos : Nassira El Moaddem
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