Au Caire, la Foire du Livre a commencé!

La 42e édition de la Foire du Livre au Caire a ouvert ses portes le 28 janvier. C'est un évènement culturel à ne pas rater pour toute personne qui se trouverait au Caire. Même pour ceux qui ne sont pas arabophones, un détour en vaut la peine. La Foire du Livre de la capitale égyptienne est considérée comme la deuxième plus grande manifestation littéraire après celle de Francfort.

Après la frénésie fooimga0019.jpgt-ballistique, c'est la foule des grands jours qui se précipite pour se rendre à ce qui est considéré comme l'évènement le plus important de la scène culturelle. Pour y parvenir, des navettes amènent les visiteurs en bus depuis la gare Ramsès. La Foire se trouve à l'est de la capitale dans le quartier de Nasr City. La taille du lieu qui abrite la Foire est impressionnante. On se perdrait presque dans ces dédales d'allées et d'exposants qui n'en finissent pas. Tout le monde y trouve son compte : les enfants ont leur rayons attitrés, les amateurs de livres religieux, les amoureux de littérature contemporaine, les passionnés de poésie arabe, les étudiants en quête de manuels scolaires trouvent leur bonheur. Ici le mélange des genres ne pose aucun problème : les monaqqabates, les barbus, les intellos-bobos, les étudiants bling-bling côtoient les familles en sortie dominicale, les costards cravates et les jeunes en commando drague! Dans ce bouillon de culture, les vendeurs de jeux vidéos, d'ordinateurs et d'accessoires de bureau en tout genre ont également élu domicile. En se faufilant dans les allées de la Foire, on rencontre des bouquinistes et autres nostalgiques de la période nassérienne dont les étals jouxtent ceux des barbus aux piles de livres religieux en tout genre.

La Foire du livre c'est un nombre impressionnant d'éditeurs présents sur place, 800 selon les chiffres annoncés par Mohamed Saber, responsable de l'Organisation centrale du Livre en Egypte. Soit 35 de plus que l'année dernière. Une fierté pour un secteur qui a largement souffert de la crise économique. Comme n'importe quelle foire littéraire, celle du Caire propose des cafés culturels et des séances de dédicaces d'écrivains comme celles d'Alaa Al Aswany (L'Immeuble Yacoubian, Chicago) ou de Khaled el Khamissi (”Taxi”) autant d'auteurs anglophones et francophones qui font le bonheur des journalistes occidentaux qui couvrent l'évènement.

imga0007.jpg Pour transporter les visiteurs d'un endroit à un autre, un petit train circule entre les halls. Et une dizaine de cafétérias proposent sandwichs, rafraîchissements et autres plats pour restaurer les estomacs des lecteurs affamés.  Il faut bien plus d'une fois pour parcourir l'ensemble de la Foire tellement l'endroit est immense et les halls pris d'assaut par les visiteurs. L'entrée ne coûte qu'un guinée (15 cents) et les bouquins qui y sont vendus s'avèrent parfois de très bonnes affaires : des réductions de 10 à 60% selon les maisons d'éditions et des livres vendus dès 2 guinées.

 

imga0003.jpgComme dans n'importe quel évènement de ce type, à la vue de tous ces livres, on est pris d'une faim littéraire. On achète des dizaines de livres, tous plus intéressants, beaux et passionnants les uns que les autres, avec l'envie et l'excitation de les dévorer mais combien finiront nous par lire vraiment? Je n'ai pas eu le temps de voir tous les stands que je souhaitais. Je repasserai avant la fin prévue le 10 février. Si vous êtes de passage au Caire, un conseil :courrez-y!



“Désolé votre voile n’est pas le bienvenu”

En Egypte, certaines femmes se plaignent de subir des discriminations dans certains restaurants et hôtels de la capitale. C'est le témoignage de Mohamed Ali qui raconte au site internet arabe Elaph, la mésaventure qu'il a vécue avec son épouse lorsqu'il a voulu l'inviter à dîner dans un restaurant chic des berges du Nil.

682020833090.jpgSon épouse portant le voile s'est vue refuser le droit d'entrer dans ce retaurant sous pretexte que le vêtement qui recouvrait ses cheveux ne correspondait pas à l'ambiance générale du lieu. Hosna, l'épouse en question a ainsi déclaré à Elaph : Jamais je n'aurai imaginé un jour que l'on me refuserait l'accès à un service ou à un lieu quelconque en Egypte juste parce que je porte le voile.”

Selon Elaph, ce phénomène est de plus en plus répandu dans les restaurants, hôtels et discothèques chics de la capitale et dans les endroits touristiques situés sur la côte de la Mer rouge. D'après le site internet, leurs clients, des Egyptiens fortunés et des étrangers, exigeraient pour leur confort de ne pas être dérangés par la vue de ces femmes voilées qui selon eux, auraient une influence néfaste sur leur vie quotidienne… Lorsque Hosna a demandé à la direction de l'établissement les raisons de son attitude, celle-ci s'est vue répondre que le restaurant dans lequel elle souhaitait manger “servait de l'alcool” et donc était “contraire à l'islam”.

Un directeur d'un club a ainsi reconnu : “Le voile cause beaucoup de gêne chez les clients et c'est une mauvaise chose pour les affaires “ajoutant que “les propriétaires d'établissement ont la responsabilité de s'assurer que les clients se sentent satisfaits.

Reste que le voile est porté à 90% par les femmes égyptiennes. Un pourcentage qui s'effondre au sein des élites égyptiennes parmi lesquelles la présence de femmes voilées n'est pas non plus inexistente. Si les propriétaires tiennent à protéger leur clientèle fidèle, reste que leur attitude demeure anti-commerciale et qu'il n'est pas sûr que les clients apprécient tous cette discrimination faite aux femmes qui portent le voile, comme peuvent également le porter leurs mères, leurs cousines, leurs soeurs, leurs amies…

Et Elaph de citer pour exemple celui de Oumayma, une Américano-Egyptienne voilée qui se dit victime de discrimination et qui accuse les propriétaires des stations balnéaires de s'en prendre aux clientes vêtues de “burkinis” sans pourtant inquiéter les Occidentales dénudées.

En Egypte, like a virgin…ou presque!

Un hymen artificiel en kit d’emballage : ce produit mis en vente en Egypte par une société chinoise défraie la chronique au Caire. Les religieux y sont opposés.

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Les Arabes, champions du monde de l'hypocrisie ? A vous de juger ! Voici un objet qui défraie la chronique en Egypte : l'hymen artificiel. Au départ, le produit, créé au Japon dans les années 1990, était proposé comme sex-toy aux couples en quête d'imagination. Désormais, c'est en Chine que le kit est fabriqué et vendu par la société Gigimo sur internet pour la modique somme de 29 dollars. L’hymen artificiel, une poche en plastique remplie d'un liquide de couleur rouge, s’introduit dans le vagin vingt minutes avant la relation sexuelle. Lors de la pénétration, « un liquide semblable au sang s'écoule » « pas trop, juste ce qu'il faut », précise la notice du produit mise en ligne sur le site internet de la société chinoise.

Les concepteurs du site web ne manquent pas de slogans marketing choc : « Achetez-vous un honneur pour seulement 15 dollars ! », et encore moins d'humour : « Ajoutez quelques gémissements et ça passera inaperçu. » Gigimo va jusqu'à s'engager à vous livrer le produit sous emballage le plus discret possible et assure de la non nocivité du produit. Pourtant, certaines femmes qui l'ont utilisé, notamment en Asie, ont relayé sur le web des cas d'infection vaginale.

Selon les affirmations du journal Al youm as-sabi, des investisseurs égyptiens projetteraient de vendre le produit sur le marché au prix de 83 guinées (10 euros). Un groupe Facebook créé par des internautes et qui a réuni jusqu'à présent plus de 900 membres, s'oppose à sa mise en vente sur le marché égyptien : « L'honneur n'est pas à vendre », protestent-ils.

Les réactions politiques et religieuses ne se sont pas fait attendre : « Ce produit encourage les relations sexuelles illicites alors que la culture islamique interdit toute relation hors mariage », a déclaré le cheikh Abdel Moati Bayoumi, théologien égyptien et membre du Centre de recherche islamique de l'université d'Al Azhar. Cheik Sayyed Askar, affilié aux Frères musulmans et membre de la commission parlementaire des Affaires religieuses, a quant à lui affirmé que cet hymen constituait un « fléau » pour la société égyptienne et a demandé aux autorités de prendre toutes les mesures pour empêcher la commercialisation du produit en Egypte. Mahmoud Abdel-Maksoud, secrétaire général du Syndicat des pharmaciens en Egypte, a assuré de son côté que le produit ne sera jamais vendu dans les officines et que sa vente se fera forcément au marché noir.

Pour Heba, une jeune étudiante à l'Université du Caire, l'arrivée de ce produit sur le « marché » cache un malaise plus profond dans la société égyptienne : « Si l'on est obligé d'en arriver là, c'est que quelque chose ne tourne pas rond chez nous. On oblige les filles à faire honneur aux parents et à la famille en restant vierges mais on ne demande aucun compte aux garçons. Pourtant l'islam, ce n'est pas cela. On en vient à vivre dans une société malade, frustrée, où les gens sont obligés de tromper pour bien paraître. »

De quoi en tout cas éveiller des inquiétudes chez les chirurgiens plastiques pratiquant la reconstruction de l'hymen. Dix euros pour un hymen artificiel, alors que le coût d’une hyménoplastie peut parfois atteindre les 1000 dollars : la concurrence risque d'être dure. Sur les forums, le produit fait débat. Certaines femmes n'hésitent pas à tourner le sujet en dérision comme une dénommée « O-Tsuya » sur un fil de discussion dédié à cette marchandise venue de Chine : « Au lieu de dépenser 15 dollars pour un hymen artificiel, autant se servir d'un foie de volaille. C'est naturel au moins ! », ironise-t-elle.

Nassira El Moaddem (Le Caire)

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Nesrine, 21 ans, “monaqqaba” au Caire

Le niqab fait polémique également en Egypte après son interdiction décrétée par l’imam de la mosquée Al-Azhar dans les écoles relevant de son autorité. Une jeune femme le portant s'est confiée.

 -- Cliquez pour voir l'image en entier En Egypte, le débat sur le niqab a (aussi) de beaux jours devant lui. Depuis des semaines, il remplit les colonnes des grands titres locaux. C'est l’imam de la mosquée Al-Azhar du Caire, Mohammed Sayyed Tantawi, qui a allumé la mèche. Lors d'une visite d'un établissement pour filles de la mosquée, il a ordonné à une élève de 12 ans de retirer son niqab. Ce qu'elle a fait. L'affaire aurait pu en rester là. Mais les paroles ensuite adressées par Tantawi à la jeune fille ont déclenché une vive polémique.

L'imam, à la tête de la principale institution sunnite du pays, a ainsi déclaré que si l'écolière avait été jolie, elle n'aurait pas eu à porter le niqab et que de toute évidence, il en savait plus que ses parents sur les questions religieuses. Au-delà de la prise de position de Tantawi sur le niqab, qui a décidé suite à cette affaire de bannir le port du voile intégral dans les établissements pour filles d'Al-Azhar, ce sont les remarques personnelles faites par le plus grand imam d’Egypte à cette jeune fille qui ont choqué l'opinion publique égyptienne. Le ministre de l'enseignement supérieur, Hani Helal, a quelques jours plus tard pris un décret interdisant l'entrée des « monaqqabates » dans les cités universitaires égyptiennes. Organisations libérales et même associations de droits de l'homme locales multiplient les prises de positions en faveur du droit des femmes portant le niqab.

J'ai rencontré Nesrine lors d'une longue promenade en bateau sur le Nil. Nesrine a 21 ans. Mariée depuis quelques mois, elle attend son premier enfant. La jeune femme a fait des études de journalisme qu'elle n'a pas achevées. Ahmed, son époux, ingénieur de formation, effectue actuellement son service militaire. Le couple a profité d'une permission prolongée du mari pour aller respirer le bon air à quelques encablures de la capitale.

Nesrine a commencé à porter le niqab il y a déjà plusieurs années. Avant d’entamer un dialogue avec elle, je l'avais remarquée en prenant des photos sur le bateau. Assise sur l'un des rebords de l'embarcation, toute de noir vêtue, on apercevait au gré des coups de vents, quelques centimètres du jean bleu qu'elle porte en dessous du grand drap noir qui la couvrait complètement. Nesrine est une jeune femme fine et élancée. Ses yeux sans maquillage dégagent une intensité incroyable. Son voile noir flotte par-dessus la rambarde du bateau lui donnant par moment des allures de drapeau. De toutes les filles présentes sur l'embarcation, je ne voisqu'elle. Son long niqab noir impressionne évidemment mais c’est son regard qui attire. En la photographiant, je craignais sa réaction. Les Egyptiens, surtout les jeunes femmes, aiment en général être pris en photos. Mais je ne souhaite pas qu'elle sente que je la scrute du regard.

Tout d'un coup, elle me voit la photographier et grande surprise, elle me sourit, inclinant sa tête en guise d'approbation. Je sais, parler de sourire alors que son visage est entièrement recouvert peut paraître insensé. Mais lorsqu'elle s’est mise à sourire, ses yeux se sont plissés et j'imaginais la forme que pouvaient alors prendre ses lèvres. En me laissant la photographier, j'ai l'impression qu'elle me remercie de l'intérêt que je lui porte. Pendant plusieurs minutes, nous nous regardons sans pour autant oser aller l'une vers l'autre.

Arrivés à destination, Nesrine vient vers moi en m'appelant « habibati », un sobriquet mielleux que les Egyptiens se donnent à toutes occasions et qui signifie « ma chérie » en arabe. Je me présente à elle, heureuse de voir que nos différences ne sont a priori pas une barrière. Je ne porte ni niqab, ni hidjab et je ne sens aucune hostilité de sa part à mon endroit. Nous nous promettons de nous retrouver sur le bateau pour le retour. A 15 heures, l'embarcation s'apprête à faire le chemin inverse, direction Le Caire. Nesrine est déjà à bord, assise près du pont. En me voyant arriver, elle a le même sourire que lors du trajet aller. Pour la remercier de sa chaleur, je lui tends quelques fleurs cueillies à Qanater. « Merci », dit-elle.

Je m'assois près d'elle et nous commençons à discuter. De tout, de rien. De la vie en général, de mes impressions du Caire, de ma vie en France, de ses premiers mois comme jeune mariée. Nesrine me tient la main souvent, comme pour ne pas me voir partir. Curieusement, je me sens proche d'elle sans la connaître. Elle a une petite voix d'enfant, un peu timide, que son niqab rend de fait moins audible. Par respect, je baisse un peu le volume de ma voix qui porte beaucoup comparée à la sienne. Nesrine est la première femme en niqab à qui je parle.

Sur le bateau, les jeunes étudiants se trémoussent gaiement sur les chansons à la mode. Filles et garçons se mélangent, appréciant ce rare moment de décompression avant le retour au Caire. Devant nous, un jeune garçon et une jeune fille se dandinent, auteurs de quelques collés-serrés endiablés. Le serveur de thé essaie tant bien que mal de se frayer un chemin. Face à nous, un couple se met à s'embrasser. Non que je sois choquée par un baiser d'adolescents mais en Egypte, la scène est assez rare. Imaginez : nous sommes sur un bateau égyptien, en plein jour, où garçons et filles voilées se frottent gentiment, fumant cigarettes et buvant des sodas américains. Les gens semblent habitués à ce genre de scène. De toutes les personnes présentes, hommes âgés ou non, couples, familles, jeunes filles voilées ou cheveux à l'air, femme en niqab, j'avais l'air d'être la seule interloquée par ce spectacle.

- Comment cela se fait-il qu'il y ait autant de jeunes sur ce bateau ? Ce n'est pourtant pasjour férié, aujourd'hui, en Egypte ?, demandé-je à Nesrine.

- Non ! Les jeunes sèchent leurs cours. C'est l'occasion pour eux de souffler loin de leurs familles et de se retrouver entre filles et garçons. Au Caire, impossible pour eux de faire ce qu'ils font ici.

- Toi aussi, tu séchais les cours et tu venais te dandiner ?

- (Nesrine se met à rire) Non, tu plaisantes. Si jamais j'avais fait cela ne serait-ce qu'une fois, ma famille l'aurait su tôt ou tard et ils m'auraient tuée ! »

Nesrine me tend quelques photos d'elle. Je sens que c'est une marque de confiance qu'elle m'accorde. Car sur ces photos, Nesrine ne porte pas de niqab, juste un voile coloré qui entoure son doux visage. Ses lèvres arborent un rouge discret et ses yeux sont joliment maquillés de khôl. Un visage que je découvre. Bizarrement, en lui parlant pendant toutes ces minutes, je ne m'étais jamais demandé qui se cachait derrière ce tissu noir. Je ne m'étais pas imaginé quel visage Nesrine pouvait avoir.

- Tu portes le niqab depuis longtemps ?

- Je le porte depuis que j'ai 16 ans.

- Qu'est-ce qui t'a poussé à le mettre?

- Je le porte parce que je pense que c'est un plus dans ma religion. Je ne condamne pas celles qui ne le portent pas. Chacun interprète les textes à sa manière et pratique sa religion à différents degrés.

- Tu as vu ce qui s'est passé récemment à l'université du Caire ? On a interdit à certaines filles de rentrer avec le niqab dans les résidences universitaires ?

- Je sais. Je comprends que c'est parfois difficile de comprendre que des femmes portent le niqab. Il y a même eu des histoires où des hommes se faisaient passer pour des femmes en portant le niqab et rentraient dans des endroits où il y avait des femmes pour les agresser.

- Dans les journaux, certaines femmes ont dit qu'elles avaient eu des problèmes dans la rue, que des gens les importunaient parce qu'elles portent le niqab. Tu as déjà été embêtée ?

- Non, el hamdoulilah, je n'ai jamais eu de problèmes ni dans la rue, ni dans n'importe quel endroit.

- Est-ce que tu penses à travailler ?

- Plus tard, oui. Pour l'instant, je suis bien à la maison mais à l'avenir, j'aimerais bien travailler. Mais cela risque d'être difficile avec mon niqab.

- Tu as fait des études de journalisme. Tu pourrais aussi travailler de chez toi, proposer des papiers.

- Incha Allah. »

Ses yeux se sont à ce moment tournés vers son époux qui regardait au loin l'horizon alors que le bateau s'approchait du Caire. Nous avons échangé nos e-mails et téléphones respectifs en nous promettant de nous revoir. En la quittant, j'étais remplie de joie. J'avais pu enfin mettre des mots et un visage même voilé de noir sur un mot : « niqab ». Les débats en France et en Egypte, font souvent de ces femmes des bouts de tissus sur pattes, dépourvues de tout sens critique, de toute personnalité. Nesrine était loin de cette image caricaturale, bien plus ouverte que certaines femmes se proclamant féministes, qui, ici, ont donné le nom de « monaqabattes » aux porteuses de niqab, qu’elles considèrent comme des femmes soumises et donneuses de leçons, ou comme des écervelées inconscientes du dommage qu'elles causent aux droits des femmes. Nesrine m'avait acceptée comme j'étais, non voilée, sans juger mon apparence, me prenant la main comme on peut prendre la main de sa propre sœur.

Il y a quelques jours, la ministre égyptienne de la famille, Moshira Khattab, a donné son point de vue sur la question lors d'une conférence de presse : « Je n'aime pas le niqab. Je parie que dans dix ans, ils commenceront à nous dire que les femmes qui ne portent pas le niqab sont dans le péché. Il y a un plan organisé derrière la propagation du niqab en Egypte. » Pour contrer la diffusion d'un habit qu'elle juge d'un autre temps, la ministre a ainsi annoncé la création d'un nouveau département au sein de son ministère, « Gestion des valeurs », pour aider à « la promotion de valeurs familiales positives ». Je doute que Nesrine se sente concernée.

Nassira El Moaddem (Bondy-Le Caire)

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